Gaule_, éd. de Francfort; Mérian, 1655. La majeure partie de
ces fortifications existent encore.]
[Note 213: L'ouvrage avancé indiqué sur ce plan a été
remplacé par une défense moderne importante, à cheval sur la
route venant de Dijon.]
[Note 214: Cette tour s'appelle aujourd'hui _tour du
Marché_. Nous donnons le seul étage qui soit conservé, c'est
l'étage inférieur. Le plan est à l'échelle de 0,00175 p. m.]
[Note 215: Nous devons à M. Millet, architecte attaché à
la Commission des monuments historiques, les dessins de cet
ouvrage de défense.]
[Note 216: Les courtines voisines datent du XIIIe siècle.
C'est à M. Abadie que nous devons le relevé fort exact de
cet ouvrage de défense.]
[Note 217: Voy. TOUR, MEURTRIÈRE]
[Note 218: Nous empruntons ce passage au _Précis
historique de l'influence des armes à feu sur l'art de la
guerre_, par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, présid. de
la Républ., p. 103. (Ext. de la _Chronique_ de Molinet, t.
V, ch. CCLXXXIII, p. 42.)]
[Note 219: C'est le nom qu'on donne aux parties du parapet
comprises entre les créneaux ou embrasures.]
[Note 220: _Comment._ du maréc. de Montluc; édit. Buchon,
p. 142.]
[Note 221: Dès la fin du XVIe siècle, l'artillerie
française avait adopté six calibres de bouches à feu: le
canon, dont la longueur était de dix pieds, et dont le
boulet pesait 33 liv. 1/3; la couleuvrine, dont la longueur
était de onze pieds, et dont le boulet pesait 16 liv. 1/2;
la bâtarde, dont la longueur était de neuf pieds et demi, et
dont le boulet pesait 7 liv. 1/2; la moyenne, dont la
longueur était de huit pieds deux pouces, et dont le boulet
pesait 2 liv. 3/4; le faucon, dont la longueur était de sept
pieds, et dont le boulet pesait 1 liv. 1/2; le fauconneau,
dont la longueur était de cinq pieds quatre pouces, et dont
le boulet pesait 14 onces. (_La Fortification_, par Errard
de Bar-le-Duc. Paris, 1620.)]
[Note 222: Voy. _le Roi sage. Récit des actions de
l'empereur Maximilien Ier_, par Marc Treitzsaurwen, avec les
gravures de Hannsen Burgmair. Publ. en 1775; Vienne. (Les
gravures en bois de cet ouvrage datent du commencement du
XVIe siècle.)]
[Note 223: _Ibid._]
[Note 224: Voir la note, à la page précédente.]
[Note 225: _Porte à Mazelle, à Metz_. Topog. de la Gaule,
Mérian. 1655.]
[Note 226: _Porte de Lectoure_, Ibid.]
[Note 227: Some account of domest. archit. in England from
Edward I to Richard II; Oxford. J. H. Parker, 1853. Le
château de Kingston sur Hull fut fondé par le roi Édouard
Ier après la bataille de Dunbar, mais les fortifications qui
sont reproduites ici sont certainement d'une date
postérieure à cette époque, probablement de la fin du XVe
siècle. M. Parker observe avec raison qu'elles étaient
conformes aux défenses extérieures adoptées en France.]
[Note 228: D'après une gravure du XVIe siècle, tirée du
cabinet de l'auteur.]
[Note 229: Gravure allemande du XVIe siècle, tirée du
cabinet de M. Alfred Gérente.]
[Note 230: _Vue de la ville de Marseille_. Topog. de la
Gaule, Mérian.]
[Note 231: _Défenses de la ville de Blaye_. Topog. de la
Gaule, Mérian.]
[Note 232: Voy. BASTILLE. BASTION, BOULEVARD.]
[Note 233: _Della Cosmog. universale_, Sebast. Munstero,
1558, pet. in-folio. _La città d'Augusta_, p. 676. Le
bastion que nous donnons ici dépend d'un ouvrage avancé fort
important qui protégeait un ancien front de vieilles
murailles bâties en arrière d'un large fossé plein d'eau. La
courtine G est faiblement flanquée par le bastion, parce
qu'elle est dominée et enfilée dans toute sa longueur par
les vieilles murailles de la ville; quant à la courtine H,
elle se trouvait flanquée par la fausse braie et par le
prolongement E du bastion. Si le bastion pouvait être
difficilement attaqué derrière les flancs de la fausse braie
en D, il était impossible de l'attaquer du côté de la
courtine G, car alors l'assiégeant se trouvait pris en
revers par l'artillerie postée sur les vieux remparts qui
commandaient le flanc I du bastion. On commençait dès lors à
appliquer avec assez de méthode le principe: _Les dedans
doivent commander les dehors_, et l'assaillant devenu maître
du bastion se trouvait exposé aux feux d'un front
très-étendu (voy. 68 _bis_). A est le front des vieilles
murailles remparées, B un large cours d'eau, C un chemin
couvert avec barrière, terrassé contre l'ouvrage avancé; D
un petit cours d'eau, E des traverses, F des ponts, G un
rempart traversant le fossé, mais dominé, enfilé et battu en
revers par les vieilles murailles A de la ville; H l'ouvrage
avancé, I un front de vieilles murailles dérasées et
remparées, K un front remparé: ces deux remparts bas sont
battus de tous côtés par les murailles de la ville; L des
ponts, M le fossé plein d'eau, N les bastions en terre,
charpente et clayonnages, dont l'un est détaillé dans la
ligure (68); O les restes de vieilles défenses terrassées, P
les chemins couverts de l'ouvrage avancé. (Voir le plan de
la ville d'Ausbourg, qui présente une suite de bastions
construits suivant la forme adoptée pour les fausses-braies
des bastions d'Augusta.--Introd. à la _Fortification_,
dédiée à monseigneur le duc de Bourgogne. Paris, 1722; in-f°
ital.)]
[Note 234: _Della Cosmog. universale_, Sebast. Munstero,
1558, petit in-folio. _Sito et fig. di Francofordia città,
come è nel anno 1546_. Le bastion figuré dans cette vue
commande la rivière (le Mein) et tout un front des remparts
de la ville. Cet angle fortifié est fort intéressant à
étudier, et la gravure que nous avons copiée, en cherchant à
la rendre plus claire, indique les diverses moditications et
améliorations apportées à la défense des places pendant le
XVIe siècle. On a conservé, au centre du bastion neuf,
l'ancienne tour du coin qui sert de tour de guet; cette tour
est évidemment exhaussée d'un étage au XVIe siècle. Le
bastion est muni de deux étages de batteries; celle
inférieure est couverte et masquée par la contrescarpe du
fossé fait comme un mur de contre-garde. Cette batterie
couverte ne pouvait servir qu'au moment où l'assiégeant
débouchait dans le fossé. Le rentrant A qui contient une
batterie casematée est protégé par la saillie du bastion et
par un mur B, et commande la rivière. Des évents C
permettent à la fumée de la batterie couverte de s'échapper.
Au delà du ponceau est un rempart élevé en avant des
vieilles murailles, le passage du fossé. On remarque des
contre-forts qui viennent buter le revêtement en maçonnerie
du rempart et qui descendent dans la fausse braie; celle-ci
est enfilée par les feux du bastion d'angle et par un
rentrant du rempart D. Si ce n'était l'exiguïté des espaces,
cette défense passerait encore pour être assez forte. Nous
avons donné cet exemple, bien qu'il n'appartienne pas à
l'architecture militaire française; mais il faut songer
qu'au moment de la transition de la fortification ancienne à
la fortification moderne, les diverses nations occidentales
de l'Europe adoptaient rapidement les perfectionnements
nouveaux introduits dans l'art de défendre les places, et la
nécessité forçait d'oublier les traditions locales.]
[Note 235: Les murs de la ville de Narbonne, rebâtis
presque entièrement pendant le XVIe siècle, quelques anciens
ouvrages des fortifications de Caen, etc., présentaient des
défenses construites suivant ce principe.]
[Note 236: Cependant il existe un plan manuscrit de la
ville de Troyes dans les archives de cette ville, qui
indique de la manière la plus évidente des grands bastions à
orillons et faces formant un angle obtus; et ce plan ne peut
être postérieur à 1530 (voy. BASTION).]
[Note 237: _Delle fortif. di Giov. Scala_, al christ°. re
di Francia di Navarra, Henrico IV. Roma, 1596. La figure
reproduite ici est intitulée «Piatta forma fortissima difesa
et sicura con una gagliarda retirata diefro o altorno della
gola.» A, rempart, dit la légende, d'arrière défense, épais
de 50 pieds. B, parapet épais de 15 pieds et haut de 4
pieds. C, escarpement de la retirade, 14 pieds de haut. D,
espace plein qui porte une pente douce jusqu'au point G. H,
flanquement masqué par l'épaule I. K, parapet épais de 24
pieds, élevé de 48 pieds au-dessus du fossé. (Scala parle
ici de pieds romains 0,297,896.)]
[Note 238: _Ibid._ Planche intitulée: «D'un buon modo da
fabricare una piatta forma gagliarda et sicura, quantunque
la sia disunita della cortina.» X, rempart derrière la
courtine, dit la légende. C, pont qui communique de la ville
à la plate-forme (bastion). D, terre-plein. E, épaules. I,
flancs qui seront faits assez bas pour être couverts par les
épaules E... Scala donne, dans son _Traité des
fortifications_, un grand nombre de combinaisons de
bastions; quelques-unes sont remarquables pour l'époque.]
[Note 239: OEuv. compl. de N. Machiavelli, édit. Buchon,
1852. Voir le château de Milan (fig. 67), qui présente tous
les défauts signalés par Machiavel.]
[Note 240: Topog. de la Gaule. Mérian. Topog. de la
France. Bib. Imp.]
[Note 241: _Della fortif. delle città_ di M. Girol. Maggi,
e del cap. Jacom. Castriotto ingeniero del christ°. re di
Francia, 1583.]
[Note 242: _Les fortifications du chevalier Antoine De
Ville._ 1640. Chap. VIII.]
ARCHITRAVE, s. f. Ce mot, qui désigne le premier membre de l'entablement
antique, ne trouvait pas son emploi du Xe au XVIe siècle, puisque alors
on avait abandonné la plate-bande posant sur des colonnes; celles-ci
n'étant plus destinées à porter que des arcs. Si dans quelques cas
particuliers, pendant le moyen âge, des plates-bandes sont posées d'une
colonne à l'autre, on doit plutôt les regarder comme des linteaux que
comme des architraves (voy. LINTEAU), car l'architrave demande, pour
conserver son nom, la superposition de la frise et de la corniche. En
effet, architrave signifie proprement _maîtresse poutre_, et dans
l'entablement antique c'est elle qui porte les autres membres de
l'entablement. C'est à l'époque de la Renaissance que l'on retrouve
l'architrave employée avec les _ordres_ antiques, et ses proportions
sont alors, par rapport au diamètre de la colonne, très-variables (voy.
ENTABLEMENT). L'architrave antique est formée d'une seule pièce d'une
colonne à l'autre. Il n'y a pas d'exception à cette règle dans
l'architecture grecque; si déjà les Romains ont appareillé des
architraves en claveaux, c'est une fausse application du principe de
l'entablement antique. Lorsque l'on rencontre des architraves dans les
ordres appartenant à l'architecture de la Renaissance, elles sont
généralement, de même que pendant la bonne antiquité, formées d'un seul
morceau de pierre. Ce n'est guère que vers la moitié du XVIe siècle que
l'on eut l'idée d'appareiller les architraves; et plus tard encore,
quand la manie de copier les formes de l'architecture antique s'empara
des architectes, sans avoir égard aux principes de la construction de
cette architecture, on appareilla ensemble l'architrave et la frise, en
faisant passer les coupes des claveaux à travers ces deux membres de
l'entablement: c'était un grossier contre-sens qui s'est perpétué
jusqu'à nos jours.
ARDOISE, s. f. (Schiste lamelleux.) Dans les contrées où le schiste est
facile à exploiter on s'en est servi de tous temps, soit pour daller les
intérieurs des habitations, soit pour les couvrir, ou pour clore des
champs. La ténacité de cette matière, sa résistance, la facilité avec
laquelle elle se délite en lames minces, ont dû nécessairement engager
les constructeurs à l'employer. On a utilisé cette matière aussi comme
moellon. L'Anjou, quelques parties des Pyrénées, les Ardennes ont
conservé de très-anciennes constructions bâties en schiste qui ont
parfaitement résisté à l'action du temps. Mais c'est principalement pour
couvrir les charpentes que les ardoises ont été employées. Il paraîtrait
que dès le XIe siècle, dans les contrées schisteuses, on employait
l'ardoise concurremment avec la tuile creuse ou plate. Dans des
constructions de cette époque nous avons retrouvé de nombreux fragments
de grandes ardoises[243] très-épaisses et mal coupées, mais n'en
constituant pas moins une excellente couverture. Toutefois, tant qu'on
ne trouva pas les moyens d'exploiter l'ardoise en grand, de la déliter
et de la couper régulièrement, on dut préférer la tuile qui, faite avec
soin, couverte d'émaux de différentes couleurs, était d'un aspect
beaucoup plus riche et monumental. Les ardoises n'étaient guère
employées que pour les constructions vulgaires, et comme on les emploie
encore aujourd'hui dans les monts d'Or, dans la montagne Noire, et dans
les Ardennes. Ce ne fut guère que vers la fin du XIIe siècle que
l'ardoise devint d'un emploi général dans le nord et l'ouest de la
France. Des palais, des maisons de riches bourgeois, des églises même
étaient déjà couvertes en ardoises. L'adoption des combles coniques pour
les tours des châteaux rendait l'emploi de l'ardoise obligatoire, car on
ne pouvait convenablement couvrir un comble conique avec de la tuile, à
moins de la faire fabriquer exprès et de diverses largeurs, tandis que
l'ardoise, pouvant se tailler facilement, permettait de chevaucher
toujours les joints de chaque rang d'une couverture conique. Lorsque les
couvertures coniques étaient d'un très-petit diamètre, sur les tourelles
des escaliers, par exemple, afin d'éviter les cornes saillantes que des
ardoises plates n'eussent pas manqué de laisser voir sur une surface
curviligne convexe, on taillait leur extrémité inférieure en forme
d'écaille, et on avait le soin de les tenir très-étroites pour qu'elles
pussent mieux s'appliquer sur la surface courbe (1); et comme chaque
rang, en diminuant de diamètre, devait diminuer le hombre des ardoises
qui le composaient, on arrêtait souvent de distance en distance le
système des rangs d'écailles par un rang droit, et on reprenait
au-dessus les écailles en moindre nombre sans que l'oeil fût choqué du
changement apporté dans le recouvrement régulier des joints (2); ou bien
encore, lorsque par suite d'un recouvrement régulier de quelques rangs
sur une surface conique, les ardoises devenaient trop étroites pour
qu'il fût possible de continuer, on reprenait le rang suivant par des
ardoises couvrant deux joints (3).
Suivant la nature du schiste, les ardoises étaient plus ou moins grandes
ou épaisses. Dans la montagne Noire, dans une partie de l'Auvergne, les
schistes se délitent mal et sont remplis de filons durs qui empêchent de
les tailler régulièrement: aussi dans ces contrées les couvertures sont
grossières; mais dans les Ardennes, sur les bords de la Moselle, et dans
l'Anjou, les schistes très-purs permettent une grande régularité dans la
taille de l'ardoise, et dès le XIIIe siècle on n'a pas manqué de
profiter des qualités de ces matériaux pour faire des couvertures à la
fois solides, faciles à poser, peu dispendieuses et d'une apparence fort
agréable. La couleur de l'ardoise de l'Anjou, son aspect métallique et
son peu d'épaisseur, se mariant parfaitement avec le plomb, on
continuait à employer ce métal pour garnir les poinçons, les faîtages,
les arêtiers, les noues, les lucarnes, réservant l'ardoise pour les
grandes parties plates. Mais les architectes du XIIIe siècle avaient une
sorte de répulsion pour la banalité, qui leur fit bientôt chercher les
moyens d'employer l'ardoise en la faisant servir à la décoration en même
temps qu'à la couverture des édifices. Ils avaient remarqué que
l'ardoise obtient un reflet différent suivant qu'on présente sa surface
dans un sens ou dans l'autre à la lumière du soleil; ils utilisèrent
sans dépense aucune cette propriété de l'ardoise, pour former sur leurs
combles des mosaïques de deux tons (4). Souvent aussi ils taillèrent
leurs ardoises de diverses manières (5), ou les posèrent de façon à
rompre la monotonie des couvertures, soit en quinconce (6), soit en épis
(7), soit ainsi que cela se pratique sur les bords de la Moselle, et
particulièrement à Metz et à Trèves, en écailles ordinaires (fig. 1) ou
en écailles biaises, dites _couverture allemande_ (8). Ces méthodes
différentes adoptées à partir du XIIIe siècle ne subirent pas de
changements notables pendant le cours des XIVe et XVe siècles. L'ardoise
mieux exploitée était livrée plus régulière, plus fine et plus mince, et
si l'aspect des couvertures y gagnait, il n'en était pas de même pour
leur durée. Les anciennes ardoises (nous parlons de celles des XIIe et
XIIIe siècles) ont de dix à quinze millimètres d'épaisseur, tandis que
celles du XVe siècle n'ont guère que de cinq à huit millimètres au plus.
Quant à leur longueur et largeur, généralement les anciennes ardoises
employées dans l'ouest et dans le nord sont petites, de 0,18c de largeur
environ sur 0,25c de hauteur; souvent elles appartiennent à la série
nommée aujourd'hui _héridelle_, et n'ayant que 0,10c de large environ
sur 0,38c. Cependant les anciens couvreurs avaient le soin de commencer
leurs couvertures en posant sur l'extrémité des coyaux des combles un
rang de larges et fortes ardoises, afin de donner moins de prise au
vent. Les anciennes couvertures en ardoises étant fort inclinées, le
pureau[244] n'était guère que du tiers de la hauteur de l'ardoise. On
peut dire qu'une couverture en ardoise épaisse, sur une pente forte,
clouée sur de la volige de châtaignier ou de chêne blanc, dure des
siècles sans avoir besoin d'être réparée, surtout si on a le soin
d'éviter de multiplier les noues, les arêtiers, les solins, ou du moins
de les bien garnir de plomb solidement attaché. A partir du XIIIe
siècle, partout où l'ardoise pouvait être importée, on lui donnait une
grande préférence sur la tuile, et ce n'était pas sans cause. L'ardoise
d'Angers ou des Ardennes ne s'imprègne pas d'une quantité d'eau
appréciable, et par sa chaleur naturelle laisse rapidement évaporer
celle qui tombe sur sa surface; la tuile, au contraire, si elle n'est
pas vernissée, se charge de son huitième de poids d'eau, et séchant
lentement, laisse peu à peu l'humidité pénétrer les charpentes; même
étant bien faite, elle ne peut empêcher la neige fouettée par le vent de
passer sous les combles. De plus, la tuile ne se prête pas à des
couvertures compliquées, telles que celles qu'un état de civilisation
avancé oblige d'employer, soit pour établir des lucarnes, faire passer
des tuyaux de cheminée, disposer des faîtages, des noues, arêtiers et
pénétrations. L'adoption presque générale de l'ardoise, au moins pour
les édifices de quelque importance, eut une influence sur la forme des
combles: jusque vers la fin du XIIe siècle, on ne leur donnait guère une
pente supérieure à quarante-cinq degrés, ce qui est la pente la plus
roide pour de la tuile, mais on crut devoir augmenter l'acuité des
combles destinés à être couverts en ardoise; celles-ci, retenues chacune
par deux clous, ne pouvaient glisser comme le fait la tuile lorsque la
pente des combles est trop forte, et plus leur inclinaison se
rapprochait de la verticale, moins elles offraient de prise au vent.
L'acuité des combles couverts en ardoise avait encore cet avantage de
laisser glisser la neige, qui ne pouvait ainsi séjourner sur leur pente.
Dans les villes du nord, à partir du XIVe siècle, beaucoup de maisons
étaient construites en pans de bois, et l'on se gardait bien alors,
comme on le fait aujourd'hui, de couvrir ces pans de bois par des
enduits. Toutefois, pour ne pas laisser les bois directement exposés aux
intempéries, ou on les peignait avec soin, ou lorsqu'ils se trouvaient
opposés aux vents de pluie, on les recouvrait d'ardoises ou de bardeaux
_essente_ (voy. BARDEAU). Quelquefois ce revêtement couvrait les
membrures du pan de bois et le colombage; souvent le colombage, formé
d'un simple enduit sur garni de platras ou de briques, restait apparent,
et l'ardoise recouvrait seulement les poteaux, écharpes, sablières,
potelets et tournisses du pan de bois. Au XVe siècle, ces ardoises
servant de revêtement vertical des pans de bois étaient fréquemment
découpées et formaient des dessins de diverses sortes: écailles,
feuillages, trèfles, lozanges, etc.; cet usage se perpétua encore
pendant le XVIe siècle[245]. Des maisons de Rouen, d'Abbeville, de
Caudebec, de Lizieux, de Troyes, de Reims, qui datent des XVe et XVIe
siècles, présentent encore des vestiges de ces revêtements d'ardoises
découpées sur les pans de bois. Voici (9) la disposition des ardoises
qui enveloppent les poteaux corniers de plusieurs maisons de Rouen[246];
qui se trouvent sur les tournisses, écharpes et potelets d'une maison
d'Abbeville (10); sur les appuis et sablières de quelques maisons de
Rouen et de Lizieux (11); au sommet d'un pignon d'une maison de la
grand'rue n°75 à Rouen (12). Quelquefois aussi pour décorer les enduits
en mortier ou plâtre entre les membrures des pans de bois des
habitations privées, on clouait quelques ardoises découpées formant un
ornement (13). Au château de Chambord les couronnements du grand
escalier, les têtes des cheminées présentent des médaillons ronds ou en
lozange qui sont remplis par une ardoise formant de loin des points
noirs qui relèvent et allégissent ces sommets. Nous avons vu quelquefois
dans des édifices de la fin du XVe siècle et du commencement du XVIe des
morceaux d'ardoises incrustés dans les très-fines arcatures à jour des
pinacles, des supports, des soubassements, des tombeaux, et qui par leur
ton obscur font ressortir les découpures de pierre. Les _poseurs_ de ces
époques se servaient aussi d'ardoises pour caler les pierres, et l'on en
rencontre fréquemment dans les joints. Les deux colonnes si délicates
qui supportaient la tourelle de l'hôtel de la Trémoille à Paris, dont
les restes sont déposés à l'École des beaux-arts, étaient calées avec
des ardoises qui couvraient la surface de leurs lits.
Nous avons vu, dans les contrées où le schiste est commun, les ardoises
employées en grands morceaux, soit pour servir de paliers aux escaliers,
soit en guise de pannes sous les combles pour porter les chevrons, ou de
poteaux de hangards, soit comme clôtures de jardins en grandes lames
fichées en terre, soit encore comme pierres tombales, particulièrement
pendant les XVe et XVIe siècles. L'usage de peindre les ardoises ne peut
être douteux, bien que nous n'ayons pu trouver d'ardoises peintes ou
dorées antérieures au XVIe siècle; mais dans les habitations du XVe
siècle on rencontre parfois des écussons en ardoises cloués sur les pans
de bois, et il est à présumer qu'ils étaient destinés à
recevoir les
couleurs et les métaux des armes des propriétaires.
[Illustration: Fig. 1 et 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Note 243: Les voûtes de l'ancienne cathédrale de
Carcassonne (Saint-Nazaire) étaient dans l'origine,
couvertes de grandes ardoises provenant de la montagne
Noire.]
[Note 244: On appelle _pureau_ la portion des ardoises ou
des tuiles qui reste visible après qu'elles ont été
superposées par le couvreur sur la volige ou le lattis. Le
pureau étant du tiers ou du quart de la hauteur de
l'ardoise, chaque point de la couverture est recouvert par
trois ou quatre épaisseurs d'ardoises, et chaque ardoise ne
laisse voir que le tiers ou le quart de sa hauteur.]
[Note 245: Voir l'_Essai sur les girouettes, épis, crêtes,
et autres décorat. des anciens combles et pignons_, par E.
De La Quérière, 1846, dans lequel on rencontre un assez
grand nombre d'exemples de ces revêtements d'ardoises.]
[Note 246: Maisons situées Grand'Rue, 88, au coin de la
rue du Tambour, rue du Bac, 66, rue du Ruissel, 54, à
Rouen.]
ARÊTE, s. f. (voy. VOUTE, CHARPENTE, TAILLE).