[Note 212: Ce plan est tiré de la _Topographie de la

Gaule_, éd. de Francfort; Mérian, 1655. La majeure partie de

ces fortifications existent encore.]

[Note 213: L'ouvrage avancé indiqué sur ce plan a été

remplacé par une défense moderne importante, à cheval sur la

route venant de Dijon.]

[Note 214: Cette tour s'appelle aujourd'hui _tour du

Marché_. Nous donnons le seul étage qui soit conservé, c'est

l'étage inférieur. Le plan est à l'échelle de 0,00175 p. m.]

[Note 215: Nous devons à M. Millet, architecte attaché à

la Commission des monuments historiques, les dessins de cet

ouvrage de défense.]

[Note 216: Les courtines voisines datent du XIIIe siècle.

C'est à M. Abadie que nous devons le relevé fort exact de

cet ouvrage de défense.]

[Note 217: Voy. TOUR, MEURTRIÈRE]

[Note 218: Nous empruntons ce passage au _Précis

historique de l'influence des armes à feu sur l'art de la

guerre_, par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, présid. de

la Républ., p. 103. (Ext. de la _Chronique_ de Molinet, t.

V, ch. CCLXXXIII, p. 42.)]

[Note 219: C'est le nom qu'on donne aux parties du parapet

comprises entre les créneaux ou embrasures.]

[Note 220: _Comment._ du maréc. de Montluc; édit. Buchon,

p. 142.]

[Note 221: Dès la fin du XVIe siècle, l'artillerie

française avait adopté six calibres de bouches à feu: le

canon, dont la longueur était de dix pieds, et dont le

boulet pesait 33 liv. 1/3; la couleuvrine, dont la longueur

était de onze pieds, et dont le boulet pesait 16 liv. 1/2;

la bâtarde, dont la longueur était de neuf pieds et demi, et

dont le boulet pesait 7 liv. 1/2; la moyenne, dont la

longueur était de huit pieds deux pouces, et dont le boulet

pesait 2 liv. 3/4; le faucon, dont la longueur était de sept

pieds, et dont le boulet pesait 1 liv. 1/2; le fauconneau,

dont la longueur était de cinq pieds quatre pouces, et dont

le boulet pesait 14 onces. (_La Fortification_, par Errard

de Bar-le-Duc. Paris, 1620.)]

[Note 222: Voy. _le Roi sage. Récit des actions de

l'empereur Maximilien Ier_, par Marc Treitzsaurwen, avec les

gravures de Hannsen Burgmair. Publ. en 1775; Vienne. (Les

gravures en bois de cet ouvrage datent du commencement du

XVIe siècle.)]

[Note 223: _Ibid._]

[Note 224: Voir la note, à la page précédente.]

[Note 225: _Porte à Mazelle, à Metz_. Topog. de la Gaule,

Mérian. 1655.]

[Note 226: _Porte de Lectoure_, Ibid.]

[Note 227: Some account of domest. archit. in England from

Edward I to Richard II; Oxford. J. H. Parker, 1853. Le

château de Kingston sur Hull fut fondé par le roi Édouard

Ier après la bataille de Dunbar, mais les fortifications qui

sont reproduites ici sont certainement d'une date

postérieure à cette époque, probablement de la fin du XVe

siècle. M. Parker observe avec raison qu'elles étaient

conformes aux défenses extérieures adoptées en France.]

[Note 228: D'après une gravure du XVIe siècle, tirée du

cabinet de l'auteur.]

[Note 229: Gravure allemande du XVIe siècle, tirée du

cabinet de M. Alfred Gérente.]

[Note 230: _Vue de la ville de Marseille_. Topog. de la

Gaule, Mérian.]

[Note 231: _Défenses de la ville de Blaye_. Topog. de la

Gaule, Mérian.]

[Note 232: Voy. BASTILLE. BASTION, BOULEVARD.]

[Note 233: _Della Cosmog. universale_, Sebast. Munstero,

1558, pet. in-folio. _La città d'Augusta_, p. 676. Le

bastion que nous donnons ici dépend d'un ouvrage avancé fort

important qui protégeait un ancien front de vieilles

murailles bâties en arrière d'un large fossé plein d'eau. La

courtine G est faiblement flanquée par le bastion, parce

qu'elle est dominée et enfilée dans toute sa longueur par

les vieilles murailles de la ville; quant à la courtine H,

elle se trouvait flanquée par la fausse braie et par le

prolongement E du bastion. Si le bastion pouvait être

difficilement attaqué derrière les flancs de la fausse braie

en D, il était impossible de l'attaquer du côté de la

courtine G, car alors l'assiégeant se trouvait pris en

revers par l'artillerie postée sur les vieux remparts qui

commandaient le flanc I du bastion. On commençait dès lors à

appliquer avec assez de méthode le principe: _Les dedans

doivent commander les dehors_, et l'assaillant devenu maître

du bastion se trouvait exposé aux feux d'un front

très-étendu (voy. 68 _bis_). A est le front des vieilles

murailles remparées, B un large cours d'eau, C un chemin

couvert avec barrière, terrassé contre l'ouvrage avancé; D

un petit cours d'eau, E des traverses, F des ponts, G un

rempart traversant le fossé, mais dominé, enfilé et battu en

revers par les vieilles murailles A de la ville; H l'ouvrage

avancé, I un front de vieilles murailles dérasées et

remparées, K un front remparé: ces deux remparts bas sont

battus de tous côtés par les murailles de la ville; L des

ponts, M le fossé plein d'eau, N les bastions en terre,

charpente et clayonnages, dont l'un est détaillé dans la

ligure (68); O les restes de vieilles défenses terrassées, P

les chemins couverts de l'ouvrage avancé. (Voir le plan de

la ville d'Ausbourg, qui présente une suite de bastions

construits suivant la forme adoptée pour les fausses-braies

des bastions d'Augusta.--Introd. à la _Fortification_,

dédiée à monseigneur le duc de Bourgogne. Paris, 1722; in-f°

ital.)]

[Note 234: _Della Cosmog. universale_, Sebast. Munstero,

1558, petit in-folio. _Sito et fig. di Francofordia città,

come è nel anno 1546_. Le bastion figuré dans cette vue

commande la rivière (le Mein) et tout un front des remparts

de la ville. Cet angle fortifié est fort intéressant à

étudier, et la gravure que nous avons copiée, en cherchant à

la rendre plus claire, indique les diverses moditications et

améliorations apportées à la défense des places pendant le

XVIe siècle. On a conservé, au centre du bastion neuf,

l'ancienne tour du coin qui sert de tour de guet; cette tour

est évidemment exhaussée d'un étage au XVIe siècle. Le

bastion est muni de deux étages de batteries; celle

inférieure est couverte et masquée par la contrescarpe du

fossé fait comme un mur de contre-garde. Cette batterie

couverte ne pouvait servir qu'au moment où l'assiégeant

débouchait dans le fossé. Le rentrant A qui contient une

batterie casematée est protégé par la saillie du bastion et

par un mur B, et commande la rivière. Des évents C

permettent à la fumée de la batterie couverte de s'échapper.

Au delà du ponceau est un rempart élevé en avant des

vieilles murailles, le passage du fossé. On remarque des

contre-forts qui viennent buter le revêtement en maçonnerie

du rempart et qui descendent dans la fausse braie; celle-ci

est enfilée par les feux du bastion d'angle et par un

rentrant du rempart D. Si ce n'était l'exiguïté des espaces,

cette défense passerait encore pour être assez forte. Nous

avons donné cet exemple, bien qu'il n'appartienne pas à

l'architecture militaire française; mais il faut songer

qu'au moment de la transition de la fortification ancienne à

la fortification moderne, les diverses nations occidentales

de l'Europe adoptaient rapidement les perfectionnements

nouveaux introduits dans l'art de défendre les places, et la

nécessité forçait d'oublier les traditions locales.]

[Note 235: Les murs de la ville de Narbonne, rebâtis

presque entièrement pendant le XVIe siècle, quelques anciens

ouvrages des fortifications de Caen, etc., présentaient des

défenses construites suivant ce principe.]

[Note 236: Cependant il existe un plan manuscrit de la

ville de Troyes dans les archives de cette ville, qui

indique de la manière la plus évidente des grands bastions à

orillons et faces formant un angle obtus; et ce plan ne peut

être postérieur à 1530 (voy. BASTION).]

[Note 237: _Delle fortif. di Giov. Scala_, al christ°. re

di Francia di Navarra, Henrico IV. Roma, 1596. La figure

reproduite ici est intitulée «Piatta forma fortissima difesa

et sicura con una gagliarda retirata diefro o altorno della

gola.» A, rempart, dit la légende, d'arrière défense, épais

de 50 pieds. B, parapet épais de 15 pieds et haut de 4

pieds. C, escarpement de la retirade, 14 pieds de haut. D,

espace plein qui porte une pente douce jusqu'au point G. H,

flanquement masqué par l'épaule I. K, parapet épais de 24

pieds, élevé de 48 pieds au-dessus du fossé. (Scala parle

ici de pieds romains 0,297,896.)]

[Note 238: _Ibid._ Planche intitulée: «D'un buon modo da

fabricare una piatta forma gagliarda et sicura, quantunque

la sia disunita della cortina.» X, rempart derrière la

courtine, dit la légende. C, pont qui communique de la ville

à la plate-forme (bastion). D, terre-plein. E, épaules. I,

flancs qui seront faits assez bas pour être couverts par les

épaules E... Scala donne, dans son _Traité des

fortifications_, un grand nombre de combinaisons de

bastions; quelques-unes sont remarquables pour l'époque.]

[Note 239: OEuv. compl. de N. Machiavelli, édit. Buchon,

1852. Voir le château de Milan (fig. 67), qui présente tous

les défauts signalés par Machiavel.]

[Note 240: Topog. de la Gaule. Mérian. Topog. de la

France. Bib. Imp.]

[Note 241: _Della fortif. delle città_ di M. Girol. Maggi,

e del cap. Jacom. Castriotto ingeniero del christ°. re di

Francia, 1583.]

[Note 242: _Les fortifications du chevalier Antoine De

Ville._ 1640. Chap. VIII.]

ARCHITRAVE, s. f. Ce mot, qui désigne le premier membre de l'entablement

antique, ne trouvait pas son emploi du Xe au XVIe siècle, puisque alors

on avait abandonné la plate-bande posant sur des colonnes; celles-ci

n'étant plus destinées à porter que des arcs. Si dans quelques cas

particuliers, pendant le moyen âge, des plates-bandes sont posées d'une

colonne à l'autre, on doit plutôt les regarder comme des linteaux que

comme des architraves (voy. LINTEAU), car l'architrave demande, pour

conserver son nom, la superposition de la frise et de la corniche. En

effet, architrave signifie proprement _maîtresse poutre_, et dans

l'entablement antique c'est elle qui porte les autres membres de

l'entablement. C'est à l'époque de la Renaissance que l'on retrouve

l'architrave employée avec les _ordres_ antiques, et ses proportions

sont alors, par rapport au diamètre de la colonne, très-variables (voy.

ENTABLEMENT). L'architrave antique est formée d'une seule pièce d'une

colonne à l'autre. Il n'y a pas d'exception à cette règle dans

l'architecture grecque; si déjà les Romains ont appareillé des

architraves en claveaux, c'est une fausse application du principe de

l'entablement antique. Lorsque l'on rencontre des architraves dans les

ordres appartenant à l'architecture de la Renaissance, elles sont

généralement, de même que pendant la bonne antiquité, formées d'un seul

morceau de pierre. Ce n'est guère que vers la moitié du XVIe siècle que

l'on eut l'idée d'appareiller les architraves; et plus tard encore,

quand la manie de copier les formes de l'architecture antique s'empara

des architectes, sans avoir égard aux principes de la construction de

cette architecture, on appareilla ensemble l'architrave et la frise, en

faisant passer les coupes des claveaux à travers ces deux membres de

l'entablement: c'était un grossier contre-sens qui s'est perpétué

jusqu'à nos jours.

ARDOISE, s. f. (Schiste lamelleux.) Dans les contrées où le schiste est

facile à exploiter on s'en est servi de tous temps, soit pour daller les

intérieurs des habitations, soit pour les couvrir, ou pour clore des

champs. La ténacité de cette matière, sa résistance, la facilité avec

laquelle elle se délite en lames minces, ont dû nécessairement engager

les constructeurs à l'employer. On a utilisé cette matière aussi comme

moellon. L'Anjou, quelques parties des Pyrénées, les Ardennes ont

conservé de très-anciennes constructions bâties en schiste qui ont

parfaitement résisté à l'action du temps. Mais c'est principalement pour

couvrir les charpentes que les ardoises ont été employées. Il paraîtrait

que dès le XIe siècle, dans les contrées schisteuses, on employait

l'ardoise concurremment avec la tuile creuse ou plate. Dans des

constructions de cette époque nous avons retrouvé de nombreux fragments

de grandes ardoises[243] très-épaisses et mal coupées, mais n'en

constituant pas moins une excellente couverture. Toutefois, tant qu'on

ne trouva pas les moyens d'exploiter l'ardoise en grand, de la déliter

et de la couper régulièrement, on dut préférer la tuile qui, faite avec

soin, couverte d'émaux de différentes couleurs, était d'un aspect

beaucoup plus riche et monumental. Les ardoises n'étaient guère

employées que pour les constructions vulgaires, et comme on les emploie

encore aujourd'hui dans les monts d'Or, dans la montagne Noire, et dans

les Ardennes. Ce ne fut guère que vers la fin du XIIe siècle que

l'ardoise devint d'un emploi général dans le nord et l'ouest de la

France. Des palais, des maisons de riches bourgeois, des églises même

étaient déjà couvertes en ardoises. L'adoption des combles coniques pour

les tours des châteaux rendait l'emploi de l'ardoise obligatoire, car on

ne pouvait convenablement couvrir un comble conique avec de la tuile, à

moins de la faire fabriquer exprès et de diverses largeurs, tandis que

l'ardoise, pouvant se tailler facilement, permettait de chevaucher

toujours les joints de chaque rang d'une couverture conique. Lorsque les

couvertures coniques étaient d'un très-petit diamètre, sur les tourelles

des escaliers, par exemple, afin d'éviter les cornes saillantes que des

ardoises plates n'eussent pas manqué de laisser voir sur une surface

curviligne convexe, on taillait leur extrémité inférieure en forme

d'écaille, et on avait le soin de les tenir très-étroites pour qu'elles

pussent mieux s'appliquer sur la surface courbe (1); et comme chaque

rang, en diminuant de diamètre, devait diminuer le hombre des ardoises

qui le composaient, on arrêtait souvent de distance en distance le

système des rangs d'écailles par un rang droit, et on reprenait

au-dessus les écailles en moindre nombre sans que l'oeil fût choqué du

changement apporté dans le recouvrement régulier des joints (2); ou bien

encore, lorsque par suite d'un recouvrement régulier de quelques rangs

sur une surface conique, les ardoises devenaient trop étroites pour

qu'il fût possible de continuer, on reprenait le rang suivant par des

ardoises couvrant deux joints (3).

Suivant la nature du schiste, les ardoises étaient plus ou moins grandes

ou épaisses. Dans la montagne Noire, dans une partie de l'Auvergne, les

schistes se délitent mal et sont remplis de filons durs qui empêchent de

les tailler régulièrement: aussi dans ces contrées les couvertures sont

grossières; mais dans les Ardennes, sur les bords de la Moselle, et dans

l'Anjou, les schistes très-purs permettent une grande régularité dans la

taille de l'ardoise, et dès le XIIIe siècle on n'a pas manqué de

profiter des qualités de ces matériaux pour faire des couvertures à la

fois solides, faciles à poser, peu dispendieuses et d'une apparence fort

agréable. La couleur de l'ardoise de l'Anjou, son aspect métallique et

son peu d'épaisseur, se mariant parfaitement avec le plomb, on

continuait à employer ce métal pour garnir les poinçons, les faîtages,

les arêtiers, les noues, les lucarnes, réservant l'ardoise pour les

grandes parties plates. Mais les architectes du XIIIe siècle avaient une

sorte de répulsion pour la banalité, qui leur fit bientôt chercher les

moyens d'employer l'ardoise en la faisant servir à la décoration en même

temps qu'à la couverture des édifices. Ils avaient remarqué que

l'ardoise obtient un reflet différent suivant qu'on présente sa surface

dans un sens ou dans l'autre à la lumière du soleil; ils utilisèrent

sans dépense aucune cette propriété de l'ardoise, pour former sur leurs

combles des mosaïques de deux tons (4). Souvent aussi ils taillèrent

leurs ardoises de diverses manières (5), ou les posèrent de façon à

rompre la monotonie des couvertures, soit en quinconce (6), soit en épis

(7), soit ainsi que cela se pratique sur les bords de la Moselle, et

particulièrement à Metz et à Trèves, en écailles ordinaires (fig. 1) ou

en écailles biaises, dites _couverture allemande_ (8). Ces méthodes

différentes adoptées à partir du XIIIe siècle ne subirent pas de

changements notables pendant le cours des XIVe et XVe siècles. L'ardoise

mieux exploitée était livrée plus régulière, plus fine et plus mince, et

si l'aspect des couvertures y gagnait, il n'en était pas de même pour

leur durée. Les anciennes ardoises (nous parlons de celles des XIIe et

XIIIe siècles) ont de dix à quinze millimètres d'épaisseur, tandis que

celles du XVe siècle n'ont guère que de cinq à huit millimètres au plus.

Quant à leur longueur et largeur, généralement les anciennes ardoises

employées dans l'ouest et dans le nord sont petites, de 0,18c de largeur

environ sur 0,25c de hauteur; souvent elles appartiennent à la série

nommée aujourd'hui _héridelle_, et n'ayant que 0,10c de large environ

sur 0,38c. Cependant les anciens couvreurs avaient le soin de commencer

leurs couvertures en posant sur l'extrémité des coyaux des combles un

rang de larges et fortes ardoises, afin de donner moins de prise au

vent. Les anciennes couvertures en ardoises étant fort inclinées, le

pureau[244] n'était guère que du tiers de la hauteur de l'ardoise. On

peut dire qu'une couverture en ardoise épaisse, sur une pente forte,

clouée sur de la volige de châtaignier ou de chêne blanc, dure des

siècles sans avoir besoin d'être réparée, surtout si on a le soin

d'éviter de multiplier les noues, les arêtiers, les solins, ou du moins

de les bien garnir de plomb solidement attaché. A partir du XIIIe

siècle, partout où l'ardoise pouvait être importée, on lui donnait une

grande préférence sur la tuile, et ce n'était pas sans cause. L'ardoise

d'Angers ou des Ardennes ne s'imprègne pas d'une quantité d'eau

appréciable, et par sa chaleur naturelle laisse rapidement évaporer

celle qui tombe sur sa surface; la tuile, au contraire, si elle n'est

pas vernissée, se charge de son huitième de poids d'eau, et séchant

lentement, laisse peu à peu l'humidité pénétrer les charpentes; même

étant bien faite, elle ne peut empêcher la neige fouettée par le vent de

passer sous les combles. De plus, la tuile ne se prête pas à des

couvertures compliquées, telles que celles qu'un état de civilisation

avancé oblige d'employer, soit pour établir des lucarnes, faire passer

des tuyaux de cheminée, disposer des faîtages, des noues, arêtiers et

pénétrations. L'adoption presque générale de l'ardoise, au moins pour

les édifices de quelque importance, eut une influence sur la forme des

combles: jusque vers la fin du XIIe siècle, on ne leur donnait guère une

pente supérieure à quarante-cinq degrés, ce qui est la pente la plus

roide pour de la tuile, mais on crut devoir augmenter l'acuité des

combles destinés à être couverts en ardoise; celles-ci, retenues chacune

par deux clous, ne pouvaient glisser comme le fait la tuile lorsque la

pente des combles est trop forte, et plus leur inclinaison se

rapprochait de la verticale, moins elles offraient de prise au vent.

L'acuité des combles couverts en ardoise avait encore cet avantage de

laisser glisser la neige, qui ne pouvait ainsi séjourner sur leur pente.

Dans les villes du nord, à partir du XIVe siècle, beaucoup de maisons

étaient construites en pans de bois, et l'on se gardait bien alors,

comme on le fait aujourd'hui, de couvrir ces pans de bois par des

enduits. Toutefois, pour ne pas laisser les bois directement exposés aux

intempéries, ou on les peignait avec soin, ou lorsqu'ils se trouvaient

opposés aux vents de pluie, on les recouvrait d'ardoises ou de bardeaux

_essente_ (voy. BARDEAU). Quelquefois ce revêtement couvrait les

membrures du pan de bois et le colombage; souvent le colombage, formé

d'un simple enduit sur garni de platras ou de briques, restait apparent,

et l'ardoise recouvrait seulement les poteaux, écharpes, sablières,

potelets et tournisses du pan de bois. Au XVe siècle, ces ardoises

servant de revêtement vertical des pans de bois étaient fréquemment

découpées et formaient des dessins de diverses sortes: écailles,

feuillages, trèfles, lozanges, etc.; cet usage se perpétua encore

pendant le XVIe siècle[245]. Des maisons de Rouen, d'Abbeville, de

Caudebec, de Lizieux, de Troyes, de Reims, qui datent des XVe et XVIe

siècles, présentent encore des vestiges de ces revêtements d'ardoises

découpées sur les pans de bois. Voici (9) la disposition des ardoises

qui enveloppent les poteaux corniers de plusieurs maisons de Rouen[246];

qui se trouvent sur les tournisses, écharpes et potelets d'une maison

d'Abbeville (10); sur les appuis et sablières de quelques maisons de

Rouen et de Lizieux (11); au sommet d'un pignon d'une maison de la

grand'rue n°75 à Rouen (12). Quelquefois aussi pour décorer les enduits

en mortier ou plâtre entre les membrures des pans de bois des

habitations privées, on clouait quelques ardoises découpées formant un

ornement (13). Au château de Chambord les couronnements du grand

escalier, les têtes des cheminées présentent des médaillons ronds ou en

lozange qui sont remplis par une ardoise formant de loin des points

noirs qui relèvent et allégissent ces sommets. Nous avons vu quelquefois

dans des édifices de la fin du XVe siècle et du commencement du XVIe des

morceaux d'ardoises incrustés dans les très-fines arcatures à jour des

pinacles, des supports, des soubassements, des tombeaux, et qui par leur

ton obscur font ressortir les découpures de pierre. Les _poseurs_ de ces

époques se servaient aussi d'ardoises pour caler les pierres, et l'on en

rencontre fréquemment dans les joints. Les deux colonnes si délicates

qui supportaient la tourelle de l'hôtel de la Trémoille à Paris, dont

les restes sont déposés à l'École des beaux-arts, étaient calées avec

des ardoises qui couvraient la surface de leurs lits.

Nous avons vu, dans les contrées où le schiste est commun, les ardoises

employées en grands morceaux, soit pour servir de paliers aux escaliers,

soit en guise de pannes sous les combles pour porter les chevrons, ou de

poteaux de hangards, soit comme clôtures de jardins en grandes lames

fichées en terre, soit encore comme pierres tombales, particulièrement

pendant les XVe et XVIe siècles. L'usage de peindre les ardoises ne peut

être douteux, bien que nous n'ayons pu trouver d'ardoises peintes ou

dorées antérieures au XVIe siècle; mais dans les habitations du XVe

siècle on rencontre parfois des écussons en ardoises cloués sur les pans

de bois, et il est à présumer qu'ils étaient destinés à

recevoir les

couleurs et les métaux des armes des propriétaires.

[Illustration: Fig. 1 et 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Note 243: Les voûtes de l'ancienne cathédrale de

Carcassonne (Saint-Nazaire) étaient dans l'origine,

couvertes de grandes ardoises provenant de la montagne

Noire.]

[Note 244: On appelle _pureau_ la portion des ardoises ou

des tuiles qui reste visible après qu'elles ont été

superposées par le couvreur sur la volige ou le lattis. Le

pureau étant du tiers ou du quart de la hauteur de

l'ardoise, chaque point de la couverture est recouvert par

trois ou quatre épaisseurs d'ardoises, et chaque ardoise ne

laisse voir que le tiers ou le quart de sa hauteur.]

[Note 245: Voir l'_Essai sur les girouettes, épis, crêtes,

et autres décorat. des anciens combles et pignons_, par E.

De La Quérière, 1846, dans lequel on rencontre un assez

grand nombre d'exemples de ces revêtements d'ardoises.]

[Note 246: Maisons situées Grand'Rue, 88, au coin de la

rue du Tambour, rue du Bac, 66, rue du Ruissel, 54, à

Rouen.]

ARÊTE, s. f. (voy. VOUTE, CHARPENTE, TAILLE).

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 1 - (A) · 第 43 / 47 段