la France, surtout sur les frontières des provinces, est
incalculable. Il n'était guère de village, de bourgade ou de
petite ville qui n'en possédât au moins un, sans compter les
châteaux isolés, les postes et les tours qui, de distance en
distance, se rencontraient sur les cours des rivières, dans
les vallées servant de passages, et dans les _marches_. Dès
les premiers temps de l'organisation féodale, les seigneurs,
les villes, les évêques, les abbés avaient dû dans maintes
circonstances recourir à l'autorité suzeraine des rois de
France pour interdire la construction de nouveaux châteaux
préjudiciables à leurs intérêts et «à ceux de la patrie.»
(Les Olim.) D'un autre côté, malgré la défense de ses
vassaux, le roi de France, par acte du parlement, autorisait
la construction de châteaux forts, afin d'amoindrir la
puissance presque rivale de ses grands vassaux. «Cum abbas
et conventus Dalonensis associassent dominum regem ad
quemdam locum qui dicitur Tauriacus, pro quadam bastida
ibidem construenda, et dominus Garnerius de Castro-Novo,
miles, et vicecomes Turenne se opponerent, et dicerunt
dictam bastidam absque eorum prejudicio non posse fieri:
Auditis eorum contradicionibus et racionibus, pronunciatum
fuit quod dicta bastida ibidem fieret et remaneret.» (Les
Olim, édit. du Min. de l'lnstr. publ. Philippe III, 1279, t.
II, p. 147.)]
[Note 174: Nous renvoyons nos lecteurs au mot CHÂTEAU.
Nous donnons en détail, dans cet article important, les
diverses dispositions et le classement de ces demeures
féodales, ainsi que les moyens particuliers de défense, de
secours, etc.]
[Note 175: «Philippe le Hardi, parti de Paris au mois de
février 1272 à la tête d'une armée nombreuse, pour aller
prendre possession du comté de Toulouse, et pour châtier en
passant la révolte de Roger Bernard, comte de Foix, s'arrêta
à Marmande. Là, il signa, dans le mois de mai, avec
Guillaume Boccanegra, qui l'avait joint dans cette ville, un
traité par lequel celui-ci s'engageait à consacrer 5000 liv.
tournois (88,500 fr.) à la construction des remparts
d'Aigues-Mortes, moyennant l'abandon que le roi lui faisait,
à titre de fief, ainsi qu'à ses descendants, de la moitié
des droits domaniaux auxquels la ville et le port étaient
assujettis. Les lettres patentes données à cet effet furent
contre-signées, pour les rendre plus authentiques, par les
grands officiers de la couronne. En même temps, et pour
contribuer aux mêmes dépenses, Philippe ordonna qu'on
lèverait, outre le denier pour livre déjà établi, un
quarantième sur toutes les marchandises qui entreraient à
Aigues-Mortes par terre ou par mer» (_Hist. géner. du
Languedoc_. Reg. 30 du trésor des chartes, n° 441, _Hist.
d'Aigues-Mortes_, par F. Em. di Pietro, 1849.)]
[Note 176: Le plan que nous donnons ici est celui de
l'angle ouest de la double enceinte de la cité de
Carcassonne, bâti par Philippe le Hardi.]
[Note 177: Cet angle saillant (26 _bis_), qui présente
clairement la disposition signalée ici, est une des défenses
du XIIIe siècle dépendant du château de Falaise (voy.
CHÂTEAU).]
[Note 178: Entrée du château de Montargis du côté de la
route de Paris à Orléans. (Ducerceau, _Chateaux royaux de
France_.)]
[Note 179: Manusc. 8320, t. I, in-fol., commencement du
XVe siècle. Cette vignette, dont nous donnons ici une
partie, accompagne le chap. XLVI de ce manuscrit intitulé:
_Comment le conte de Haynault print et detruit Aubenton en
terasse_. C'est le chap. CII de l'édit. des _Chroniques de
Froissart_ du _Panthéon littéraire_. «...Si commença
l'assaut grand et fort durement, et s'employèrent
arbalétriers de dedans et dehors à traire moult
vigoureusement; par lequel trait il y en eut moult de
blessés des assaillans et des défendans. Le comte de
Haynault et sa route, où moult avoit d'apperts chevaliers et
écuyers, vinrent jusques aux barrières de l'une des
portes... Là eut un moult grand et dur assaut. Sur le pont
mêmement, à la porte vers Chimay, étoient messire Jean de
Beaumont et messire Jean de la Bove. Là eut très grand
assaut et forte escarmouche, et convint les François
retraire dedans la porte; car ils perdirent leurs barrières,
et les conquirent les Hainuyers et le pont aussi. Là eut
dure escarmouche forte, et grand assaut et félonneux, car
ceux qui étoient montés sur la porte jetoient bois et
mairein contre val, et pots pleins de chaux, et grand foison
de pierres et de cailloux, dont ils navroient et
mes-haignoient gens, s'ils n'étoient fort armés...»]
[Note 180: À Carcassonne du côté du midi les remparts de
la seconde enceinte étaient munis de ces ouvrages de bois en
temps de guerre, les traces en sont parfaitement conservées
de la porte Narbonnaise à la tour du coin à l'ouest (voy
fig. 11).]
[Note 181: Vignette accompagnant le chap. CXXV, intitulé:
«Comment le roy David d'Escoce (David Bruce d'Écosse) vint à
tout grand ost devant le neuf chasteau sur Thin.»]
[Note 182: On a vu plus haut que les remparts
d'Aigues-Mortes sont également, sur un front, flanqués de
tours carrées, et nous ne devons pas oublier qu'ils furent
élevés par le Génois Boccanegra. Cependant l'enceinte de
Paris, rebâtie sous Charles V, était également flanquée de
tours barlongues, mais l'enceinte de Paris ne passa jamais
pour très-forte. Les tours carrées appartiennent plutôt au
midi qu'au nord de la France; les remparts de Cahors, qui
datent des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, présentent des tours
carrées d'une belle disposition défensive; les remparts des
villes du comtat Venaissin sont garnis généralement de tours
carrées qui datent du XIVe siècle. Ainsi que la plupart des
villes de Provence et des bords du Rhône, Orange était munie
de tours carrées construites à la fin du XVe siècle. Les
Normands et les Poitevins, jusqu'au moment de la réunion de
ces provinces au domaine royal, c'est-à-dire jusqu'au
commencement du XIIIe siècle, paraissent avoir, de
préférence, adopté la forme carrée dans la construction de
leurs tours et donjons. La plupart des anciens châteaux
bâtis par les Normands en Angleterre et en Sicile,
présentent, des défenses rectangulaires (voy, TOUR,
DONJON).]
[Note 183: Escalade au moyen d'échelles.]
[Note 184: Nous donnons ici le plan du château de
Vincennes, parce qu'on peut considérer cette forteresse
plutôt comme une grande place d'armes, une enceinte
fortifiée, que comme un château dans l'ancienne acception du
mot. Nous y revenons, du reste, dans les mots CHÂTEAU,
DONJON. En E sont les deux seules entrées de l'enceinte qui
étaient défendues par des ouvrages avancés et deux hautes
tours barlongues; en A est le donjon entouré d'un mur
d'enceinte particulier, d'une chemise B. Un très-large fossé
revêtu C protége ce donjon. En K sont les fossés de
l'enceinte, dont la contrescarpe est également revêtue et
l'a toujours été. F est la chapelle et G le trésor; D le
pont qui donne accès au donjon, H et I des logements et
écuries (voy. _Vues des maisons royales et villes_, Israël
Sylvestre, in-f°. Nous n'avons extrait du plan donné par
Israël que les constructions antérieures au XVIe siècle; il
devait, pendant les XIVe et XVe siècles, en exister beaucoup
d'autres, mais nous n'en connaissons plus ni la place ni la
forme).]
[Note 185: Le petit côté du parallélogramme de l'enceinte,
compris la saillie des tours, a 212 mètres.]
[Note 186: «Il n'est nul home, tant fut présent à celle
journée, ni eut bon loisir d'aviser et imaginer toute la
besogne ainsi qu'elle alla, qui en sçut ni put imaginer, ni
recorder la vérité, espécialement de la partie des François,
tant y eut povre arroy et ordonnance eu leurs conrois; et ce
que j'en sais, je l'ai sçu le plus par les Anglois, qui
imaginèrent bien leur convenant, et aussi par les gens de
messire Iean de Haynaut, qui fut toujours de-lez le roy de
France. Les Anglois qui ordonnés étoient en trois batailles,
et qui séoient jus à terre tout bellement, sitôt qu'ils
virent les François approcher, ils se levèrent moult
ordonnément, sans nul effroi, et se rangèrent en leurs
batailles (divisions), celle du prince tout devant, leurs
archers mis en manière d'une herse (forment une ligne
dentelée de manière à ne pas se gêner les uns les autres
pendant le tir), «et les gens d'armes au fond de la
bataille. Le conte de Narhantonne et le conte d'Arondel et
leur bataille, qui faisoient la seconde, se tenoient sur
aile bien ordonnément, et avisés et pourvus pour conforter
le prince, si besoin étoit. Vous devez savoir que ces
seigneurs, rois, ducs, contes, barons françois, ne vinrent
mie jusques là tous ensemble, mais l'un devant, l'autre
derrière, sans arroy et sans ordonnance. Quand le roi
Philippe vint jusques sur la place où les Anglois étoient
près de là arrêtés et ordonnés, et il les vist, le sang
lui mua, car il les héoit; et ne se fut adonc nullement
réfréné ni abstenu d'eux combattre, et dit à ses mareschaux:
«Faites passer nos Gennevois devant et commencer la
bataille, au nom de Dieu et de monseigneur saint Denys.» Là
avoit de cesdits Gennevois arbalétriers, environ quinze
mille qui eussent eu aussi cher néant que commencer adonc la
bataille; car ils étoient durement las et travaillés d'aller
à pied ce jour plus de six lieues, tous armés, et de leurs
arbalètres porter; et dirent adonc à leurs connétables
qu'ils n'étoient mie adonc ordonnés de faire grand exploit
de bataille; ces paroles volèrent jusques au conte
d'Alençon, qui en fut durement courroucé et dit: «On se doit
bien charger de telle ribaudaille qui faillent au besoin...»
...Quand les Gennevois furent tous recueillis et mis
ensemble, et ils durent approcher leurs ennemis, ils
commencèrent à crier si très-haut que ce fut merveilles, et
le firent pour ébahir les Anglois: mais les Anglois se
tinrent tous cois, ni onques n'en firent semblant.
Secondement encore crièrent eux aussi, et puis allèrent un
petit pas en avant: et les Anglois restoient tous cois, sans
eux mouvoir de leur pas. Tiercement encore crièrent moult
haut et moult clair, et passèrent avant, et tendirent leurs
arbalètres et commencèrent à traire. Et ces archers
d'Angleterre, quand ils virent cette ordonnance, passèrent
un pas en avant, et puis firent voler ces sagettes de
grand'façon, qui entrèrent et descendirent si ouniement sur
les Gennevois que ce sembloit neige. Les Gennevois, qui
n'avoient pas appris à trouver tels archers qui sont ceux
d'Angleterre, quand ils sentirent ces sagettes qui leur
perçoient bras, têtes et ban-lèvres (le visage), furent
tantost déconfits; et coupèrent les plusieurs les cordes de
leurs arcs et les aucuns les jetoient jus: si se mirent
ainsi au retour.
Entre eux et les François avoit une grand'-haie de gens
d'armes, montés et parés moult richement, qui regardoient le
convenant des Gennevois; si que quand ils cuidèrent
retourner, ils ne purent, car le roy de France, par grand
mautalent, quand il vit leur povre arroy, et qu'ils
déconfisoient ainsi, commanda et dit: «Or tôt, tuez toute
cette ribaudaille, car ils nous empêchent la voie sans
raison.» Là vissiez gens d'armes en tous lez entre eux férir
et frapper sur eux, et les plusieurs trébucher et cheoir
parmi eux, qui onques ne se relevèrent. Et toujours
traioient les Anglois en la plus grand'presse, qui rien ne
perdoit de leur trait; car ils empalloient et fesoient parmi
le corps ou parmi les membres gens et chevaux qui là
chéoient et trébuchoient à grand meschef, et ne pouvoient
être relevés, si ce n'était par force et grand'aide de gens.
Ainsi se commença la bataille entre Broye et Crécy en
Ponthieu, ce samedi à heure de vespres.» (Froissart,
_Bataille de Crecy_, ch. 287.)]
[Note 187: Ainsi nommés parce qu'ils portaient une casaque
de maille appelée _brigantine_.]
[Note 188: Voy. _Étud. sur le passé et l'avenir de
l'artillerie_, par le P. Napoléon-Louis Bonaparte, t. Ier,
p. 16 et suiv.]
[Note 189: À Crécy.]
[Note 190: Fils de Philippe de Valois, le roi Jean, pris à
Poitiers.]
[Note 191: La suite de la narration indiqne que ces _kas_
étaient des beffrois ou chas-chateils.]
[Note 192: Conformément au projet.]
[Note 193: Engin à contre-poids propre à lancer de grosses
pierres.]
[Note 194: Froissart, chap. 262, édit. Buchon.]
[Note 195: De chaume.]
[Note 196: Contre leurs attaques.]
[Note 197: Froissart, ch. 318, édit. Buchon.]
[Note 198: Le récit de Froissart n'est pas conforme à la
lettre du roi, d'après ce chroniqueur, le roi Édouard aurait
refusé le cartel de Philippe. Disant qu'il n'avait qu'à
venir le trouver dans son camp.]
[Note 199: Froissart, chap, 324, édit, Buchon.]
[Note 200: Nulle place forte ne résistait à du Guesclin;
il savait entraîner ses soldats, et prenait presque toutes
les villes et châteaux en brusquant les attaques. Il avait
compris que les fortifications de son temps ne pouvaient
résister à une attaque conduite sans hésitations, avec
vigueur et promptitude. Il donnait l'assaut en jetant un
grand nombre de soldats braves et bien armés, munis de
fascines et d'échelles, sur un point, les faisait appuyer
par de nombreux arbalétriers et archers couverts, et formant
une colonne d'attaque d'hommes dévoués, il perdait peu de
monde en agissant avec vigueur et promptitude. Au siége de
Gingamp:
«Des arbres et de boiz et de buissons ramez
Ont les fiers assaillants rempliz les grans fossez;
En .II. lieux ou en plus est de merrien rasez.
À la porte est venus Bertran li alosez,
Et crioit hault: «Guesclin! or tost lassus montez!
Il convient que je soie là-dedens ostelez.»
Eschielles ont drécies comme fiers et osez;
Là véissez monter celle gens bacelez
Et porter sur leur chief grans huis, qui sont bendez,
Fenestres et escus qui estoient nervez,
Pour la doubte des pierres qui giétent à tous lez
Cilz qui furent dedens furent espoantez:
Aux crénaux ne s'osoient amonstrer, ce créez,
Pour le trait qui venoit, qui doit estre doubtez
Li chastelains estoit en on donjon montez,
Et regarde assaillir ces bourjois alosez,
Qui d'assaillir estoient tellement eschaufez
Qu'il ne doubtent la mort la monte de .II. dez.»
(_Chronique de Bertrand du Guesclin_, vers 3149 et suiv.)
Du Guesclin n'employait pas ces tours mobiles, ces moyens
lents, dispendieux et difficiles d'attaque; il ne se servait
guère que des engins offensifs; il employait la mine, la
sape, et c'était toujours avec cette activité, cette
promptitude, cette abondance de ressources et ce soin dans
les menus détails, qui caractérisent les grands capitaines.
Il investit le donjon de Meulan:
«Li chastelains estoit en sa tour demourant:
Si fort estoit la tour qui n'aloit rien doubtant.
Bien pourvéu furent en a ou tamps de devant,
De pain, de char salée et de bon vin friant
Pour vivre .XV. mois ou plus en .I. tenant.
. . . . . . . . . . . . . .
Bertran en est alez au chastelain parler,
Et li requist la tour, qui li veille livrer,
Et qui la rende au duc, qui tant fait à loer.
«Tout sauvement, dit-il, je vous lerai aler.»
Et dist li chastelains: «Foi que doi S. Omer!
Ainçois qu'en ceste tour vous puissiez hosteler,
Vous conviendra, je croi à prendre à haut voler.
. . . . . . . . . . . .
Bertran du Guesclin fist fort la tour assaillir;
Mais asaut ne les fist de rien nulle esbahir:
Bien furent pourvéu pour longuement tenir.
Adonc fist une mine et les mineurs fouir,
Et les faisoit garder, c'on ne les puit honnir;
Et les mineurs pensèrent de la mine fornir,
La terre font porter et la mine tenir,
Si que cil de la tour ne les purent véir.
Tant minèrent adonc, ce sachiez sans faillir,
Que par-desoubz les murs pueent bien avenir.
Dessouz le fondement font la terre ravir,
Alors eschanteillons (étançons) la tirent soustenir,
Grans, baux, fors et pesans y ont fait establir.
Dont vinrent li mineur sans point de l'alentir,
Et dirent à Bertran: «Quand vous arez desir,
Sire, nous vous ferons ceste tour-ci chéir.»
--«Or tost, ce dit Bertran, il me vient à plaisir;
Car puisque cil dedens ne veulent obéir,
Il est de raison c'on les face morir.»
Li mineur ont bouté à force et à bandon
Le feu dedens la mine, à lors division.
Li bois fu très-bien oint de graisse de bacon:
En l'eure qu'il fut ars, si con dit la chançon,
Chéi la haute tour liinsi qu'à .I. coron.
. . . . . . . . . . . . »
(_Chronique de Bertrand du Guesclin_. vers 3956 et suiv.)]
[Note 201: C'est surtout pendant le XIVe siècle que
s'organisèrent d'une manière régulière les corporations
d'arbalétriers et d'archers dans les villes du nord. Par une
ordonnance datée du mois d'août 1367, Charles V institue une
connétablie ou compagnie d'arbalétriers dans la ville de
Laon. Le roi nomma pour trois ans Michauld de Laval
connétable de cette compagnie. «Dans la suite, dit l'article
1er de cette ordonnance, les arbalestriers esliront de trois
en trois ans un connestable à la pluralité des voix.
Michauld de Laval, avec le conseil des cinq ou six des plus
experts au jeu de l'arbaleste, choisira les vingt-cinq
arbalestriers qui doivent composer la compagnie. Les
arbalestriers obéiront au connestable, dans ce qui reguarde
leurs fonctions, sous poine d'une amende de six sols.»
L'article 2 porte: «Le roi retient ces arbalestriers à _son
service_, et il les met sous sa sauve-garde.»--Suivent des
articles qui établissent certains priviléges en faveur de la
compagnie, tels que l'exemption de tous impôts et tailles, à
l'exception «de l'aide establie pour la rançon du roi Jean.»
Le même roi institue une compagnie de vingt arbalétriers à
Compiègne.
En 1359 est organisée à Paris la corporation des
arbalétriers au nombre de deux cents; par une ordonnance
datée du 6 novembre 1373, Charles V fixe ce nombre à huit
cents. Ces arbalétriers qui appartenaient à la classe
bourgeoise et ne faisaient pas leur métier des armes, ne
pouvaient quitter leur corporation pour servir dans l'armée
ou ailleurs, sans l'autorisation du prévost de Paris et du
prévost des marchands. Lorsque ces magistrats menaient les
arbalétriers faire un service hors la banlieue de Paris,
hommes et chevaux (car il y avait arbalétriers à cheval et à
pied) étaient nourris; chaque homme recevait en outre trois
sols par jour, leur connétable touchait cinq sols aussi par
jour: le tout aux frais de la ville.
Par lettres patentes du 12 juin 1411, Charles VI ordonna
qu'une confrérie d'archers, composée de cent vingt hommes,
serait établie à Paris; que ces cent vingt archers seraient
choisis parmi les autres archers qui existaient déjà; que
cette confrérie serait spécialement chargée de garder la
personne du roi et de la défense de la ville de Paris...
Charles VII, par lettres patentes du 22 avril 1448, institua
les _francs-archers_ pour servir en temps de guerre. Pour la
formation de ce corps privilégié on choisit dans chaque
paroisse des hommes robustes et adroits, et parmi les
habitants aisés, parce que ces francs-archers étaient
obligés de s'équiper à leurs frais ou, à défaut, aux dépens
de la paroisse. Le chiffre du contingent était à peu près
d'un homme par cinquante feux. (_Recherches hist. sur les
corpor. des archers, des arbalétriers et des arquebusiers_,
par Victor Fouque, 1852, Paris.)]
[Note 202: L'armée anglaise avait du canon à la bataille
de Crécy. Dès 1326, la ville de Florence faisait faire des
canons de fer et de métal. (_Bibl. de l'école des Chartes_,
t. VI, p. 50.) En 1339, deux chevaliers, les sires de
Cardilhac et de Bieule, reçoivent du maître des arbalétriers
de la ville de Cambrai «dis canons, chinq de fer et chinq de
métal» (probablement de fer forgé et de métal fondu),
«liquel sont tout fait don commandement dondit maistre des
arbalestriers par nostre main et par nos gens, et qui sont
en la garde et en la deffense de la ville de Cambray.»
_Original parchemin, parmi les titres scellés de
Clairambault_, vol. XXV, fol. 1825. _Bibl. de l'école des
Chartes_, t. VI, p. 51. «...Pour salpêtre et suffre viz et
sec achetez pour les canons qui sont à Cambray, onze livres
quatre soolz. III. den. tournois.» _Ibid._ voy. _l'article
de M. Lacabane_, même vol. p. 28.]
[Note 203: _Étud. sur le passé et l'avenir de
l'artillerie_, par L. Napoléon Bonaparte, présid. de la
Républ., t. II, p. 96.]
[Note 204: Déposition du duc d'Alençon. Michelet, _Hist.
de France_, t V, p. 99.]
[Note 205: Les trébuchets, pierriers, mangonneaux
lançaient des boulets de pierre; il était naturel, lorsqu'on
changea le mode de projection, de conserver le projectile.]
[Note 206: Voy. le siége d'Orléans, en 1428. Nous revenons
sur les travaux exécutés par les Anglais pour battre et
bloquer la ville.]
[Note 207: Au siége de Caen, en 1450: «Puis après on
commença du costé de monseigneur le connestable à faire des
approches couvertes, et descouvertes, dont le Bourgeois en
conduisait une, et messire Jacques de Chabannes l'autre;
mais celle du Bourgeois fut la première à la muraille, et
puis l'autre arriva, et fut minée la muraille en l'endroict.
En telle manière que la ville eut esté prinse d'assault, si
n'eust été le roy, qui ne le voulut pas, et ne voulut
bailler nulles bombardes de ce costé; de peur que les
Bretons n'assaillissent.» _Hist. d'Artus III, duc de
Bretaigne et connest. de France, de nouveau mise en
lumière_, par T. Godefroy, 1622.
Au siége d'Orléans, 1429: «Le jeudy, troisième jour de mars,
saillirent les François, au matin, contre les Anglois,
faisant pour lors un fossé pour aller à couvert de leur
boulevert de la Croix-Boissée à Saint-Ladre d'Orléans, afin
que les François ne les peussent veoir ne grever de canons
et bombardes. Celle saillie fist grand dommage aux Anglois,
car neuf d'eux y furent prins prisonniers; et outre, en y
tua «Maistre-Jean d'une coulevrine cinq à deux coups.»
_Hist. et discours du siége qui fut mis devant la ville
d'Orléans_ (Orléans 1611).]
[Note 208: «... Et fut mis le siége à Cherbourg. Et se
logea mon dict seigneur d'un costé, et monseigneur de
Clermont de l'autre. Et l'admirat de Coitivi, et le
marschal, et Joachim de l'autre costé devant une porte. Et y
fut le siège bien un mois, et y furent rompues et empirées
neuf ou dix bombardes que grandes que petites. Et y vinrent
les Anglois par mer, entre autres une grosse nef nommée la
nef Henry, et y commença un peu de mortalité, et y eut
monseigneur bien à souffrir, car il avoit toute la charge.
Puis feit mettre quatre bombardes devers la mer en la grève
quand la mer estoit retirée. Et quand la mer venoit, toutes
les bombardes estoient couvertes, manteaux et tout, et
estoient toutes chargées, et en telle manière habillées, que
dès ce que la mer estoit retirée on ne faisoit que mettre le
feu dedans, et faisoient aussi bonne passée comme si elles
eussent esté en terre ferme.» _Hist. d'Artus III, ibid._, p.
149.]
[Note 209: «Durant les festes et service de Noël,
jettèrent d'une partie et d'autre, très-fort et
horriblement, de bombardes et canons; mais surtout faisoit
moult de mal un coulevrinier natif de Lorraine, estant lors
de la garnison d'Orléans, nommé _maistre_ _Jean_, qu'on
disoit estre le meilleur maistre qui fust lors d'iceluy
mestier, et bien le montra: car il avoit une grosse
coulevrine dont il jettoit souvent, estant dedans les
piliers du pont, près du boulevert de la Belle-Croix,
tellement qu'il en tua et bléça moult d'Anglois.» _Hist. et
discours au vray du siége qui fut mis devant la ville
d'Orléans_ (Orléans 1611).
«... Celuy jour (pénultième du mois de février 1429), la
bombarde de la cité pour lors assortie à la croche des
moulins de la poterne Chesnau, pour tirer contre les
tournelles, tira tant terriblement contre elles, qu'elle en
abbatit un grand pan de mur.» _Ibid._
«Les François conclurent ledit chastel de Harecourt d'engin
et du premier coup qu'ils jetèrent percièrent tout outre les
murs de la basse-cour qui est moult belle à l'équipolent du
chastel qui est moult fort.» Alain Chartier, pag. 162. Ann.
1449.]
[Note 210: Copié sur des vignettes du manuscr. de
Froissart, XVe siècle. Bibl. Impér., n° 8320, t. I. Les
canons (fig. 43) se trouvent dans les vignettes intitulées:
_Comment le roy d'Angleterre assiégea la cité de Rains...
Comment la ville de Duros fut assiégée et prinse d'assault
par les François._ Ces canons étaient fabriqués dans
l'origine au moyen de bandes de fer forgé réunies comme les
douves d'un tonneau et cerclées par d'autres bandes de fer
cylindriques; lorsqu'ils étaient de petit calibre, ils
étaient ou forgés ou fondus en fer ou en cuivre (voy.
ENGIN).]
[Note 211: Ces figures sont tirées du manuscrit de
Froissart, déjà cité. Un des arbalétriers (46) est
_pavaisé_, c'est-à-dire qu'il porte, sur son dos, un large
pavois attaché à une courroie; en se retournant pour bander
son arbalète, il se trouvait ainsi garanti contre les traits
ennemis. L'anneau en fer, adapté à l'extrémité de
l'arbalète, servait à passer le pied lorsqu'on faisait agir
le cranequin pour bander l'arc.]