Dans le poëme de la croisade contre les Albigeois, Simon de Montfort

emploie souvent la _gate_, qui non-seulement semble destinée à permettre

de saper le pied des murs à couvert, mais aussi à remplir l'office du

beffroi, en amenant au niveau des parapets un corps de troupes.--«Le

comte de Montfort commande:... Poussez maintenant la gate et vous

prendrez Toulouse... et (les Français) poussent la gate en criant et

sifflant; entre le mur (de la ville) et le château elle avance à petits

sauts, comme l'épervier chassant les petits oiseaux. Tout droit vient la

pierre que lance le trébuchet, et elle la frappe d'un tel coup à son

plus haut plancher qu'elle brise, tranche et déchire les cuirs et

courroies... Si vous retournez la gate, disent les barons (au comte de

Montfort), des coups vous la garantirez. Par Dieu, dit le comte, c'est

ce que nous verrons tout à l'heure. Et quand la gate tourne, elle

continue ses petits pas saccadés. Le trébuchet vise, prépare son jet, et

lui donne un tel coup à la seconde fois, que le fer et l'acier, les

solives et chevilles sont tranchés et brisés.» Et plus loin: «Le comte

de Montfort a rassemblé ses chevaliers, les plus vaillants pendant le

siége et les mieux éprouvés; il a fait (à sa gate) de bonnes défenses

munies de ferrures sur la face, et il a mis dedans ses compagnies de

chevaliers, bien couverts de leurs armures et les heaumes lacés; ainsi

on pousse la gate vigoureusement et vite; mais ceux de la ville sont

bien expérimentés: ils ont tendu et ajusté leurs trébuchets, et ont

placé dans les frondes de beaux morceaux de roches taillés, qui, les

cordes lâchées, volent impétueux, et frappent la gate sur le devant et

les flancs si bien, aux portes, aux planchers, aux arcs entaillés (dans

le bois), que les éclats volent de tous côtés, et que de ceux qui la

poussent beaucoup sont renversés. Et par toute la ville il s'élève un

cri: _Par Dieu!_ _dame fausse gate, jamais ne prendrez rats_[140].»

Guillaume Guiart, à propos du siége de Boves par Philipe Auguste, parle

ainsi des _chats_:

Devant Boves fit l'ost de France,

Qui contre les Flamans contance,

Li mineur pas ne sommeillent,

Un chat bon et fort appareillent,

Tant eurent dessous, et tant cavent,

Qu'une grant part du mur destravent...

Et en l'an 1205:

Un chat font sur le pont atraire,

Dont pieça mention feismes,

Qui fit de la roche meisme,

Li mineur desous se lancent,

Le fort mur à miner commencent,

Et font le chat si aombrer,

Que riens ne les peut encombrer.

Afin de protéger les travailleurs qui font une chaussée pour traverser

un bras du Nil, saint Louis «fist faire deux baffraiz, que on appelle

Chas Chateilz. Car il y avoit deux chateilz devant les chas, et deux

maisons darrière pour recevoir les coups que les Sarrazins gettoient à

engis; dont ils avoient seize tout droiz, dont ils faisoient

merveilles[141].» L'assaillant appuyait ses beffrois et chats par des

batteries de machines de jet, trébuchets (_tribuquiaux_), mangonnaux

(_mangoniaux_), calabres, pierriers, et par des arbalétriers protégés

par des boulevards ou palis terrassés de claies et de terre, ou encore

par des tranchées, des fascines et mantelets. Ces divers engins

(trébuchets, calabres, mangonnaux et pierriers) étaient mus par des

contre-poids, et possédaient une grande justesse de tir[142]; ils ne

pouvaient toutefois que détruire les créneaux et empêcher l'assiégeant

de se maintenir sur les murailles ou démonter leurs machines.

De tous temps la mine avait été en usage pour détruire des pans de

murailles et faire brèche. Les mineurs, autant que le terrain le

permettait toutefois, faisaient une tranchée en arrière du fossé,

passaient au-dessous, arrivaient aux fondations, les sapaient et les

étançonnaient au moyen de pièces de bois, puis ils mettaient le feu aux

étançons, et la muraille tombait. L'assiégeant, pour se garantir contre

ce travail souterrain, établissait ordinairement sur le revers du fossé

des palissades ou une muraille continue, véritable chemin couvert qui

protégeait les approches, et obligeait l'assaillant à commencer son trou

de mine assez loin des fossés; puis, comme dernière ressource, il

contre-minait, et cherchait à rencontrer la galerie de l'assaillant; il

le repoussait, l'étouffait en jetant dans les galeries des fascines

enflammées, et détruisait ses ouvrages. Il existe un curieux rapport du

sénéchal de Carcassonne, Guillaume des Ormes, adressé à la reine

Blanche, régente de France pendant l'absence de saint Louis, sur la

levée du siége mis devant cette place par Trencavel en 1240[143]. À

cette époque la cité de Carcassonne n'était pas munie comme nous la

voyons aujourd'hui[144]; elle ne se composait guère que de l'enceinte

visigothe, réparée au XIIe siècle, avec une première enceinte ou lices,

qui ne devait pas avoir une grande valeur (voy. fig. 9) et quelques

ouvrages avancés (barbacanes). Le bulletin détaillé des opérations de

l'attaque et de la défense de cette place, donné par le sénéchal

Guillaume des Ormes, est en latin; en voici la traduction:

«À excellente et illustre dame Blanche, par la grâce de Dieu, reine des

Français, Guillaume des Ormes, sénéchal de Carcassonne, son humble,

dévoué et fidèle serviteur, salut.

Madame, que votre excellence apprenne par les présentes que la ville de

Carcassonne a été assiégée par le soi-disant vicomte et ses complices,

«le lundi 17 septembre 1240. Et aussitôt, nous qui étions dans la place,

leur avons enlevé le bourg Graveillant, qui est en avant de la porte de

Toulouse, et là, nous avons eu beaucoup de bois de charpente, qui nous a

fait grand bien. Ledit bourg s'étendait depuis la barbacane de la cité

jusqu'à l'angle de ladite place. Le même jour, les ennemis nous

enlevèrent un moulin, à cause de la multitude de gens qu'ils

avaient[144a]; ensuite Olivier de Termes, Bernard Hugon de Serre-Longue,

Géraut d'Aniort, et ceux qui étaient avec eux se campèrent entre l'angle

de la ville et l'eau[145], et, le jour même à l'aide des fossés qui se

trouvaient là, et en rompant les chemins qui étaient entre eux et nous,

ils s'enfermèrent pour que nous ne pussions aller à eux.

D'un autre côté, entre le pont et la barbacane du château, se logèrent

Pierre de Fenouillet et Renaud du Puy, Guillaume Fort, Pierre de la Tour

et beaucoup d'autres de Carcassonne. Aux deux endroits, ils avaient tant

d'arbalétriers, que personne ne pouvait sortir de la ville.

Ensuite ils dressèrent un mangonneau contre notre barbacane; et nous,

nous dressâmes aussitôt dans la barbacane une pierrière turque[146]

très-bonne, qui lançait des projectiles vers ledit mangonneau et autour

de lui; de sorte que, quand ils voulaient tirer contre nous, et qu'ils

voyaient mouvoir la perche de notre pierrière, ils s'enfuyaient et

abandonnaient entièrement leur mangonneau; et là ils firent des fossés

et des palis. Nous aussi, chaque fois que nous faisions jouer la

pierrière, nous nous retirions de ce lieu, parce que nous ne pouvions

aller à eux, à cause des fossés, des carreaux et des puits qui se

trouvaient là.

Ensuite, Madame, ils commencèrent une mine contre la barbacane de la

porte Narbonnaise[147]; et nous aussitôt, ayant entendu leur travail

souterrain, nous contre-minâmes, et nous fîmes dans l'intérieur de la

barbacane, un grand et fort mur en pierres sèches, de manière que nous

gardions bien la moitié de la barbacane, et alors, ils mirent le feu au

trou qu'ils faisaient; de sorte que, les bois s'étant brûlés, une

portion antérieure de la barbacane s'écroula.

Ils commencèrent à miner contre une autre tourelle des lices[148]; nous

contre-minâmes, et nous parvînmes à nous emparer du trou de mine qu'ils

avaient fait. Ils commencèrent ensuite une mine entre nous et un certain

mur, et ils détruisirent deux créneaux des lices; mais nous fîmes là un

bon et fort palis entre eux et nous.

Ils minèrent aussi l'angle de la place, vers la maison de l'évêque[149],

et, à force de miner, ils vinrent, sous un certain mur sarrasin[150],

jusqu'au mur des lices. Mais aussitôt que nous nous en aperçûmes, nous

fîmes un bon et fort palis entre eux et nous, plus haut dans les lices,

et nous contre-minâmes. Alors, ils mirent le feu à leur mine, et nous

renversèrent à peu près une dizaine de brasses de nos créneaux. Mais

aussitôt nous fîmes un bon et fort palis, et au-dessus nous fîmes une

bonne bretèche[151] (10) avec de bonnes archières[152]: de sorte,

qu'aucun d'eux n'osa approcher de nous dans cette partie.

Ils commencèrent aussi, Madame, une mine contre la barbacane de la porte

de Rodez[153], et ils se tinrent en dessous, parce qu'ils voulaient

arriver à notre mur[154], et ils firent, merveilleusement, une grande

voie; mais, nous en étant aperçus, nous fîmes aussitôt, plus haut et

plus bas, un grand et fort palis; nous contre-minâmes aussi, et les

ayant rencontrés, nous leur enlevâmes leur trou de mine[155].

Sachez aussi, Madame, que depuis le commencement du siége, ils ne

cessèrent pas de nous livrer des assauts; mais nous avions tant de

bonnes arbalètes et de gens animés de bonne volonté à se défendre, que

c'est en livrant leurs assauts qu'ils éprouvèrent les plus grandes

pertes.

Ensuite, un dimanche, ils convoquèrent tous leurs hommes d'armes,

arbalétriers et autres, et tous ensemble assaillirent la barbacane

au-dessous du château[156]. Nous descendîmes à la barbacane et leur

jetâmes et lançâmes tant de pierres et de carreaux, que nous leur fîmes

abandonner ledit assaut; plusieurs d'entre eux furent tués et

blessés[157].

Mais le dimanche suivant, après la fête de Saint-Michel, ils nous

livrèrent un très-grand assaut; et nous, grâce à Dieu et à nos gens, qui

avaient bonne volonté de se défendre, nous les repoussâmes: plusieurs

d'entre eux furent tués et blessés; aucun des nôtres, grâce à Dieu, ne

fut tué ni ne reçut de blessure mortelle. Mais ensuite, le lundi 11

octobre, vers le soir, ils eurent bruit que vos gens, Madame, venaient à

notre secours, et ils mirent le feu aux maisons du bourg de Carcassonne.

Ils ont détruit entièrement les maisons des frères Mineurs et les

maisons d'un monastère de la bienheureuse Marie, qui étaient dans le

bourg, pour prendre les bois dont ils ont fait leurs palis. Tous ceux

qui étaient audit siége l'abandonnèrent furtivement cette même nuit,

même ceux du bourg.

Quant à nous, nous étions bien préparés, grâce à Dieu, à attendre,

Madame, votre secours, tellement que, pendant le siége, aucun de nos

gens ne manquait de vivres, quelque pauvre qu'il fût; bien plus, Madame,

nous avions en abondance le blé et la viande pour attendre pendant

longtemps, s'il l'eût fallu, votre secours. Sachez, Madame, que ces

malfaiteurs tuèrent, le second jour de leur arrivée, trente-trois

prêtres et autres clercs qu'ils trouvèrent en entrant dans le bourg;

sachez en outre, Madame, que le seigneur Pierre de Voisin, votre

connétable de Carcassonne; Raymond de Capendu; Gérard d'Ermenville, se

sont très-bien conduits dans cette affaire. Néanmoins, le connétable,

par sa vigilance, sa valeur et son sang-froid, s'est distingué

par-dessus les autres. Quant aux autres affaires de la terre, nous

pourrons, Madame, vous en dire la vérité quand nous serons en votre

présence. Sachez donc qu'ils ont commencé à nous miner fortement en sept

endroits. Nous avons presque partout contre-miné et n'avons point

épargné la peine. Ils commençaient à miner à partir de leurs maisons, de

sorte que nous ne savions rien avant qu'ils arrivassent à nos lices.

Fait à Carcassonne, le 13 octobre 1240.

Sachez, Madame, que les ennemis ont brûlé les châteaux et les lieux

ouverts qu'ils ont rencontrés dans leur fuite.»

Quant au bélier des anciens, il était certainement employé pour battre

le pied des murailles dans les siéges, dès le XIIe siècle. Nous

empruntons encore au poëme provençal de la croisade contre les Albigeois

un passage qui ne peut laisser de doute à cet égard. Simon de Montfort

veut secourir le château de Beaucaire qui tient pour lui et qui est

assiégé par les habitants; il assiége la ville, mais il n'a pas

construit des machines suffisantes; les assauts n'ont pas de résultats;

pendant ce temps les Provençaux pressent de plus en plus le château (le

capitole). «...Mais ceux de la ville ont élevé contre (les croisés

enfermés dans le château) des engins dont ils battent de telle sorte le

capitole et la tour de guet, que les poutres, la pierre et le plomb en

sont fracassés; et à la Sainte-Pâques est dressé le bosson, lequel est

long, ferré, droit, aigu, qui tant frappe, tranche et brise, que le mur

est endommagé, et que plusieurs pierres s'en détachent çà et là; et les

assiégés, quand ils s'en aperçoivent ne sont pas découragés. Ils font un

lacet de corde qui est attaché à une machine de bois, et au moyen duquel

la tête du bosson est prise et retenue. De cela ceux de Beaucaire sont

grandement troublés, jusqu'à ce que vienne l'ingénieur qui a mis le

bosson en mouvement. Et plusieurs des assiégeants se sont logés dans la

roche, pour essayer de fendre la muraille à coups de pics aiguisés. Et

ceux du capitole les ayant-aperçus, cousent, mêlés dans un drap, du feu,

du soufre et de l'étoupe, qu'ils descendent au bout d'une chaîne le long

du mur, et lorsque le feu a pris et que le soufre se fond, la flamme et

l'odeur les suffoquent à tel point (les pionniers), que pas un d'eux ne

peut demeurer ni ne demeure. Mais ils vont à leurs pierriers, les font

jouer si bien, qu'ils brisent et tranchent les barrières et les

poutres[158].»

Ce curieux passage fait connaître quels étaient les moyens employés

alors pour battre de près les murailles, lorsqu'on voulait faire brèche,

et que la situation des lieux ne permettait pas de percer des galeries

de mines, de poser des étançons sous les fondations, et d'y mettre le

feu. Quant aux moyens de défense, il est sans cesse question, dans cette

histoire de la croisade contre les Albigeois, de barrières, de lices de

bois, de palissades. Lorsque Simon de Montfort est obligé de revenir

assiéger Toulouse, après cependant qu'il en a fait raser presque tous

les murs, il trouve la ville défendue par des fossés et des ouvrages de

bois. Le château Narbonnais seul est encore en son pouvoir. Le frère du

comte, Guy de Montfort, est arrivé le premier avec ces terribles

croisées. Les chevaliers ont mis pied à terre, ils brisent les barrières

et les portes, ils pénètrent dans les rues, mais là ils sont reçus par

les habitants et les hommes du comte de Toulouse et sont forcés de

battre en retraite, quand arrive Simon plein de fureur: «Comment, dit-il

à son frère, se fait-il que vous n'ayez pas déjà détruit la ville et

brûlé ses maisons?--Nous avons attaqué la ville, répond le comte Guy,

franchi les défenses, et nous nous sommes trouvés pêle-mêle avec les

habitants dans les rues; là nous avons rencontré les chevaliers, les

bourgeois, les ouvriers armés de masses, d'épieux, de haches

tranchantes, qui, avec de grands cris, des huées et de grands coups

mortels vous ont, par nous, transmis vos rentes et vos cens, et peut-il

vous le dire don Guy votre maréchal, quels marcs d'argent ils nous ont

envoyés de dessus les toits! Par la foi que je vous dois, il n'y a parmi

nous personne de si brave, qui, quand ils nous chassèrent hors de la

ville par les portes, n'eût mieux aimé la fièvre, ou une bataille

rangée...» Cependant le comte de Montfort est obligé d'entreprendre un

siége en règle après de nouvelles attaques infructueuses. «Il poste ses

_batailles_ dans les jardins, il munit les murs du château et les

vergers d'arbalètes à rouet[159] et de flèches aiguës. De leur Côté les

hommes de la ville, avec leur légitime seigneur, renforcent les

barrières, occupent les terrains d'alentour, et arborent en divers lieux

leurs bannières, aux deux croix rouges, avec l'enseigne du comte

(Raymond), tandis que sur les échafauds[160], dans les galeries[151]

sont postés les hommes les plus vaillants, les plus braves et les plus

sûrs, armés de perches ferrées, et de pierres à faire tomber sur

l'ennemi. En bas, à terre, d'autres sont restés, portant des lances et

_dartz porcarissals_, pour défendre les lices, afin qu'aucun assaillant

ne s'approche des palis. Aux archères et aux créneaux (_fenestrals_) les

archers défendent les ambons et les courtines, avec des arcs de

différentes sortes et des arbalètes de main. De carreaux et de sagettes

des comportes[162] sont remplies. Partout à la ronde, la foule du peuple

est armée de haches, de masses, de bâtons ferrés, tandis que les dames

et les femmes du peuple leur portent des vases, de grosses pierres

faciles à saisir et à lancer. La ville est bellement fortifiée à ses

portes; bellement aussi et bien rangés les barons de France, munis de

feu, d'échelles et de lourdes pierres, s'approchent de diverses manières

pour s'emparer des barbacanes[163]...»

Mais le siége traîne en longueur, arrive la saison d'hiver; le comte de

Montfort ajourne les opérations d'attaque au printemps. Pendant ce temps

les Toulousains renforcent leurs défenses «...Dedans et dehors on ne

voit qu'ouvriers qui garnissent la ville, les portes et les boulevards,

les murs, les bretèches et les hourds doubles (_cadafales dobliers_),

les fossés, les lices, les ponts, les escaliers. Ce ne sont, dans

Toulouse, que charpentiers, qui font des trébuchets doubles, agiles et

battants, qui, dans le château Narbonnais, devant lequel ils sont

dressés, ne laissent ni tours, ni salle, ni créneau, ni mur entier...»

Simon de Montfort revient, il serre la ville de plus près, il s'empare

des deux tours qui commandent les rives de la Garonne, il fortifie

l'hôpital situé hors les remparts et en fait une bastille avec fossés,

palissades, barbacanes. Il établit de bonnes clôtures avec des fossés

ras, des murs percés d'archères à plusieurs étages. Mais après maint

assaut, maint fait d'armes sans résultats pour les assiégeants, le comte

de Montfort est tué d'un coup de pierre lancée par un pierrier, bandé

par des femmes près de Saint-Sernin, et le siége est levé.

De retour de sa première croisade, saint Louis voulut faire de

Carcassonne une des places les plus fortes de son domaine. Les habitants

des faubourgs, qui avaient ouvert leurs portes à l'armée de

Trencavel[164], furent chassés de leurs maisons brûlées par celui dont

ils avaient embrassé la cause, et leurs remparts rasés. Ce ne fut que

sept ans après ce siége que saint Louis, sur les instances de l'évêque

Radulphe, permit par lettres patentes aux bourgeois exilés de rebâtir

une ville de l'autre côté de l'Aude, ne voulant plus avoir près de la

cité des sujets si peu fidèles. Le saint roi commença par rebâtir

l'enceinte extérieure qui n'était pas assez forte et qui avait été fort

endommagée par les troupes de Trencavel. Il éleva l'énorme tour, appelée

la Barbacane, ainsi que les rampes qui commandaient les bords de l'Aude,

le pont; et permettaient à la garnison du château de faire des sorties

sans être inquiétés par les assiégeants, eussent-ils été maîtres de la

première enceinte. Il y a tout lieu de croire que les murailles et tours

extérieures furent élevées assez rapidement après l'expédition manquée

de Trencavel, pour mettre tout d'abord la cité à l'abri d'un coup de

main, pendant que l'on prendrait le temps de réparer et d'agrandir

l'enceinte intérieure. Les tours de cette enceinte extérieure ou

première enceinte, étaient ouvertes du côté de la ville, afin de rendre

leur possession inutile pour l'assiégeant, et les chemins de ronde des

courtines sont au niveau du sol des lices, de sorte qu'étant pris, ils

ne pouvaient servir de rempart contre l'assiégé qui étant en forces

pouvait toujours de plain-pied se jeter sur les assaillants et les

culbuter dans les fossés (voy. COURTINE, TOUR).

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 1 - (A) · 第 34 / 47 段