L'architecture ogivale, née à la fin du XIIe siècle, est avant tout

logique, et, par conséquent, elle doit affecter, dans les édifices

religieux et dans les édifices privés, des formes très-différentes,

puisque les données premières sont dissemblables. Si l'architecture

appliquée aux édifices religieux s'éloigne de son principe vers le XVe

siècle, si elle se charge de détails superflus qui finissent par

étouffer les données générales et très-savamment combinées de la

construction; dans les édifices civils, au contraire, elle suit la

marche ascendante de la civilisation, se développe, et finit, au XVIe

siècle, par produire des oeuvres qui, si elles ne sont pas toujours

irréprochables sous le rapport du goût, sont très-remarquables comme

dispositions d'ensemble, en satisfaisant aux besoins nouveaux avec une

adresse et un bonheur rares. Autant qu'on peut en juger par l'examen des

constructions civiles qui nous restent des XIIe, XIIIe et XIVe siècles,

les données générales des palais comme des maisons étaient simples.

L'habitation princière se composait de cours entourées de portiques, les

écuries, les logements des serviteurs et des hôtes en dehors de

l'enceinte du palais. Les bâtiments d'habitation comprenaient toujours

une grande salle d'un accès facile. C'était là que se réunissaient les

vassaux, que l'on donnait des fêtes ou des banquets, que se traitaient

les affaires qui exigeaient un grand concours de monde, que se rendait

la justice. À proximité, les prisons, une salle des gardes; puis les

cuisines, offices, avec leur cour et entrée particulières. Les logements

des maîtres étaient souvent rattachés à la grand'salle par un parloir et

une galerie; c'était là que l'on déposait des armes, des objets conquis,

des meubles précieux, dépouilles souvent arrachées à des voisins moins

heureux. Des peintures, des portraits, ornaient la galerie. Les chambres

destinées à l'habitation privée étaient groupées irrégulièrement,

suivant les besoins; comme accessoires, des cabinets, des retraits,

quelquefois posés en encorbellement ou pris aux dépens de l'épaisseur

des murs. Ces logis étaient à plusieurs étages, et la communication

entre eux était établie au moyen d'escaliers à vis auxquels on

n'accédait que par des détours connus des familiers. L'influence de la

demeure féodale, de la forteresse, se faisait sentir dans ces

constructions, qui du reste, à l'extérieur, présentaient toujours une

apparence fortifiée. La maison du riche bourgeois possédait une cour et

un bâtiment sur la rue. Au rez-de-chaussée, des boutiques, une porte

charretière, et une allée conduisant à un escalier droit. Au premier

étage, la salle, lieu de réunion de la famille pour les repas, pour

recevoir les hôtes; en aile, sur la cour, la cuisine et ses dépendances

avec son escalier à vis, bâti dans l'angle. Au deuxième étage, les

chambres à coucher, auxquelles on n'accédait que par l'escalier à vis de

la cour, montant de fond; car l'escalier droit, ouvert sur la rue, ne

donnait accès que dans la salle où l'on admettait les étrangers. Sous

les combles, des galetas pour les serviteurs, les commis ou apprentis;

des greniers pour déposer les provisions. L'escalier à vis privé

descendait dans les caves du maître, lesquelles, presque toujours

creusées sous le bâtiment des cuisines en aile, n'étaient pas en

communication avec les caves afférentes à chaque boutique. Dans la cour,

un puits, un appentis au fond pour les provisions de bois, quelquefois

une écurie et un fournil. Ces maisons n'avaient pas leur pignon sur la

rue, mais bien l'égout des toits, qui, dans les villes méridionales

surtout, était saillant, porté sur les abouts des chevrons maintenus par

des liens. Ces dessous de chevrons et les façades elles-mêmes, surtout

lorsqu'elles étaient en bois, recevaient des peintures. Quant à la

maison du petit bourgeois, elle n'avait pas de cour particulière, et

présentait, surtout à partir du XIVe siècle, son pignon sur la rue; elle

ne se composait, à rez-de-chaussée, que d'une boutique et d'une allée

conduisant à l'escalier droit, communiquant à la salle remplissant tout

le premier étage. La cuisine était voisine de cette salle, donnant sur

une cour commune et formant bûcher ouvert au rez-de-chaussée, ou même

quelquefois dans la salle même. On accédait aux étages supérieurs par un

escalier privé, souvent en encorbellement sur la cour commune; ainsi,

chez le bourgeois comme chez le noble, la vie privée était toujours

soigneusement séparée de la vie publique. Dans le palais, les portiques,

la grand'salle, la salle des gardes, étaient accessibles aux invités;

dans la maison, c'était la boutique et la salle du premier étage; tout

le reste du logis était réservé à la famille; les étrangers n'y

pénétraient que dans des cas particuliers.

Dans les villes, chaque famille possédait sa maison. La classe

bourgeoise ne se divisait pas, comme aujourd'hui, en propriétaires,

rentiers, commerçants, industriels, artistes, etc.; elle ne comprenait

que les négociants et les gens de métier. Tous les hommes voués à l'état

militaire permanent se trouvaient attachés à quelque seigneur, et

logeaient dans leurs demeures féodales. Tous les commis marchands,

apprentis et ouvriers logeaient chez leurs patrons. Il n'y avait pas de

locations dans le sens actuel du mot. Dans les grandes villes, et

surtout dans les faubourgs, des hôtelleries, véritables garnis,

recevaient les étrangers, les écoliers, les aventuriers, les jongleurs,

et tous gens qui n'avaient pas d'établissement fixe. Là on trouvait un

gîte, au jour, à la semaine ou au mois. C'était de ces maisons, mal

famées pour la plupart, que sortaient, dans les temps de troubles, ces

flots de gens sans aveu qui se répandaient dans les rues, et donnaient

fort à faire à la police municipale, royale ou seigneuriale. C'était là

que les factions, qui se disputaient le pouvoir, allaient recruter leurs

adhérents. L'Université renfermait un grand nombre de ces garnis dès le

XIIe siècle, et ce fut en grande partie pour prévenir les abus et les

désordres qui étaient la conséquence d'un pareil état de choses, que

beaucoup d'établissements monastiques et des évêques fondèrent, sur la

montagne Sainte-Geneviève, des _colléges_, dans l'enceinte desquels la

jeunesse trouvait, en même temps que l'instruction, des demeures

régulières et soumises à un régime quasi-clérical. Les cloîtres des

cathédrales avaient précédé ces établissements, et, derrière leurs murs,

les professeurs comme les écoliers pouvaient trouver un asile. Abeilard

_loue_ un logis au chanoine Fulbert, dans le cloître Notre-Dame.

Mais il est certain que dans les grandes villes, à une époque où les

classes de la société étaient tellement distinctes, il devait se trouver

une quantité de gens qui n'étaient ni nobles, ni religieux, ni soldats à

solde, ni marchands, ni artisans, ni écoliers, ni laboureurs, et qui

formaient une masse vagabonde, vivant quelque part; sorte d'écume

qu'aucun pouvoir ne pouvait faire disparaître, emplissant même les cités

lorsque de longs malheurs publics avaient tari les sources du travail,

et réduit à la misère un grand nombre de pauvres gens. Après les tristes

guerres de la fin du XIVe siècle et du commencement du XVe, il s'était

formé à Paris une organisation de gueux qui avait des ramifications dans

toutes les grandes villes du royaume. Cette compagnie occupait certains

quartiers de la capitale: la cour du Roi François, près du Ponceau; la

cour Sainte-Catherine, la rue de la Mortellerie, la cour Brisset, la

cour Gentien, partie de la rue Montmartre, la cour de la Jussienne,

partie de la rue Saint-Honoré, quelques rues des faubourgs Saint-Germain

et Saint-Marceau et la butte Saint-Roch. Mais le siége principal de

cette gueuserie était la cour des Miracles. «Elle consiste, dit

Sauval[125], en une place d'une grandeur très-considérable, et en un

très-grand cul-de-sac puant, boueux, irrégulier, qui n'est point pavé.

Autrefois, il confinoit aux dernières extrémités de Paris... Pour y

venir, il se faut souvent égarer dans de petites rues vilaines, puantes,

détournées; pour y entrer, il faut descendre une assez longue pente de

terre tortue, raboteuse, inégale. J'y ai vu une maison de boue à demi

enterrée, toute chancelante de vieillesse et de pourriture, qui n'a pas

quatre toises en quarré, et où logent néanmoins plus de cinquante

ménages, chargés d'une infinité de petits enfants légitimes, naturels et

dérobés. On m'assura que dans ce petit logis et dans les autres,

habitoient plus de cinq cents grosses familles entassées les unes sur

les autres. Quelque grande que soit à présent cette cour, elle l'étoit

autrefois beaucoup davantage: d'un côté elle s'étendoit jusqu'aux

anciens ramparts, appellés aujourd'hui la rue Neuve-Saint-Sauveur: de

l'autre, elle couvroit une partie du monastère des Filles-Dieu, avant

qu'il passât à l'ordre de Fontevrault; de l'autre, elle étoit bordée de

maisons qu'on a laissées tomber en ruine et dont on a fait des jardins;

et de toutes parts elle étoit environnée de logis bas, enfoncés,

obscurs, difformes, faits de terre et de boue, et tous pleins de mauvais

pauvres. Quand, en 1630, on porta les fossés et les ramparts de la porte

Saint-Denys au lieu où nous les voyons maintenant, les commissaires

députés à la conduite de cette entreprise résolurent de traverser la

cour des Miracles d'une rue qui devoit monter de la rue Saint-Sauveur à

la rue Neuve-Saint-Sauveur; mais, quoi qu'ils pussent faire, il leur fut

impossible d'en venir à bout: les maçons qui commençoient la rue furent

batus par les gueux, et ces fripons menacèrent de pis les entrepreneurs

et les conducteurs de l'ouvrage.» Ces réunions de filous, de gens sans

aveu, de soldats congédiés, étaient soumises encore, aux XVIe et XVIIe

siècles, à une sorte de gouvernement occulte, qui avait ses officiers,

ses lois, qui tenait des chapitres réguliers, où les intérêts de la

république étaient discutés et des instructions données aux diverses

provinces; cette population de vagabonds avait une langue particulière,

un roi, qui prenait le nom de grand Coësre, et formait la grande

congrégation des argotiers, divisée en Cagoux, Archisuppôts de l'Argot,

Orphelins, Marcandiers, Rifodés, Malingreux et Capons, Piètres,

Polissons, Francmitoux, Calots, Sabouleux, Hubins, Coquillarts,

Courteaux de Boutanche, Narquois. Ainsi, partout dans le moyen âge, pour

le bien comme pour le mal, l'esprit de corporation se faisait jour, et

les hommes déclassés, qui ne pouvaient trouver place dans les

associations régulières, obéissaient même à ce grand mouvement des

populations vers l'unité, de réaction contre les tendances féodales

(voy. CORPORATION).

La puissance des corps de métiers et de marchands, les droits et

priviléges dont ils jouissaient dès le XIe siècle, les monopoles qui les

rendaient maîtres exclusifs de l'industrie, du commerce et de la

main-d'oeuvre; l'organisation des armées, qui le lendemain des guerres

laissait sur les routes des milliers de soldats sans paye, sans patrie,

avaient dû singulièrement développer ces associations de vagabonds, en

lutte permanente avec la société. Les maisons de refuge, fondées par les

moines, par les évêques, les rois et même de simples particuliers, pour

soulager la misère et recueillir les pauvres, à peine suffisantes dans

les temps ordinaires, ne pouvaient, après de longs troubles et des

guerres interminables, offrir des asiles à tant de bras inoccupés, à des

hommes qui avaient pris des habitudes de pillage, dégradés par la

misère, n'ayant plus ni famille ni foyers. Il fallut un long temps pour

que l'on pût guérir cette plaie sociale du paupérisme organisé, armé

pour ainsi dire; car, pendant le XVIe siècle, les guerres de religion

contribuèrent à perpétuer cette situation. Ce ne fut que pendant le

XVIIe siècle, quand la monarchie acquit une puissance inconnue

jusqu'alors, que, par une police unique et des établissements de secours

largement conçus, on put éteindre peu à peu ces associations de la

misère et du vice. C'est dans cet esprit que nos grands hôpitaux furent

rebâtis pour centraliser une foule de maisons de refuge, des

maladreries, des dotations, disséminées dans les grandes villes; que

l'hôpital central des Invalides fut fondé, que la Salpêtrière, maison de

_renfermement_ des pauvres, comme l'appelle Sauval, fut bâtie.

Le morcellement féodal ne pouvait seconder des mesures d'utilité

générale; le système féodal est essentiellement égoïste; ce qu'il fait,

il le fait pour lui et les siens, à l'exclusion de la généralité. Les

établissements monastiques eux-mêmes étaient imbus, jusqu'à un certain

point, de cet esprit exclusif, car, comme nous l'avons dit, ils tenaient

aux habitudes féodales, comme propriétaires fonciers. Les ordres

mendiants s'étaient élevés avec des idées complétement étrangères aux

moeurs de la féodalité; mais, devenus riches possesseurs de biens-fonds,

ils avaient perdu de vue le principe de leur institution; séparés,

rivaux même, ils avaient cessé, dès la fin du XIIIe siècle, de concourir

vers un but commun d'intérêt général; non qu'ils ne rendissent, comme

leurs prédécesseurs les bénédictins, d'éminents services, mais c'étaient

des services isolés. Il appartenait à la centralisation politique, à

l'unité du pouvoir monarchique, de créer de véritables établissements

publics, non plus pour telle ou telle bourgade, pour telle ou telle

ville, mais pour le pays. Ne nous étonnons donc point de ne pas trouver,

avant le XVIe siècle, de ces grands monuments d'utilité générale, qui

s'élèvent à partir du XVIIe siècle, et qui font la véritable gloire du

siècle de Louis XIV. L'état du pays, avant cette époque, ne comportait

pas des travaux conçus avec grandeur, exécutés avec ensemble, et

produisant des résultats immenses. Il fallait que l'unité du pouvoir

monarchique ne fût plus contestée pour faire passer un canal à travers

trois ou quatre provinces ayant chacune ses coutumes, ses préjugés et

ses priviléges; pour organiser sur toute la surface du territoire un

système de casernement des troupes, d'hôpitaux pour les malades, de

ponts, d'endiguement des rivières, de défense des ports contre les

envahissements de la mer. Mais si le pays gagnait en bien-être et en

sécurité à l'établissement de l'unité gouvernementale, il faut convenir

que l'art y perdait, tandis que le morcellement féodal était

singulièrement propre à son développement. Un art _officiel_ n'est plus

un art, c'est une formule; l'art disparaît avec la responsabilité de

l'artiste.

L'architecture nationale, religieuse et monastique s'éteignit avec le

XVe siècle, obscurément; l'architecture civile avec la féodalité, mais

en jetant un vif éclat. La renaissance, qui n'ajouta rien à

l'architecture religieuse et ne fit que précipiter sa chute, apporta

dans l'architecture civile un nouvel élément assez vivace pour la

rajeunir. Jusqu'alors, dans les constructions civiles, on semblait ne

tenir aucun compte de la symétrie, de l'ordonnance générale des plans.

Plusieurs causes avaient éloigné les esprits de l'observation des règles

que les anciens avaient généralement adoptées, autant que cela était

raisonnable, dans l'ensemble de leurs bâtiments. La première était ce

type de la _villa_ romaine suivi dans les premières habitations

seigneuriales; or la _villa_ antique, habitation rurale, ne présentait

pas dans son ensemble des dispositions symétriques; la seconde était la

nécessité, dans des habitations fortifiées la plupart du temps, de

profiter des dispositions naturelles du terrain, de soumettre la

position des bâtiments aux besoins de la défense, aux services divers

auxquels il fallait satisfaire. La troisième, l'excessive étroitesse et

l'irrégularité des terrains livrés aux habitations particulières dans

des villes populeuses enserrées entre des murailles d'autant plus

faciles à défendre, qu'elles offraient un moins grand périmètre. C'est

ainsi que les lois de la symétrie, lois si ridiculement tyranniques de

nos jours, n'avaient jamais exercé leur influence sur les populations du

moyen âge, surtout dans des contrées où les traditions romaines étaient

effacées. Mais quand au commencement du XVIe siècle, l'étude de

l'antiquité et de ses monuments fit connaître un grand nombre de plans

d'édifices romains où les lois de la symétrie sont observées; les

châteaux féodaux où les bâtiments semblent placés pêle-mêle suivant les

besoins, dans des enceintes irrégulières; les maisons, palais et

monuments publics élevés sur des terrains tracés par le hasard, parurent

aux yeux de tous des demeures de barbares. Avec la mobilité qui

caractérise l'esprit français, on se jeta dans l'excès contraire, et on

voulut mettre de la symétrie même dans les plans d'édifices qui, par

leur nature et la diversité des besoins auxquels ils devaient

satisfaire, n'en comportaient aucune. Nombre de riches seigneurs se

firent élever des demeures dont les plans symétriques flattent les yeux

sur le papier, mais sont parfaitement incommodes pour l'habitation

journalière. Les maisons des bourgeois conservèrent plus longtemps leurs

dispositions soumises aux besoins, et ce ne fut guère qu'au XVIIe siècle

qu'elles commencèrent, elles aussi, à sacrifier ces besoins aux vaines

lois de la symétrie. Une fois dans cette voie, l'architecture civile

perdit chaque jour de son originalité. De l'ensemble des plans cette

mode passa dans la disposition des façades, dans la décoration; et il ne

fut plus possible de juger dans un édifice, quel qu'il fût, du contenu

par le contenant. L'architecture, au lieu d'être l'enveloppe judicieuse

des divers services qui constituent une habitation, imposa ses lois, ou

ce qu'on voulut bien appeler ses lois, aux distributions intérieures;

comme si la première loi en architecture n'était pas une soumission

absolue aux besoins! comme si elle était quelque chose en dehors de ces

besoins! comme si les formes purement conventionnelles qu'elle adopte

avaient un sens, du moment qu'elles gênent au lieu de protéger!

Cependant l'architecture civile de la renaissance, surtout au moment où

elle naît et commence à se développer, c'est-à-dire de 1500 à 1550,

conserve presque toujours son caractère d'habitation ou d'établissement

public, si franchement accusé pendant la période gothique. L'élément

antique n'apporte guère qu'une enveloppe décorative ou un besoin de

_pondération_ dans les dispositions des plans; et il faut dire que, sous

ce double point de vue, l'architecture civile de la renaissance

française se montre bien supérieure à celle adoptée en Italie. Les

grands architectes français du XVIe siècle, les Philibert Delorme, les

Pierre Lescaut, les Jean Bullant, surent allier avec une adresse

remarquable les vieilles et bonnes traditions des siècles antérieurs

avec les formes nouvellement admises. S'ils employèrent les ordres

antiques, et s'ils crurent souvent imiter les arts romains, ils

respectèrent dans leurs édifices les besoins de leur temps et se

soumirent aux exigences du climat et des matériaux. Ce ne fut que sous

Louis XIV que l'architecture civile cessa de tenir compte de ces lois,

si naturelles et si vraies, et se produisit comme un art abstrait,

agissant d'après des règles toutes conventionnelles en dehors des moeurs

et des habitudes de la civilisation moderne (voy. MAISON, PALAIS,

JARDIN).

[Note 117: M. de Caumont, ibid., p. 14 et suiv.]

[Note 118: _Lettres sur l'hist. de France_, par Aug.

Thierry, 1842, lettre XIII.]

[Note 119: _Lettres sur l'hist. de France_, par Aug,

Thierry, 1842, lettre XX.]

[Note 120: _Antiq. de la ville de Paris_. Du Breul. liv.

III.]

[Note 121: _Antiq. de la ville de Paris_, Du Breul, liv.

III.]

[Note 122: _Hist. de la ville de Paris_, par D. Felibien,

t. Ier, p. 103.]

[Note 123: _Hist. de la ville de Paris_, par D. Felibien,

t. Ier, p. 204.]

[Note 124: _Hist. et antiq. de la ville de Paris_, Sauval,

t. Ier, p. 648.]

[Note 125: Tome Ier, p. 510 et suiv.]

ARCHITECTURE MILITAIRE. Lorsque les barbares firent irruption dans les

Gaules, beaucoup de villes possédaient encore leurs fortifications

gallo-romaines; celles qui n'en étaient point pourvues se hâtèrent d'en

élever avec les débris des monuments civils. Ces enceintes,

successivement forcées et réparées, furent longtemps les seules défenses

des cités, et il est probable qu'elles n'étaient point soumises à des

dispositions régulières et systématiques, mais qu'elles étaient

construites fort diversement, suivant la nature des lieux, des

Matériaux, ou d'après certaines traditions locales que nous ne pouvons

apprécier aujourd'hui, car de ces enceintes il ne nous reste que des

débris, des soubassements modifiés par des adjonctions successives.

Les Visigoths s'emparèrent, pendant le Ve siècle, d'une grande partie

des Gaules; leur domination s'étendit, sous Vallia, de la Narbonnaise à

la Loire. Toulouse demeura quatre-vingt-neuf ans la capitale de ce

royaume, et pendant ce temps la plupart des villes de la Septimanie

furent fortifiées avec grand soin, et eurent à subir des siéges

fréquents. Narbonne, Béziers, Agde, Carcassonne, Toulouse furent

entourées de remparts formidables, construits d'après les traditions

romaines des bas temps, si l'on en juge par, les portions importantes

d'enceintes qui entourent encore la cité de Carcassonne. Les Visigoths,

alliés des Romains, ne faisaient que pérpétuer les arts de l'Empire, et

cela avec un certain succès. Quant aux Francs, ils avaient conservé les

habitudes germaines, et leurs établissements militaires devaient

ressembler à des camps fortifiés, entourés de palissades, de fossés et

de quelques talus de terre. Le bois joue un grand rôle dans les

fortifications des premiers temps du moyen âge. Et si les races

germaines, qui occupèrent les Gaules, laissèrent aux Gallo-Romains le

soin d'élever des églises, des monastères, des palais et des édifices

publics, ils durent conserver leurs usages militaires en face du peuple

conquis. Les Romains eux-mêmes, lorsqu'ils faisaient la guerre sur des

territoires couverts de forêts, comme la Germanie et la Gaule, élevaient

souvent des remparts de bois, sortes de logis avancés en dehors des

camps, ainsi qu'on peut le voir dans les bas-reliefs de la colonne

Trajane(1). Dès l'époque de César, les Celtes, lorsqu'ils ne pouvaient

tenir la campagne, mettaient les femmes, les enfants et ce qu'ils

possédaient de plus précieux à l'abri des attaques de l'ennemi derrière

des fortifications faites de bois, de terre et de pierre. «Ils se

servent, dit César dans ses Commentaires, de pièces de bois droites dans

toute leur longueur, les couchent à terre parallèlement, les placent «à

une distance de deux pieds l'une de l'autre, les fixent transversalement

par des troncs d'arbre, et remplissent de terre les vides. Sur cette

première assiette, ils posent une assise de gros fragments de rochers,

et lorsque ceux-ci sont bien joints, ils établissent un nouveau radier

de bois disposé comme le premier, de façon que les rangs de bois ne se

touchent point et ne portent que sur les assises de rochers interposées.

L'ouvrage est ainsi monté à hauteur convenable. Cette construction, par

la variété de ses matériaux, composée de bois et de pierres formant un

parement régulier, est bonne pour le service et la défense des places,

car les pierres qui la composent empêchent les bois de brûler, et les

arbres, ayant environ quarante pieds de long, liés entre eux dans

l'épaisseur de la muraille, ne peuvent être rompus ou désassemblés que

très-difficilement[126].»

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 1 - (A) · 第 32 / 47 段