le plus ancien est le plan circulaire, dont le Saint-Sépulcre de
Jérusalem est un des modèles les plus connus. Le second type est un
dérivé de la basilique antique, mais avec transsept terminé par deux
absides, telle est l'église de la Nativité du couvent de Bethléem (43).
Le troisième est le plan byzantin proprement dit, se composant d'une
coupole centrale posée sur pendentifs avec quatre ouvertures vers les
quatre points cardinaux, galeries latérales, une ou trois absides à
l'est, et narthex du côté de l'entrée. Telle est l'église de Sergius à
Constantinople (44), antérieure à la grande église de Sainte-Sophie que
nous donnons ici (45). Telle sont, avec certaines modifications, les
petites églises d'Athènes dont nous présentons l'un des types (église de
Kapnicarea) (46). Ces monuments, bien que très-différents par leurs
dimensions et la manière dont ils sont construits, dérivent du même
principe. C'est toujours la coupole centrale sur pendentifs, épaulée par
des voûtes latérales en berceau, ou d'arêtes, ou en quart de sphère.
L'église circulaire terminée par une coupole avec jour central ou
fenêtres percées à la base de la voûte, était plutôt un lieu consacré,
une enceinte destinée à conserver soit des traces divines, comme
l'église de l'ascension à Jérusalem[39], soit une sépulture, comme le
Saint-Sépulcre, qu'une église dans la véritable acception du mot.
Cependant cette forme primitive, adoptée dès l'époque de Constantin, eut
une influence sur tous les édifices chrétiens élevés en Orient, dans
lesquels on retrouve toujours la coupole centrale, à moins que par
exception, comme dans l'église de Bethléem, le parti de la basilique
romaine n'ait été presque complétement appliqué (43).
Dès les premiers siècles du christianisme, il semblerait que le plan
circulaire adopté en Orient eût aussi exercé en Occident une influence
notable sur l'architecture religieuse. Sans parler des nombreux édifices
circulaires qui, sous le règne de Constantin, furent élevés à Rome et
qui, après tout, étaient romains aussi bien que le Saint-Sépulcre; du Ve
au XIIe siècle on bâtit en Occident un assez grand nombre d'églises
rondes. À Paris, Childebert fit bâtir l'église Saint-Vincent
(aujourd'hui Saint-Germain l'Auxerrois), que l'on désignait sous le nom
de Saint-Vincent le Rond[40]. À la gauche du portail de la cathédrale de
Paris il existait une chapelle qui avait conservé le nom de Saint-Jean
le Rond[41].
À l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon, on voit encore l'étage inférieur de
la rotonde commencée au VIIe siècle derrière l'abside de l'église. Cette
rotonde avait trois étages compris la crypte, avec galeries de pourtour
comme le Saint-Sépulcre[42]. Charlemagne avait élevé l'église circulaire
d'Aix-la-Chapelle, imitée au XIIe siècle dans l'abbaye d'Ottmarsheim. Au
XIe siècle, à Neuvy-Saint-Sépulcre, près Châteauroux, on jetait les
fondements d'une église reproduisant les dispositions du Saint-Sépulcre
de Jérusalem. Au XIIe siècle, on construisait la grande église abbatiale
de Charroux, dont la nef se terminait par une immense rotonde avec bas
côtés triples (voy. SAINT-SÉPULCRE). À la même époque, au fond du
Languedoc, l'église de Rieux-Minervois s'élevait sur un plan circulaire
précédé d'un petit porche. Et Comme pour faire ressortir l'importance de
certaines traditions, nous voyons encore en plein XVIe siècle; Catherine
de Médicis faire construire au nord de l'église abbatiale de
Saint-Denis-en-France, un monument circulaire avec bas côté à deux
étages, comme le Saint-Sépulcre de Jérusalem, pour abriter la sépulture
de son époux et de ses successeurs. Quand l'ordre religieux et militaire
du Temple fut institué, les commanderies de cet ordre prirent comme type
de leurs églises ou plutôt de leurs chapelles (car ces monuments sont
tous d'une petite dimension), le plan du Saint-Sépulcre de Jérusalem
(voy. TEMPLE). Mais si l'on peut considérer ces édifices circulaires
comme procédant d'une influence orientale, puisque l'édifice mère qui
leur servait d'original était en Orient, on ne peut toutefois les
regarder comme byzantins, puisque le Saint-Sépulcre de Jérusalem est un
monument de la décadence romaine. De même, si nous prenons l'église du
monastère de Bethléem comme le type qui, au XIIe siècle, a fait élever
les églises à transsepts terminés par des absides semi-circulaires,
telles que les cathédrales de Noyon, de Soissons, de Bonn sur le Rhin,
de l'église de Saint-Macaire sur la Garonne, nous ne pouvons guère non
plus considérer cette influence comme orientale, puisque l'église de la
Nativité de Bethléem est une basilique romaine couverte par une
charpente apparente, et ne différant de Saint-Paul-hors-les-murs, par
exemple, que par les deux absides ouvertes dans les deux pignons de la
croisée.
Les véritables types byzantins, c'est Sainte-Sophie de Constantinople,
ce sont les petites églises de Grèce et de Syrie, élevées depuis le
règne de Justinien, ce sont les églises à coupole portée sur quatre
pendentifs (voy. PENDENTIF). Or ces monuments n'ont une influence
directe bien marquée que sur les bords du Rhin, par suite de la
prépondérance donnée aux arts d'Orient par Charlemagne, dans la partie
occidentale de l'Aquitaine surtout, par l'imitation de Saint-Marc de
Venise, et en Provence par les relations constantes des commerçants des
Bouches-du-Rhône avec la Grèce, Constantinople et le littoral de
l'Adriatique. Partout ailleurs si l'influence byzantine se fait sentir,
c'est à l'insu des artistes pour ainsi dire, c'est par une infusion plus
ou moins prononcée due, en grande partie, à l'introduction d'objets
d'art, d'étoffes, de manuscrits orientaux dans les différentes provinces
des Gaules, ou par des imitations de seconde main, exécutées par des
architectes locaux. Aux XIe et XIIe siècles les relations de l'Occident
avec l'Orient étaient comparativement beaucoup plus suivies qu'elles ne
le sont aujourd'hui. Sans compter les croisades, qui précipitaient en
Orient des milliers de Bretons, d'Allemands, de Français, d'Italiens, de
Provençaux, il ne faut pas perdre de vue l'importance des établissements
religieux orientaux, qui entretenaient des rapports directs et constants
avec les monastères de l'Occident; le commerce; l'ancienne prépondérance
des arts et des sciences dans l'empire byzantin; l'extrême civilisation
des peuples arabes; la beauté et la richesse des produits de leur
industrie; puis enfin, pour ce qui touche particulièrement à
l'architecture religieuse, la vénération que tous les chrétiens
occidentaux portaient aux édifices élevés en terre sainte. Un exemple,
au premier abord, reposant sur une base bien fragile, mais qui, par le
fait, est d'une grande valeur, vient particulièrement appuyer ces
dernières observations, et leur ôter ce qu'elles pourraient avoir
d'hypothétique aux yeux des personnes qui, en archéologie, n'admettent
avec raison que des faits. Dans l'ancienne église Saint-Sauveur de
Nevers, écroulée en 1839, existait un curieux chapiteau du commencement
du XIIe siècle, sur lequel était sculptée une église que nous donnons
ici (47). Cette église est complétement byzantine; coupole au centre,
portée sur pendentifs que le sculpteur a eu le soin d'indiquer naïvement
par les arcs-doubleaux apparaissant à l'extérieur, à la hauteur des
combles; transsept terminé par des absides semi-circulaires,
construction de maçonnerie qui rappelle les appareils ornés des églises
grecques; absence de contre-forts, si apparents à cette époque, dans les
églises françaises; couvertures qui n'ont rien d'occidental; clocher
cylindrique planté à côté de la nef, sans liaison avec elle,
contrairement aux usages adoptés dans nos contrées et conformément à
ceux de l'Orient; porte carrée, non surmontée d'une archivolte; petites
fenêtres cintrées; rien n'y manque, c'est là un édifice tout autant
byzantin que Saint-Marc de Venise, qui n'a de byzantin que ses coupoles
à pendentifs et son narthex, et qui, comme plan, rappelle une seule
église orientale détruite aujourd'hui, celle des Saints-Apôtres[43]. Or
à Nevers, au XIIe siècle, voici un ouvrier sculpteur qui, sur un
chapiteau, figure une église que l'on croirait être un petit modèle venu
d'Orient; ou bien ce sculpteur avait été en Grèce ou en Syrie, ou on lui
avait remis, pour être reproduit, un fac-similé d'une église byzantine;
dans l'un comme dans l'autre cas, ceci prouve qu'à cette époque, au
milieu de contrées où les monuments religieux construits n'ont presque
rien qui rappelle l'architecture byzantine, ni comme plan, ni comme
détail d'ornementation, on savait cependant ce qu'était une église
byzantine, les arts d'Orient n'étaient pas ignorés et devaient par
conséquent exercer une influence. Seulement, ainsi que nous l'avons dit
déjà (voy. ARCHITECTURE), cette influence ne se produit pas de la même
manière partout. C'est un art plus ou moins bien étudié et connu, dont
chaque contrée se sert suivant les besoins du moment, soit pour
construire, soit pour disposer, soit pour décorer ses édifices
religieux. Dans le Périgord, l'Angoumois, une partie du Poitou et de la
Saintonge, c'est la coupole sur pendentifs qui est prise à l'Orient. En
Auvergne, c'est la coupole sur trompes formée d'arcs concentriques, les
appareils façonnés et multicolores. Sur les bords du Rhin, ce sont les
grandes dispositions des plans, l'ornementation de l'architecture qui
reflètent les dispositions et l'ornementation byzantines; en Provence,
la finesse des moulures, les absides à pans coupés qui rappellent les
églises grecques. En Normandie et en Poitou, on retrouve comme une
réminiscence des imbrications, des zigzags, des combinaisons
géométriques, et des entrelacs si fréquents dans la sculpture chrétienne
d'Orient.
Les croisades n'ont qu'une bien faible part dans cette influence des
arts byzantins sur l'Occident, car c'est précisément au moment où les
guerres en Orient prennent une grande importance, que nous voyons
l'architecture occidentale abandonner les traditions gallo-romaines ou
byzantines pour se développer dans un sens complétement nouveau. On
s'explique comment l'architecture religieuse, tant qu'elle resta entre
les mains des clercs, dut renfermer quelques éléments orientaux, par la
fréquence des rapports des établissements religieux de l'Occident avec
la terre sainte et tout le Levant, ou le nord de l'Italie, qui, plus
qu'aucune autre partie du territoire occidental, avait été envahie par
les arts byzantins[44]. Mais quand les arts de l'architecture furent
pratiqués en France par des laïques, vers le milieu du XIIe siècle, ces
nouveaux artistes étudièrent et pratiquèrent leur art sans avoir à leur
disposition ces sources diverses auxquelles les architectes appartenant
à des ordres religieux avaient été puiser. Ils durent prendre
l'architecture là où les monastères l'avait amenée, ils profitèrent de
cette réunion de traditions accumulées par les ordres monastiques, mais
en faisant de ces amalgames, dans lesquels les éléments orientaux et
occidentaux se trouvaient mélangés à doses diverses, un art appartenant
au génie des populations indigènes.
L'architecture religieuse se développe dans les provinces de France en
raison de l'importance politique des évêques ou des établissements
religieux. Dans le domaine royal, les monastères ne pouvaient s'élever à
un degré d'influence égal à celui de la royauté. Mais des établissements
tels que Cluny étaient en possession aux XIe et XIIe siècles d'une
puissance bien autrement indépendante et étendue que celle du roi des
Français. Un souverain, si faible de caractère qu'on le suppose, n'eût
pu tolérer dans son domaine une sorte d'_État_ indépendant, ne relevant
que du Saint-Siége, se gouvernant par ses propres lois, ayant de
nombreux vassaux, sur lesquels le roi n'exerçait aucun droit de
suzeraineté. Aussi voyons-nous dans le domaine royal les évêques qui, au
temporel, étaient de véritables seigneurs féodaux, luttant souvent
eux-mêmes contre le pouvoir immense des abbés, acquérir une puissance
très-étendue sous la suzeraineté royale. L'épiscopat, ayant vis-à-vis la
royauté les caractères de la vassalité, ne lui portait pas ombrage, et
profitait de sa puissance naissante. C'est aussi dans le domaine royal
que les grandes cathédrales s'élèvent en prenant, comme monuments
religieux, une importance supérieure à celle des églises abbatiales,
tandis qu'en dehors du territoire royal, ce sont au contraire les
églises abbatiales qui dominent les cathédrales. Comme seigneurs
féodaux, les évêques se trouvaient dans le siècle; ils n'avaient ni le
pouvoir ni surtout la volonté de conserver les formes de l'architecture
consacrée par la tradition; bien mieux, gênés par l'importance et
l'indépendance de puissantes abbayes, ils saisirent avec ardeur les
moyens que les artistes laïques leur offraient au XIIe siècle de se
soustraire au monopole que les ordres religieux exerçaient sur les arts
comme sur tous les produits de l'intelligence. Alors l'Église était la
plus saisissante expression du génie des populations, de leur richesse
et de leur foi; chaque évêque devait avoir fort à coeur de montrer son
pouvoir spirituel par l'érection d'un édifice qui devenait comme la
représentation matérielle de ce pouvoir, et qui, par son étendue et sa
beauté, devait mettre au second rang les églises monastiques répandues
sur son diocèse. Si le grand vassal du roi, seigneur d'une province,
élevait un château supérieur comme force et comme étendue à tous les
châteaux qu'il prétendait faire relever du sien, de même l'évêque d'un
diocèse du domaine royal, appuyé sur la puissance de son suzerain
temporel, érigeait une cathédrale plus riche, plus vaste et plus
importante que les églises des abbayes qu'il prétendait soumettre à sa
juridiction. Tel était ce grand mouvement vers l'unité gouvernementale
qui se manifestait même au sein de la féodalité cléricale ou séculière,
pendant le XIIe siècle, non-seulement dans les actes politiques, mais
jusque dans la construction des édifices religieux ou militaires. Cette
tendance des évêques à mettre les églises abbatiales au second rang par
un signe matériel aux yeux des populations; nous dirons plus, ce besoin
à la fois religieux et politique, si bien justifié d'ailleurs par les
désordres qui s'étaient introduits au sein des monastères dès la fin du
XIIe siècle, de rendre l'unité à l'Église, fit faire à l'épiscopat des
efforts inouïs pour arriver à construire rapidement de grandes et
magnifiques cathédrales, et explique comment quelques-uns de ces
édifices remarquables par leur étendue, la richesse de leur
architecture, et leur aspect majestueux, sont élevés avec négligence et
parcimonie, n'ont pas de fondations, ou présentent des constructions
qui, par la pauvreté des matériaux employés, ne sont guère en rapport
avec cette apparence de luxe et de grandeur.
Des esprits sages et réfléchis parmi nous cherchent à démontrer (nous ne
savons trop pourquoi) que notre vénérable architecture religieuse
nationale pèche par plus d'un point, et présente notamment de ces
négligences incroyables de construction qui compromettent la durée d'un
certain nombre d'édifices; ils voudront bien tenir compte de ces
nécessités impérieuses plus fortes que les artistes, et qui les
contraignent bien malgré eux dans tous les temps, à ne pas employer les
moyens indiqués par l'expérience ou la science... De ces deux manières
de raisonner quelle est la plus juste?... La cathédrale de Reims est
admirablement fondée; ses piles, élevées en grands et beaux matériaux de
choix, bien posés et ravalés, n'ont subi aucun mouvement; ses voûtes,
solidement et judicieusement contre-butées par des arcs-boutants bien
couverts, d'une portée raisonnable, par des contre-forts largement
empatés, ne présentent pas une fissure, et cette cathédrale a été la
proie d'un incendie terrible, et l'incurie de plusieurs siècles l'a
laissée livrée aux intempéries, et cependant, on ne découvre dans toute
sa construction ni une lézarde, ni une déformation; donc les architectes
du XIIIe siècle étaient d'excellents constructeurs... Ou bien: la
cathédrale de Séez est élevée sur de vieilles fondations imparfaites,
qui partout ont cédé; les matériaux employés dans sa construction sont
de qualité médiocre; sur tous les points on a cherché l'économie, tout
en voulant élever un vaste et magnifique monument; cette cathédrale
craque de toutes parts, se disloque et se lézarde, sa ruine est
imminente; donc les architectes du XIIIe siècle étaient de mauvais
constructeurs, ne fondant pas leurs édifices, les élevant en matériaux
insuffisants comme résistance, etc., etc.
Les évêques comme les architectes de ces temps ont dû obéir à une donnée
politique et religieuse qui ne leur permettait pas le choix des moyens.
Les diocèses pauvres devaient élever d'immenses et magnifiques
cathédrales tout comme les diocèses riches. Et ne jetons pas le blâme
aux architectes qui, placés dans des conditions défavorables, avec des
ressources insuffisantes, ont encore su, avec une adresse rare, remplir
le programme imposé par les besoins de leur temps, et élever des
édifices proches de leur ruine aujourd'hui, mais qui n'en ont pas moins
duré six cents ans, après avoir rempli leur grande mission religieuse.
Avant de juger sévèrement, voyons si les évêques qui cachaient leur
pauvreté sous une apparence de richesse et de splendeur pour concourir à
la grande oeuvre de l'unité nationale par l'unité du pouvoir religieux,
si les architectes hardis qui, sans s'arrêter devant des difficultés
matérielles, insurmontables pour nous, ont élevé des édifices encore
debout, ne sont pas plus méritants, et n'ont pas développé plus de
science et d'habileté que ceux abondamment pourvus de tout ce qui
pouvait faciliter leurs entreprises.
La peinture, la statuaire, la musique et la poésie doivent être jugées
d'une manière absolue; l'oeuvre est bonne ou mauvaise, car le peintre, le
sculpteur, le musicien, et le poëte peuvent s'isoler, ils n'ont besoin
pour exprimer ce que leur esprit conçoit que d'un peu de couleur, d'un
morceau de pierre ou de marbre, d'un instrument, ou d'une écritoire;
mais l'architecture est soumise à des circonstances complétement
étrangères à l'artiste, et plus fortes que lui; or, un des caractères
frappants de l'architecture religieuse, inaugurée par les artistes
laïques à la fin du XIIe siècle, c'est de pouvoir se prêter à toutes les
exigences, de permettre l'emploi de l'ornementation la plus riche et la
plus chargée qui ait jamais été appliquée aux édifices, ou des formes
les plus simples et des procédés les plus économiques. Si à cette époque
quelques grandes églises affectent une richesse apparente, qui contraste
avec l'extrême pauvreté des moyens de construction employés, cela tient
à des exigences dont nous venons d'indiquer les motifs; motifs d'une
importance telle que force était de s'y soumettre. «Avant tout, la
cathédrale doit être spacieuse, splendide, éclatante de verrières,
décorée de sculptures; les ressources sont modiques, n'importe! il faut
satisfaire à ce besoin religieux dont l'importance est supérieure à
toute autre considération; contentons-nous de fondations imparfaites, de
matériaux médiocres, mais élevons une église à nulle autre égale dans le
diocèse; elle périra promptement, n'importe! il faut qu'elle soit
élevée; si elle tombe, nos successeurs en bâtiront une autre...» Voilà
comment devait raisonner un évêque à la fin du XIIe siècle; et s'il
était dans le faux au point de vue de l'art, il était dans le vrai au
point de vue de l'unité religieuse.