Lorsque le goût dominant vers le milieu du XIIIe siècle poussa les

constructeurs à élever des églises d'une excessive légèreté et d'une

grande élévation sous voûtes, lorsque l'on abandonna partout le système

des arcs-boutants primitifs dont nous avons donné des types (fig. 50,

52, 54), il dut y avoir, et il y eut en effet pendant près d'un

demi-siècle, des tâtonnements, des hésitations, avant de trouver ce que

l'on cherchait: l'arc-boutant réduit à sa véritable fonction. Les

constructeurs habiles résolurent promptement le problème par des voies

diverses, comme à Saint-Denis, comme à Beauvais, comme à Saint-Pierre de

Chartres, comme à la cathédrale du Mans, comme à Saint-Étienne

d'Auxerre, comme à Notre-Dame de Semur, comme aux cathédrales de Reims,

de Coutances et de Bayeux, etc., tous édifices bâtis de 1220 à 1260;

mais les inhabiles (et il s'en trouve dans tous les temps) commirent

bien des erreurs jusqu'au moment où l'expérience acquise à la suite de

nombreux exemples put permettre d'établir des règles fixes, des formules

qui pouvaient servir de guide aux constructeurs novices ou n'étant pas

doués d'un génie naturel. À la fin du XIIIe siècle, et pendant le XIVe,

on voit en effet l'arc-boutant appliqué sans hésitation partout; on

s'aperçoit alors que les règles touchant la stabilité des voûtes sont

devenues classiques, que les écoles de construction ont admis des

formules certaines; et si quelques génies audacieux s'en écartent, ce

sont des exceptions.

Il existe en France trois grandes églises bâties pendant le XIVe siècle,

qui nous font voir jusqu'à quel point ces règles sur la construction des

voûtes et des arcs-boutants étaient devenues fixes: ce sont les

cathédrales de Clermont-Ferrand, de Limoges et de Narbonne. Ces trois

édifices sont l'oeuvre d'un seul homme, ou au moins d'une école

particulière, et bien qu'ils soient élevés tous trois au delà de la

Loire, ils appartiennent à l'architecture du nord. Comme plan et comme

construction, ces trois églises présentent une complète analogie; ils ne

diffèrent que par leur décoration; leur stabilité est parfaite; un peu

froids, un peu trop soumis à des règles _classiques_, ils sont par cela

même intéressants à étudier pour nous aujourd'hui. Les arcs-boutants de

ces trois édifices (les choeurs seuls ont été construits à Limoges et à

Narbonne) sont combinés avec un grand art et une connaissance

approfondie des poussées des voûtes; aussi dans ces trois cathédrales,

très-légères d'ailleurs comme système de bâtisse, les piles sont restées

parfaitement verticales dans toute leur hauteur, les voûtes n'ont pas

une lézarde, les arcs-boutants ont conservé toute la pureté primitive de

leur courbe.

Nous donnons ici (64) un des arcs-boutants de la cathédrale de

Clermont-Ferrand, construits comme toute cette église en lave de Volvic.

Un des arcs-boutants de la cathédrale de Narbonne (65), construits en

pierre de Sainte-Lucie, qui est un calcaire fort résistant. Quant au

choeur de la cathédrale de Limoges, il est bâti en granit. Dans l'un

comme dans l'autre de ces arcs-boutants, les piles A reposent sur les

piles de tête des chapelles, et le vide AB se trouve au-dessus de la

partie mince des murs de séparation de ces chapelles, comme à Amiens.

Ces constructions sont exécutées avec une irréprochable précision.

Alors, au XIVe siècle, l'arc-boutant, sous le point de vue de la

science, avait atteint le dernier degré de la perfection; vouloir aller

plus loin, c'était tomber dans l'abus; mais les constructeurs du moyen

âge n'étaient pas gens à s'arrêter en chemin. Évidemment ces _étais_ à

demeure étaient une accusation permanente du système général adopté dans

la construction de leurs grandes églises; ils s'évertuaient à les

dissimuler, soit en les chargeant d'ornements, soit en les masquant avec

une grande adresse, comme à la cathédrale de Reims, par des têtes de

contre-forts qui sont autant de chefs-d'oeuvre, soit en les réduisant à

leur plus simple expression, en leur donnant alors la roideur que doit

avoir un étai. C'est ce dernier parti qui fut franchement admis au XIVe

siècle dans la construction des arcs-boutants de l'église de

Saint-Urbain de Troyes (66).

Que l'on veuille bien examiner cette figure, et l'on verra que

l'arc-boutant se compose d'un petit nombre de morceaux de pierre; ce

n'est plus, comme dans tous les arcs précédents, une succession de

claveaux peu épais, conservant une certaine élasticité, mais au

contraire des pierres posées bout à bout, et acquérant ainsi les

qualités d'un étai de bois. Ce n'est plus par la charge que l'arc

conserve sa rigidité, mais par la combinaison de son appareil. Ici, la

buttée n'est pas obtenue au moyen de l'arc ABC, mais par l'étai de

pierre DE. L'arc ABC, dont la flexibilité est d'ailleurs neutralisée par

l'horizontale BG et le cercle F, n'est là que pour empêcher l'étai DE de

fléchir. Si l'architecte qui a tracé cet arc-boutant eût pu faire

tailler le triangle DBG dans un seul morceau de pierre, il se fût

dispensé de placer le _lien_ AB. Toutefois, pour oser appareiller un

arc-boutant de cette façon, il fallait être bien sûr du point de la

poussée de la voûte et de la direction de cette poussée, car si ce

système de buttée eût été placé un peu au-dessus ou au-dessous de la

poussée, si la ligne DE n'eût pas été inclinée suivant le seul angle qui

lui convenait, il y aurait eu rupture au point B. Pour que cette rupture

n'ait pas eu lieu, il faut supposer que la résultante des pressions

diverses de la voûte agit absolument suivant la ligne DE. Ce n'est donc

pas trop s'avancer que de dire: le système de l'arc-boutant, au XIVe

siècle, était arrivé à son développement le plus complet. Mais on peut

avoir raison suivant les règles absolues de la géométrie, et manquer de

sens. L'homme qui a dirigé les constructions de l'église de Saint-Urbain

de Troyes était certes beaucoup plus savant, meilleur mathématicien que

ceux qui ont bâti les nefs de Chartres, de Reims ou d'Amiens, cependant

ces derniers ont atteint le but et le premier l'a dépassé en voulant

appliquer ses matériaux à des combinaisons géométriques qui sont en

complet désaccord avec leur nature et leurs qualités; en voulant donner

à la pierre le rôle qui appartient au bois, en torturant la forme et

l'art enfin, pour se donner la puérile satisfaction de les soumettre à

la solution d'un problème de géométrie. Ce sont là de ces exemples qui

sont aussi bons à étudier qu'ils sont mauvais à suivre.

Ce même principe est adopté dans de grands édifices. On voit dans la

partie de la nef de la cathédrale de Troyes, qui date du XVe siècle, un

arc-boutant à double volée particulièrement bien établi pour résister

aux poussées des grandes voûtes. Il se compose de deux buttées rigides

de pierre réunies par une arcature à jour (67); la buttée inférieure est

tangente à l'extrados de l'arc, de manière à reporter la poussée sur la

naissance de cet arc, en le laissant libre toutefois par la disposition

de l'appareil. Les pieds-droits de l'arcature à jour sont

perpendiculaires à la direction des deux buttées, et les étrésillonnent

ainsi beaucoup mieux que s'ils étaient verticaux, comme dans les

arcs-boutants des choeurs de la cathédrale d'Amiens et de l'église d'Eu,

donnés figures 62 et 63. Ces deux buttées rigides AB, CD, ne sont pas

parallèles, mais se rapprochent en AC comme deux étais de bois, afin de

mieux reporter la poussée agissant de B en F sur l'arc-boutant unique de

la première volée E. La buttée rigide AB sert d'aqueduc pour les eaux du

comble. Par le fait, cette construction est plus savante que gracieuse,

et l'art ici est complétement sacrifié aux combinaisons géométriques.

Ce système d'arcs-boutants à jour, rigides, fut quelquefois employé avec

bien plus de raison lorsqu'il s'agissait de maintenir une poussée

agissant sur un vide étroit, comme dans la Sainte-Chapelle basse de

Paris (XIIIe siècle). Là, cet arc-boutant se compose d'une seule pierre

évidée venant opposer une résistance fort légère en apparence, mais

très-rigide en réalité, à la pression d'une voûte. La Sainte-Chapelle

basse du Palais se compose d'une nef et de deux bas côtés étroits, afin

de diminuer la portée des voûtes dont on voulait éviter de faire

descendre les naissances trop bas; mais les voûtes de ces bas côtés

atteignant la hauteur sous clef des voûtes de la nef (68), il fallait

s'opposer à la poussée des grands arcs-doubleaux et des arcs-ogives au

point A, au moyen d'un véritable étrésillon. L'architecte imagina de

rendre fixe ce point A, et de reporter sa poussée sur les contre-forts

extérieurs, en établissant un triangle à jour ABC découpé dans un seul

morceau de pierre.

Ce système d'arc-boutant, ou plutôt d'étrésillon, est employé souvent

dans les constructions civiles pour contre-butter des poussées. Les

manteaux des quatre cheminées des cuisines dites de saint Louis, au

Palais de Paris, sont maintenus par des étrésillons pris également dans

un seul morceau de pierre découpé à jour (voy. CHEMINÉE).

Il n'en résulte pas moins que l'arc-boutant surmonté d'un aqueduc se

perfectionne sous le point de vue de la parfaite connaissance des

poussées pendant les XIVe et XVe siècles, comme l'arc-boutant simple ou

double. Les constructeurs arrivent à calculer exactement le poids qu'il

faut donner aux aqueducs à jour pour empêcher le soulèvement de l'arc.

Le caniveau qui couronne l'aqueduc devient un étai par la force qu'on

lui donne aussi bien que par la manière dont il est appareillé.

Comme il arrive toujours lorsqu'un système adopté est poussé à ses

dernières limites, on finit par perdre la trace du principe qui l'a

développé; à la fin du XVe siècle et pendant le XVIe, les architectes

prétendirent si bien améliorer la construction des arcs-boutants, qn'ils

oublièrent les conditions premières de leur stabilité et de leur

résistance. Au lieu de les former d'un simple arc de cercle venant

franchement contre-butter les poussées, soit par lui-même, soit par sa

combinaison avec une construction rigide servant d'étai, ils leur

donnèrent des courbes composées, les faisant porter sur les piles des

nefs en même temps qu'ils maintenaient l'écartement des voûtes. Ils ne

tenaient plus compte ainsi de cette condition essentielle du glissement

des têtes d'arcs, dont nous avons expliqué plus haut l'utilité; ils

tendaient à pousser les piles en dedans, au-dessous et en sens inverse

de la poussée des voûtes. Nous donnons ici (69) un des arcs-boutants de

la nef de l'église Saint-Wulfrand d'Abbeville, construit d'après ce

dernier principe pendant les premières années du XVIe siècle. Ces arcs

ont produit et subi de graves désordres par suite de leur disposition

vicieuse. Les contre-forts extérieurs ont tassé; il s'est déclaré des

ruptures et des écrasements aux points A des arcs, les sommiers B ayant

empêché le glissement qui aurait pu avoir lieu sans de grands

inconvénients. Les arcs rompus aux points A ne contre-buttent plus les

voûtes, qui poussent et écrasent, par le déversement des murs, les

aqueducs supérieurs; en même temps ces arcs, déformés, chargés par ces

aqueducs qui subissent la pression des voûtes, agissent puissamment sur

les sommiers B, et, poussant dès lors les piliers vers l'intérieur à la

naissance des voûtes, augmentent encore les causes d'écartement. Pour

nous expliquer en peu de mots, lorsque des arcs-boutants sont construits

d'après ce système, la poussée des voûtes qui agit de C en D charge

l'arc A verticalement, en augmentant la pression des pieds-droits de

l'aqueduc. Cette charge verticale, se reportant sur une construction

élastique, pousse de A en B. Or, plus la poussée de A en B est

puissante, et plus la poussée des voûtes agit en C par le renversement

de la ligne DC. Donc les sommiers placés à la tête des arcs-boutants en

B sont contraires au principe même de l'arc-boutant.

Les porches nord et sud de l'église Saint-Urbain de Troyes peuvent

donner une idée bien exacte de la fonction que remplissent les

arcs-boutants dans les édifices de la période ogivale. Ces porches sont

comme la dissection d'une petite église du XIVe siècle. Des voûtes

légères, portées sur des colonnes minces et longues, sont contre-buttées

par des arcs qui viennent se reposer sur des contre-forts complétement

indépendants du monument; pas de murs: des colonnes, des voûtes, des

contre-forts isolés, et les arcs-boutants placés suivant la résultante

des poussées. Il n'entre dans toute cette construction, assez importante

cependant, qu'un volume très-restreint de matériaux posés avec autant

d'art que d'économie (70). A indique le plan de ce porche, B la vue de

l'un de ses arcs-boutants d'angle. Comme dans toutes les bonnes

constructions de cette époque, l'arc-boutant ne fait que s'appuyer

contre la colonne, juste au point de la poussée, étayant le sommier qui

reçoit les arcs-doubleaux, les archivoltes et les arcs-ogives. Au-dessus

des arcs-boutants les contre-forts sont rendus plus stables par des

pinacles, et les colonnes elles-mêmes sont chargées et roidies par les

pyramidions qui les surmontent. Il est aisé de comprendre, en examinant

le plan A, comment les deux voûtes du porche, qui reposent d'un côté sur

le mur du transsept et de l'autre sur les trois colonnes CDE, ne peuvent

se maintenir sur des points d'appui aussi grêles qu'au moyen de la

buttée des trois arcs-boutants CF, DG, EH, reportant les résultantes de

leurs poussées sur les trois contre-forts IKL. L'espace MCDEN est seul

couvert, et forme comme un grand dais suspendu sur de frêles colonnes.

Cette élégante construction n'a éprouvé ni mouvement ni déversement,

malgré son extrême légèreté, et quoiqu'elle ait été laissée dans les

plus mauvaises conditions depuis longtemps.

On aura pu observer, d'après tous les exemples que nous avons donnés,

que les arcs-boutants ne commencent à être chanfreinés ou ornés de

moulures qu'à partir de la deuxième moitié du XIIIe siècle. En général,

les profils des arcs-boutants sont toujours plus simples que ceux des

arcs-doubleaux; il est évident qu'on craignait d'affaiblir les

arcs-boutants exposés aux intempéries par des évidements de moulures, et

qu'en se laissant entraîner à les tailler sur un profil, on obéissait au

désir de ne point faire contraster ces arcs d'une manière désagréable

avec la richesse des archivoltes des fenêtres et la profusion de

moulures qui couvraient tous les membres de l'architecture dès la fin du

XIIIe siècle. Cependant les moulures qui sont profilées à l'intrados des

arcs-boutants sont toujours plus simples et conservent une plus grande

apparence de force que celles appliquées aux archivoltes et aux arcs des

voûtes.

Lorsqu'à la fin du XIIe siècle et au commencement du XIIIe on appliqua

le système des arcs-boutants aux grandes voûtes portées sur des piles

isolées, on ne songea d'abord qu'à contre-butter les poussées des voûtes

des nefs et des choeurs. Les voûtes des transsepts, se retournant à angle

droit, n'étaient contre-buttées que par des contre-forts peu saillants.

On se fiait sur le peu de longueur des croisillons composés de deux ou

trois travées de voûtes, on supposait que les buttées des contre-forts

des pignons et celles des murs des nefs suffisaient pour maintenir la

poussée des arcs-doubleaux entre ces buttées. À la cathédrale de Paris,

par exemple (71), il a toujours existé des arcs-boutants de A en B pour

maintenir la poussée des voûtes de la nef et du choeur; mais l'écartement

des voûtes des croisillons n'est maintenu que par les deux contre-forts

minces D et C, et il n'a jamais existé d'arcs-boutants de D en A et de C

en A. On ne pouvait songer en effet à bander des arcs-boutants qui

eussent pris les contre-forts AE en flanc; en admettant que ces

contre-forts fussent arrivés jusqu'au prolongement de l'arc-doubleau CD,

ce qui n'existe pas à la cathédrale de Paris. Cette difficulté non

résolue causa quelquefois la ruine des croisillons peu de temps après

leur construction. Aussi, dès le milieu du XIIIe siècle, on disposa les

contre-forts des angles formés par les transsepts de manière à pouvoir

butter les voûtes dans les deux sens (72). À la cathédrale d'Amiens, par

exemple, ces contre-forts, à la rencontre du transsept et du choeur,

présentent en plan la forme d'une croix, et il existe des arcs-boutants

de D en C comme de A en B. Quand les arcs-boutants sont à doubles

volées, la première volée est bandée de E en F comme de G en F.

Souvent il arrivait aussi que les arcs-boutants des nefs ou des choeurs,

poussant sur la tranche de contre-forts très-larges mais très-minces, et

qui n'étaient en réalité que des murs (73), comme aux choeurs de

Notre-Dame de Paris, de l'église de Saint-Denis, de la cathédrale du

Mans, tendaient à faire déverser ces murs; on établit également, vers le

milieu du XIIIe siècle, des éperons latéraux A sur les flancs des

contre-forts, pour prévenir ce déversement (voy. CONTRE-FORT).

On ne s'arrêta pas là; ces masses de constructions élevées pour

maintenir les arcs-boutants ne pouvaient satisfaire les constructeurs du

XVe siècle, qui voulaient que leurs édifices parussent plus légers

encore qu'ils ne l'étaient réellement. Dans quelques églises, et

notamment dans le choeur de l'église du Mont-Saint-Michel-en-Mer, ils

remplacèrent les éperons A de flanc, par des arcs bandés d'un

contre-fort à l'autre, comme une succession d'étrésillons destinés à

rendre tous les contre-forts des arcs-boutants solidaires.

De tout ce qui précède on peut conclure que les architectes du moyen

âge, après avoir résolu le problème de la construction des voûtes sur

des piles minces et isolées, au moyen de l'arc-boutant, ont été frappés,

sitôt après l'application du principe, des difficultés d'exécution qu'il

présentait. Tous leurs efforts ont eu pour but d'établir l'équilibre

entre la poussée des voûtes et la résistance des arcs-boutants, à baser

ce système sur des règles fixes, ce qui n'était pas possible, puisque

les conditions d'équilibre se modifient en raison de la nature, du

poids, de la résistance et de la dimension des corps. Les hommes d'un

génie supérieur, comme il arrive toujours, ont su vaincre ces

difficultés, plutôt par l'instinct que par le calcul, par l'observation

des faits particuliers que par l'application de règles absolues. Les

constructeurs vulgaires ont suivi tels ou tels exemples qu'ils avaient

sous les yeux, mais sans se rendre compte des cas exceptionnels qu'ils

avaient à traiter; souvent alors ils se sont trompés. Est-ce à dire pour

cela que l'arc-boutant, parce qu'il exige une grande sagacité de la part

du constructeur, est un moyen dont l'emploi doit être proscrit? Nous ne

le croyons pas. Car de ce que l'application d'un système présente des

difficultés et une certaine finesse d'observation, ce n'est pas une

raison pour le condamner, mais c'en est une pour l'étudier avec le plus

grand soin.

[Illustration: Fig. 49.]

[Illustration: Fig. 50 et 51.]

[Illustration: Fig. 52.]

[Illustration: Fig. 53.]

[Illustration: Fig. 54.]

[Illustration: Fig. 55.]

[Illustration: Fig. 56.]

[Illustration: Fig. 57.]

[Illustration: Fig. 58.]

[Illustration: Fig. 59.]

[Illustration: Fig. 60.]

[Illustration: Fig. 61.]

[Illustration: Fig. 62.]

[Illustration: Fig. 63.]

[Illustration: Fig. 64.]

[Illustration: Fig. 65.]

[Illustration: Fig. 66.]

[Illustration: Fig. 67.]

[Illustration: Fig. 68.]

[Illustration: Fig. 69.]

[Illustration: Fig. 70 A.]

[Illustration: Fig. 70 B.]

[Illustration: Fig. 71.]

[Illustration: Fig. 72 et 73.]

ARC DE DÉCHARGE. C'est l'arc que l'on noie dans les constructions

au-dessus des linteaux des portes, au-dessus des vides en général, et

des parties faibles des constructions inférieures pour reporter le poids

des constructions supérieures sur des points d'appui dont la stabilité

est assurée. Les archivoltes des portails et portes sont de véritables

arcs de décharge (voy. ARCHIVOLTES, variété de l'Arc); toutefois on ne

donne guère le nom d'arcs de décharge qu'aux arcs dont le parement

affleure le nu des murs, qui ne se distinguent des assises horizontales

que par leur appareil, et quelquefois cependant par une faible saillie.

Dans les constructions romaines élevées en petits matériaux et en

blocages, on rencontre souvent des arcs de décharge en briques et en

moellons noyés en plein mur, afin de reporter les pesanteurs sur des

points des fondations et soubassements établis plus solidement que le

reste de la bâtisse. Cette tradition se conserve encore pendant la

période romane. Mais à cette époque les constructions en blocage

n'étaient plus en usage, et on ne trouve que très-rarement des arcs

destinés à diviser les pesanteurs dans un mur plein. D'ailleurs dans les

édifices romans la construction devient presque toujours un motif de

décoration, et lorsqu'en maçonnant on avait besoin d'arcs de décharge on

cherchait à les accuser, soit par une saillie, et même quelquefois par

un filet orné ou mouluré à l'extrados. Tels sont les arcs de décharge

qui se voient le long du mur des bas côtés de l'Église St-Étienne de

Nevers (fin du XIe siècle) (74). Ici ces arcs sont surtout destinés à

charger les piles des bas côtés qui reçoivent les poussées des voûtes;

les murs n'étant pas armés de contre-forts, ce surcroît de charge donne

aux points d'appui principaux une grande stabilité. C'est un système qui

permet d'élever des murs minces entre les piles destinées à recevoir le

poids des constructions, il présente par conséquent une économie de

matériaux; on le voit appliqué dans beaucoup d'églises du Poitou, de

l'Anjou, de l'Auvergne et de la Saintonge pendant la période romane.

Inutile d'ajouter que ces arcs de décharge sont toujours extradossés;

puisque leur fonction essentielle est de reporter les charges

supérieures sur leurs sommiers, ils doivent tendre à faire glisser les

maçonneries sur leurs reins.

Le pignon du transsept sud de l'église de Notre-Dame-du-Port à

Clermont-Ferrand est ainsi porté sur deux arcs de décharge à

l'extérieur, reposant sur une colonne (75). Souvent dans l'architecture

civile des XIe et XIIe siècles on rencontre des portes dont les linteaux

sont soulagés par des arcs de décharge venant appuyer leurs sommiers sur

une _portée_ ménagée aux deux extrémités des linteaux (76), quelquefois

aussi au-dessus des linteaux on voit une clef posée dans l'assise qui

les surmonte et qui forme ainsi une plate-bande appareillée reportant le

poids des murs sur les deux pieds-droits (77). Un vide est laissé alors

entre l'intrados de la clef et le linteau pour éviter la charge de cette

clef en cas de mouvement dans les constructions. Des arcs de décharge

sont posés au-dessus des ébrasements intérieurs des portes et des

fenêtres dans presque tous les édifices civils du moyen âge.

Ces arcs sont plein cintre (78) (château de Polignac, Haute-Loire, XIe

siècle), rarement en tiers-point, et le plus souvent bombés seulement

pour prendre moins de hauteur sous les planchers (voy. FENÊTRE). Pendant

la période ogivale, les constructeurs ont à franchir de grands espaces

vides, ils cherchent sans cesse à diminuer à rez-de-chaussée les points

d'appui, afin de laisser le plus de place possible à la foule, de ne pas

gêner la vue; ce principe les conduit à établir une partie des

constructions supérieures en porte-à-faux; si dans le travers des nefs

ils établissent des arcs-boutants au-dessus des bas côtés, pour reporter

la poussée des grandes voûtes à l'extérieur, il faut, dans le sens de la

longueur, qu'ils évitent de faire peser les murs des galeries en

porte-à-faux sur les voûtes de ces bas côtés, trop légères pour porter

la charge d'un mur si mince qu'il soit. Dès lors, pour éviter le fâcheux

effet de ce poids sur des voûtes, des arcs de décharge ont été ménagés

dans l'épaisseur des murs de fond des galeries au premier étage. Ces

arcs reportent la charge de ces murs sur les sommiers des arcs-doubleaux

des bas côtés (voy. CONSTRUCTION, TRIFORIUM, GALERIE). On trouve des

arcs de décharge en tiers-point, dans les galeries hautes de Notre-Dame

de Paris, dans le triforium des nefs des cathédrales d'Amiens (79), de

Reims, de Nevers. Mais à Amiens, les fenêtres supérieures étant posées

sur la claire-voie intérieure du triforium, ces arcs de décharge ne

portent que le poids d'un mur mince, qui ne s'élève que jusqu'à l'appui

du fenestrage.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 1 - (A) · 第 7 / 47 段