CHAPITRE XXX.

1339. PRÉPARATIFS D'UNE GRANDE BATAILLE A BUIRONFOSSE SUIVIS DE

LA RETRAITE DES DEUX ARMÉES ANGLAISE ET FRANÇAISE (§§ 84 à 88.)

Par le conseil du duc de Brabant, le roi d'Angleterre envoie un héraut

du duc de Gueldre prendre jour avec le roi de France pour la bataille.

On est au mercredi, et l'on convient des deux parts de livrer bataille

le vendredi suivant. Philippe de Valois et les seigneurs français

accueillent avec joie le héraut envoyé par Édouard III et lui font

cadeau de bons manteaux fourrés pour le remercier de la bonne nouvelle

qu'il apporte. P. 174 et 175, 467 et 468.

Le jeudi matin, deux chevaliers de la suite du comte de Hainaut, les

seigneurs de Fagnolles et de Tupigny, montent à cheval et s'avancent

en éclaireurs à très-peu de distance de l'armée anglaise. Or, il

arrive que le seigneur de Fagnolles monte un coursier fougueux et

ombrageux qui prend le mors aux dents et emporte son cavalier au

milieu des tentes du roi d'Angleterre. Le seigneur de Fagnolles, fait

prisonnier par le seigneur de Horstebergh, chevalier allemand,

doit s'engager, pour recouvrer sa liberté, à payer une rançon de mille

vieux écus. Informé de cette aventure, Jean de Hainaut invite à dîner

le seigneur de Fagnolles, son compatriote, en compagnie du seigneur de

Horstebergh. Après le dîner, il prie le chevalier allemand d'exiger

une rançon moins forte d'un prisonnier dont la capture n'est due qu'à

un heureux hasard. «Monseigneur, répond l'Allemand, j'avais bien

besoin que Dieu m'amène ce prisonnier, car hier soir j'avais perdu

tout mon argent aux dés.» Alors les chevaliers se mettent à rire, et

bientôt par suite d'un nouvel arrangement la rançon du seigneur de

Fagnolles est fixée à six cents vieux écus que Jean de Hainaut prête à

son compatriote et qu'il verse le soir même entre les mains du

seigneur de Horstebergh. Le seigneur de Fagnolles, monté sur son

coursier que Jean de Hainaut lui a fait rendre malgré la résistance

des Allemands, regagne l'armée du roi de France et la bataille du

comte Guillaume de Hainaut. P. 175 à 177, 468 et 469.

Le vendredi au matin, les deux armées, avant d'en venir aux mains,

entendent la messe, chaque seigneur sous sa tente et au milieu de ses

gens. La plupart se confessent et communient afin d'être prêts au

besoin à mourir. Dans le camp anglais, tout le monde met pied à terre;

on place les chevaux, les bagages et le charroi dans un petit bois

situé sur les derrières pour se fortifier de ce côté. L'armée

d'Édouard III et de ses alliés est divisée en trois batailles. La

première bataille, composée d'Allemands, a pour chefs Renaud II, duc

de Gueldre, Guillaume V marquis de Juliers, Louis Ier de Bavière

marquis de Brandebourg, Jean de Hainaut, Frédéric II marquis de

Meissen, Adolphe VIII comte de Berg, Nicolas Ier comte de Salm,

Thierry d'Heinsberg comte de Looz, Thierry III seigneur de Fauquemont,

Guillaume de Duvenvoorde et Arnoul de Blankenheim.--Jean III, duc de

Brabant, est à la tête de la seconde bataille. Sous les ordres de leur

duc marchent tous les barons et chevaliers du Brabant, les seigneurs

de Cuyk[361], de Bergh[362], de Breda[363], de Rotselaer[364], de

Vorsselaer[365], de Bautersem[366], de Bornival, de Schoonvorst[367],

de Witham[368], d'Aerschot[369], de Becquevoort[370], de

Gaesbeek[371], de Duffel[372], Thierry III de Walcourt, Raes van

Gavere, Jean de Kesterbeek, Jean Pyhser, Gilles de Quarouble[373], les

trois frères de Harlebeke[374], Gautier de Huldenbergh[375] et Henri

de Flandre dont le grand état mérite une mention spéciale. A ces

Brabançons sont venus se joindre quelques chevaliers flamands: le

seigneur d'Halluin[376], Hector Villain, Jean de Rhode, le seigneur de

la Gruthuse[377], Vulfard de Ghistelles, Guillaume van Straten,

Gossuin van der Moere. La bataille du duc de Brabant comprend

vingt-quatre bannières, quatre-vingt pennons et sept mille

combattants.--La troisième bataille et la plus considérable est

composée d'Anglais et commandée par le roi d'Angleterre en personne.

Les principaux seigneurs de la suite d'Édouard III sont: le comte

Henri de Derby, fils de Henri de Lancastre au Tors Col, les évêques de

Lincoln et de Durham, le comte de Salisbury maréchal de l'armée

anglaise, les comtes de Northampton, de Gloucester, de Suffolk, de

Hereford, de Warwick, de March, de Pembroke, Robert d'Artois _comte de

Richemont_, Jean vicomte de Beaumont, Renaud de Cobham, Richard de

Stafford, les seigneurs de Percy, de Ross, de Mowbray, Louis et Jean

de Beauchamp, les seigneurs de la Ware, de Langtown, de Basset, de

Fitz-Walter, Guillaume Fitz-Waren, Gautier de Mauny, Hue de Hastings,

Jean de Lille, les seigneurs de Scales, de Felton, de Ferrers, de

Bradeston, de Mulleton. Le roi anglais fait là plusieurs nouveaux

chevaliers et entre autres Jean Chandos, le plus vaillant chevalier

qu'il y eut jamais en Angleterre. Cet illustre capitaine a dit

plusieurs fois en présence de Froissart qu'il avait été fait chevalier

de la main d'Édouard III le vendredi de l'assemblée de Buironfosse. La

bataille du roi d'Angleterre se compose de vingt-huit bannières, de

quatre-vingt-dix pennons, de six mille hommes d'armes et de six mille

archers. Trois mille hommes d'armes à cheval et deux mille archers

placés sur les ailes forment la réserve; les principaux chefs de cette

réserve sont Robert d'Artois, Gautier de Mauny, les seigneurs de

Berkeley et de Clifford, Richard de Pembridge et Barthélemy de

Burghersh. P. 177 à 179, 469 à 472.

[361] Otton, sire de Cuyk. Cuyk fait aujourd'hui partie de la

Hollande, prov. de Noord-Brabant.

[362] En 1340, la seigneurie de Bergh devait appartenir à Jean,

sire de Fauquemont, du chef de sa femme Jeanne, dame de Voirne et

de Bergh, fille et héritière de Mathilde de Wesemaele et d'Albert

de Voirne.

[363] La seigneurie de Breda appartenait alors au richissime

Guillaume, sire de Duvenvoorde, déjà nommé parmi les chevaliers

allemands. Jean III, duc de Brabant, après avoir acheté en 1326

ladite seigneurie de Gérard, sire de Rassegem et de Lens, et

d'Alix, dame de Lidekerke et de Breda, sa femme, fut obligé d'en

laisser l'usufruit à Guillaume de Duvenvoorde, son créancier. La

seigneurie de Breda fut revendue en 1350 à Jean, sire de Polaenen

et de le Lecke. Voyez Butkens, t. I, p. 396 à 399.

[364] Jean, sire de Rotselaer.

[365] Gérard, sire de Vorsselaer.

[366] Henri, sire de Bautersem.

[367] Renaud de Schoonvorst, sire de Monjoie.

[368] Jean de Corsselaer, sire de Witham.

[369] Jean d'Arschot de Schoonhoven.

[370] Est-ce Jean de Becquevoort ou Adam, fils de Jean?

[371] Guillaume de Gaesbeek.

[372] Henri Berthout IV, sire de Duffel.

[373] Voyez chap. IV, p. CXLVI.

[374] Ibid.

[375] Ibid.

[376] Sans doute Gautier, II du nom, fils de Roland, seigneur de

Halluin et de Tronchiennes.

[377] Jean de la Gruthuse.

Dans l'armée du roi de France il y a deux cent vingt-sept bannières,

cinq cent soixante pennons, quatre rois, six ducs, trente-six comtes,

quatre mille chevaliers et plus de soixante mille hommes de pied

fournis par les communes de France. Aux côtés du roi de France se

tiennent Jean de Luxembourg, roi de Bohême, Philippe d'Évreux roi de

Navarre, David Bruce roi d'Écosse, Jean duc de Normandie, Eudes IV duc

de Bourgogne, Jean III duc de Bretagne, Louis Ier duc de Bourbon,

Raoul duc de Lorraine, Gautier duc d'Athènes. Les comtes sont Charles

II de Valois, comte d'Alençon, frère du roi de France, Louis de Nevers

comte de Flandre, Guillaume II comte de Hainaut, Gui de Châtillon

comte de Blois, Henri IV comte de Bar, Guigues VIII comte de Forez,

Gaston II comte de Foix, Jean Ier comte d'Armagnac, Jean dauphin

d'Auvergne, Ancel sire de Joinville, Louis II comte d'Étampes,

Bouchard VI comte de Vendôme, Jean IV comte de Harcourt, Jean de

Châtillon comte de Saint-Pol, Raoul II comte de Guines, Philippe comte

d'Auvergne et de Boulogne, Jean V comte de Roucy et de Braisne,

Charles de Trie comte de Dammartin, Louis Ier de Poitiers comte de

Valentinois, Jean II de Ponthieu comte d'Aumale, Jean II de Châlon

comte d'Auxerre, Louis II comte de Sancerre, Amé comte de Genève,

Pierre comte de Dreux, Édouard III comte de Ponthieu, Jean Ier vicomte

de Melun et sire de Tancarville, Henri IV comte de Vaudemont, Jean de

Noyers comte de Joigny, Gaucher IV de Châtillon comte de Porcien, Jean

vicomte de Beaumont, Jean comte de Montfort, Aymeri VIII vicomte de

Narbonne, Roger Bernard comte de Périgord, Arnaud de la Vie sire de

Villemur, Pierre Raymond Ier comte de Comminges, le _vicomte de

Murendon_[378], les comtes de Douglas et de Murray d'Écosse, Guillaume

Ier marquis de Namur. L'armée du roi de France est répartie en trois

batailles dont chacune comprend quinze mille hommes d'armes et vingt

mille hommes de pied. P. 180 et 181, 472 et 473.

[378] _Murendon_ est peut-être pour Montredon (Tarn, arr.

Castres), seigneurie qui appartenait aux vicomtes de Lautrec.

Amauri ou Amalric, vicomte de Lautrec, seigneur de Montredon,

mourut vers 1341.

Deux opinions ont cours parmi les Français. Les uns sont d'avis qu'on

livre bataille; les autres sont d'un avis contraire: ils disent que le

roi de France, outre le danger de trahison auquel il est exposé, a

tout à perdre, s'il est vaincu, et n'a rien à gagner, s'il est

vainqueur. Vers midi, un lièvre qui vient se jeter parmi les Français,

occasionne un grand vacarme. Les chevaliers, qui de loin entendent ce

bruit, s'imaginent que c'est la bataille qui commence; ils mettent à

la hâte bassinet en tête et glaive en main. Le comte de Hainaut fait

alors quatorze nouveaux chevaliers qu'on appela toujours depuis _les

chevaliers du lièvre_. Robert, roi de Sicile, très-versé dans

l'astrologie, a prédit une défaite aux Français. Sans s'émouvoir de

cette prédiction, Philippe de Valois est impatient d'en venir aux

mains; toutefois il fini par céder à l'opinion des chaperons fourrés

dont l'influence domine dans son conseil, et la bataille n'a pas lieu.

Quant au roi d'Angleterre et aux Anglais, ils sont tout disposés à

continuer la campagne; mais le duc de Brabant, qui est partisan de la

retraite, parvient à ranger à son opinion le duc de Gueldre, le

marquis de Juliers et les seigneurs allemands. Édouard III et ses

alliés lèvent leur camp le soir même, passent la Helpe au pont

d'Avesnes, la Sambre, traversent le Hainaut et gagnent le duché de

Brabant. Le comte de Hainaut quitte aussi le roi de France dès le

vendredi et reprend le chemin de son comté par Landrecies et le

Quesnoy. Philippe de Valois, furieux d'avoir laissé partir les Anglais

sans leur livrer bataille, part de Buironfosse le samedi au matin et

retourne à Saint-Quentin où il donne congé à ses gens d'armes. Avant

de revenir à Paris, il met des garnisons à Tournai, à Lille, à Douai

et dans toutes les forteresses de la frontière; il laisse à Tournai

Godemar du Fay, à Mortagne sur Escaut Édouard de Beaujeu, avec le

titre de souverains capitaines et gardiens de tout le pays des

environs. P. 181 à 184, 473 à 479.

Chroniques de J. Froissart, tome 01/13, 1re partie · 第 83 / 96 题