1338. INSTITUTION D'ÉDOUARD III EN QUALITÉ DE VICAIRE DE L'EMPIRE
(§§ 68, 70, 71).
Le roi d'Angleterre et ses alliés décident qu'une députation se rendra
auprès de l'empereur d'Allemagne afin de solliciter le titre de
vicaire de l'Empire en faveur d'Édouard III. Cette députation se
compose du comte de Gueldre et du marquis de Juliers, qui représentent
les seigneurs allemands, de l'évêque de Lincoln, de Renaud de Cobham
et de Richard de Stafford qui sont délégués par le roi d'Angleterre.
Ces députés[276] vont trouver l'empereur à Nuremberg[277] où leur
mission, secondée par l'impératrice Marguerite de Hainaut, est
couronnée d'un plein succès. Les électeurs et les plus hauts barons de
l'Empire, tels que le duc de Saxe, les marquis de Brandebourg, de
Meissen et d'Osterland, les archevêques de Cologne, de Trèves et de
Mayence sont convoqués à cette entrevue solennelle qui dure trois
jours; le duc de Brabant, convoqué aussi, se fait excuser et remplacer
par le seigneur de Cuyk[278]. Là, devant tous ces princes et
seigneurs, Louis de Bavière érige en marquisat le comté de Juliers et
en duché le comté de Gueldre. En même temps, il fait Édouard III son
vicaire par tout l'Empire, il l'autorise à battre monnaie en son nom,
et il enjoint à tous ses sujets d'obéir au vicaire impérial comme à
lui-même; enfin, il donne mission aux délégués tant anglais
qu'allemands de remettre de sa part au roi d'Angleterre les insignes
et titres de la nouvelle dignité dont il l'a investi. P. 144, 145, 424
et 425.
[276] D'après l'abrégé de 1477 ou ms. B6, l'entrevue eut lieu à
_Coblenz_, non entre des délégués du roi d'Angleterre, mais
_entre le roi d'Angleterre lui-même et l'empereur d'Allemagne_.
Cette version est la seule qui soit de tout point conforme à la
vérité historique.
[277] D'après la première et aussi d'après la troisième
rédaction, l'entrevue se tint à Floreberg; mais Floreberg ou
Florenberg semble provenir de quelque méprise de copiste et
probablement d'une mauvaise lecture.
[278] Otton, sire de Cuyk, fils de Jean, marié à Jeanne dame de
Heverlé, puis en 1333 à Jeanne de Flandre, fille du sire de
Tenremonde. Otton mourut sans enfants peu après 1350. Cuyk fait
aujourd'hui partie de la Hollande.
Aussitôt que les habitants de Cambrai, qui est chambre et terre de
l'Empire, apprennent qu'Édouard III vient d'être nommé vicaire de
l'empereur, ils craignent que le roi anglais ne veuille s'emparer de
leur ville pour en faire un de ses avant-postes contre la France. Et
comme ils sont et veulent rester bons Français, ils chargent leur
évêque Guillaume d'Auxonne, excellent patriote, originaire du Berry et
de la Sologne, d'implorer pour eux, au cas où ils seraient attaqués,
l'appui du roi de France. Philippe de Valois promet de venir à
leur secours, et l'on verra qu'il tint sa promesse[279]. P. 427 et
428.
[279] Un véritable traité d'alliance fut conclu en novembre 1339
entre Philippe de Valois et la cité de Cambrai. Entre autres
priviléges qui furent accordés aux habitants de la dite ville, le
roi de France prit l'engagement d'entretenir à ses frais 300
hommes d'armes et 300 arbalétriers pour défendre Cambrai contre
tous, excepté contre l'empereur de Rome, roi d'Allemagne. (Arch.
de l'Empire, JJ 73, p. 244, f{o} 191.)
Rendez-vous est pris pour entendre la réponse de l'empereur Louis de
Bavière. Quoique les seigneurs d'Allemagne aient désigné Utrecht comme
plus à leur convenance, ce rendez-vous a lieu, sur l'insistance du duc
de Brabant, à Herck[280] dans le comté de Looz le jour de la
Saint-Martin d'hiver (11 novembre). La cérémonie se tient dans la
grande vieille halle de la ville, magnifiquement décorée pour la
circonstance. Édouard III siége, la couronne en tête, sur un étal de
boucher transformé en trône. Là, devant un immense concours de
seigneurs et de peuple, il est donné lecture des lettres qui
instituent le roi d'Angleterre vicaire de l'Empire et qui
l'investissent de toutes les prérogatives afférentes à cette haute
dignité. Édouard III et ses alliés se séparent en s'ajournant à trois
semaines après la Saint-Jean pour aller mettre le siége devant Cambrai
qui doit relever de l'Empire. P. 149, 150, 435 et 436.
[280] _Troisième rédaction_: Herck en Hesbaing (pays de
Liége).--C'est aujourd'hui Herck-la-Ville, prov. de Limbourg, à
12 k. de Hasselt.
Le roi d'Angleterre, de retour au château de Louvain, requiert à titre
de vicaire de l'Empire et se fait promettre le libre passage pour lui
et pour ses gens à travers le comté de Hainaut; puis, il mande à la
reine sa femme, restée en Angleterre, de passer la mer et de le venir
rejoindre. Philippe s'embarque au palais de Westminster, aborde à
Anvers et fait son entrée à Louvain avec une escorte de plus de deux
mille hommes. Le roi et la reine tiennent leur cour pendant tout
l'hiver dans le château du duc de Brabant avec beaucoup de
magnificence. Ce séjour est très-onéreux pour les finances d'Édouard
III qui entretient en outre à ses frais sur le continent plus de deux
mille chevaliers ou écuyers et environ huit mille archers. Il faut
solder tous les mois les gages de ces gens d'armes, sans compter les
cadeaux destinés à gagner l'amitié des seigneurs allemands qui ne font
rien, ni pour parenté ni autrement, si on ne les paye d'avance à beaux
deniers comptants. Pendant ce temps, le duc de Brabant continue
de renouveler ses protestations de dévouement au roi de France par
l'intermédiaire de [Léon] de Crainhem[281] délégué à cet effet auprès
de Philippe de Valois. Et lorsque bientôt après les actes viennent
donner un démenti à ces protestations, l'honnête et loyal représentant
du duc, honteux d'avoir été l'intermédiaire d'aussi impudents
mensonges, en meurt de douleur. P. 151, 436 à 439.
[281] _Abrégé de 1477 ou ms. B6_: Louis de Granchon.
_Manuscrit de Valenciennes._--Le samedi avant la Nativité (5
septembre), Louis de Bavière, empereur de Rome, est assis à Coblenz en
siége impérial sur une estrade de douze pieds de haut; il est vêtu
d'une étoffe de soie de couleurs variées recouverte d'une dalmatique
avec fanon (manipule) au bras et étole croisée par devant à la manière
des prêtres, le tout blasonné aux armes de l'Empire; il a les pieds
chaussés de soie comme le reste du corps, et la tête coiffée d'une
mitre ronde qui supporte une magnifique couronne d'or; il a les mains
gantées de soie blanche et aux doigts des anneaux du plus grand prix.
Il tient de la main droite un globe d'or surmonté d'une croix
vermeille, et de l'autre main le sceptre. A la droite de Louis de
Bavière, le marquis de Meissen a la garde du globe d'or. Tout à côté
de l'empereur siége le roi d'Angleterre vêtu d'une étoffe vermeille
d'écarlate avec un château en broderie sur la poitrine. A la gauche
des empereurs, le marquis de Juliers est le dépositaire du sceptre.
Les électeurs sont deux degrés plus bas; et le seigneur de Cuyk,
représentant du duc de Brabant, qui tient en main une épée nue, a la
préséance sur eux tous. Après avoir fait renouveler et confirmer par
les électeurs les statuts fondamentaux de l'Empire, Louis de Bavière
déclare qu'il contracte alliance, ainsi que plusieurs prélats et
barons d'Allemagne, avec Édouard III là présent, et qu'il institue le
roi d'Angleterre son vicaire par tout l'Empire et en toutes choses. P.
425 à 427.