1332 à 1338. VOYAGES[268] ET SÉJOUR DE DAVID BRUCE, ROI D'ÉCOSSE,
EN FRANCE (§ 69).
_Première rédaction._--David Bruce, dépouillé de la plus grande
partie de son royaume, prend le parti de se retirer en France où il
trouve ainsi que la reine sa femme l'accueil le plus empressé.
Philippe de Valois met à la disposition du roi d'Écosse plusieurs de
ses châteaux et se charge de pourvoir à tous les frais d'existence de
son hôte. Par l'entremise de David Bruce, un traité d'alliance
offensive et défensive est conclu entre le roi de France et les
seigneurs d'Écosse partisans de David: Philippe de Valois s'engage à
secourir de tout son pouvoir les Écossais qui promettent en retour de
n'accorder aucune trêve aux Anglais sans le consentement de leur royal
allié. Arnoul d'Audrehem, maréchal de France, et le sire de
Garencières, envoyés en Écosse à la tête d'un corps d'auxiliaires, se
couvrent de gloire[269]. P. 146 à 148.
[268] Nous écrivons _voyages_ au pluriel, parce que, s'il paraît
bien établi que l'arrivée de David Bruce en France remonte à
1332, un voyage de ce prince en Écosse, avant l'ouverture des
hostilités entre la France et l'Angleterre, n'a rien que de
conforme à la vraisemblance. Certains détails de la seconde et de
la troisième rédaction, notamment la rencontre des Écossais et
des écumeurs normands, font supposer que ce second voyage, s'il a
existé réellement, a dû avoir lieu en 1338.
[269] Cette expédition dut avoir lieu en 1335. Au mois d'avril
1343, Philippe de Valois donna au comte d'Eu mille livres
tournois de rente sur le Trésor à Paris «comme dès l'an de grâce
_mil CCC trente et cinq nous eussions ordenné à Chastelheraut de
envoier en Escoce nostre amé et feal cousin le comte de Eu,
connestable de France, en l'aide du roy d'Escoce contre le roy
d'Engleterre_; et pour ce que nostre dit cousin, qui tenoit en
Engleterre et en Yrlande certaine terre en fié du roy
d'Engleterre, ne devoit ne voloit aler encontre li sanz avant li
renvoier son hommage, par nostre volenté et ordenance li renvoya
de lors l'ommage de la dite terre, laquelle vaut quatre mille
livres tournois par années communes....» (Arch. de l'Empire, JJ
74, p. 74, f{o} 44.)
_Seconde rédaction._--Toutes les forteresses du plat pays d'Écosse
sont tombées au pouvoir des Anglais, et Guillaume de Montagu, comte de
Salisbury, occupe Édimbourg. Le comte de Murray, Guillaume de Douglas,
Robert de Vescy, Simon Fraser, Alexandre de Ramsay se sont réfugiés
dans les forêts de Jedburgh: le centre d'opérations de ces défenseurs
de l'Écosse est le fort château de Dumbarton où le jeune David Bruce
et la reine sa femme ont fixé leur résidence. Lorsque les seigneurs
écossais apprennent qu'Édouard III se dispose à entrer en campagne
contre le roi de France, ils chargent Guillaume de Douglas, le comte
de Sutherland et Robert de Vescy d'aller en compagnie du roi d'Écosse
négocier un traité d'alliance avec Philippe de Valois. David Bruce
s'embarque à Aberdeen avec la reine et les seigneurs ci-dessus
nommés. Pendant la traversée, les quatre navires qui portent le roi
d'Écosse et sa suite, poussés par un fort vent d'est à l'embouchure de
la Tamise près de Margate, tombent au milieu d'une flotte de
soixante-quinze vaisseaux montés par des Normands et des Génois en
croisière dans ces parages. Les Normands croient d'abord avoir affaire
à des Anglais et ils commencent à donner la chasse à ces quatre
navires; mais les Écossais se font reconnaître, et aussitôt Hue
Quieret[270], qui commande la croisière, s'empresse de les escorter
jusqu'au port de Calais. Une fois débarqué, David Bruce passe à
Thérouanne, Arras, Bapaume, Péronne et arrive à Paris. P. 429 à 431.
[270] Hue Quieret, chevalier et conseiller du roi, son amiral en
mer, fut capitaine de Douai du 28 octobre au 6 décembre 1339
(Bibl. imp., De Camps, portef. 83, f{o} 311). Parmi les
chevaliers qui servirent sur les frontières de Flandre en 1339 et
1340, on voit figurer Hue Quieret avec un écuyer «venu de
Roust-lès-Fresnemontiers» (auj. Fresmontiers, Somme, arr. Amiens,
canton Conty). Le 24 avril 1340, Hue Quieret, écuyer, fils de feu
Guérard Quieret, chevalier, vendit aux chapelains de Notre-Dame
d'Amiens tout le fief dit de Gueraville, tenu de Gaucher de
Châtillon, seigneur de la Ferté en Ponthieu et de Marie de
Toutecourt sa femme et situé à Doins (auj. Doingt-Flamicourt,
Somme, arr. et canton Péronne). Arch. de l'Empire, JJ 72, p. 555.
Philippe de Valois, qui vient de recevoir le défi d'Édouard III,
accueille avec joie le roi d'Écosse; il est heureux de trouver dans
les propositions d'alliance qu'on lui vient soumettre un moyen de
forcer son adversaire à détourner contre un pays autre que la France
une partie des forces de l'Angleterre. Aussi, la conclusion du traité
ne se fait pas attendre, et Robert de Vescy retourne en porter la
nouvelle à ses compatriotes. Aussitôt qu'Édouard III est informé de
cette nouvelle, il renvoie en Angleterre l'évêque de Durham, les
seigneurs de Lucy et de Mowbray, et il les charge d'inviter le comte
de Salisbury, les seigneurs de Percy, de Nevill, de Greystock et
Édouard Baillol, capitaine de Berwick, à renforcer toutes les
garnisons sur la frontière d'Écosse. P. 431 et 432.
_Troisième rédaction._--Après la prise de Berwick, David Bruce, forcé
de se retirer à Aberdeen et aux environs dans la Sauvage Écosse,
apprend que le roi d'Angleterre, à l'instigation de Robert d'Artois,
se dispose à revendiquer le trône de France; et il forme le
projet de se rendre sur le continent pour négocier un traité
d'alliance avec Philippe de Valois. Ce projet reçoit l'approbation des
Écossais qui ont toujours été plus partisans des Français que des
Anglais. Le roi d'Écosse s'embarque au port de Montrose en compagnie
de la reine sa femme, de Guillaume de Douglas, de vingt-six chevaliers
et écuyers, des dames et damoiselles de la suite de la reine; il
confie la défense du royaume en son absence à Archibald de Douglas, à
Robert de Vescy, à Alexandre de Ramsay et à Simon Fraser. Les Écossais
abordent à l'Écluse où ils se font passer pour des pèlerins et
pèlerines qui vont à Saint-Maur des Fossés. De l'Écluse, ils se
rendent par eau à Bruges où ils attendent leurs chevaux et
renouvellent leur équipage. Ils passent à Lille, à Arras, à
Éclusier[271], à Lihons[272] en Santerre, à Roye, à Canny[273], à
Ressons[274] à Creil, et ils ne s'arrêtent qu'à Luzarches[275].
Arrivés là, Guillaume de Douglas et David de Lindsay prennent les
devants pour prévenir le roi de France. Philippe de Valois, qui tient
alors sa cour à l'hôtel du bois de Vincennes, envoie au-devant du roi
et de la reine d'Écosse les seigneurs de Montmorency et de
Garencières. De Luzarches, le cortége royal vient coucher à
Saint-Denis; et l'entrevue des deux rois et des deux reines a lieu le
lendemain au Bois avant la messe. Le séjour du roi et de la reine
d'Écosse en France dura neuf ans pendant lesquels ils habitèrent la
ville et le château de Nemours que Philippe de Valois leur avait
assigné pour leur demeure avec une rente de mille écus par mois. P.
432 à 435.
[271] Éclusier-Vaux, Somme, arr. Péronne, c. Bray.
[272] Lihons, Somme, arr. Péronne, c. Chaulnes.
[273] Canny-sur-Matz, Oise, arr. Compiègne, c. Lassigny.
[274] Ressons-sur-Matz, Oise, arr. Compiègne.
[275] Luzarches, Seine-et-Oise, arr. Pontoise.