1337 à 1339. CROISIÈRES ET INCURSIONS DES NORMANDS SUR LES CÔTES
D'ANGLETERRE; SAC DE SOUTHAMPTON, PRÉPARATIFS DE GUERRE DU ROI
DE FRANCE, SUR TERRE ET SUR MER (§§ 72, 74.)
1337 à 1339. Philippe de Valois arme en course et entretient sur mer
une flotte composée de Normands, de Bretons, de Picards, de Génois et
de Biscayens sous les ordres de Charles Grimaldi, amiral de France, de
Hue Quieret, de [Nicolas] Behuchet[282] et de Barbavera[283]. Ces
écumeurs, au nombre de vingt ou trente mille, ont leurs principaux
quartiers depuis Dieppe jusqu'à Harfleur, et c'est de là qu'ils
partent pour donner la chasse aux Anglais et aux Flamands; ils
infestent surtout les parages de Douvres, de Winchelsea, de Margate et
en général les ports qui avoisinent l'embouchure de la Tamise. P. 153.
[282] Nicolas Behuchet ou Beuchet, d'origine normande, était
chevalier, trésorier et conseiller du roi (Arch. de l'Empire, JJ
74, p. 154).
[283] Pietro Barbavera, qualifié «sergent d'armes» était de
Gênes. Le 19 décembre 1337, Philippe de Valois fit don «à son
bien amé et féal sergent d'armes Pierre dit Berbevaire» de 100
livres tournois à prendre sur les émoluments de la prévôté de la
Rochelle. Une seconde donation de 100 autres livres tournois de
rente fut faite le 12 janvier 1341 au dit Pietro Barbavera, à la
condition de «faire venir des parties de Jane (Gênes) en nostre
dit royaume sa fame et ses enfanz pour y converser d'ores en
avant et faire leur perpétuel residence.» (Arch. de l'Empire, JJ
74, p. 233.)
1337. Hue Quieret et ses Normands surprennent un dimanche matin vers
la Nativité (8 septembre) le port de Southampton à l'heure où les
habitants sont à la messe; les écumeurs français se rendent maîtres de
la ville sans coup férir et l'occupent tout un jour; ils massacrent
grand nombre de bourgeois, violent les femmes, les jeunes filles et ne
reprennent la mer qu'après avoir chargé leurs navires de l'immense
butin qu'ils ont pu ramasser dans cette cité, alors pleine de
richesses. Pendant qu'ils pillent ainsi la ville, ils envoient
quelques-uns des leurs mettre le feu aux hameaux des environs. Ce coup
de main jette l'épouvante dans tout le pays, et les nouvelles en
viennent à Winchester, à Salisbury, à Guildford et jusqu'à Londres.
Les milices de ces villes accourent à cheval au secours de
Southampton; mais quand elles arrivent, les Français sont déjà partis.
P. 153, 158 et à l'_addenda_ les var. des p. 153 et 158.
1339. Le roi de France apprend que l'intention du roi d'Angleterre est
de venir mettre le siége devant Cambrai. Il envoie aussitôt dans cette
ville une garnison de deux cents hommes d'armes, tant de France que de
Savoie, sous les ordres de Louis de Savoie, d'Etienne dit le Galois de
la Baume, d'Amé de Genève, de Miles de Noyers, de Louis de Chalon, de
Jean de Grosley, des seigneurs de Beaujeu[284], de Saint-Venant[285],
de Bazentin[286], d'Aubigny[287], de Roye[288], de Vinay, de
Fosseux[289], de Beaussault, de Coucy[290] et de Neuchâtel[291]. Ces
seigneurs approvisionnent Cambrai de vivres et de fourrages et font
enterrer trois des portes de la ville. Philippe de Valois envoie en
outre au Cateau-Cambrésis Thibaud de Moreuil, le maréchal de
Mirepoix[292] et le seigneur de Raineval[293]; il pourvoit à la
défense de Bohain[294], de la Malmaison[295], de Crèvecœur[296],
d'Arleux[297] et en général de toutes les frontières d'Artois, de
Cambrésis et de Vermandois. Par l'ordre du seigneur de Coucy, le
seigneur de Clary[298] va avec quarante lances de bons compagnons
occuper Oisy en Cambrésis. En même temps, Philippe convoque tous ses
gens d'armes à Compiègne, à Péronne, à Bapaume et à Arras. Avis est
aussi donné de l'ouverture des hostilités à Jean, roi de Bohême, à
Raoul, duc de Lorraine, à Henri IV, comte de Bar, à Adhémar de
Monteil, évêque de Metz, à Adolphe de la Marck, évêque de Liége; et
ces princes s'empressent d'assurer le roi de France de leur fidélité.
Le jeune comte de Hainaut, prévenu comme les précédents, fait réponse
à Philippe de Valois son oncle que, vassal de l'empire d'Allemagne
pour une partie de sa terre, il ne peut refuser de marcher avec
Édouard III, vicaire de l'empereur, autant du moins que celui-ci se
tiendra dans les limites du territoire de l'Empire; mais Guillaume II
proteste qu'au delà de ces limites, il est prêt à servir le roi de
France contre tout homme. P. 157, 447, 448 et 452.