1338. VOYAGE D'ÉDOUARD III A ANVERS ET POURPARLERS DE CE PRINCE
ET DE SES ALLIÉS (§§ 65 à 67).
_Première rédaction._--L'affaire de Cadsand a le plus grand
retentissement. Les Flamands rejettent sur leur comte toute la
responsabilité du désastre. Jacques d'Arteveld seul y trouve son
compte et il fait prier le roi d'Angleterre de venir à Anvers
s'entendre avec les bonnes villes de Flandre. P. 138 et 139.
Édouard III passe la mer à l'été suivant et arrive à Anvers qui tient
le parti du duc de Brabant. Des pourparlers ont lieu dans cette ville
de la Pentecôte à la Saint-Jean (du 16 mai au 24 juin) entre le roi
anglais et ses alliés dont les principaux sont les ducs de Brabant et
de Gueldre, le marquis de Juliers, Jean de Hainaut et le seigneur de
Fauquemont. Ces seigneurs, invités à s'exécuter et à prêter aux
Anglais l'appui effectif qu'ils ont promis de fournir, prennent
exemple sur les atermoiements du duc de Brabant et font des réponses
évasives à toutes les demandes d'Édouard III. Le roi d'Angleterre
est forcé d'assigner à ses alliés un nouveau rendez-vous qu'il fixe à
trois semaines après la Saint-Jean. Dans l'intervalle, il fait sa
résidence à l'abbaye Saint-Bernard d'Anvers, tandis que le duc de
Brabant, qui habite Leeuw, renouvelle au roi de France ses
protestations d'amitié. P. 139 à 141.
Quand le jour du rendez-vous est arrivé, les seigneurs de l'Empire
font dire au roi d'Angleterre qu'ils sont prêts à marcher à la
condition que le duc de Brabant, qui ne semble faire aucuns
préparatifs, leur donne l'exemple. Édouard III redouble ses instances
auprès du duc son cousin, qui veut, avant de rien faire, se concerter
une dernière fois avec les seigneurs d'Allemagne. Rendez-vous est pris
pour le 15 août, et ce rendez-vous est fixé à Halle[265] en
considération du jeune comte Guillaume de Hainaut et de Jean de
Hainaut son oncle. P. 141 et 142.
[265] _Seconde rédaction_: à Diest.
Le duc de Brabant, le comte de Hainaut et les seigneurs de l'Empire,
qui prennent part à l'entrevue de Halle, déclarent, après mûre
délibération, qu'il leur est impossible de s'engager dans une guerre
contre la France si le roi d'Angleterre ne s'assure d'abord l'alliance
de l'empereur d'Allemagne et s'il ne parvient à décider Louis de
Bavière lui-même à se prononcer contre Philippe de Valois. Ils
ajoutent que l'achat de Crèvecœur en Cambrésis et d'Arleux en
Palluel, qui sont terres d'Empire, ne peut manquer d'être aux yeux de
l'Empereur un motif plus que suffisant de se joindre à ses feudataires
pour défier le roi de France. Le roi d Angleterre, forcé de contenir
son dépit en présence de cette nouvelle fin de non-recevoir suggérée
par le duc de Brabant, répond à ses alliés qu'il sera fait selon leur
volonté. P. 142 à 144.
_Abrégé de 1477 ou ms. B6._ Après la victoire de Cadsand, Édouard III
renouvelle sa défense d'exporter des laines anglaises en Flandre. Les
Flamands, dont la draperie est menacée d'une ruine complète, sont au
comble de la désolation. Jacques d'Arteveld, dont le cœur est plus
anglais que français, parvient à faire partager les mêmes sentiments à
la majorité de ses compatriotes, et il invite le roi d'Angleterre à
visiter les Flamands qui sont impatients de le voir. Édouard III
consent alors à lever la défense d'exporter des marchandises en
Flandre, et il rend à la ville de Bruges l'étaple des laines
qu'il lui avait enlevée. Bientôt après, il passe la mer et vient
débarquer à Anvers en compagnie de la reine sa femme et de Robert
d'Artois, _comte de Richemont_. P. 412, 417.
Le duc de Brabant envoie l'un de ses chevaliers souhaiter la bienvenue
au roi d'Angleterre qui reçoit aussi la visite de Jacques d'Arteveld
et des seigneurs des marches d'Allemagne. Il s'engage alors entre
Édouard III et ses alliés de grands pourparlers auxquels le jeune
comte de Hainaut refuse d'abord de prendre part, en disant qu'il
entend rester Français et tenir le parti du roi son oncle. P. 417.
Sur ces entrefaites, la reine d'Angleterre met au monde un fils qui
reçoit le nom de Lion et qui fut depuis duc de Clarence. Pendant que
Philippe fait ses relevailles, Édouard III se rend à Gand à une
entrevue qui dure quinze jours et où il a convié le duc de Brabant, le
comte de Hainaut et les grands feudataires des marches d'Allemagne.
Là, on décide, d'après le conseil de Jean le Mayeur, que le roi
d'Angleterre doit d'abord se faire nommer vicaire de l'Empire, afin de
fournir aux seigneurs allemands, qui seront tenus à ce titre de lui
obéir, un prétexte légitime de marcher sous ses ordres contre le roi
de France. P. 423.
_Seconde rédaction._--Après la défaite de Cadsand, les Flamands
envoient par le conseil de Jacques d'Arteveld douze bourgeois des
principales villes de Flandre auprès du roi d'Angleterre; ces
bourgeois ont mission de disculper leurs compatriotes de toute
complicité avec les gens d'armes vaincus et d'inviter le vainqueur à
venir dans leur pays. Édouard III, qui reçoit ces envoyés à Eltham,
leur promet de se rendre à Anvers à Noël prochain pour s'entendre avec
le comte et, à défaut du comte, avec les bonnes villes du comte. En
attendant son voyage, il autorise jusqu'au 1er janvier la reprise des
relations entre la Flandre et l'Angleterre. P. 411 et 412.
Quand tout est prêt à Anvers pour le recevoir, le roi d'Angleterre
s'embarque pour la Flandre; il emmène avec lui la reine sa femme alors
enceinte, Robert d'Artois, les comtes de Derby, de Warwich, de
Pembridge, de Suffolk, d'Arundel et de Kent, les évêques de Lincoln et
de Durham, Renaud de Cobham, Richard de Stafford, Guillaume
Fitz-Waren, Gautier de Mauny, Philippe de Hastings, les seigneurs de
la Ware, de Beauchamp, de Ferrers, de Basset, de Willoughby et de
Bradeston. Édouard III débarque à Anvers vers la Saint-Aubert et
la Sainte-Luce (13 décembre). P. 416 et 417.
Peu de temps après l'arrivée du roi anglais à Anvers, la reine sa
femme met au monde un fils qui reçoit le nom de Lion; et le comte de
Hainaut, frère de Philippe, vient assister aux pompeuses relevailles
de sa sœur en compagnie de Jean de Hainaut son oncle. Pressé par
Jacques d'Arteveld de s'entendre avec Édouard III, le comte de Flandre
déclare qu'il aime mieux perdre tous les revenus de son comté que de
s'allier avec le roi d'Angleterre contre son cousin le roi de France;
et de peur qu'on ne le veuille contraindre à cette alliance, Louis de
Nevers quitte la Flandre et se retire en France avec Marguerite sa
femme et Louis son fils à la cour de Philippe de Valois. P. 418.
Jacques d'Arteveld se rend alors à Anvers auprès du roi d'Angleterre,
accompagné de soixante bourgeois des plus grands de Flandre; et sur
les instances du chef de cette députation, ami dévoué des Anglais,
Édouard III consent à rendre aux Flamands l'étaple des laines qu'ils
ont perdue depuis trois ans, à la condition qu'il pourra désormais
aller et venir en Flandre, avec ou sans armée, comme il lui plaira;
mais les envoyés des bonnes villes refusent de s'engager au nom de
leurs compatriotes à envahir le Tournésis, les châtellenies de Lille
et de Douai et à prendre les armes contre le roi de France. Après le
départ de ses collègues, Jacques d'Arteveld passe son temps en allées
et venues de Gand à Anvers; il est sans cesse en visite auprès
d'Édouard III auquel il promet de le rendre maître de la Flandre. Il
se fait fort, quoi qu'en aient dit les autres députés flamands, de
mettre sur pied au besoin cent mille combattants prêts à attaquer et à
envahir la France par le côté qu'Édouard III leur désignera. C'est
qu'autant Jacques d'Arteveld est prochain et ami du roi d'Angleterre,
autant il est craint et redouté par toute la Flandre. Depuis le départ
du comte, il y règne en souverain; et nul n'est plus puissant que lui,
principalement à Gand.... P. 419.
Édouard III convoque à Anvers ses principaux alliés, le duc de
Brabant, le comte de Gueldre, le marquis de Juliers, les comtes de
Clèves et de Salm, le marquis de Brandebourg, le sire de
Fauquemont[266]; et le comte de Hainaut seul refuse de se rendre à
l'appel de son beau-frère. P. 417.
[266] _Fauquemont_ est la traduction française de _Valkenburg_,
localité qui fait partie aujourd'hui de la Hollande et qui est
située près de Maestricht.
Mis en demeure de fournir les secours promis au roi d'Angleterre, ces
seigneurs demandent du temps pour réfléchir; et l'on convient d'une
nouvelle entrevue qui doit avoir lieu trois semaines après la
Saint-Jean. En attendant cette entrevue, Édouard III va habiter avec
sa femme l'abbaye Saint-Bernard d'Anvers. P. 420.
En Brabant, le roi d'Angleterre compte plus de partisans que le roi de
France, spécialement parmi les habitants des bonnes villes; mais le
duc, qui est prudent et avisé, ne se veut point mettre en guerre avec
son puissant voisin, et il se promet bien de ne jamais être anglais,
si en Hainaut et en Flandre on ne l'est encore plus que lui. Quant aux
Flamands, ils inclinent de plus en plus du côté de l'Angleterre. C'est
que Jacques d'Arteveld, qui est alors tout en Flandre, fait sans cesse
des discours aux habitants de Gand, de Bruges, d'Ypres, de Courtrai,
d'Audenarde, où il montre si bien les avantages de l'alliance anglaise
que ses compatriotes sont prêts à marcher à son commandement sous la
bannière d'Édouard III. Les dispositions sont les mêmes dans le
Hainaut où les gens des communes surtout sont très-favorables aux
Anglais; mais le jeune comte Guillaume dit que Philippe de Valois son
oncle lui est plus prochain et la France plus amie qu'Édouard III et
l'Angleterre. P. 420 et 421.
_Troisième rédaction._--Jacques d'Arteveld fait en sorte que les
échanges ne recommencent pas entre la Flandre et l'Angleterre
immédiatement après l'affaire de Cadsand. Les marchands anglais, qui
ont sur le quai de Londres et ailleurs une quantité énorme de sacs de
laine, ne désirent rien tant que de les vendre pour avoir de l'argent.
Les drapiers de Flandre et du Brabant, de leur côté, ne désirent rien
tant que de les acheter pour les employer à la fabrication du drap.
Jacques d'Arteveld, qui sait tout cela, n'en écrit pas moins au roi
d'Angleterre pour l'engager à ne pas lever les prohibitions jusqu'à
nouvel ordre. P. 413.
Lorsque les habitants de Bruges, de Damme, de l'Écluse, d'Ypres, de
Courtrai et du terroir du Franc voient que la mer n'est pas plus
ouverte après l'affaire de Cadsand qu'auparavant, ils commencent à
murmurer et vont se plaindre au chef populaire de la ville de Gand. On
convient après de longues délibérations de nommer dans chaque
bonne ville deux bourgeois qui iront en Angleterre avec Jacques
d'Arteveld prier Édouard III de rendre aux Flamands l'étaple des
laines, et on leur donne pleins pouvoirs d'adhérer au nom de toute la
Flandre au traité conclu par l'évêque de Durham et les autres députés
anglais avec les Gantois. Ces députés s'embarquent à l'Écluse et
arrivent à Londres où ils vont loger dans la rue _de la Riole_[267].
P. 413 à 415.
[267] Ces expressions de Froissart: _la rue de la Riole_,
désignent peut-être le Strand.
Le roi d'Angleterre, après avoir fêté à Eltham les envoyés flamands et
surtout Jacques d'Arteveld, réunit son conseil au palais de
Westminster, et l'on y décide qu'il sera fait droit à la requête des
Flamands. Ceux-ci promettent en retour de recevoir dans leur pays
Édouard III et son armée et même de se joindre au duc de Brabant et
aux seigneurs allemands pour marcher contre Tournai ou Cambrai, là où
il plaira au roi anglais de les conduire. Les députés de Flandre sont
à peine rentrés dans leur pays qu'on voit les laines anglaises affluer
à l'Écluse, à Damme et à Bruges où les drapiers du Brabant et
d'ailleurs viennent les acheter. P. 415 et 416.
Vers la Saint-Jean (24 juin), Édouard III laisse à Windsor la reine sa
femme alors enceinte d'une princesse qui reçut le nom d'Isabelle et
fut depuis dame de Coucy. Puis il s'embarque au port de Londres en
compagnie de Robert d'Artois qui a inspiré et fomenté toute cette
entreprise. La flotte anglaise jette l'ancre devant Anvers la nuit de
la Saint-Jacques et Saint-Christophe (25 juillet). Le roi d'Angleterre
ne tarde pas à recevoir dans cette ville la visite de Jean de Hainaut,
puis du duc de Brabant son cousin germain, du comte de Gueldre et du
marquis de Juliers. P. 416, 417 et 418.