CHAPITRE XXII.

1337. VICTOIRE DE CADSAND REMPORTÉE PAR LES ANGLAIS SUR LES

FLAMANDS (§§ 61 à 64).

Deux cents chevaliers ou écuyers et quatre ou cinq mille combattants

vont, par l'ordre du comte de Flandre, occuper l'île de Cadsand[262]

d'où ils capturent les navires et infestent les côtes d'Angleterre.

Cette garnison de Cadsand tient à sa discrétion l'entrée du port de

l'Écluse et intercepte les communications entre l'Angleterre et la

Flandre. Elle rend impossible toute exportation de laines anglaises

sur le continent, ce dont l'industrie flamande souffre beaucoup, et

spécialement la draperie. La situation devient bientôt intolérable et

soulève des plaintes par toute la Flandre. Jacques d'Arteveld et les

Gantois, alliés du roi d'Angleterre, s'associent de grand cœur au

mécontentement des villes de l'Écluse, de Damme, de Bruges, du Franc

de Bruges, d'Ypres, de Courtrai; et l'habile Jacques d'Arteveld,

heureux de trouver une occasion d'entraîner les habitants de ces

villes dans le parti anglais, presse Édouard III de venir au secours

des Flamands et de les délivrer de la piraterie des gens d'armes à la

solde de Louis de Nevers. Cet appel est entendu, et un corps d'armée

de cinq ou six cents lances et de deux mille archers est envoyé contre

la garnison de Cadsand sous les ordres du comte de Derby[263]. Les

principaux seigneurs qui prennent part à cette expédition sont le

comte de Suffolk, le sire de Berkeley, Guillaume Fitz-Waren, Louis et

Roger de Beauchamp, Renaud de Cobham, Richard de Stafford, Gautier de

Mauny nouvellement revenu d'Écosse et fait conseiller du roi en

récompense de ses services. Les Anglais s'embarquent sur la Tamise; et

après deux stations à Gravesend et à Margate, ils viennent jeter

l'ancre de nuit devant Cadsand, la veille de la Saint-Martin d'hiver

(10 novembre) 1337. P. 132 à 135, 398 à 400, 407 à 409.

[262] Ile située entre la ville de l'Écluse et l'île de Walcheren

en Zélande.

[263] L'importante assemblée de gens d'armes qui eut lieu à

Boulogne-sur-Mer à la fin d'octobre 1337, fut sans doute

provoquée par l'expédition anglaise dirigée contre Cadsand. De

Camps, portef. 83, f{o} 214 v{o} à 217.

Les gens d'armes de Cadsand reconnaissent les Anglais aux léopards des

bannières qui flottent sur les navires. La garnison de l'île se

compose d'environ cinq mille hommes choisis entre les plus braves.

Gui, bâtard de Flandre, frère du comte Louis, Jean dit le _duckere_

(seigneur), de Halluin, Jean de Rhode, Gilles de Le Trief, Simon et

Jean de Brigdamme, Pierre d'Englemoustier, Pierre d'Ypres, Louis

Vilain, Baudouin Barnage, Robert Maréchal, Arnoul de Vorst combattent

à la tête des chevaliers flamands. Ils se rangent en ordre de bataille

sur le rivage pour s'opposer au débarquement des Anglais. Ils font

très-bonne contenance et déploient un grand courage; mais leurs

arbalétriers ne peuvent riposter au tir beaucoup plus rapide des

archers d'Angleterre qui lancent sur l'ennemi, de l'avant de leurs

navires, une grêle de flèches. Les assaillants réussissent à prendre

terre à la suite d'une lutte acharnée, et alors on en vient à

combattre corps à corps et à se disputer le terrain pied à pied.

Après quatre heures de résistance, les Flamands sont mis en pleine

déroute; ils perdent environ trois mille des leurs, dont une douzaine

de chevaliers et une trentaine d'écuyers de Flandre ou d'Artois; le

duckere de Halluin[264], Jean de Rhode, les deux frères de Brigdamme

et Gilles de Le Trief restent parmi les morts. Les Anglais mettent le

feu à la ville, et l'île tout entière est livrée au pillage, à la

grande satisfaction des habitants de Bruges, de Damme et de l'Écluse.

Gui de Flandre, fait prisonnier, est amené à Londres où, séduit par

les offres d'Édouard III, il passe cette année même dans le parti

anglais. Henri de Lancastre le Jeune, comte de Derby, cousin germain

du roi, inaugure dignement par cette victoire sa nouvelle chevalerie,

et Gautier de Mauny se signale aux côtés de ce prince par des prodiges

de valeur. P. 135 à 138, 409 à 411.

[264] Le chevalier appelé ici le _duckere_ (seigneur) de Halluin

est Jean de Halluin fils d'Olivier de Halluin, seigneur de

Henserode et de Lacken, et de Marguerite, fille de Colart de

Pruines. Voyez le P. Anselme, t. III, p. 919.

Chroniques de J. Froissart, tome 01/13, 1re partie · 第 75 / 96 题