CHAPITRE XIV.

GUERRE D'ÉCOSSE; CAMPAGNE DE 1333: SIÉGE ET PRISE DE BERWICK (§§

51 et 52).

_Première rédaction._--Édouard III vient avec le gros de son armée à

Newcastle où il reste quatre jours, attendant ceux de ses gens qui ne

l'ont pas encore rejoint. Le quatrième jour, il se dirige du côté de

Berwick, en traversant les terres des seigneurs de Percy et de

Nevill, deux grands barons de Northumberland, qui, comme les seigneurs

de Ross, de Lucy et de Mowbray, font frontière aux Écossais. P. 107.

Édouard III passe la Tweed qui sépare l'Angleterre de l'Écosse et,

sans s'arrêter devant Berwick, il ravage et incendie quantité de

villes du plat pays entourées seulement de fossés et de palissades, il

s'empare du fort château d'Édimbourg et y met garnison. Puis, il passe

la seconde rivière d'Écosse sous Stirling [le Forth]. Les Anglais

courent tout le plat pays des environs et s'avancent jusqu'à

Saint-Johnston (Perth) et Aberdeen. Ils brûlent et pillent

Dunfermline; l'abbaye seule est épargnée sur l'ordre exprès du roi.

Ils poussent leurs incursions jusqu'à Dundee et Dumbarton où le roi et

la reine d'Écosse se sont réfugiés. Les Écossais fuient devant les

envahisseurs sans leur opposer de résistance et mettent leurs

personnes et leurs biens en sûreté dans les forêts de Jedburgh

impraticables pour quiconque ne connaît pas le pays. P. 107 et 108.

Le roi David Bruce et Guillaume de Douglas, neveu de [Jacques] de

Douglas mort en Espagne, ont quinze ou seize ans; le comte de Murray

est encore plus jeune: l'Écosse, privée de ses plus braves et de ses

plus habiles capitaines, est livrée sans défense aux attaques

victorieuses des Anglais. P. 108.

Après avoir pris le château de Dalkeith, à cinq lieues d'Édimbourg,

qui appartient au comte de Douglas, le roi d'Angleterre vient mettre

le siége devant Berwick, cité bien fortifiée, située aux confins de

l'Écosse et du _royaume_ de Northumberland, environnée d'un bras de

mer et pourvue d'une bonne garnison. Ce n'est tous les jours, pendant

la durée du siége, qu'assauts, hutins, escarmouches et apertises

d'armes. Les Écossais font plusieurs fois des sorties, soit de jour,

soit de nuit, pour réveiller et surprendre les assiégeants; mais

chaque fois ils trouvent les Anglais prêts à les recevoir et ils sont

repoussés après avoir essuyé des pertes plus ou moins graves. Les

assiégés, menacés de famine, demandent et obtiennent une trêve d'un

mois, promettant de se rendre si le roi d'Écosse ne leur envoie aucun

secours dans cet intervalle. Robert d'Artois, qui voudrait voir

Édouard III tourner tout l'effort de ses armes contre la France,

contribue beaucoup à décider le roi d'Angleterre à accorder cette

trêve. P. 109 à 111.

Reddition de la ville et du château de Berwick. Les bourgeois se

soumettent à Édouard III auquel ils prêtent serment de foi et hommage.

Le roi d'Angleterre fait son entrée solennelle à Berwick au son des

trompes et des nacaires; il quitte cette ville après y avoir séjourné

quinze jours, y laissant une garnison de jeunes chevaliers et écuyers

sous les ordres d'Édouard Baillol. Après quoi, il donne congé à ses

gens et retourne à Windsor. Robert d'Artois, qui l'accompagne partout,

ne cesse de l'exhorter à faire valoir ses droits à la couronne de

France. P. 111 et 112.

_Seconde rédaction._--Édouard III, arrivé avec le gros de son armée à

Newcastle, y reçoit la nouvelle que ses prétentions sont repoussées

par les Écossais; il se met aussitôt en marche pour assiéger Berwick.

Précédé de ses maréchaux, le comte de Suffolk et Thomas Wager, il va

coucher à Arcot[225], château et ville qui appartient au seigneur de

Percy: les Écossais avaient pillé la ville sans pouvoir prendre le

château. Le lendemain, le roi d'Angleterre vient dîner à Percy

(Alnwick). P. 321 et 322.

[225] Froissart appelle cette localité _Urcol_. Arcot, avec

lequel nous identifions Urcol, est un village situé dans le sud

du Northumberland, au nord de Newcastle, à peu de distance de

l'ancienne route de Londres à Edimbourg, qui passait par

Newcastle et par Percy ou Alnwick. Cette identification serait à

peu prés sûre, s'il était établi qu'il y avait à Arcot un château

su quatorzième siècle. Il appartient aux savants anglais de nous

renseigner sur ce point.

L'armée anglaise ne compte pas moins de dix mille hommes à cheval et

de vingt mille hommes à pied, archers et gallois, sans compter la

ribaudaille. Siége de Berwick. Les machines et pierriers des

assiégeants abattent les officines et même les combles des salles et

des chambres, et bientôt il ne reste plus aux assiégés que deux

grosses tours où ils se réfugient. Les Écossais demandent et

obtiennent une trêve de quinze jours, promettant de se rendre et de

vider le château, sauf leur vie et leurs biens, s'ils ne reçoivent pas

de secours dans l'intervalle. En même temps, ils dépêchent un écuyer,

chargé de réclamer ce secours, à Saint-Johnston (Perth), une bonne

ville située sur un bras de mer, où se tiennent alors auprès de leur

roi et de leur reine le jeune comte de Murray, le jeune Guillaume de

Douglas, neveu de [Jacques] de Douglas, Robert de Vescy, Simon Fraser

et une foule d'écuyers et de bacheliers d'Écosse. David Bruce marche

au secours de Berwick en passant par son château d'Édimbourg. Le

lendemain de son départ de cette dernière ville, à une heure

d'après-midi, le roi d'Écosse vient camper avec son armée près d'une

grande abbaye de moines noirs (bénédictins), nommée au temps du roi

Arthur la Noire Combe, à cause de sa situation dans une vallée et sur

le bord d'une Noire[226] Rivière qui sépare l'Écosse de l'Angleterre.

Cette abbaye jouit du privilége d'immunité dans les guerres entre les

deux pays en vertu de chartes et de bulles qui lui ont été conférées.

Elle est située à neuf lieues anglaises de Roxburgh et à dix-huit de

Berwick. P. 329 et 330.

[226] Ces mots de _Noire Rivière_ désignent sans doute la

_Blackadder_, un des affluents de la Tweed. L'abbaye de

bénédictins dont parle Froissart était peut-être l'un des deux

monastères dont on voit encore aujourd'hui les ruines sur le

Herrit's Dykke près de Greenlaw.

La nuit même qui suit leur arrivée près de cette abbaye, au coucher du

soleil, le jeune Guillaume de Douglas, le jeune comte de Murray,

Robert de Vescy et Simon Fraser partent avec quatre cents armures de

fer pour réveiller les Anglais. Ils chevauchent à travers des landes

désertes et arrivent vers minuit assez près de Berwick, à une petite

lieue de l'armée anglaise. Ils tombent à l'improviste sur leurs

ennemis qui ont à peine le temps de se reconnaître, en tuent ou

blessent plus de deux cents, en font prisonniers plus de quarante,

puis ils regagnent sains et saufs le camp écossais en traversant les

bois par où ils sont venus. P. 331 et 332.

Deux jours après cette escarmouche dont le succès l'enhardit, le roi

d'Écosse prend la résolution de joindre les Anglais. Son armée se

compose d'environ seize mille hommes tous à cheval selon l'usage, les

chevaliers et écuyers montés sur bons coursiers et gros roncins, les

autres sur haquenées bien disposes et endurcies à la fatigue. Parvenus

à deux lieues anglaises de Berwick, les Écossais se divisent en deux

batailles: la plus petite bataille doit prendre les devants pour

réveiller et escarmoucher les Anglais, tandis que la bataille la plus

nombreuse formera la réserve en s'étendant sur les ailes, pour se

porter où besoin sera. Les Anglais, avertis par leurs sentinelles,

s'arment en toute hâte et conviennent de laisser l'ennemi s'avancer

jusque dans leur camp, sans avoir l'air de se douter de rien et sans

opposer tout d'abord aucune résistance. Les Écossais, témoins de cette

immobilité, soupçonnent quelque ruse, ils ne tardent pas à

s'apercevoir que les Anglais se sont mis à l'abri d'une surprise. Ils

se postent alors sur une petite montagne à côté d'un bois qui sert de

pâturage à leurs chevaux. L'escarpement de cette montagne en

défend l'abord d'un côté, et les Écossais, après avoir fortifié le

seul côté par où elle reste accessible à l'aide de troncs d'arbres

abattus, en font garder l'entrée par leurs maréchaux. P. 333 et 334.

Le roi d'Angleterre envoie un de ses hérauts offrir la bataille au roi

d'Écosse ou, à défaut de bataille, un combat partiel entre un nombre

limité de chevaliers pris dans les deux armées. David Bruce, après

avoir consulté son conseil, refuse d'accepter cette proposition. P.

334.

Un détachement, composé de cinq cents hommes d'armes au centre avec

cinq cents archers sur chaque aile, va par l'ordre d'Édouard III

escarmoucher les Écossais, qui sont chauds et bouillants, pour les

exciter et les décider à accepter la bataille. Les seigneurs de

Willoughby, de Bradeston, de la Ware, Édouard Spenser, fils du favori

d'Édouard II, le seigneur de Greystock, Gautier de Mauny et Guillaume

de Montagu, les deux frères d'armes, sont faits chevaliers à cette

occasion de la main du roi d'Angleterre; mais l'escarmouche reste sans

résultat, et l'on ne réussit pas à entraîner l'ennemi hors de ses

positions. P. 335.

Les Écossais veulent prendre leur revanche en réveillant vers minuit

les Anglais, ils sont repoussés à leur tour. Ils voient bien qu'ils ne

sont pas de force à engager la lutte contre un ennemi très-supérieur

en nombre, ils aiment mieux perdre Berwick que de tenter l'aventure,

et ils effectuent leur retraite pendant la nuit. Le lendemain matin,

les Anglais s'aperçoivent que les Écossais ont décampé. Depuis la

veille, la trêve accordée aux habitants de Berwick est expirée.

Édouard III envoie quatre chevaliers sommer les assiégés de tenir leur

parole. Les clefs de Berwick sont apportées au roi d'Angleterre, qui

fait son entrée dans la ville et le château le 7 juillet 1333. P. 336.

_Troisième rédaction._--Vers la Saint Jean-Baptiste [1333], le roi et

la reine d'Angleterre viennent à York chasser aux cerfs, daims et

chevreuils. Le rendez-vous général de l'armée qui doit marcher contre

l'Écosse est fixé pour le 1er août. D'York Édouard III se rend à

Durham, puis à Newcastle où il attend les hommes d'armes des

lointaines marches qui ne l'ont pas encore rejoint. P. 322.

A cette nouvelle, les Écossais s'empressent de mettre leurs villes et

châteaux en état de défense, surtout la cité de Berwick dont la

garnison a pour capitaine Alexandre de Ramsay. David Bruce et la reine

sa femme se tiennent en la marche d'Édimbourg. Les Écossais, qui

ne se sentent pas en force pour soutenir une lutte ouverte contre les

Anglais, se décident à faire une guerre de partisans. P. 322.

Sur ces entrefaites, Robert d'Artois, traqué de tous côtés par le roi

de France, vient implorer l'appui du roi d'Angleterre qui l'accueille

avec bienveillance comme son proche parent. P. 323.

Édouard III, après avoir passé douze jours à Newcastle où il réunit

sous ses ordres six mille hommes d'armes, chevaliers et écuyers, et

cinquante mille archers, passe la Tyne sur le pont de cette ville, et,

prenant la direction, non de Berwick, mais de Roxburgh, il arrive à

Alnwich dans la terre du seigneur de Percy. P. 323.

A Alnwich, un héraut d'Écosse nommé Dundee sollicite et obtient du roi

d'Angleterre des lettres de sauf-conduit pour sept ambassadeurs

envoyés par David Bruce, deux prélats et cinq chevaliers. Ces

ambassadeurs partent de Moreham et viennent trouver le beau-frère de

leur roi à Alnwich. Édouard III leur souhaite la bienvenue dans sa

propre langue qui diffère très-peu de la langue écossaise. P. 323 et

324.

Ces sept ambassadeurs sont les évêques de Saint-Andrews et d'Aberdeen,

le frère de [Jacques] de Douglas qui porta le cœur de Robert Bruce en

Grenade où il mourut, Archibald de Douglas son fils, le comte de

Carrick, Robert de Vescy et Simon Fraser. L'évêque de Saint-Andrews

prie le roi d'Angleterre, au nom des liens d'étroite parenté qui

l'unissent au roi d'Écosse, son beau-frère, de vouloir bien nommer

quatre prélats et autant de barons de son royaume chargés de

s'entendre avec un égal nombre de prélats et de barons écossais pour

renouveler les trêves et conclure une paix durable. P. 324 et 325.

Édouard III consulte son conseil. Renaud de Cobham, père du chevalier

du même nom qui se rendit depuis si fameux par ses prouesses conseille

de n'accorder la paix aux Écossais qu'à deux conditions. La première

est la prestation de l'hommage dû par David Bruce au roi d'Angleterre

pour tout le royaume d'Écosse, excepté certaines îles situées du côté

de l'Irlande et de la Norvége, dites les _Sauvages Escos_, dont le

seigneur a nom Jean des Adultilles[227] et n'est tributaire que du roi

d'Écosse. La seconde condition est la reddition de Berwick et de

tout le pays jusqu'à la mer d'Écosse. P. 325.

[227] Peut-être Jean des Athol-îles ou Jean d'Athol, suivant une

conjecture un peu hardie, mais ingénieuse, de Buchon.

Les ambassadeurs écossais, à la demande desquels Renaud de Cobham est

chargé de répondre, déclarent qu'ils ne peuvent prendre sur eux

d'accepter de pareilles conditions. P. 326.

Ils quittent Alnwich et retournent vers le roi d'Écosse auquel ils

transmettent la réponse hautaine et orgueilleuse des Anglais. Ils font

remarquer que le roi d'Angleterre n'a nulle puissance en toutes ces

choses et que c'est le peuple anglais lui-même qui prend fait et cause

pour la revendication d'hommage et le recours à la force; ils ont bien

vu que, quand même Édouard III voudrait renoncer à cette

revendication, ses gens n'y consentiraient pas. La guerre est

inévitable: il ne reste plus qu'à s'y préparer. P. 327.

Le roi d'Angleterre quitte Alnwich à la tête de cent mille chevaux, y

compris les sommiers qui portent les provisions et les bagages. Les

Anglais prennent le chemin de Roxburgh et de Melrose. Melrose est une

abbaye de Saint-Benoît, située sur une petite rivière qui sépare

l'Écosse de l'Angleterre. Ils laissent pour le moment Berwick à leur

droite sans s'y arrêter et passent outre, car ils ne cherchent que la

bataille et ils veulent voir s'ils trouveront à qui parler. Ils

portent le ravage et l'incendie par tout le plat pays d'Écosse. P.

327.

Il y a très-peu de villes fortifiées en Écosse; en revanche, les

châteaux y abondent, quoiqu'ils soient dix fois moins nombreux qu'en

Angleterre. Les Écossais ont pour principe, dans leurs guerres contre

les Anglais, de se tenir en rase campagne. Les seigneurs eux-mêmes ne

s'enferment point dans leurs châteaux; ils disent qu'un chevalier, dès

lors qu'il est ainsi enfermé, cesse de valoir plus que le premier

venu. Les envahisseurs, contre leur attente, ne trouvent pas à

Édimbourg, qui est le Paris de l'Écosse, le roi David Bruce; celui-ci

s'est retiré avec la reine sa femme dans la partie la plus sauvage de

son royaume. Ainsi ont fait les chevaliers et écuyers du pays dont les

meubles, les objets précieux et l'immense bétail ont été mis en sûreté

dans les inaccessibles forêts de Jedburgh[228]. P. 328.

[228] L'ancien nom de Jedburgh est Jedweorth ou Jedwarth. On voit

encore sur les bords de la Jed, rivière qui a donné son nom à

Jedburgh, des grottes à trois compartiments qu'on suppose avoir

servi de refuge aux habitants du pays durant les invasions des

Anglais.

Édouard III fait son entrée dans Édimbourg, ville grande, plantureuse

et dépourvue de fortifications. Il va se loger à l'abbaye de

Sainte-Croix. Prise du château d'Édimbourg après quinze jours de

siége. Prise de Dalkeith, château des Douglas, situé à cinq petites

lieues d'Édimbourg. Les Anglais ravagent et brûlent toute l'Écosse

jusqu'à Saint-Johnston (Perth.) P. 328.

Le roi d'Angleterre occupe une belle petite ville qu'on appelle

Dunfermline. Il y a dans cette ville une abbaye de moines noirs

(bénédictins) qui est très-grande et belle; cette abbaye contient les

sépultures de la plupart des rois d'Écosse. Les Anglais mettent le feu

à la ville, mais Édouard III leur défend de toucher à l'abbaye où il

est logé. Le roi, voyant que la mauvaise saison s'approche, se dispose

à retourner en Angleterre; il suit un autre chemin que celui par

lequel il est venu en Écosse. Il côtoie le rivage de la mer, car il

veut aller mettre le siége devant Berwick. C'est en vain que sur la

route il essaye de prendre Dunbar; cette ville maritime résiste

pendant cinq jours à tous les assauts des Anglais. P. 329.

Édouard III assiége Berwick dont la garnison a pour capitaine

Alexandre de Ramsay. Les Anglais posent leur camp le long de la Tweed,

rivière qui se jette dans la mer sous Berwick; il s'y trouve un port

par où ils reçoivent des approvisionnements. Le pays des environs est

fertile et bien pourvu de toute sorte de grains et de fourrages; et

l'on y trouve du gibier et des volailles en abondance. Le roi

d'Angleterre s'y livre au plaisir de la chasse avec ses chiens et ses

oiseaux; et pendant qu'il prend ainsi ses ébats, le comte de

Northampton, connétable d'Angleterre, surveille l'ennemi à la tête de

cinq cents lances et de mille archers. P. 337.

Certes, ce n'est pas du temps de Robert Bruce ni de [Jacques]

de Douglas mort en Grenade, ni de Jean de Murray, que le roi

d'Angleterre eût ainsi osé prendre ses ébats en Ecosse avec ses chiens

et ses oiseaux. Mais les Écossais commencent à redouter Édouard III et

disent qu'il a la mine et les allures d'un brave. Les Anglais excitent

et entretiennent la bravoure de leur roi, et ils font bien, car qui

veut tenir terre et régir peuple doit être de hardies et grandes

emprises. Les Écossais conviennent entr'eux que le roi d'Angleterre,

beau-frère de David Bruce, est tenu de faire en toutes choses les

volontés du peuple anglais, sous peine d'avoir le sort de son père

Édouard II, P. 337 et 338.

Cette opinion des Écossais est partagée par tous ceux qui connaissent

le caractère des Anglais, car il n'y a pas sous le soleil de peuple

plus difficile à gouverner et plus révolutionnaire: ils sont de bonne

compagnie et ils ont de beaux dehors; mais il ne faut pas trop s'y

fier, si l'on est sage. P. 338.

Alexandre de Ramsay, capitaine de Berwick, craignant de se voir

bientôt contraint de livrer cette ville aux Anglais, sollicite et

obtient des assiégeants une trêve de quinze jours; il promet de se

rendre s'il ne reçoit pas de secours dans cet intervalle. En même

temps, il fait demander des renforts à David Bruce par deux chevaliers

qu'il expédie à Aberdeen où se tient alors le roi d'Écosse. David

Bruce répond qu'il est dans l'impossibilité de secourir Berwick. Ce

que voyant, Alexandre de Ramsay prend le parti de se rendre. Édouard

III fait son entrée en grande pompe dans la ville et le château de

Berwick et il y tient sa cour en compagnie de la reine Philippe alors

enceinte. Il établit garnison dans le château dont il confie la garde

au seigneur de Percy. Puis il revient à Newcastle dont il fait le

seigneur de Nevill capitaine, et il va passer deux jours au château de

Brancepeth qui appartient au seigneur de Percy[229]. Robert d'Artois

accompagne partout le roi et la reine d'Angleterre qui, après s'être

arrêtés trois jours à Durham, arrivent à York où ils restent jusqu'à

la Pâque de l'année suivante [1334]. P. 338 à 341.

[229] Il y a lieu de croire que Froissart ajoute ici une

confusion de nom aux autres erreurs dont ce récit abonde:

Brancepeth, près de Durham, semble avoir toujours appartenu aux

Nevill, non aux Percy.

Chroniques de J. Froissart, tome 01/13, 1re partie · 第 67 / 96 题