1332 et 1333. PRÉLIMINAIRES DE LA REPRISE DES HOSTILITÉS ENTRE
LES ANGLAIS ET LES ÉCOSSAIS (§§ 49 ET 50).
_Première et seconde rédaction._ 1332.--Un an environ après
l'expiration de la trêve conclue pour trois ans entre Édouard III et
Robert Bruce, le roi d'Angleterre envoie des ambassadeurs auprès de
David Bruce, fils et successeur de Robert, sommer ce prince de lui
livrer Berwick et de reconnaître sa suzeraineté sur le royaume
d'Écosse. David Bruce, après avoir consulté son conseil, répond aux
envoyés d'Édouard III que les rois ses prédécesseurs n'ont jamais fait
hommage aux rois d'Angleterre, et, quant à Berwick, que Robert Bruce
son père, après l'avoir loyalement conquise, la lui a léguée comme
légitime héritage, et qu'il est bien résolu à ne s'en point dessaisir.
Le roi d'Écosse ajoute qu'il a lieu d'être surpris de voir son
beau-frère d'Angleterre, en qui il devrait trouver un défenseur,
vouloir ainsi s'approprier injustement le bien d'autrui. Une telle
réponse est loin de satisfaire Édouard III qui convoque à un parlement
à Londres, pour délibérer sur cette question, tous les barons,
chevaliers et conseillers des bonnes villes de son royaume. P. 103 à
105, 313.
_Première rédaction._ 1333.--Édouard III fait exposer devant les
représentants des trois Ordres la réponse négative rapportée par les
ambassadeurs qu'il vient d'envoyer vers David Bruce. L'avis unanime du
parlement est qu'il faut contraindre par la force des armes le roi
d'Écosse à faire hommage et à donner satisfaction au roi d'Angleterre,
son légitime suzerain. P. 105 et 106.
Édouard III, ravi de trouver ses gens aussi bien disposés, les invite
à faire leurs préparatifs pour entrer en campagne et leur donne
rendez-vous, au jour fixé, à Newcastle. En même temps, il députe
encore une fois des ambassadeurs auprès de son beau-frère pour le
sommer de nouveau et ensuite pour le défier, si David Bruce persiste
dans ses premières dispositions. P. 106 et 107.
_Seconde rédaction._--1333. Édouard III, quoique mécontent de la
réponse faite à ses ambassadeurs par son beau-frère, est assez disposé
à en rester là, mais ses conseillers ne lui épargnent aucune
remontrance pour le pousser à la guerre. Ils lui représentent surtout
que les Écossais ne cessent de menacer Newcastle, Brancepeth, Percy,
Arcot et les autres châteaux voisins. P. 316 et 317.
Grandes fêtes et joutes magnifiques à Londres; Jean de Hainaut y vient
assister en compagnie de douze chevaliers du continent. Le prix des
chevaliers étrangers est décerné au sire de Fagnolles, et le prix des
écuyers à Frank de Halle qui fut fait chevalier cette même année en
Écosse aux côtés du roi d'Angleterre. Ces fêtes et ces joutes, qui
durent huit jours, attirent un grand concours de dames et de
damoiselles. Après ces fêtes, Édouard III convoque un parlement.
L'évêque de Lincoln y expose au nom du roi le refus fait par David
Bruce de livrer la cité de Berwick, la forteresse de Roxburgh et de
faire hommage pour son royaume d'Écosse. P. 317.
Le parlement consulté est unanime à déclarer que tous les torts sont
du côté de David Bruce. Il est évident, disent les conseillers
anglais, que les rois d'Écosse faisaient autrefois hommage à nos rois,
car leur pays n'a jamais formé une province distincte: ce n'est qu'une
enclave de la province d'York qui est un archevêché d'Angleterre. De
plus, ils fabriquent leurs monnaies d'après nos usages et ordonnances,
ils ont les mêmes lois et les mêmes coutumes que les Anglais, et ils
parlent la même langue. D'où il appert que le royaume d'Écosse est une
dépendance de celui d'Angleterre. Il convient d'envoyer une
nouvelle ambassade à David Bruce, et, s'il s'obstine, de le défier et
de lui déclarer la guerre. P. 318.
L'évêque de Durham, les seigneurs de Percy, de Mowbray, de Felton sont
chargés de cette ambassade. Édouard III ne s'en prépare pas moins à
entrer en campagne et il fixe le rendez-vous général de son armée à
Newcastle. Retour de Jean de Beaumont en Hainaut. P. 318 et 319.
_Troisième rédaction._--Les Anglais n'aiment pas, n'ont jamais aimé et
n'aimeront jamais les Écossais: ils ont vu avec un profond déplaisir
le mariage de la sœur de leur roi avec le jeune David Bruce; et quand
la trêve conclue pour trois ans avec l'Écosse est expirée, ils ne
souffrent pas qu'on la renouvelle, car ils veulent avoir la guerre.
Telle est la nature des Anglais: ils ne savent pas, ils ne peuvent
pas, ils ne veulent pas rester longtemps sans guerroyer; ils demandent
à se battre, peu leur importe sous quel prétexte, et ils n'ont que
trop la passion et le génie des combats. Ils ne pardonnent pas aux
Écossais de leur avoir pris et d'avoir gardé Berwick, et c'est pour
cela surtout que le comte de Kent s'est rendu naguère si impopulaire
en consentant au mariage de la princesse [Jeanne] d'Angleterre avec le
roi d'Écosse. P. 311 et 312.
A l'expiration de la trêve, les Écossais députent à Londres, pour
renouveler cette trêve, une ambassade composée des évêques de
Saint-Andrews et d'Aberdeen, de Robert de Vescy, d'Archibald[224] de
Douglas, de Simon Fraser et d'Alexandre de Ramsay. Édouard III et la
reine Philippe tenaient à cette époque leur cour, tantôt à Windsor,
tantôt à Eltham. Les ambassadeurs d'Écosse se rendent à Eltham où la
cour se trouvait alors, désireux de conclure une longue trêve ou même
un traité de paix, car c'en est fait de la puissance de l'Écosse,
depuis que Robert Bruce, [Jacques] de Douglas et le comte de Murray
sont morts. P. 312.
[224] Ce prénom est encore porté aujourd'hui et s'est conservé
dans l'onomastique française sous la forme _Archambaud_ ou
_Archambauld_.
Édouard III fait aux seigneurs écossais l'accueil courtois qui est dû
à des ambassadeurs de son beau-frère. Il leur promet de soumettre leur
demande aux délibérations de son parlement, et d'user de toute son
influence en faveur de la paix. Sur ce, les envoyés du roi d'Écosse
retournent à Londres. P. 312 et 313.
Le parlement est convoqué à Westminster, car rien ne peut ni ne doit
se faire sans son concours. L'évêque de Saint-Andrews y porte la
parole au nom du roi d'Écosse. L'archevêque de Canterbury répond au
nom du roi d'Angleterre en demandant du temps pour délibérer sur les
propositions de David Bruce. Sur ces entrefaites, Édouard III s'en
vient demeurer en son hôtel de Sheen sur la Tamise, à peu de distance
de Westminster, et les Écossais passent plus d'un mois à Londres avant
de pouvoir obtenir une réponse. P. 319 et 320.
La crainte de voir le jeune Édouard III s'amollir dans l'oisiveté
comme son père Édouard II jointe au désir de reprendre Berwick,
Dunbar, Dalkeith, Édimbourg, Stirling et tout le pays jusqu'au détroit
de Queensferry, détermine le parlement à refuser de renouveler les
trêves et de conclure la paix avec l'Écosse tant qu'elle n'aura pas
restitué les dites villes à l'Angleterre. Les envoyés de David Bruce
quittent le palais de Westminster aussitôt qu'ils ont reçu cette
réponse qui est une déclaration de guerre déguisée; ils cheminent au
long de Londres et viennent à Saint-John's-lane en Gracechurch où ils
sont descendus, et de là ils retournent en Écosse. P. 320.
Les plus sages entre les Écossais disent en apprenant les nouvelles
apportées à Édimbourg par l'évêque de Saint-Andrews: «Nous aurons la
guerre, et nous ne sommes pas prêts. Cette fois-ci, les Anglais nous
abattront, ou nous les abattrons eux-mêmes. Notre roi est jeune, et
aussi le leur. Il faut qu'ils s'essayent. Il n'y a pas sous le soleil
de peuple plus orgueilleux et plus présomptueux que le peuple
anglais.» Les jeunes chevaliers et écuyers d'Écosse, au contraire, qui
aiment les armes et ont à cœur de s'avancer, sont au comble de la
joie. P. 321.