CHAPITRE XV.

GUERRE D'ÉCOSSE; CAMPAGNES DE 1334 A 1336: SIÉGE ET PRISE DE

ROXBURGH, DE DALKEITH ET DE STIRLING. (§ 53.)

_Première rédaction._--Guillaume de Montagu et Gautier de Mauny,

chargés de garder la frontière d'Angleterre du côté de l'Écosse, se

couvrent de gloire. Guillaume de Montagu fait de Roxburgh, qui n'était

auparavant qu'une bastille, une forteresse de premier ordre. Édouard

III le crée comte de Salisbury en récompense de ses services et lui

procure le mariage le plus brillant. Gautier de Mauny, de son

côté, est fait chevalier et devient un des conseillers intimes du roi

d'Angleterre. Ces deux chevaliers sont en butte aux incursions

continuelles des ennemis réfugiés dans les forêts marécageuses de la

sauvage Écosse, et Guillaume de Montagu perd un œil dans une de ces

escarmouches. P. 112 et 113.

1306. C'est aussi dans ces marais et ces forêts que Robert Bruce, père

de David, avait jadis cherché un refuge lorsqu'il avait été contraint

de fuir devant les armes victorieuses d'Édouard I; et c'est de là

qu'il s'était élancé pour reconquérir par cinq fois son royaume. P.

113 et 114.

1307. Édouard I, à la nouvelle de l'un de ces retours offensifs,

s'était mis en marche pour combattre le roi d'Écosse; mais il avait

été surpris par la mort à Berwick. Avant de mourir, il fit appeler en

présence de toute sa cour son fils aîné qui lui succéda sous le nom

d'Édouard II et lui fit jurer sur des reliques que, sitôt qu'il serait

mort, on mettrait son corps à bouillir dans une chaudière jusqu'à ce

qu'il ne restât que les os; et, toutes les fois que son fils irait en

guerre contre les Écossais, il devrait emporter ces os: tant qu'il les

aurait avec lui, il battrait toujours ses ennemis. Édouard II ne tint

pas la promesse qu'il avait faite à son père: aussi fut-il défait à

Stirling et dans une foule d'autres rencontres. P. 114.

_Seconde rédaction._--Après la prise de Berwick, Édouard III va mettre

le siége devant le château de Roxburgh, situé à douze lieues de là aux

confins de l'Angleterre et de l'Écosse; la garnison de ce château a

pour capitaine un écuyer écossais nommé Alexandre de Ramsay. P. 341.

Pendant ce temps, l'armée écossaise, qui s'est retirée devant l'armée

anglaise, prend position sur une petite rivière appelée dans le pays

_la Boée_[230]. Là, on décide que le jeune roi d'Écosse se mettra en

sûreté dans Dumbarton, un très-fort château de la sauvage Écosse,

tandis que Guillaume de Douglas, les comtes de Murray et de

Sutherland, Robert de Vescy et Simon Fraser mettront à profit les

retraites impénétrables des forêts de Jedburgh pour faire aux Anglais

une guerre de partisans. Les Écossais se contentent de mettre des

garnisons à Édimbourg, à Saint-Johnston (Perth), à Aberdeen, à Dundee,

à Dalkeith, à Saint-Andrews; et, après avoir ravagé eux-mêmes le plat

pays pour n'y rien laisser à prendre aux envahisseurs, ils se retirent

dans les profondeurs inaccessibles de leurs forêts. P. 342.

[230] Peut-être, puisque Froissart avertit qu'il donne le nom

local, la _White_ ou la _Blanche_, aujourd'hui _Whiteadder_,

petite rivière située au N. O. de Berwick, qui, après avoir fait

sa jonction avec la _Blackadder_, vient se jeter dans la Tweed.

Froissart a dû écrire le nom de cette rivière, tel qu'il l'a

entendu prononcer par les habitants du pays: _Voee_ ou Boée,

_Vethe_ ou Bethe.

Le siége du château de Roxburgh est signalé par un combat singulier

entre Alexandre de Ramsay, capitaine du dit château et Guillaume de

Montagu, gentilhomme anglais fait nouvellement chevalier. Cet exploit

d'armes n'est point consigné dans les Chroniques de Jean le Bel, mais

il fut raconté à Froissart par les seigneurs du pays pendant son

voyage en Écosse. Guillaume de Montagu propose ce combat singulier,

et, pour être plus sûr de le faire agréer, il promet de se racheter au

prix de mille nobles si Alexandre de Ramsay est vainqueur. Le

capitaine de Roxburgh accepte la proposition. P. 343.

Le roi d'Angleterre accorde à cette occasion une trêve à la garnison

de Roxburgh pendant tout le jour que le combat doit avoir lieu et le

lendemain jusqu'à soleil levant. Ce combat singulier se livre en

plaine, à peu de distance du château, en présence d'Édouard III et des

gens d'armes tant anglais qu'écossais. Les deux champions, montés sur

leurs chevaux, après avoir rompu d'abord leurs glaives, puis leurs

épées, en échangeant des coups, finissent par se prendre à bras le

corps, sans parvenir à se désarçonner l'un l'autre. Ce que voyant, le

roi d'Angleterre fait cesser le combat. P. 344.

La garnison de Roxburgh se rend, après avoir soutenu un siége qui dure

depuis l'entrée d'août jusqu'à la Toussaint. Les gens d'armes qui

composent cette garnison, libres d'aller où bon leur semble, se

retirent, les uns à Dumbarton, les autres dans les forêts de Jedburgh

avec Guillaume de Douglas, le comte de Murray et autres chevaliers

d'Écosse qui réveillent et harcèlent les Anglais. P. 345.

Après avoir passé huit jours à Roxburgh et y avoir fêté la Toussaint,

Édouard III chevauche vers Édimbourg, très-beau château et fort situé

près de la mer au sommet d'un rocher d'où l'on découvre tout le pays

environnant. Les maréchaux de l'armée anglaise font des incursions par

tout le comté de March et le long du rivage de la mer, au sud, jusqu'à

Dunbar et Ramsay, au nord, jusqu'à Saint-Andrews; ils pillent et

brûlent la ville de Queensferry sur le détroit de ce nom et ils

viennent attaquer Dunfermline. Le comte de Suffolk, Édouard Spenser,

Thomas Biset et Eudes de Pontchardon sont blessés au siége de cette

ville qui, grâce au seigneur de Lindsay, résiste à tous les assauts

des Anglais. Les maréchaux, ainsi repoussés de Dunfermline, vont

rejoindre Édouard III qui a mis le siége devant Dalkeith, un château

des Douglas, situé à cinq lieues d'Édimbourg. P. 345 et 346.

Ce château de Dalkeith n'est pas très-grand, mais il est bien aménagé

et il a une grosse tour carrée et voûtée à l'épreuve des machines; il

est bâti sur un petit rocher à pic entouré d'une rivière [Esk] qui ne

devient un peu forte que quand il tombe des pluies en abondance. La

garnison de Dalkeith se compose de trente-six compagnons dont le

capitaine, nommé Patrick d'Orkney, s'arme d'argent à trois clefs de

sable. P. 346.

Le siége de Dalkeith dure tout l'hiver. Au printemps, une ruse de

guerre livre ce château aux Anglais. Les comtes de Lancastre, de

Pembroke, de Hereford, de Warwick, les seigneurs de Percy, de

Greystock, de Nevill et de Felton s'avisent de faire endosser leurs

armures à huit de leurs valets et de les envoyer à l'assaut; et

pendant que les assiégés, qui ont fait une sortie, sont occupés à

repousser ces valets, les chevaliers anglais, auteurs du stratagème,

pénètrent dans le château par le pont-levis qui reste abaissé et se

rendent ainsi maîtres de Dalkeith. P. 346 et 347.

Après la prise de Dalkeith, Édouard III attaque le château

d'Édimbourg. Il se loge dans une abbaye de moines noirs (bénédictins)

voisine de la ville et à laquelle les Écossais ont mis le feu, afin

que l'ennemi ne puisse s'en servir. Édimbourg résiste aux efforts et

aux machines des assiégeants, mais le pays des environs a été

tellement dévasté, soit par les habitants, soit par les envahisseurs,

que les Anglais sont réduits à faire venir leurs vivres d'Angleterre,

par mer. P. 348.

Le roi d'Angleterre va mettre alors le siége devant Stirling. Stirling

est un beau et fort château assis au sommet d'un rocher escarpé de

tous côtés sauf un seul, à vingt lieues d'Édimbourg, à douze de

Dunfermline, à trente de Saint-Johnston (Perth). Cette forteresse

était appelée _Smandon_ au temps du roi Arthur; et c'est là que se

réunissaient les chevaliers de la Table-Ronde, ainsi qu'il fut dit à

Froissart sur les lieux mêmes, lorsqu'il alla passer trois jours au

château de Stirling en compagnie du roi David d'Écosse. A

l'époque de ce voyage, le château de Stirling appartenait à Robert de

Vescy qui avait aidé à le reprendre aux Anglais. P. 348 et 349.

Le siége de Stirling est poussé avec vigueur malgré les conseils de

Robert d'Artois qui ne cesse de dire à Édouard III: «Laissez ce pauvre

pays; que le feu d'enfer le brûle, et ne songez qu'à revendiquer le

trône de France, votre légitime héritage!» Pendant ce temps, la reine

Philippe, qui réside à York, met au monde un fils qui reçoit le nom

d'Édouard comme son père et son parrain Édouard Baillol. C'est ce fils

qui devint depuis si fameux sous le titre de prince de Galles[231],

mais il mourut du vivant de son père, comme on le verra ci-après. P.

349.

[231] Quoique la rectification des erreurs historiques de

Froissart doive faire l'objet d'une publication spéciale, la

méprise commise ici est tellement grossière qu'il est impossible

de ne la pas relever. Notre chroniqueur paraît avoir confondu

dans ce passage la naissance d'Édouard, depuis prince de Galles,

qui eut lieu le 16 juin 1330, avec celle de Guillaume, que la

reine Philippe mit au monde à Hatfield en 1336, pendant la guerre

d'Écosse.

La garnison de Stirling demande et obtient une trêve de quinze jours

pendant lesquels elle attend en vain des renforts; elle rend le

château à l'expiration de cette trêve. P. 349 et 350.

Après la reddition de Stirling, Robert d'Artois exhorte plus que

jamais le roi d'Angleterre à revendiquer le trône de France. Les

comtes de Lancastre, de March, de Suffolk, de Hereford, de Warwick et

le seigneur de Percy conseillent à Édouard III de se rendre à Londres

et de soumettre la question, soulevée par Robert d'Artois, aux

délibérations du parlement. Avant de quitter l'Écosse, le roi

d'Angleterre met de bonnes garnisons à Berwick, à Dalkeith, à

Roxburgh, à Dundee, à _Astrebourch_, à _la bastide de March_, _au fort

Saint-Pierre_, à Édimbourg et à Stirling; en même temps, il place tout

le pays conquis sous le commandement et sous la garde de Guillaume de

Montagu et de Gautier de Mauny. Après quoi, il congédie ses barons à

Roxburgh, en leur assignant rendez-vous à un parlement qui doit se

réunir prochainement à Londres. Puis il va rejoindre la reine sa femme

à York, en passant par Arcot, Percy (Alnwich), Newcastle-on-Tyne et

Durham. De retour à Londres, il fait célébrer aux Augustins de cette

ville un office solennel pour l'âme de Jean d'Eltham son frère,

récemment mort, et il tient sa cour tantôt à Westminster, tantôt

à Sheen, tantôt à Eltham. P. 350 et 351.

Les Écossais profitent du départ d'Édouard III pour faire aux gens

d'armes anglais qu'il a laissés dans le pays conquis une guerre de

partisans. Les chevaliers des deux royaumes se livrent des

escarmouches dont l'honneur revient principalement, du côté des

Écossais, à Guillaume de Douglas, à Robert de Vescy, au comte de

Murray, à Simon Fraser, et, du côté des Anglais, à Gautier de Mauny et

à Guillaume de Montagu. Ce dernier devint dans la suite comte de

Salisbury par son mariage avec Alix, héritière de ce comté, qui dans

sa jeunesse avait fait partie de la maison de Philippe, reine

d'Angleterre. P. 351 et 352.

Chroniques de J. Froissart, tome 01/13, 1re partie · 第 68 / 96 题