1331 à 1334. BANNISSEMENT DE ROBERT D'ARTOIS QUI, APRÈS AVOIR
SÉJOURNÉ EN BRABANT ET DANS LE MARQUISAT DE NAMUR, SE RÉFUGIE
EN ANGLETERRE. (§§ 48 ET 49.)
1331. Robert d'Artois, marié à la sœur de Philippe de Valois qu'il a
contribué plus que tout autre à faire arriver au trône de France,
jouit d'un très-grand crédit pendant les trois premières années du
règne de son beau-frère. Robert fabrique, dit-on, une fausse charte,
espérant gagner par ce moyen un procès pendant entre lui et Jeanne II,
femme d'Eudes IV, duc de Bourgogne, au sujet du comté d'Artois.
Philippe de Valois, sollicité par la méchante reine Jeanne de
Bourgogne sa femme, sœur de l'adversaire du comte d'Artois, prend
parti contre ce dernier. La charte est reconnue fausse et cancellée en
séance du Parlement, une demoiselle Divion, complice de Robert, est
brûlée, et le comte d'Artois n'échappe à la mort qu'en vidant le
royaume[221]. P. 100, 307 et 308.
[221] En mai 1332, Philippe de Valois donne à son fils Jean, duc
de Normandie, comte d'Anjou et du Maine, «.... la maison qui fu
Robert d'Artoys et toutes les appertenances d'icelle assise à
Paris en la rue de Saint-Germain des Prés devant l'ostel de
Navarre» confisquée ainsi que tous les biens du dit Robert par
arrêt du Parlement. (Arch. de l'Empire, JJ 66, p. 659, f{o} 275.)
_Première rédaction._ 1331 à 1334.--Robert se rend d'abord à Namur
auprès de Jean II, son neveu, fils de sa sœur. A cette nouvelle,
Philippe de Valois fait mettre en prison la femme et les deux enfants
du fugitif. Bientôt même le jeune [marquis] de Namur, menacé d'une
guerre par Adolphe de la Marck, évêque de Liége, tout dévoué au roi de
France, est obligé de congédier son oncle. P. 101.
Robert se réfugie alors auprès du puissant duc de Brabant, son cousin,
qui l'accueille avec empressement et le réconforte dans son malheur.
La haine de Philippe de Valois poursuit son ennemi dans ce nouvel
asile, et le duc Jean III, craignant de s'attirer une mauvaise affaire
avec le roi de France, tient son cousin caché au château d'Argenteul
(Argenteau-sur-Meuse, selon Lancelot[222]). La cachette est découverte
par les émissaires de Philippe de Valois dont l'irritation ne connaît
plus de bornes et qui soudoie à grands frais le roi de Bohême ainsi
que plusieurs seigneurs des marches d'Allemagne pour qu'ils aillent
défier le duc de Brabant. Ces seigneurs auxquels refuse de s'associer
le jeune marquis de Namur, malgré l'invitation du roi de France, après
avoir reçu un grand renfort de gens d'armes commandés par le comte
d'Eu, pénètrent en Brabant en passant à travers le Hesbaing (pays de
Liége) et s'avancent jusqu'à Hanut; ils ravagent à deux reprises le
pays environnant et brûlent tout sur leur passage. P. 101, 102, 310 et
311.
[222] _Mémoires de l'Académie des inscriptions_, t. X, p. 622.
Le comte Guillaume de Hainaut envoie en France Jean de Beaumont, son
frère, ainsi que sa femme, sœur de Philippe de Valois, négocier une
trêve entre les belligérants. Le roi de France n'accorde cette trêve
qu'à grand peine, et le duc de Brabant doit prendre l'engagement de
subir toutes les conditions qui lui seront faites, tant par son
adversaire que par les alliés de celui-ci, et de mettre dans un délai
fixé Robert d'Artois hors de ses États. P. 102 et 103.
1334. D'après le conseil du duc de Brabant, Robert d'Artois, traqué en
France et dans l'Empire, passe en Angleterre, sous un déguisement de
marchand. Édouard III l'accueille avec bienveillance, le retient à sa
cour et de son Conseil et lui assigne en fief le comté de Richmond. P.
105.
_Seconde rédaction._ 1331 à 1334.--Robert d'Artois, chassé de
France, se rend à Valenciennes auprès du comte Guillaume de Hainaut.
Le comte fait le meilleur accueil au fugitif, et il charge Jean son
frère et l'évêque de Cambrai d'aller en France implorer la clémence du
roi en faveur du prince exilé. Cette démarche reste infructueuse, et
Philippe menace Guillaume de toute sa colère s'il continue de prêter
main forte à Robert d'Artois. P. 308.
Les barons de Hainaut engagent leur comte à ne pas se mettre pour ce
sujet en guerre avec le roi de France. Robert, avant de quitter
Valenciennes, est comblé de présents en vêtements, chevaux et joyaux,
et six mille vieux écus lui sont remis pour payer ses dépenses par le
comte Guillaume. Robert d'Artois va voir à Namur sa sœur, le jeune
Jean II son neveu et les frères de celui-ci, Guillaume, Robert et
Louis, encore fort jeunes.
Les menaces du roi de France forcent Jean II à congédier son oncle qui
va chercher un asile à Leeuw[223] auprès de Jean III, duc de Brabant,
son cousin. Ce dernier répond à Philippe de Valois, qui réclame
l'expulsion du fugitif, que les obligations d'une parenté
très-rapprochée lui font un devoir de venir en aide à Robert d'Artois,
et que d'ailleurs il n'est pas convaincu du tout de la culpabilité de
son cousin. P. 309, 311.
[223] Sans doute Leeuw-Saint-Pierre, Belgique, province de
Brabant, à 13 kilomètres de Bruxelles.
1334. Philippe déclare alors la guerre au duc Jean qui n'obtient la
paix qu'à la condition de mettre hors de son pays l'ennemi du roi de
France. Congédié ainsi par le duc de Brabant après avoir reçu six
mille vieux écus pour payer ses frais, Robert d'Artois s'embarque pour
l'Angleterre à Anvers et arrive à Sandwich. Il se met en marche pour
rejoindre Édouard III qui fait alors la guerre en Écosse. Il passe par
Stamford, Lincoln, Doncaster et parvient à York, qu'on dit Ebruich, où
il trouve la reine Philippe, sa nièce, enceinte d'un fils [qui fut
nommé plus tard Guillaume de Hatfield.] La reine fait fête à son oncle
et le retient près d'elle environ une semaine; la joie de Philippe est
encore accrue par la nouvelle, qu'elle reçoit en ce moment-là même, de
la reddition du château d'Édimbourg. Entouré d'une escorte de trois
cents archers dont Henri de Beaumont est le chef, Robert d'Artois se
rend à Berwick en Écosse où il passe trois jours. Là, il apprend
qu'Édouard III, après avoir établi garnison au château d'Édimbourg,
est allé mettre le siége devant Stirling, et il se dirige vers cette
ville. P. 313 et 314.
Prévenu de l'arrivée de Robert d'Artois par Henri de Beaumont qui a
pris les devants, Édouard III envoie quelques-uns de ses barons à la
rencontre de son oncle qu'il reçoit avec magnificence. Robert d'Artois
raconte ses malheurs, l'emprisonnement de ses deux fils Jean et
Charles, la confiscation de ses biens, enfin son bannissement: il
n'est plus nulle part en sûreté sur le continent; et il n'est ni comte
de Hainaut ni duc de Brabant ni [marquis] de Namur qui consente à lui
donner asile, par crainte du roi de France. P. 314.
Le roi d'Angleterre relève le courage de Robert d'Artois et lui dit:
«Bel oncle, nous avons assez pour nous et pour vous. Soyez sans
inquiétude et sans crainte, car si le royaume de France est trop
petit pour vous, celui d'Angleterre vous sera tout grand
ouvert.»--«Monseigneur, reprend Robert d'Artois, toute mon espérance
gît en Dieu et en vous, et je confesse ici que j'ai eu tort et que
j'ai péché en prêtant les mains naguère à votre exhérédation. J'ai
contribué pour ma part à faire celui-là roi de France qui ne m'en sait
aucun gré et qui n'y a pas autant de droit que vous, car vous êtes
plus rapproché d'un degré de feu Charles, le dernier roi: Philippe
n'est que son cousin germain et vous êtes son neveu.» Édouard III
devient tout pensif en entendant ces paroles qui ne laissent pas
toutefois de lui être agréables, mais pour lors il n'y donne point
d'autre suite, se réservant d'y revenir, quand il croira le moment
venu. P. 314 et 315.
_Troisième rédaction._ 1331 à 1334.--Robert d'Artois, après avoir
séjourné successivement à Namur et en Brabant, vient en Hainaut
trouver le comte Guillaume son beau-frère. La comtesse de Hainaut et
Jean de Hainaut entreprennent inutilement un voyage en France afin de
fléchir Philippe de Valois et de le réconcilier avec Robert. Ce que
voyant, le comte d'Artois, désespéré, jure qu'il honnira tout et
plongera la France en de telles luttes et divisions que les suites
s'en feront encore sentir dans deux cents ans. Il reçoit du comte de
Hainaut tout l'argent nécessaire pour payer ses dépenses, et il prend
la résolution de passer en Angleterre; mais auparavant il retourne
auprès du duc de Brabant qui, après l'avoir retenu à sa cour en lui
promettant de le défendre envers et contre tous, est bientôt contraint
de céder aux menaces du roi de France. P. 309 et 310.
1334. Robert d'Artois s'embarque à Anvers pour l'Angleterre et il se
rend auprès d'Édouard III au moment où ce prince, qui l'accueille
courtoisement, se dispose à entrer en campagne contre les Écossais. Au
retour de cette campagne, le roi d'Angleterre fait proposer en séance
du parlement d'assigner une dotation à Robert d'Artois, l'un des plus
hauts et plus nobles seigneurs qu'il y ait au monde. Philippe de
Valois a mis en prison la femme, les enfants, il a confisqué les biens
de son ennemi, après l'avoir banni de son royaume. C'est justice,
maintenant que Robert d'Artois fait partie du conseil d'Angleterre, de
le dédommager dans son pays d'adoption de ce qu'il a perdu en France.
La proposition d'Édouard III est agréée, et l'on assigne à Robert le
comté de Bedford dont le revenu est évalué trois mille marcs. Robert
d'Artois remercie son neveu et les seigneurs, et devient ainsi l'homme
lige du roi d'Angleterre pour le comté de Bedford. P. 315 et 316.