CHAPITRE X.

1329. AMBASSADE ENVOYÉE EN ANGLETERRE PAR PHILIPPE DE VALOIS;

VOYAGE D'ÉDOUARD III EN FRANCE ET ENTREVUE D'AMIENS. (§§ 44 et

45.)

1329. Philippe de Valois se décide à sommer le roi d'Angleterre de

venir en France faire hommage pour la Guyenne et le Ponthieu. Deux

chevaliers, le sire d'Aubigny et le sire de Beaussault, et deux

conseillers au Parlement de Paris, Simon d'Orléans et Pierre de

Maizières[216], sont envoyés en ambassade auprès d'Édouard III. Ils

s'embarquent à Wissant, débarquent à Douvres, où ils s'arrêtent un

jour pour attendre leurs chevaux, et vont trouver le roi et la reine

d'Angleterre au château de Windsor. Ils exposent l'objet de leur

message à Édouard III qui les reçoit honorablement et les invite à

dîner à sa table; mais il leur déclare qu'il ne pourra leur faire

réponse qu'après avoir pris l'avis de son conseil. Ils retournent, le

soir même de leur arrivée à Windsor, coucher à Colebrook[217], et le

lendemain ils se rendent à Londres. P. 90 et 91.

[216] Mon ami et collègue M. Henri Lot a bien voulu faire des

recherches d'où il résulte que Simon d'Orléans et Pierre de

Maizières ne figurent pas sur la liste des conseillers au

Parlement pour l'année 1329 (voyez U 497, f{o} 113), ni sur celle

des avocats; mais leurs noms ont pu être omis, car il s'en faut

que ces listes soient complètes.

[217] Peut-être le souvenir de cette localité s'est-il conservé à

Londres dans Colebrook-row, l'une des rues du quartier

d'Islington.

Le roi d'Angleterre réunit un parlement en son palais de Westminster.

Les envoyés de Philippe de Valois y sont appelés pour lire la requête

du roi leur seigneur; et après qu'ils se sont retirés, le parlement

entre en délibération. Le résultat de cette délibération, annoncé

solennellement aux ambassadeurs par l'évêque de Londres qui porte la

parole au nom d'Édouard III, est qu'il sera fait droit à la juste

réclamation du roi de France, et que le roi d'Angleterre s'engage à

passer le détroit sans délai pour s'acquitter des obligations où il se

reconnaît tenu. Cette réponse comble de joie les envoyés français.

Édouard III leur donne au palais de Westminster pendant une quinzaine

de jours l'hospitalité la plus somptueuse, et il ne les laisse partir

qu'après leur avoir distribué de grands dons et de beaux joyaux. P.

91, 92 et 306.

Philippe de Valois est enchanté du résultat de cette ambassade.

Il est convenu que l'entrevue avec son cousin d'Angleterre aura

lieu à Amiens. On fait dans cette grande ville toute sorte

d'approvisionnements; et des hôtels, maisons, salles et chambres, sont

préparés pour recevoir les deux rois et leur suite. Le roi de France

convie à cette entrevue les rois de Bohême et de Navarre, les ducs de

Lorraine, de Bretagne, de Bourgogne et de Bourbon ainsi que Robert

d'Artois. Dans la suite de Philippe de Valois, on compte plus de trois

mille chevaux. P. 93 et 306.

Édouard III se met en route pour Amiens avec une suite de quarante ou

cinquante chevaliers et une escorte de plus de mille chevaux; il faut

deux jours à cette escorte pour passer de Douvres à Wissant. Le roi

d'Angleterre s'arrête un jour à Boulogne, il va de là à

Montreuil-sur-Mer où il rencontre une escorte de chevaliers envoyée au

devant de lui sous les ordres du connétable de France. Il est reçu à

Amiens par Philippe de Valois, par les rois de Bohême, de Navarre et

de Majorque, par les douze pairs et par une foule innombrable de ducs,

de comtes et de barons qui font cortége au roi de France. P. 94 et 95.

Au moment où Édouard III se prépare à prêter serment de foi et

d'hommage, la défiance naturelle aux Anglais, jointe à leur

connaissance imparfaite de la langue française dont ils ne comprennent

pas bien tous les termes, si ce n'est à leur profit, inspire aux

conseillers du jeune roi d'Angleterre des scrupules sur certaines

exigences des pairs et conseillers du roi de France. Jean de Hainaut,

qui sert d'interprète aux Anglais, s'efforce en vain de concilier les

deux parties. Les Anglais engagent leur roi à ne pas procéder plus

avant sans avoir consulté le parlement qui doit se réunir à la

Saint-Michel au palais de Westminster. Sur leurs instances, Édouard

III fait hommage de bouche et de parole seulement, sans mettre ses

mains entre les mains du roi de France; et il exprime le désir

d'attendre, pour parfaire le serment, son retour en Angleterre où il

examinera à loisir et pièces en main la question pendante, en s'aidant

des conseils et des lumières de son parlement. Philippe de Valois

consent d'autant plus volontiers à accorder ce délai qu'il nourrit dès

lors un projet de croisade auquel il espère associer le roi

d'Angleterre. L'entrevue se passe en fêtes et divertissements de tout

genre. Édouard III retourne au château de Windsor où il raconte à

la reine Philippe sa femme la merveilleuse réception qu'il a trouvée

en France où l'on s'entend à faire les honneurs mieux qu'en nul autre

pays du monde. P. 95, 96, 306 et 307.

Chroniques de J. Froissart, tome 01/13, 1re partie · 第 63 / 96 题