A toutes les époques officielles de promotion dans l'ordre national de
la Légion d'honneur, au 1er janvier de chaque année notamment, le
gouvernement décore un invalide. L'âge, les blessures, les états de
service enfin, sont les titres qui décident du choix. C'est là une
tradition des plus justes et des plus respectables.
A cette occasion, il se passe à l'hôtel même une cérémonie toute intime
et empreinte d'un sentiment de touchant patriotisme.
A onze heures du matin, à la garde montante, c'est-à-dire au moment où
les postes, les sentinelles de la veille, sont relevés, tous les
pensionnaires valides descendent en grande tenue, sabre au poing, dans
la cour d'honneur, et se massent en ordre de bataille sur un des côtés.
En tête de colonne, face à l'entrée, se placent des enfants de troupe
élèves-tambours, fils d'invalides, et dont le plus âgé remplit les
fonctions de tambour-major. Un moment de silence, puis le commandement
de: Garde à vos, fixe! se fait entendre. Un petit peloton vient à son
tour de déboucher de l'intérieur. A sa tête est le nouveau légionnaire.
Le peloton lui-même se compose de tous les invalides décorés dans des
promotions antérieures: les anciens de Crimée, du Mexique, ceux de
Gravelotte aussi, les cuirassiers légendaires, les marins de Courbet,
tous sont là, personnifiant notre histoire militaire.
--Portez armes! Et le peloton s'aligne en face du bataillon.
Le colonel, major de l'hôtel, s'avance alors, remet au récipiendaire la
croix avec le cérémonial réglementaire et lui donne l'accolade, puis il
fait placer le nouveau légionnaire à ses côtés et toute la troupe défile
par le flanc devant eux.
La cérémonie est terminée. Les vieux soldats se dispersent, un tantinet
jaloux de celui qui a reçu la croix, fiers et reconnaissants tout de
même: la patrie a montré à ses braves qu'elle ne les oubliait pas.
«L'OBSTACLE»
La gravure que nous donnons de l'_Obstacle_, la pièce de M. Alphonse
Daudet qui vient d'être applaudie au Gymnase, nous transporte au
troisième acte de l'oeuvre.
Le décor représente le jardin du couvent des Dames-Bleues, à
Montpellier. Le gai soleil du midi se joue sur les ogives des vieilles
murailles; des roses et des clématites s'épanouissent à l'aise au milieu
de la cour intérieure, ou grimpent le long des arcades souriantes...
C'est dans cet asile calme et aimable que Madeleine de Rémondy (Mlle
Sisos), après la rupture de l'union projetée avec celui qu'elle aime,
Didier d'Alein (M. Duflos) a été chercher une consolation à son
chagrin... C'est là aussi que Didier, qui ignore les motifs de la
rupture, est venu, accompagné de son bon précepteur Hornus (M.
Lafontaine), solliciter du tuteur de la jeune fille une suprême entrevue
avec elle. Et Madeleine, plutôt que de révéler à Didier le terrible
secret qu'on lui a confié, le cruel mal dont son père est mort et qui,
lui a-t-on dit, menace celui qui fut un moment son fiancé, Madeleine lui
dit, la douleur dans l'âme: «Je ne vous aime plus.»
Et Didier tombe, abîmé de chagrin, tout en pleurs, sur le banc où tout
d'abord il s'était assis plein de confiance dans l'entrevue qu'il allait
avoir avec Madeleine; il rend à celle-ci des lettres et le portrait
quelle lui avait donné avec ces mots:
«A Didier pour la vie.» Madeleine est emmenée loin de lui par la
supérieure. Elle aussi, elle pleure abondamment, car si un miracle
n'intervient point, c'en est fait de son bonheur.
Seul, le tuteur de Madeleine (M. Plan), qui a voulu la rupture du
mariage, et qui ne serait pas fâché de remplacer Didier dans le coeur de
la jeune fille, assiste impassible à cette scène, tandis que sa soeur
Estelle (Mme Desclauzas) serait bien près, malgré sa frivolité de
perruche, d'en être fort emue... C'est à ce tuteur inexorable que Didier
va adresser les reproches les plus cruels: celui-ci se venge en lui
disant qu'avec les fous on ne se bat qu'à l'eau froide et c'est ainsi
que Didier connaît le fatal secret qui pèse sur son existence.
Ad. Ad.