L. P.

_Bouquet d'automne_, par Charles Frémine, 1 vol. in-4° (Lemerre).--Nous

avons tous, poètes ou romanciers, un petit coin de terre qui nous tient

au coeur et qui nous fournit nos meilleures inspirations. Ailleurs, la

nature nous séduit, nous enchante; mais, là seulement, elle vibre à

l'unisson de nous-même, elle fait partie de nous comme nous d'elle. Pour

M. Charles Frémine, ce petit coin c'est la Normandie, c'est elle qu'il

chante, et il la chante en fils ému, fidèle, qui ne s'en éloigne que

pour la revoir avec plus de bonheur et qui d'ailleurs l'emporte alors

avec lui. Il n'y a pas là beaucoup de vers, une quinzaine de pièces--ce

qu'il faut pour un public de nos jours--mais vraies, d'un sentiment

souvent profond, d'une forme souvent exquise.

_Le costume en France_, par Ary Renan. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque

de l'enseignement des Beaux-Arts. (Anc. maison Quantin, May et Motterez,

éditeurs).--A bien le prendre, l'histoire du costume est l'histoire de

la civilisation et de la société humaine, et il n'est pas de reflet plus

parfait d'un monde disparu que le vêtement, cet accessoire, en

apparence, mais, en réalité, ce symbole des qualités d'un individu,

d'une nation, d'une époque. En nous présentant un tableau résumé de

l'histoire du costume en France, M. Ary Renan nous a par cela même mis

sous les yeux l'une des faces de notre histoire. C'est une promenade à

travers dix-huit siècles d'images, qui se poursuit avec plaisir en

compagnie d'un guide à la fois artiste et lettré.

_Le prince impérial (Napoléon IV)_, par le comte d'Hérisson, 1 vol.

in-16, 3 fr. 50 (Ollendorff).--On s'attend bien qu'un tel livre ne va

pas sans soulever bien des voiles, jeter sur bien des mystères un jour

inattendu. C'est un motif de curiosité grande. Mais, sans cela même,

n'est-ce pas un sujet digne d'attention que le récit de cette courte

destinée, terminée par une fin tragique, qui fut celle du fils de

Napoléon III? On songe, malgré soi, à l'antique fatalité, quand on voit

la dynastie napoléonienne successivement dévorée par le titan

britannique, et l'ombre du drapeau de la Grande-Bretagne aussi fatale

aux Bonaparte que ses médecins ou ses prisons.

_Petite bibliothèque littéraire_ d'A. Lemerre: tome Ier d'_Hégésippe

Moreau_. Ce premier volume est tout entier consacré aux oeuvres en prose

du poète de la _Voulzie_; peu considérables, comme on pense, ces

oeuvres: quelques contes, parmi lesquels _la Souris blanche, le Guy de

chêne, la Dame de coeur_, et des lettres, dont M. Vallery-Radot s'est

servi pour nous initier à l'existence, si tourmentée dans sa brièveté,

d'Hégésippe. Est-il besoin de dire que la notice, qui forme presque la

moitié du volume, est fort bien faite et des plus intéressantes? C'est

une bonne fortune pour un auteur qu'une préface de M. Vallery-Radot, cet

auteur fût-il mort depuis longtemps et s'appelât-il Hégésippe Moreau.

_Les Financiers amateurs d'art aux seizième, dix-septième et

dix-huitième siècles_, par Victor de Suarte, trésorier général des

finances, 1 vol. in-8° (Plon, Nourrit et Cie).--Les grands financiers,

sous l'ancien régime, remplissaient à peu près le rôle de l'État dans

notre société moderne, au point de vue de la protection des artistes.

L'auteur nous fait apprécier leurs services en quelques pages

brillantes, où nous voyons défiler les noms des Grolier, des Bullion,

des Joucquot, des Thorigny, des Samuel Bernard, que domine de toute la

hauteur des fonctions de celui qui le porte le nom du grand surintendant

des bâtiments, Jean-Baptiste Colbert.

_Misères nerveuses_, par le Dr Monin, un in-12, 3 fr. 50 (Paul

Ollendorff)--L'accroissement des affections du système nerveux donne à

ce livre une douloureuse actualité. L'auteur nous donne, et c'est,

croyons-nous, la première fois qu'un pareil livre s'adresse au grand

public, l'exacte description des maladies du système nerveux et de la

mentalité humaine. L'hygiéniste bien connu a su rendre aussi attrayant

que littéraire son lumineux exposé des défaillances de notre pauvre

nature humaine surmenée par les luttes de notre moderne civilisation.

_Les Mille et une nuits du théâtre_, par Auguste Vitu, 1 vol. in-12, 3

fr. 50 (Paul Ollendorff).--C'en est la huitième série, qui va du 2 avril

1880 au 27 juin 1881. On y trouve, entre autres, la critique de

_Divorçons_, du _Monde ou l'on s'ennuie_, et une étude particulièrement

remarquable du _Bourgeois gentilhomme._

_Le Budget communal_, par Trigant-Geneste. 1 vol. in-16, 1 fr. 50

(Hetzel).--150 pages pour apprendre à connaître tout ce qu'il est

nécessaire de savoir pour administrer sa commune. Ce n'est pas faire

tort, croyons-nous, à nombre de conseillers municipaux que de les

engager à lire ce volume.

_Cinquante ans chez les Indiens_, traduit de l'anglais avec une préface

par Hector France. 1 in-18 illustre, 3 fr. 50 (Chamerot).--Un titre qui

va sourire à tous les admirateurs de _Buffalo-Bill_. Aventures dans les

grandes prairies du Far-West, dans les caravanes, les campements

d'émigrants, chez les Mormons, avec les Outlaws et les Desperados, chez

les Peaux-Rouges, le tout écrit dans le style rude et pittoresque qui

convient à un narrateur de la suite du colonel Cody.

L'Illustration, No. 2497, 3 Janvier 1891 · 第 18 / 25 题