[Illustration: Fig. 1.--Le Lac du Soleil en 1877.]
[Illustration: Fig. 2.--La même région en 1879.]
[Illustration: Fig. 3.--La même région en 1881.]
[Illustration: Fig. 4.--La même région en 1890.]
Mars revient vers la Terre en 1879, et on l'observe de nouveau. Des
changements évidents sont constatés. L'affluent dont nous venons de
parler, qui était tout à fait invisible en 1877, est maintenant
perceptible, quoique très mince, et reçoit le nom de Canal du Nectar;
l'Aurea cherso est élargie, le Chrysorrhoas a changé de place: au lieu
de descendre verticalement le long du 80e degré, il part du 78e pour
aller rejoindre le 77e. Le lac est légèrement allongé vers le canal du
Nectar, «ce qui lui donne la forme d'une poire» dont la queue monterait
de 15° à 20°. L'affluent supérieur est incomparablement moins large
qu'en 1877 et a reçu le nom d'Ambrosia. Le lac du Phénix est très
diminué. On cherche en vain la _Fons Juventæ._
Nouvelles études en 1881, et nouvelles transformations. Le lac se montre
décidément allongé dans le sens est-ouest, concentrique avec le contour
de la Thaumasia. Le lac du Phénix est devenu un centre d'affluents
nombreux. L'Agathodémon donne naissance à un lac déjà indiqué en 1877,
mais aujourd'hui très développé, et qui reçoit le nom de lac Tithonius.
Cette vue correspond à celles de 1862 et 1864. La «Fontaine de
Jeunesse», qui avait disparu en 1879, est revenue.
«Che il Lago del Sole cambi di forma e i grandezza, écrit l'éminent
observateur, e cosa indubittabile». Sa coloration a été très sombre, et
plus sombre lorsque la rotation l'amenait au bord du disque que
lorsqu'il passait au méridien central.
C'est sans doute, comme dans plusieurs autres cas, parce que les régions
environnantes deviennent alors plus blanches.
L'Araxes s'est montré net, allant droit de la mer Sirenum au lac du
Phénix, et non plus tortueux comme en 1877.
Ainsi voilà un lac (ou tout au moins quelque chose qui y ressemble) qui
était ovale en 1862 et 1881, et rond en 1877, et tous ses environs
changeant également.
Ces trois dessins suffisent pour établir sans contestation possible
l'état de la planète pendant ces observations. Eh bien, voici maintenant
1890 (fig. 4).
Le lac est fendu en deux;--le petit lac Tithonius I est également
partagé en deux;--le grand affluent du lac, ce que nous avons appelé
plus haut la queue de la poire, vient du nord-est au lieu de venir du
sud-est (dans tous ces dessins le nord est en bas);--l'ambrosia incline
à droite du méridien au lieu d'incliner à gauche;--le canal Chrysorrhoas
est double, jusqu'au lac de la Lune, et au-delà jusqu'à la mer
Acidalium.
Du lac du Soleil descendent deux nouveaux affluents inconnus jusqu'ici.
Voilà l'état de la question. Il n'y a pas à le dissimuler. Des
changements réels, incontestables, et considérables, s'accomplissent à
la surface de ce monde voisin.
Sans doute, nous ne pensons pas que ces événements martiens empêchent
personne de dormir, et, tout le monde peut même y rester absolument
indifférent.
Cependant la question ne manque pas d'intérêt.
Outre qu'il est déjà curieux de savoir que nous pouvons voir d'ici ce
qui se passe sur Mars, il ne l'est pas moins de constater que, tout en
ressemblant beaucoup à notre planète par sa constitution générale, son
atmosphère, ses eaux, ses neiges, ses continents, ses climats, ses
saisons, ce globe voisin en diffère cependant de la manière la plus
bizarre par sa configuration géographique, ses canaux dédoublés, et
surtout par cette faculté de transformation superficielle et de
dédoublement des lacs eux-mêmes, de lacs grands comme la France!
Comment expliquer ces variations?