XXXVIII.

Une reconnaissance de nuit.

Le soleil se couchait au moment où les gambucinos atteignaient la

lisière de la forêt et la limite du couvert.

Devant eux, à environ une lieue et demie, s'élevait la ville au milieu

de l'océan de verdure de la plaine qui l'enveloppait et lui formait une

ceinture d'herbes et de fleurs.

La nuit tombait rapidement, les ténèbres s'épaississaient de minute en

minute, confondant en une masse sombre tous les accidents du paysage;

l'heure était enfin des plus propices pour tenter le hardi coup de main

auquel ils étaient résolus.

Ils firent un dernier adieu à leurs compagnons, et s'enfoncèrent

résolument dans les hautes herbes au milieu desquelles ils ne tardèrent

pas à disparaître.

Heureusement pour les aventuriers, auxquels il aurait été impossible

de se diriger au milieu des ténèbres, les pas des piétons et ceux des

cavaliers qui se rendaient incessamment à la ville, ou de ceux qui

en sortaient, avaient tracé à la longue de larges sentiers qui tous

aboutissaient directement à une des portes.

Les deux hommes marchèrent assez longtemps silencieux à côté l'un de

l'autre.

Chacun d'eux réfléchissait profondément à l'issue probable de cette

tentative désespérée.

Dans le premier moment d'enthousiasme, ils n'avaient que légèrement

songé aux difficultés sans nombre qu'ils devaient rencontrer sur leur

route et aux obstacles qui, à chaque pas, surgiraient sans doute devant

eux.

Ils n'avaient vu que le but à atteindre.

Mais maintenant qu'ils étaient de sang-froid, bien des choses

auxquelles ils n'avaient pas pris garde ou auxquelles ils n'avaient

pas voulu s'arrêter se présentaient à leur pensée, et, ainsi que cela

arrive souvent, leur faisaient voir leur expédition sous un aspect tout

différent.

Maintenant, le but leur paraissait presque impossible à atteindre, au

lieu que les dangers et les obstacles grossissaient pour ainsi dire à

vue d'œil.

Malheureusement, ces judicieuses réflexions arrivaient trop tard; il

n'était plus temps de reculer, il fallait marcher en avant quand même.

Du reste, tout était calme et tranquille; il n'y avait pas un soupir

de la brise dans l'air, pas un bruit dans la prairie, et au fur et

à mesure que les étoiles apparaissaient au ciel, une lueur pâle et

tremblotante venait légèrement modifier les ténèbres et les rendre

moins intenses.

Maintenant ils commençaient à y voir assez pour se diriger sans

hésitation et reconnaître les environs à une certaine distance.

Balle-Franche ne s'arrangeait que médiocrement du silence opiniâtre de

son compagnon; le digne chasseur aimait assez à parler, surtout dans

des circonstances semblables à celles dans lesquelles il se trouvait en

ce moment; aussi résolut-il de faire causer son compagnon, d'abord afin

d'entendre la voix humaine, raison que ne comprendront probablement pas

les gens dont la vie, heureusement pour eux, s'est passée sédentaire

et exempte de ces grands orages du cœur qui donnent cependant tant de

charme à l'existence; la seconde raison du chasseur était non moins

péremptoire que la première: maintenant qu'il était embarqué dans

cette entreprise désespérée, il n'était pas fâché de demander certains

renseignements à don Leo, afin de savoir comment celui-ci prétendait

agir et quel plan de conduite il comptait adopter.

Aussi, près de la ville, dans une campagne entièrement découverte, il

n'y avait pour les aventuriers que très peu de risque de rencontrer des

Indiens; les seuls qu'ils étaient exposés à voir étaient des batteurs

d'estrade chargés d'aller à la découverte, au cas peu probable où les

Indiens, contrairement à leurs usages habituels de ne pas faire un

mouvement quelconque pendant la nuit, eussent jugé nécessaire d'envoyer

quelques hommes pour surveiller les alentours.

Les deux hommes pouvaient donc, pour ainsi dire sans danger, à moins

d'un hasard extraordinaire, causer entre eux en ayant, bien entendu,

le soin de ne parler qu'à voix basse et de tenir constamment les yeux

et les oreilles en vedette pour signaler le danger aussitôt qu'il se

manifesterait.

Balle-Franche après avoir toussé légèrement afin d'attirer l'attention

de son compagnon, lui dit tout à coup en jetant autour de lui un regard

de mauvaise humeur:

--Eh! Eh! Le ciel s'éclaircit énormément depuis quelques minutes, la

nuit est moins profonde; pourvu que la lune ne se lève pas avant que

nous soyons arrivés où nous voulons aller.

--Nous avons encore plus de deux heures devant nous avant que la lune

ne se lève, répondit don Leo, c'est plus qu'il ne nous en faut.

--Vous croyez que deux heures nous suffiront?

--J'en suis sûr.

--Allons, tant mieux, car je n'aime que médiocrement les marches de

nuit.

--Ce n'est guère la coutume d'en faire.

--En effet, depuis quarante ans que je parcours le désert dans tous

les sens, c'est ce soir la seconde fois qu'il m'arrive de faire une

expédition de nuit.

--Bah!

--Mon Dieu! Oui; la première fois, le fait mérite d'être constaté.

--Comment cela? demanda don Leo d'un air distrait.

--C'est que les circonstances étaient à peu près les mêmes: il

s'agissait aussi de sauver une jeune fille qui avait été enlevée par

les Indiens. C'était en 1835; j'étais alors au service de la Société

des Pelleteries. Les Indiens Pieds-Noirs, pour se venger d'un tour

que leur avait joué un mauvais drôle d'engagé, n'avaient rien trouvé

de mieux que d'enlever la fille du commandant du fort Mackenzie[1];

alors...

--Écoutez, dit don Leo en lui saisissant le bras, n'entendez-vous rien?

Le Canadien, si subitement interrompu dans sa narration qu'il croyait

bien cette fois conduire jusqu'au bout, ne manifesta cependant aucune

mauvaise humeur, tant il était habitué à de pareilles mésaventures;

il s'arrêta, se coucha sur le sol, appuya l'oreille à terre et écouta

pendant deux ou trois minutes avec l'attention la plus soutenue, puis

il se releva en secouant dédaigneusement la tête.

--Ce sont des coyotes en chasse d'un daim, dit-il.

--Vous en êtes certain?

--Vous ne tarderez pas à les entendre donner de la voix.

Effectivement, à peine le chasseur finissait-il de parler que les

aboiements répétés des coyotes se firent entendre à une légère distance.

--Vous voyez, dit simplement le Canadien.

--En effet, répondit don Leo.

Ils reprirent leur marche interrompue un instant.

--Ah çà, dit Balle-Franche, vous savez ce qui est convenu, don Miguel;

je me fie entièrement à vous pour entrer dans la ville: je ne sais pas

comment nous ferons, par exemple.

--Je ne le sais pas trop moi-même, répondit le jeune homme; j'ai passé

aujourd'hui plusieurs heures à examiner attentivement les murailles, et

j'ai cru reconnaître un endroit par lequel il nous sera, je le suppose,

assez facile de passer.

--Hum! dit Balle-Franche, votre plan ne me semble pas très bon,

compagnon; il aboutira probablement à des os cassés.

--C'est une chance à courir.

--Parfaitement; mais, sans vous offenser, j'aimerais mieux autre chose,

si cela est possible.

--Cette perspective ne vous fait pas peur, cependant?

--Moi, pas le moins du monde. Il est évident que les Indiens ne peuvent

pas me tuer; sans cela depuis que je cours le désert, il y a longtemps

que ce serait fait.

Le jeune homme ne put s'empêcher de rire du sang-froid avec lequel son

compagnon émettait cette singulière opinion.

--Eh bien, alors, lui dit-il, dans ces conditions-là pourquoi

trouvez-vous à reprendre à mon plan?

--Parce qu'il est mauvais: si les Indiens ne peuvent pas me tuer, rien

ne prouve qu'ils ne me blesseront pas. Croyez-moi, don Miguel, soyons

prudents; si l'un de nous est mis de prime-abord hors de combat, que

deviendra l'autre?

--C'est juste; mais avez-vous un autre plan à me proposer, vous?

--Je le crois.

--Eh bien, faites-le-moi connaître: s'il est bon, je l'adopterai; je

n'y mets pas le moindre amour-propre.

--Bon; savez-vous nager.

--Pourquoi cette question?

--Répondez d'abord, vous le saurez ensuite.

--Je nage comme un esturgeon.

--Moi comme une loutre; nous sommes dans d'excellentes conditions.

Maintenant faites bien attention à ce que je vais vous dire.

--Allez toujours.

--Vous voyez cette rivière, n'est-ce pas, un peu sur notre droite?

--Pardieu!

--Fort bien. Cette rivière traverse la ville qu'elle coupe en deux,

n'est-ce pas?

--Oui.

--En supposant que les peaux-rouges aient connaissance de notre

présence dans ces parages, de quel côté doivent-ils craindre une

attaque?

--Du côté de la plaine évidemment; cela est logique.

--De mieux en mieux, de façon que les murailles sont garnies de

sentinelles qui surveillent la plaine dans toutes les directions, au

lieu que la rivière du côté de laquelle on ne soupçonne aucun danger

est parfaitement solitaire.

--C'est vrai! s'écria don Leo en se frappant le front, je n'y avais pas

songé.

--On ne pense pas à tout, observa philosophiquement Balle-Franche.

--Mon digne ami, que je vous remercie d'avoir eu cette bonne idée;

maintenant nous sommes certains d'entrer dans la ville.

--Ne vendons pas la peau de l'ours avant de...; vous connaissez le

proverbe. Malgré cela, rien ne nous empêche d'essayer.

Ils obliquèrent immédiatement à gauche pour se rapprocher de la rivière

qu'ils atteignirent après un quart d'heure de marche. Le rivage était

désert; la rivière, calme comme un miroir, semblait un large ruban

d'argent.

--Maintenant, reprit Balle-Franche, ne nous pressons pas; bien que

nous sachions nager, gardons cet expédient au cas où nous n'en aurions

pas d'autres. Fouillez tous les buissons d'un côté pendant que je les

explorerai de l'autre; je me trompe fort, ou nous finirons par trouver

une pirogue quelconque.

Les prévisions du chasseur ne l'avaient pas trompé; après quelques

minutes de recherches, ils trouvèrent en effet une pirogue cachée sous

un amas de feuilles, au milieu d'un épais buisson de lentisques et de

floripondios; les pagaies étaient cachées à quelques pas plus loin.

Nous avons déjà dit au lecteur quel est le mode de construction adopté

par les Indiens pour ces embarcations, qui entre autres avantages ont

celui d'être extrêmement légères. Balle-Franche prit les pagaies; don

Leo chargea la pirogue sur son dos, et en quelques minutes elle fut à

flot.

--Maintenant embarquez-vous, dit Balle-Franche.

--Un instant, observa don Leo, garnissons les pagaies pour éviter le

bruit.

Balle-Franche haussa les épaules.

--Ne soyons pas trop fins, dit-il, cela nous nuirait. S'il y a des

Indiens près d'ici, ils verront la pirogue; si en même temps ils

n'entendent pas le bruit des pagaies, ils soupçonneront un piège

et voudront s'assurer de la vérité. Non, non, laissez-moi faire;

couchez-vous au fond de la pirogue; elle est petite, heureusement

pour nous; les peaux-rouges ne supposeront jamais qu'une si chétive

embarcation, montée par un homme seul, ait la prétention de les

surprendre; car ce qui fait, relativement, la sécurité de notre

expédition, ne l'oubliez pas, c'est sa témérité et sa folie même: il

faut être des visages pâles pour avoir des idées aussi biscornues. Je

me rappelle qu'en l'année 1835, dont je vous parlais tout à l'heure...

--Partons, partons, interrompit don Leo en sautant dans la pirogue,

au fond de laquelle il s'installa, d'après la recommandation de son

compagnon.

Celui-ci le suivit en hochant la tête et prit les pagaies, dont

il ne se servit cependant qu'avec une nonchalance affectée qui ne

communiquait à l'embarcation qu'un mouvement lent et mesuré.

--Voyez-vous, continua le chasseur, de la façon dont nous marchons,

s'il y a aux aguets quelques-uns de ces diables rouges, ils me

prendront évidemment pour un de leurs compatriotes attardé à la pêche

et qui regagne son calli.

Cependant peu à peu et d'une manière imperceptible le chasseur

augmenta la marche de la pirogue, si bien qu'au bout d'une demi-heure

elle avait atteint une certaine rapidité relative, qui n'était pas

pourtant assez grande pour inspirer des soupçons. Ils voguèrent ainsi

sans encombre pendant plus d'une heure et finirent par entrer dans

la ville. Mais, s'ils avaient cru opérer leur débarquement sans être

aperçus, ils s'étaient trompés: aux environs du pont, endroit où un

grand nombre de pirogues tirées à terre montrait que c'était là que

s'arrêtaient les Indiens, Balle-Franche aperçut une sentinelle indienne

qui, appuyée sur sa longue lance, le suivait du regard. Le Canadien

explora rapidement les environs et s'assura que la sentinelle était

seule.

--Bon! murmura-t-il à part lui, s'il n'y a que toi, ce ne sera pas long.

Alors il rendit compte à don Leo de ce qui se passait; celui-ci lui

répondit quelques mots.

--C'est vrai, dit le chasseur en se redressant, il n'y a que ce moyen.

Et il dirigea la pirogue directement sur la sentinelle. Dès que le

Canadien fut à portée de voix:

--Ooah! lui dit l'Indien, mon frère rentre bien tard à Quiepaa-Tani;

tout le monde dort à cette heure.

--C'est vrai, répondit Balle-Franche dans la langue dont s'était servi

la sentinelle; mais j'apporte de bien beau poisson.

--Eh! fit curieusement le guerrier, puis-je le voir?

--Non seulement mon frère peut le voir, répondit gracieusement le

Canadien, mais j'encore je l'autorise à choisir celui qui lui plaira.

--Och! Mon frère a la main ouverte, le Wacondah ne la lui laissera

jamais vide; j'accepte l'offre de mon frère.

--Hum! murmura Balle-Franche: pauvre diable, c'est étonnant comme

il mord à l'hameçon: il ne se doute guère que c'est lui qui est le

poisson en ce moment; et, après cette réflexion philosophique faite _in

petto_, il continua à avancer.

Bientôt l'avant de la pirogue grinça sur le sable du rivage. L'Indien,

alléché par l'offre fallacieuse du Canadien, ne voulut pas demeurer en

reste de gracieuseté avec lui, il saisit le bord de l'embarcation et

commença à la tirer au plein.

--Ooah! fit-il, effectivement, ainsi que l'a dit mon frère, il a fait

une bonne pêche car la pirogue est lourde.

En disant cela, il se baissa afin de se donner plus de force et se mit

en devoir de la tirer de nouveau à lui. Mais il n'en eut pas le temps,

don Leo bondit hors de la pirogue, et, levant son rifle par le canon,

il asséna un coup de crosse terrible sur le crâne du malheureux Indien.

La pauvre sentinelle fut tuée roide et roula sur le sable sans pousser

un cri.

--Là! fit Balle-Franche en descendant à son tour, au moins ce n'est pas

celui-là qui nous dénoncera.

--Maintenant il faut nous en débarrasser, répondit don Leo.

--Ce ne sera pas long.

L'implacable chasseur choisit alors une grosse pierre, la plaça dans la

frazada du peau-rouge, fit un paquet du tout et le fit doucement couler

dans l'eau. Aussitôt que cela fut fait, que toute trace du meurtre

eut disparu, ils tirèrent la pirogue à terre auprès de celles qui s'y

trouvaient déjà et se disposèrent à s'éloigner.

Mais alors commencèrent pour eux les véritables difficultés de

l'entreprise: comment s'orienter dans cette ville inconnue, au milieu

des ténèbres? Où et comment retrouver Bon-Affût. Ces deux questions

semblaient aussi impossibles à résoudre l'une que l'autre.

--Bah! fit Balle-Franche, une piste ne doit pas être plus difficile à

trouver dans une ville que dans le désert, essayons.

--Le principal est de nous éloigner le plus tôt possible d'ici.

--Oui, le lieu n'est pas sain pour nous; mais, j'y songe, tâchons

d'atteindre la grand'place: c'est là, ordinairement, que l'on peut

espérer obtenir des renseignements.

--A cette heure-ci, cela me semble assez difficile.

--Au contraire. Nous nous embusquerons en attendant le jour; le premier

peau-rouge qui passera à notre portée, nous l'obligerons de nous donner

des nouvelles de notre ami; un grand médecin comme lui doit être connu,

que diable! ajouta-t-il en riant.

Gaieté que don Leo partagea de tout son cœur. C'était une chose étrange

que l'insouciance et le laisser-aller de ces deux hommes qui, au

milieu de cette ville où ils s'étaient introduits en tuant un de ses

habitants, dans laquelle ils savaient ne rencontrer que des ennemis et

où des dangers terribles étaient de toutes parts suspendus sur leurs

têtes, se trouvaient cependant aussi à leur aise que s'ils eussent été

au milieu de leurs amis, et riaient et plaisantaient entre eux comme si

leur position eût été la plus agréable du monde.

--Eh! reprit Balle-Franche, nous sommes dans un assez joli labyrinthe;

ne trouvez-vous pas comme moi que cela sent furieusement les os cassés

ici?

--Qui sait! Peut-être nous en tirerons-nous mieux que nous ne le

croyons.

--Ce qu'il y de certain, c'est que nous ne pouvons tarder à le savoir.

--Prenons cette rue qui s'ouvre là devant nous, elle est large et bien

tracée; j'ai comme un pressentiment qui m'annonce qu'elle nous mettra

dans la bonne voie.

--A la grâce de Dieu! Autant celle-là qu'une autre. Les chasseurs

s'engagèrent donc dans la rue qui se trouvait devant eux et aboutissait

au pont.

Le hasard les avait bien servis; après dix minutes de marche, ils se

trouvèrent à l'entrée de la grand'place.

--Là, fit Balle-Franche d'un ton ravi; le bonheur est avec nous, nous

ne pouvons nous plaindre; du reste, cela devait être ainsi; le hasard

favorise toujours les fous, à ce titre nous avons droit à toute sa

sympathie.

--Silence! dit vivement don Leo, voici quelqu'un.

--Où cela?

Le jeune homme étendit le bras dans la direction du temple du Soleil.

--Voyez, répondit-il.

--En effet, murmura Balle-Franche après un instant; mais il me semble

que cet homme fait comme nous. Il a l'air d'être aux aguets. Quelle

raison peut le faire veiller aussi tard?

Après s'être, en quelques mots, concertés entre eux, les deux

aventuriers se séparèrent, et, de deux côtés différents, s'approchèrent

à pas de loup du côté du nocturne promeneur, en se dissimulant le mieux

qu'il leur était possible dans l'ombre, ce qui n'était pas une tâche

facile. La lune était levée depuis quelque temps et répandait une lueur

assez faible, il est vrai, mais cependant suffisante pour laisser, à

une assez grande distance, distinguer les objets. L'homme vers lequel

s'avançaient les aventuriers était toujours immobile à l'endroit où ils

l'avaient aperçu; le corps penché en avant, l'oreille appuyée contre

la porte du temple, il semblait écouter avec attention. Don Leo et

Balle-Franche n'étaient plus qu'à cinq ou six pas, ils se préparaient

à fondre sur lui, lorsque tout à coup il se redressa. Ils étouffèrent

avec peine un cri de surprise.

--L'Aigle-Volant! murmurèrent-ils. Mais, si bas qu'ils eussent parlé,

celui-ci les avait entendus; il avait immédiatement sondé les ténèbres

d'un regard perçant.

--Ooah! fit-il en apercevant les deux hommes, et il s'avança résolument

de leur côté.

Les aventuriers quittèrent l'ombre qui les protégeait et attendirent.

Lorsque l'Aigle-Volant fut arrivé presque sur eux:

--C'est moi! lui dit don Leo.

--Et moi! ajouta Balle-Franche.

Le chef comanche recula avec un mouvement de stupéfaction impossible à

rendre.

--La tête grise ici! s'écria-t-il.

[1] Voir _Balle-Franche_, un vol. in-12 chez Amyot, éditeur.

L'éclaireur · 第 45 / 50 题