XIII.

L'embuscade.

Aucun incident digne d'être rapporté ne troubla le voyage pendant le

cours de cette journée. La cuadrilla traversait un pays accidenté,

coupé de rivières peu profondes, parsemé de hautes futaies et de

bouquets de cotonniers, peuplés par une infinité d'oiseaux de toutes

sortes et de toutes couleurs; à l'horizon une longue ligne jaunâtre,

au-dessus de laquelle planait un épais nuage de vapeurs, indiquait le

Río Colorado Grande del Norte.

Ainsi que don Miguel l'avait prévu, on atteignit le gué del Rubio

quelques minutes avant le coucher du soleil.

Nous expliquerons ici en quelques mots de quelle façon campent les

caravanes dans le désert; cette description est indispensable pour que

le lecteur puisse comprendre comment il est facile de sortir et de

rentrer dans le camp sans être aperçu.

La cuadrilla, en sus de ses mules de charge, conduisait avec elle

une quinzaine de wagons chargés de marchandises; lorsque l'endroit

du campement était choisi, les quinze wagons étaient disposés en

carré à la distance de trente-cinq pieds l'un de l'autre; dans les

intervalles étaient placés six ou huit hommes qui allumaient un feu

autour duquel ils se groupaient pour cuisiner, manger, causer et

dormir. Les chevaux étaient placés au centre du carré, non loin de la

tente mystérieuse qui marquait juste le milieu du camp. Chaque cheval

avait le pied hors montoir avec le pied correspondant de derrière

attachés à une corde longue de vingt pouces. Nous ferons remarquer que

bien qu'un cheval entravé de cette façon se trouve d'abord fort gêné,

bientôt il s'accoutume suffisamment pour pouvoir marcher lentement.

Du reste, cette mesure toute de prudence est prise afin que les bêtes

ne s'éloignent pas et ne soient point enlevées par les Indiens. Deux

chevaux sont toujours entravés ensemble, un qui a les pieds attachés,

et l'autre retenu seulement par une longe, et qui en cas d'alarme

piaffe et galope autour de son compagnon qui lui sert pour ainsi dire

de pivot.

L'espace laissé libre par les wagons était rempli par des fascines, des

arbres empilés les uns sur les autres, et les ballots des mules.

Rien n'est plus singulier que l'aspect d'un de ces campements

d'aventuriers dans la prairie. Les feux sont entourés de groupes

pittoresques, assis, penchés ou debout, les uns cuisinant, d'autres

raccommodant leurs habits ou les harnais des chevaux, d'autres

fourbissant leurs armes; par intervalles, du sein de ces groupes

s'élèvent des éclats de rire qui annoncent que les contes joyeux font

gaiement la ronde, et qu'en devisant on cherche à oublier les fatigues

du jour et à se préparer à celles du lendemain.

Puis, pour compléter le tableau, de distance en distance devant les

retranchements les sentinelles calmes et droites, appuyées sur leurs

riffles.

Ainsi que nous l'avons dit, au centre s'élève la tente du chef gardée

par un factionnaire qui surveille en même temps les chevaux.

D'après la description que nous avons donnée, il est facile de

comprendre que les wagons forment des espèces d'embrasures au moyen

desquelles un homme adroit peut facilement, en rampant sous les trains,

sortir sans être aperçu des factionnaires et rentrer lorsque bon lui

semble, sans avoir éveillé l'attention de ses compagnons, dont les

regards, ordinairement dirigés vers la campagne, n'ont aucune raison de

surveiller ce qui se passe à l'intérieur du camp.

Aussitôt que tout fut en ordre, que chacun fut installé aussi

confortablement que le permettaient les circonstances, don Miguel se

fit amener un cheval frais sur lequel il monta, et s'adressant à ses

compagnons groupés autour de lui:

--Señores, dit-il, une affaire pressante m'oblige à m'éloigner pour

quelques heures, veillez avec soin sur le camp pendant mon absence,

surtout ne laissez pénétrer personne au milieu de vous; nous nous

trouvons dans des régions où la plus grande prudence est nécessaire

pour se garantir de la trahison qui menace sans cesse et prend toutes

les formes pour tromper ceux que la négligence empêche de se tenir sur

leurs gardes. Le guide que nous attendons si impatiemment, arrivera

sans doute d'ici à quelques instants; ce guide, plusieurs d'entre

vous le connaissent déjà de vue, tous le connaissent de réputation,

peut-être viendra-t-il seul, peut-être amènera-t-il quelqu'un avec lui.

Cet homme, dans lequel nous devons avoir la plus grande confiance, doit

être, pendant mon absence, entièrement libre de ses actions, aller et

venir sans qu'on lui oppose le moindre obstacle; vous m'avez entendu,

suivez de point en point mes recommandations; du reste, je vous le

répète, je serai bientôt de retour.

Après avoir fait un dernier signe d'adieu à ses compagnons, don Miguel

sortit du camp et se dirigea vers le Rubio, dont il traversa facilement

le gué presque à sec en ce moment.

Ce que le chef des aventuriers avait dit à ses compagnons, à propos de

Bon-Affût, était une inspiration du ciel, car, s'il n'avait par ordonné

péremptoirement qu'on laissât le chasseur libre de ses mouvements et de

ses volontés, il est probable que les sentinelles lui auraient barré

le passage, et alors le jeune homme, privé du secours providentiel des

deux coureurs des bois, aurait été incontestablement perdu.

Après avoir traversé le gué, don Miguel lança son cheval à toute bride

tout droit devant lui; cette course furieuse dura à peu près deux

heures, à travers des bois touffus qui, à chaque instant, se faisaient

plus épais et se métamorphosaient peu à peu en forêt.

Après avoir traversé une gorge assez profonde, dont les flancs rapides

étaient couverts de fourrés impénétrables, le jeune homme arriva à une

espèce de carrefour étroit ou aboutissaient plusieurs sentiers de bêtes

fauves, et au centre duquel un Indien, revêtu de son costume de guerre,

fumait gravement accroupi devant un feu de fiente de bison, pendant que

son cheval, entravé à quelque distance, broutait du bout des lèvres

les jeunes pousses des arbres. Dès qu'il aperçut l'Indien, don Miguel

pressa l'allure de son cheval afin de le joindre plus promptement.

--Bonsoir, chef, dit-il en sautant légèrement à terre et en serrant

amicalement la main que lui tendait le guerrier.

--Ooah! fit le chef, je n'attendais plus mon frère pâle.

--Pourquoi donc, puisque je vous avais promis de venir.

--Peut-être aurait-il mieux valu que le visage pâle demeurât dans son

camp; Addick est un guerrier, il a découvert une piste.

--Bon! Les pistes ne manquent pas dans la prairie.

--Och! Celle-ci est large et foulée sans précaution: c'est une trace

des visages pâles.

--Bah! Que m'importe, fit insoucieusement le jeune homme; croyez-vous

donc que ma troupe est la seule qui parcoure les prairies en ce moment?

Le peau-rouge secoua la tête.

--Un guerrier indien ne se trompe pas sur le sentier de la guerre.

Cette piste est celle d'un ennemi de mon frère.

--Qui vous le fait supposer?

L'Indien parut ne pas vouloir s'expliquer plus clairement; il baissa la

tête, et au bout d'un instant il répondit:

--Mon frère verra.

--Je suis fort, bien armé, je me soucie fort peu de ceux qui

prétendraient me surprendre.

--Un homme n'en vaut pas dix, fit sentencieusement l'Indien.

--Qui sait? répondit légèrement le jeune homme; mais, continua-t-il, ce

n'est pas de cela qu'il s'agit en ce moment; je viens ici chercher les

nouvelles que le chef m'a promises.

--La promesse d'Addick est sacrée.

--Je le sais, chef, voilà pourquoi je n'ai pas hésité à venir; mais

le temps se passe, j'ai une longue route à faire pour rejoindre mes

compagnons, un orage se prépare, et je vous avoue que je serais

médiocrement flatté d'y être exposé à mon retour; veuillez donc être

bref.

Le chef s'inclina affirmativement, et de la main il indiqua au jeune

homme une place à ses côtés.

--Bon; maintenant commencez, chef, je suis tout oreille, répondit don

Miguel en se laissant tomber sur le sol; et d'abord, comment se fait-il

que ce ne soit qu'aujourd'hui que je vous rencontre?

--Parce que, répondit flegmatiquement l'Indien, comme mon frère le

sait, il y a loin d'ici au _Queche-Pitao_ (ville de Dieu); un guerrier

n'est qu'un homme, Addick a accompli l'impossible pour rejoindre plus

tôt son frère le visage pâle.

--Soit, chef, je vous remercie. Maintenant venons au fait: que vous

est-il arrivé depuis notre séparation?

--Quiepaa-Tani a ouvert ses portes toutes grandes devant les deux

jeunes vierges pâles; elles sont en sûreté, dans le Queche, loin des

regards de leurs ennemis.

--Et ne vous ont-elles chargé de rien me dire?

L'Indien hésita une seconde.

--Non, dit-il enfin, elles sont heureuses, et elles attendent.

Don Miguel soupira.

--C'est étrange, murmura-t-il.

Le chef jeta sur lui à la dérobée un regard inquisiteur.

--Que fera mon frère? demanda-t-il.

--Bientôt je serai près d'elles.

--Mon frère à tort, nul ne sait où elles se trouvent; à quoi bon

révéler leur refuge?

--Bientôt, je l'espère, je serai libre d'agir sans craindre les regards

indiscrets.

Une flamme sombre brilla dans l'œil du peau-rouge.

--Wacondah seul est maître de demain, fit-il.

Don Miguel le regarda.

--Que veut dire le chef?

--Rien autre que ce que je dis.

--Bon. Mon frère veut-il m'accompagner à mon camp?

--Addick retourne à Quiepaa-Tani, afin de veiller sur celles que son

frère lui a confiées.

--Vous reverrai-je bientôt?

--Peut-être, répondit-il évasivement; mais, ajouta-t-il, mon frère ne

m'a-t-il pas dit qu'il comptait se rendre au Queche?

--En effet.

--Quand viendra mon frère?

--Au plus tard, dans les premiers jours de la prochaine lune; pourquoi

cette question?

--Mon frère est un visage pâle; si Addick ne l'introduit pas lui-même

dans le Queche, le chef blanc n'y pourra pas pénétrer.

--C'est juste, à l'époque que je vous ai indiquée, je vous attendrai au

pied de la colline ou nous nous sommes quittés.

--Addick y sera.

--Bien je compte sur vous; maintenant il faut que je vous quitte: la

nuit tombe rapidement, le vent commence à souffler avec force, je dois

partir.

--Adieu, répondit laconiquement le chef, sans faire un geste pour le

retenir.

--Adieu.

Le jeune homme se mit en selle et piqua des deux.

Addick le regarda s'éloigner d'un air pensif; puis, lorsqu'il eut

disparu derrière un bouquet d'arbres, il se pencha légèrement en avant

et imita à deux reprises le sifflement du cobra Capel.

A ce signal, les branches d'un fourré peu distant du feu s'écartèrent

avec précaution, et un homme parut.

Cet individu, après avoir jeté autour de lui un regard soupçonneux,

s'avança vers le chef, devant lequel il s'arrêta.

Cet homme était don Stefano Cohecho.

--Eh bien? dit-il.

--Mon père a entendu? demanda l'Indien d'un ton équivoque.

--Tout.

--Alors je n'ai rien à apprendre à mon père.

--Rien.

--L'orage commence; que veut faire mon père?

--Ce qui est convenu; les guerriers du chef sont prêts?

--Oui.

--Où sont-ils?

--A l'endroit désigné.

--Bien, partons.

--Partons.

Ces deux hommes, qui depuis longtemps déjà devaient fort bien se

connaître, s'étaient entendus en quelques mots.

--Venez, dit don Stefano à voix haute.

Une dizaine de cavaliers mexicains parurent.

--Voilà du renfort au cas où vos guerriers ne suffiraient pas, fit-il

en se tournant vers le chef.

Celui-ci dissimula un mouvement de mauvaise humeur et répondit, en

haussant les épaules avec dédain:

--A quoi bon vingt guerriers sur un homme seul!

--C'est que cet homme en vaut cent! répondit don Stefano avec un ton de

conviction qui donna à réfléchir au chef.

Ils partirent.

Cependant don Miguel galopait toujours; il était loin pourtant de se

douter du complot qui, en ce moment, se tramait contre lui; et, s'il

hâtait sa marche, ce n'était nullement par appréhension, mais parce que

le vent, dont la violence croissait de minute en minute, et les larges

gouttes de pluie qui commençaient à tomber, l'avertissaient de chercher

un abri au plus vite. Tout en galopant, il réfléchissait au court

entretien qu'il avait eu avec le guerrier peau-rouge; en repassant

dans son esprit les paroles qui avaient été échangées entre eux, il

sentait une inquiétude vague, une crainte secrète, se glisser dans son

cœur, sans qu'il lui fût possible de se rendre bien clairement compte

de l'émotion qu'il éprouvait; il lui semblait entrevoir une trahison

derrière les réticences étudiées du chef; il se rappelait maintenant

que parfois celui-ci avait paru gêné en lui parlant. Tremblant alors

qu'un malheur ne fut arrivé aux jeunes filles ou qu'un péril les

menaçât, il sentit augmenter son inquiétude, d'autant plus qu'il ne

savait quel moyen employer pour s'assurer de la fidélité de l'homme

qu'il soupçonnait d'une perfidie.

Tout à coup un éclair éblouissant traversa la nuée, son cheval fit un

brusque écart de côté et deux ou trois balles sifflèrent auprès de lui.

Le jeune homme se redressa sur sa selle. Il se trouvait au milieu

de la gorge que quelques heures auparavant, il avait traversée; une

obscurité profonde l'enveloppait de toutes parts, et dans l'ombre,

tout autour de lui, il lui sembla voir s'agiter des formes humaines

indécises et comme effacées par l'épaisseur des ténèbres. En ce moment,

d'autres coups de feu furent tirés sur lui, son chapeau fut enlevé par

une balle, et plusieurs flèches passèrent à quelques lignes de son

visage.

Don Miguel releva résolument la tête.

--Ah! Traîtres! s'écria-t-il d'une voix forte.

Et, enlevant son cheval avec les genoux, il s'élança en avant avec une

vélocité vertigineuse, tenant la bride aux dents, à demi couché sur le

cou de sa monture, et un revolver de chaque main.

Un effroyable cri de guerre se fit entendre, mêlé à des imprécations de

fureur articulées en espagnol.

Don Miguel passa comme un tourbillon au milieu de la masse qui

s'agitait autour de lui, et déchargea ses revolvers au plus épais de

ses ennemis inconnus. Des cris de douleur et de rage, des coups de feu

et des flèches le poursuivirent sans ralentir la course effrénée de

son cheval, qui semblait ne plus toucher terre, tant il détalait avec

rapidité.

Derrière lui, le jeune homme entendait le galop furieux de plusieurs

chevaux qui se pressaient à sa poursuite.

--Trahison! Trahison! criait-il en brandissant son sabre, faisant

cabrer son cheval et bondissant comme un chacal au milieu de l'affreuse

mêlée qui se resserrait incessamment autour de lui.

Soudain, au plus fort de la lutte, au moment suprême où il sentait que

ses forces étaient sur le point de l'abandonner, trois coups de feu

éclatèrent dans l'ombre, et les gens qui l'attaquaient, pris à revers,

furent contraints, à leur tour, de se défendre contre des ennemis

invisibles.

--Nous arrivons! cria une voix vibrante dont l'accent énergique fit

tressaillir les assaillants, tenez bon! Tenez bon!

Don Miguel répondit par un hurlement terrible et se rejeta au milieu

de la mêlée avec un redoublement d'efforts. Maintenant il n'était plus

seul, il se savait soutenu, il se croyait sauvé.

La foule oscilla dans l'ombre comme les blés murs sous la faux du

moissonneur, la masse compacte des assaillants se fendit en deux parts,

trois hommes, trois démons, se précipitèrent au milieu de la trouée

qu'ils avaient faite, et leurs chevaux vinrent en bondissant se ranger

aux côtés de celui de l'aventurier.

--Ah! Ah! s'écria celui-ci avec un éclat de rire railleur, la lutte est

égale maintenant; en avant, compagnons, en avant!

Et il se rejeta dans la mêlée, suivi de ces intrépides auxiliaires.

Qui étaient ces hommes? D'où venaient-ils? Il ne le savait pas et ne

songeait pas à le demander. D'ailleurs, ce n'était pas le moment des

explications, il fallait vaincre ou mourir.

--Tuez-le! Tuez-le! hurlait un homme qui, à chaque minute, se

précipitait sur lui le sabre haut, avec toute la féroce ardeur d'une

haine invétérée.

--Oh! C'est donc vous, don Stefano Cohecho, s'écria don Miguel, je

savais bien que nous nous rencontrerions, votre voix vous a dénoncé.

--A mort! A mort! répondit celui-ci.

Les deux hommes se jetèrent à corps perdus l'un sur l'autre, les

chevaux se heurtèrent avec une force terrible l'homme que l'aventurier

prenait pour don Stefano roula sur le sol.

--Victoire! cria don Miguel en fouillant avec son machette tout ce qui

se trouvait à sa portée.

Ses amis inconnus toujours auprès de lui s'élancèrent à sa suite.

Malgré tous leurs efforts, ceux qui les attaquaient ne purent plus

longtemps, maintenir leur position, et ils commencèrent à fuir dans

toutes les directions.

La gorge était franchie.

Désormais nul obstacle sérieux ne s'opposait à la fuite de don Miguel;

il pressa son cheval, la noble bête redoubla d'ardeur.

Un peu plus libre alors, le jeune homme regarda autour de lui. Ses

défenseurs inconnus avaient subitement disparus comme par enchantement.

--Qu'est-ce que cela signifie? murmura-t-il.

En ce moment il sentit au bras gauche une commotion assez semblable à

un coup de fouet: une balle venait de l'atteindre. Cette blessure le

rappela au sentiment de sa position présente.

Ses ennemis s'étaient ralliés et avaient recommencé leur poursuite.

Devant lui il entendait gronder les flots jaunâtres du Rubio; la colère

de Dieu et la colère des hommes semblaient se liguer contre lui pour

l'accabler: ce fut alors qu'une épouvante insensée s'empara de lui; il

se crut perdu et poussa ce premier cri d'agonie entendu des chasseurs.

Cependant ceux qui le poursuivaient gagnaient rapidement sur lui; sans

hésiter, sans réfléchir, il se précipita dans le Rubio avec son cheval;

une vingtaine de balles firent crépiter l'eau tout autour de lui; il se

retourna bravement sur son cheval et fit feu une dernière fois de ses

revolvers en poussant ce cri auquel les chasseurs répondirent par le

mot:

--Courage!

Mais la nature humaine a des bornes qu'elle ne peu dépasser. Ce dernier

effort acheva d'éteindre le peu de forces qui lui restaient, et,

serrant avec la frénésie de désespoir la bride de son cheval, il roula

dans le fleuve et s'évanouit en murmurant d'une voix éteinte:

--Laura! Laura!

Deux coups de feu se croisèrent au-dessus de sa tête, l'un tiré par

l'homme qui, de la rive, le couchait en joue l'autre par Bon-Affût.

L'inconnu poussa un hurlement de bête fauve, s'affaissa en tournoyant

comme un homme ivre et disparut.

Qui était cet homme? Était-il mort ou seulement blessé?

L'éclaireur · 第 18 / 50 题