JULIETTE.

Sans ce voile des nuits qui couvre mon visage,

Tu verrais se baisser mes yeux, mon bien-aimé,

Et rougir la pudeur sur mon front enflammé;

Car tu m'as entendu révéler un mystère

Don je croyais la nuit seule dépositaire.

Ses ombres ont trahi le secret dc des voeux;

Je voudrais bien pouvoir reprendre mes aveux;

Je voudrais que ma bouche eût été moins sincère;

Mais loin ce vain détour! nous est-il nécessaire?

M'aimes-tu? Je ne sais, tu me répondras: Oui.

Et ce mot, tout mon coeur d'avance en a joui!...

Ne fais point de serments, oh! non, je t'en conjure;

Les serments d'un volage en feraient un parjure;

Voilà tout.--Roméo, peut-être trouves-tu

Que pour me rendre a toi j'ai trop peu combattu.

Eh bien! il m'est aisé de prendre un front sévère,

Et de répondre: non, si ton coeur le préfère;

Autrement, mes aveux ont pour moi tant d'appas.

Que pour le monde entier je ne les nierais pas.

A vraiment, beau Montagu, vraiment je suis trop tendre;

Les promesses d'aimer doivent se faire attendre;

Oui... mais à Juliette ose te confier:

L'excès de son amour peut la justifier

Sous de feintes froideurs les dames de Vérone

Cachent un peu d'amour qu'un grand art environne;

Un peu d'amour, sans doute, est facile à cacher,

Et, sans mourir, on peut du coeur se l'arracher;

Mais moi, comprends-moi donc, et, dans ma bouche, excuse

L'aveu fait à la nuit et qu'a surpris ta ruse.

Tu vois mon coeur, pardonne, et ne va pas juger

Que, pour être si faible, il deviendra léger.

L'Illustration, No. 0057, 30 Mars 1844 · 第 8 / 14 题