Sans ce voile des nuits qui couvre mon visage,
Tu verrais se baisser mes yeux, mon bien-aimé,
Et rougir la pudeur sur mon front enflammé;
Car tu m'as entendu révéler un mystère
Don je croyais la nuit seule dépositaire.
Ses ombres ont trahi le secret dc des voeux;
Je voudrais bien pouvoir reprendre mes aveux;
Je voudrais que ma bouche eût été moins sincère;
Mais loin ce vain détour! nous est-il nécessaire?
M'aimes-tu? Je ne sais, tu me répondras: Oui.
Et ce mot, tout mon coeur d'avance en a joui!...
Ne fais point de serments, oh! non, je t'en conjure;
Les serments d'un volage en feraient un parjure;
Voilà tout.--Roméo, peut-être trouves-tu
Que pour me rendre a toi j'ai trop peu combattu.
Eh bien! il m'est aisé de prendre un front sévère,
Et de répondre: non, si ton coeur le préfère;
Autrement, mes aveux ont pour moi tant d'appas.
Que pour le monde entier je ne les nierais pas.
A vraiment, beau Montagu, vraiment je suis trop tendre;
Les promesses d'aimer doivent se faire attendre;
Oui... mais à Juliette ose te confier:
L'excès de son amour peut la justifier
Sous de feintes froideurs les dames de Vérone
Cachent un peu d'amour qu'un grand art environne;
Un peu d'amour, sans doute, est facile à cacher,
Et, sans mourir, on peut du coeur se l'arracher;
Mais moi, comprends-moi donc, et, dans ma bouche, excuse
L'aveu fait à la nuit et qu'a surpris ta ruse.
Tu vois mon coeur, pardonne, et ne va pas juger
Que, pour être si faible, il deviendra léger.