LA SECONDE EXPÉDITION SCOTT

Dans l'espérance de compléter la victoire, Scott se remettait en

campagne dix-huit mois après cet exploit sensationnel. Afin d'assurer le

succès de la nouvelle entreprise, les Anglais ne dépensèrent pas moins

de 1.250.000 francs pour procurer aux explorateurs un équipement aussi

perfectionné que possible, et, le 1er juin 1910, aux acclamations d'une

foule enthousiaste, l'expédition quittait les docks de Londres sur le

_Terra-Nova_, avec le _Fram_, le meilleur bateau d'exploration polaire

qui fût alors à flot. Sept mois plus tard, au début de janvier 1911,

elle arrivait dans le Mac Murdo Sound.

Une épaisse banquise couvrait le fond de la baie. Attendre la débâcle,

c'eût été courir le risque de lie pouvoir organiser la station avant

l'hiver. On décide alors de s'installer à la limite de la glace

flottante, au cap Evans, une saillie de la côte orientale, à 26

kilomètres au nord de la pointe de la Hutte, anciens quartiers de

l'expédition de la _Discovery_ de 1902 à 1904. Cet emplacement

présentait un très grave inconvénient. Si, en effet, la banquise venait

à se rompre, les caravanes d'exploration sur la Grande Barrière seraient

coupées de leur base d'opérations: mais, dans une pareille entreprise,

qui ne risque rien n'a rien.

Aussitôt le site de la station choisi, on commença le débarquement des

approvisionnements et les constructions. Une spacieuse maison de bois

fut érigée, que l'on entoura d'une muraille de briquettes pour assurer

une meilleure protection contre le froid; autour, on bâtit des écuries

pour les poneys, des chenils, des observatoires; bref, sur cette plage

désolée, entourée de neige et de glace, s'éleva bientôt un véritable

village.

Pendant que l'on achevait les baraquements, Scott partit installer des

«caches» de vivres sur la Grande Barrière, afin de faciliter l'avance de

la colonne vers le sud au printemps suivant. Un premier dépôt, destiné à

servir de magasin de ravitaillement, fut établi à quelques kilomètres en

arrière du front du glacier dans le Mac Murdo, et, un second, le _Corner

Camp_, à 50 kilomètres plus au sud, près de l'île Blanche, une grosse

montagne solitaire au milieu des plaines supérieures de la Barrière.

Après cela, pendant trois jours, la caravane se trouva arrêtée par un

blizzard. Dans l'Antarctique, l'été n'est qu'une expression

météorologique. En décembre, janvier, février, qui correspondent à juin,

juillet et août de notre hémisphère, les tempêtes de neige sont

fréquentes et le thermomètre demeure presque toujours en dessous du

point de congélation, s'abaissant même parfois à -20° et -25°.

A peine cet ouragan s'est-il calmé qu'un second éclate et entraîne la

mort de deux chevaux. Néanmoins, quelques jours après, le gros de la

caravane atteignait le 79° 30' de latitude, et en ce point plaçait un

troisième dépôt, le _One Ton Camp_. Les attelages sont fourbus, et sans

cesse les tourmentes succèdent aux tourmentes. Dans de telles

conditions, pousser plus avant serait s'exposer à un désastre: la

retraite est donc décidée.

Le retour fut marqué par une catastrophe. Après avoir quitté la

Barrière, un détachement de trois hommes et de quatre poneys était campé

sur la banquise du Mac Murdo, se disposant à rallier la terre ferme,

lorsque tout à coup la débâcle se produit. Autour du bivouac, la glace,

soulevée par une grosse houle, se disloque; des crevasses s'ouvrent, en

même temps que de larges plaques partent à la dérive. Un poney est

englouti et toute la caravane menacée du même sort. Immédiatement, on

essaie de regagner la Barrière, en faisant sauter les chevaux de glaçon

en glaçon, au risque d'une noyade générale. Après huit heures de ce

dangereux exercice, les explorateurs touchent enfin le front du glacier,

mais impossible d'y prendre pied: partout un mur de glace à pic! Un

matelot parvient cependant à le gravir; à son appel, une escouade qui se

trouve aux environs arrive de suite à la rescousse. A l'aide de cordes,

elle hisse au sommet du glacier les hommes en perdition sur la banquise,

mais un pareil moyen ne peut être employé pour les poneys. A coups de

pioche, les hommes ouvrent alors une tranchée dans le front de la

Barrière afin de permettre aux chevaux de passer de la banquise sur le

glacier; mais, perchés sur des blocs accidentés que la mer ballotte, les

malheureuses bêtes ne peuvent prendre d'élan. Une seule réussit le saut

périlleux, tandis que les deux autres culbutent et disparaissent.

L'Illustration, No. 3665, 24 Mai 1913 · 第 12 / 40 题