Lundi ont commencé, en Méditerranée, sous la haute direction du
vice-amiral Boué de Lapeyrère, commandant en chef de la première armée
navale, des grandes manoeuvres qui doivent présenter un intérêt
exceptionnel.
D'abord, elles mettent en présence tous les chefs qui, en temps de
conflit armé, auraient à assumer les grands premiers rôles, à savoir,
autour de l'amiral de Lapeyrère, ses excellents collaborateurs les
amiraux Marin-Darbel, de Marolles, Auvert, Gauchet, etc.
D'autre part, la fiction est, cette fois, réduite au strict nécessaire:
des thèmes larges, laissant à chacun des chefs une grande part
d'initiative; plus de conventions attribuant aux bâtiments engagés des
valeurs arbitraires; plus de solutions arrêtées d'avance. On tend, dans
ce cas, à se rapprocher le plus possible des conditions réelles de la
guerre maritime.
L'amiral de Lapeyrère, arbitre général des manoeuvres, a arboré son
pavillon sur le _Voltaire_. Escorté de deux torpilleurs d'escadre comme
estafettes, il se portera partout où sa présence sera nécessaire.
Pendant la première partie des manoeuvres, qui comprendra une série
d'exercices à double action, l'armée navale sera divisée en deux partis
ainsi constitués:
Parti A: 1re escadre de ligne, composée de cinq cuirassés type _Danton_,
sous le commandement du contre-amiral Gauchet; 2e escadre de ligne, soit
cinq cuirassés type _Patrie_, sous les ordres du vice-amiral de
Marolles, commandant de parti; 2e et 4e escadrilles de torpilleurs
d'escadre; enfin, groupe de mouilleurs de mines.
[Illustration: Lieut. vais. de La Passardière, Cap. frég. du Couédic.
Lieut. vais. Dubois. Mécan. d'esc. Bour. Lient, vais, de Ruffi de
Pontevez.
Cap. vais. André Fouet Contre-am. Moreau. V.-am de Marolles. Cap. vais.
Amet. Cap. frég. Richard.
Le commandant en chef de la 2e escadre et son état-major, à bord du
cuirassé _Patrie_.]
[Illustration: Lieut. vais. Hardy. Cap. frég. Juramy. Commis d'esc. Le
Laidier. Lieut. vais. Destremeau. Lieut. vais. Maquet.
Mécan. d'esc. Danoy. Cap. vais. Mohez. V.-am. Auvert. Cap. vais. Caubet.
Méd. d'esc. Pungier.
Le commandant en chef de l'escadre légère et son état-major, à bord du
_Waldeck-Rousseau_.]
_Photographies Marius Bar._
Parti B: 3e escadre de ligne, composée du _Suffren_, des trois
_Charlemagne_, du _Jauréguiberry_, sous les ordres du vice-amiral
Marin-Darbel; escadre légère, soit deux _Waldeck-Rousseau_ et deux
_Victor-Hugo_, commandés par le vice-amiral Auvert; lre et 3e
escadrilles de torpilleurs d'escadre; lre et 2e escadrilles de
sous-marins; enfin, la _Foudre_ et son escadrille d'avions.
La première période des manoeuvres--la première semaine--a commencé
lundi matin, à 10 heures. Les hostilités s'ouvraient alors. Le thème en
était le suivant: le parti A, parti des Salins-d'Hyères, bloquait le
port de Toulon, où se trouvait le parti B. Celui-ci devait avoir pris la
mer dans les quarante-huit heures qui suivaient l'ouverture des
hostilités pour gagner Bizerte, afin d'y rejoindre une force amie, sous
la protection des forts du littoral.
Que si dans le délai de quarante-huit heures il ne pouvait forcer le
blocus, s'il était surpris en route, le combat s'engageait; puis les
hostilités étaient suspendues pendant dix heures, qu'on laissait au
parti B pour gagner Ajaccio et s'y établir au mouillage. Et A venait l'y
bloquer de nouveau.
Le problème posé aux amiraux en présence était donc celui-ci: une
escadre française, bloquée dans Toulon par des forces ennemies,
peut-elle forcer le blocus et gagner Bizerte, ou, à son défaut, Ajaccio?
Peut-elle, de là, atteindre la Tunisie? En d'autres termes, Toulon et
Ajaccio sont-ils suffisamment armés pour permettre à une flotte
française d'échapper à un blocus?
L'amiral Marin-Darbel, en échappant à ses adversaires, en gagnant malgré
leur vigilance la route de Bizerte, a répondu à cette première question:
oui.
[Illustration: La route du capitaine Scott et ses principaux jalons.
Au-dessous du profil perspectif une échelle indique les distances des
grande étapes, par comparaison avec celles de la route de Dieppe à
Florence, par Paris. Cet itinéraire doit être lu de droite à gauche: la
distance du cap Evans au Pôle équivalant à celle de Dieppe à
Florence--avec la traversée des Monts de la reine Alexandra remplaçant
celle des Alpes, de Chambéry à Turin--on voit que le capitaine Scott et
ses compagnons, quand ils sont morts, au retour, n'étaient plus qu'à une
distance de leur quartier d'hiver équivalant au trajet de Paris à
Dieppe.]