L'ILE D'ADA-KALEH

Le gouvernement austro-hongrois a annexé, le 12 mai, aux territoires de

la monarchie dualiste une petite île danubienne, l'île d'Ada-Kaleh,

située près des Portes-de-Fer, à 5 kilomètres en aval d'Orsova et en

face de la frontière roumaine. L'annexion de cet îlot, qui compte 500

habitants, a eu pour but--a dit le ministère austro-hongrois--«de mettre

fin à un état de droit mal éclairci qui aurait pu être, après la paix de

la Turquie avec les alliés balkaniques, modifié à notre désavantage.

Cette île avait déjà une garnison autrichienne d'une vingtaine de

soldats, mais l'administration civile était restée confiée à un

gouverneur turc. Cette occupation militaire est le résultat d'un accord

avec la Turquie. L'annexion n'est donc que la consécration d'un état de

fait. La Turquie consentant à abandonner aux alliés toutes les

frontières à l'est de la ligne Enos-Midia, la Serbie aurait pu se croire

autorisée à occuper cette île. L'annexion écarte cette éventualité».

Sur l'aspect de l'île et sa population, M. Raymond Recouly, qui visita

récemment Ada-Kaleh, a écrit ces lignes dans le _Temps_: «Echouée au

milieu du fleuve, juste au point où il quitte la Hongrie, c'est comme un

coin d'Islam perdu en terre chrétienne, une dernière flaque que le flot

ottoman a laissée. Une cinquantaine de familles y vivent à côté des

soldats autrichiens. Les hommes sont mariniers ou portefaix. A travers

des clôtures mal jointes et par-dessus des haies, on aperçoit, de-ci

de-là, quelque femme voilée qui se cache. Une seule rue et quelques

boutiques, où se débite aux visiteurs une turquerie de bazar, importée

de Germanie. Les bastions dont l'île est couverte servent de demeure à

la plupart des insulaires.»

Le gouverneur ottoman de l'île, le chérif Eddin, est parti sans avoir

voulu signer le procès-verbal de cette annexion, d'ailleurs prévue, et

qui n'a soulevé dans la presse européenne que peu de commentaires.

[Illustration: L'île turque d'Ada-Kaleh, sur le Danube, annexée par

l'Autriche-Hongrie.]

[Illustration: carte.]

[Illustration: ÉTAT ACTUEL DE L'OCCUPATION DU MAROC

La bande grisée indique la limite extrême, à l'Est et à l'Ouest, de

notre action militaire jusqu'à ce jour.--Entre les deux bandes, les

régions du Moyen Atlas du Grand Atlas et du Petit Atlas sont encore

insoumises.--Au Nord s'étend la zone espagnole.] [Illustration.]

LES OPÉRATIONS DE LA COLONNE MANGIN, DANS LE MAROC OCCIDENTAL.--Le

village chleuh de Sidi Ali ben Brahim, dont l'occupation coûta à nos

troupes, du 27 au 29 avril, dix-huit tués et près de cinquante blessés.

Ce village est situé au Sud-Ouest de la casbah Zidania.--_Phot. du

lieutenant Bourgoin_.

[Illustration: Porte unique de la casbah M'Soun, gardée par un peloton

de tirailleurs.--_Phot. P. M._]

Le général Alix, que nous avions laissé l'avant-dernière semaine (numéro

du 10 mai) à Nekhila, n'aura pas attendu longtemps le moment propice

pour continuer sa marche jusqu'à M'Soun. Le 10 mai même, au moment où

paraissait notre article, il arrivait à cette casbah, où il faisait une

entrée impressionnante à la tête de toute sa cavalerie, accueilli par le

caïd, Si Mohammed ben Ali ben Hassein, et les notables. Cette pointe en

avant, admirablement préparée, s'est effectuée sans le moindre incident.

En vain, à plusieurs reprises, depuis lors, les Beni bou Yahi ont tenté

d'inquiéter les nouveaux occupants: M'Soun, confiée à la garde du

colonel Féraud, est solidement occupée. Dès le 13, on y commençait des

travaux qui affirmaient à l'ennemi nos intentions d'y demeurer. Et des

remparts qu'ils gardent, nos soldats peuvent voir, au loin, le but

suprême de leurs efforts: Taza et ses minarets.

[Illustration: L'OCCUPATION DE LA CASBAH M'SOUN.--Vue prise du côté de

l'oued M'Soun.--_Phot. P. M._ La casbah M'Soun est un carré de 118

mètres de côté; les murailles de terre à créneaux, qui tombaient en

ruines, ont été relevées par endroits, probablement après les luttes

contre le Rogui.]

[Illustration: Contre-amiral Nicol Commissaire en chef Dupont. V.-amiral

Boué de Lapeyrère Cap. vais, de St-Pair.

Le commandant en chef de l'armée navale, directeur des manoeuvres, et

son état-major, à bord du _Voltaire_.

Lieut, vais. Le Sort. Lieut, vais. Joubert.]

[Illustration: Cap. vais. Lanxade. V-amiral Marin-Darbel. Cap. frég.

Violette. Lieut. vais. Mégissier.

Le commandant en chef de la 3e escadre et son état-major, à bord du

_Suffren_.]

_Photographies Marius Bar._

L'Illustration, No. 3665, 24 Mai 1913 · 第 8 / 40 题