LETTRE DE SAINT LOUIS

_Sur sa captivité et sa délivrance._

1250.

Louis, par la grâce de Dieu, roi des Français, à ses chers et fidèles

prélats, barons, guerriers, citoyens, bourgeois, et à tous les autres

habitants de son royaume à qui ces présentes lettres parviendront,

salut.

Pour l'honneur et la gloire du nom de Dieu, désirant de toute notre

âme poursuivre l'entreprise de la croisade, nous avons jugé convenable

de vous informer tous qu'après la prise de Damiette, que

Notre-Seigneur Jésus-Christ, par sa miséricorde ineffable, avait comme

par miracle livrée au pouvoir des chrétiens, ainsi que vous l'avez

sans doute appris, de l'avis de notre conseil, nous partîmes de cette

ville le 20 du mois de novembre dernier. Nos armées de terre et de mer

étant réunies, nous marchâmes contre celle des Sarrasins, qui était

rassemblée et campée dans un lieu qu'on nomme vulgairement Massoure.

Pendant notre marche, nous soutînmes les attaques des ennemis, qui

éprouvèrent constamment quelque perte assez considérable. Un jour,

entre autres, plusieurs de l'armée d'Égypte, qui étaient venus

attaquer les nôtres, furent tous tués. Nous apprîmes en chemin que le

soudan du Caire venait de terminer sa vie malheureuse; qu'avant de

mourir il avait envoyé chercher son fils, qui restait dans les

provinces de l'Orient, et avait fait prêter serment de fidélité en

faveur de ce prince à tous les principaux officiers de son armée, et

qu'il avait laissé le commandement de toutes ses troupes à un de ses

émirs, Fakr-Eddin. A notre arrivée au lieu que nous venons de nommer,

nous trouvâmes ces nouvelles vraies. Ce fut le mardi d'avant la fête

de Noël que nous y arrivâmes; mais nous ne pûmes approcher des

Sarrasins, à cause d'un courant d'eau qui se trouvait entre les deux

armées, et qu'on appelle le fleuve Thanis, courant qui se sépare en

cet endroit du grand fleuve du Nil. Nous plaçâmes notre camp entre ces

deux fleuves, nous étendant depuis le grand jusqu'au petit. Nous eûmes

là quelques engagements avec les Sarrasins, qui eurent plusieurs des

leurs tués par l'épée des nôtres, mais dont un grand nombre fut noyé

dans les eaux. Comme le Thanis n'était pas guéable, à cause de la

profondeur de ses eaux et de la hauteur de ses rives, nous commençâmes

à y jeter une chaussée pour ouvrir un passage à l'armée chrétienne;

nous y travaillâmes pendant plusieurs jours avec des peines, des

dangers et des dépenses infinies. Les Sarrasins s'opposèrent de tous

leurs efforts à nos travaux; ils élevèrent des machines contre nos

machines; ils brisèrent avec des pierres et brûlèrent avec leur feu

grégeois les tours en bois que nous dressions sur la chaussée. Nous

avions presque perdu tout espoir de passer sur cette chaussée,

lorsqu'un transfuge sarrasin nous fit connaître un gué par où l'armée

chrétienne pourrait traverser le fleuve. Ayant rassemblé nos barons et

les principaux de notre armée le lundi d'avant les Cendres, il fut

convenu que le lendemain, c'est-à-dire le jour de Carême-prenant, on

se rendrait de grand matin au lieu indiqué pour passer le fleuve, et

qu'on laisserait une petite partie de l'armée à la garde du camp. Le

lendemain, ayant rangé nos troupes en ordre de bataille, nous nous

rendîmes au gué, nous traversâmes le fleuve, non sans courir de grands

dangers, car le gué était plus profond et plus périlleux qu'on ne

l'avait annoncé. Nos chevaux furent obligés de passer à la nage, et il

n'était pas aisé de sortir du fleuve, à cause de l'élévation de la

rive, qui était toute limoneuse.

Lorsque nous eûmes traversé le fleuve, nous arrivâmes au lieu où

étaient dressées les machines des Sarrasins, en face de notre

chaussée. Notre avant-garde ayant attaqué l'ennemi lui tua du monde,

et n'épargna ni le sexe ni l'âge. Dans le nombre, les Sarrasins

perdirent un chef et quelques émirs. Nos troupes s'étant ensuite

dispersées, quelques-uns de nos soldats traversèrent le camp des

ennemis, et arrivèrent au village nommé Massoure, tuant tout ce qu'ils

rencontraient d'ennemis; mais les Sarrasins s'étant aperçus de

l'imprudence des nôtres, reprirent courage et fondirent sur eux; ils

les entourèrent de toutes parts et les accablèrent. Il se fit là un

grand carnage de nos barons et de nos guerriers religieux et autres,

dont nous avons avec raison déploré et dont nous déplorons encore la

perte. Là nous avons perdu aussi notre brave et illustre frère le

comte d'Artois, digne d'éternelle mémoire. C'est dans l'amertume de

notre cœur que nous rappelons cette perte douloureuse, quoique nous

dussions plutôt nous en réjouir, car nous croyons et espérons qu'ayant

reçu la couronne du martyre, il est allé dans la céleste patrie et

qu'il y jouit de la récompense accordée aux saints martyrs. Ce

jour-là, les Sarrasins fondant sur nous de toutes parts et nous

accablant d'une grêle de flèches, nous soutînmes leurs rudes assauts

jusqu'à la neuvième heure, où le secours de nos balistes nous manqua

tout à fait. Enfin, après avoir eu un grand nombre de nos guerriers et

de nos chevaux blessés ou tués, avec le secours de Notre-Seigneur nous

conservâmes notre position, et nous y étant ralliés, nous allâmes le

même jour placer notre camp tout près des machines des Sarrasins. Nous

y restâmes avec un petit nombre des nôtres, et nous y fîmes un pont de

bateaux pour que ceux qui étaient au delà du fleuve pussent venir à

nous. Le lendemain il en passa plusieurs qui campèrent auprès de nous.

Alors les machines des Sarrasins ayant été détruites, nos soldats

purent aller et venir librement et en sûreté, d'une armée à l'autre,

en passant le pont de bateaux. Le vendredi suivant, les enfants de

perdition ayant réuni leurs forces de toutes parts, dans l'intention

d'exterminer l'armée chrétienne, vinrent attaquer nos lignes avec

beaucoup d'audace et en nombre infini; le choc fut si terrible de part

et d'autre, qu'il ne s'en était jamais vu, disait-on, de pareil dans

ces parages. Avec le secours de Dieu, nous résistâmes de tous côtés,

nous repoussâmes les ennemis, et nous en fîmes tomber un grand nombre

sous nos coups. Au bout de quelques jours, le fils du sultan, venant

des provinces orientales, arriva à Massoure. Les Égyptiens le reçurent

comme leur maître et avec des transports de joie. Son arrivée redoubla

leur courage; mais depuis ce moment, nous ne savons par quel jugement

de Dieu, tout alla de notre côté contre nos désirs. Une maladie

contagieuse se mit dans notre armée, et enleva les hommes et les

animaux, de telle sorte qu'il y en avait très-peu qui n'eussent à

regretter des compagnons ou à soigner des malades. L'armée chrétienne

fut en peu de temps très-diminuée. Il y eut une si grande disette que

plusieurs tombaient de besoin et de faim, car les bateaux de Damiette

ne pouvaient apporter à l'armée les provisions qu'on y avait

embarquées sur le fleuve, parce que les bâtiments et les pirates

ennemis leur coupaient le passage. Ils s'emparèrent même de plusieurs

de nos bateaux, et prirent ensuite successivement deux caravanes qui

nous apportaient des vivres et des provisions, et tuèrent un grand

nombre de marins et autres qui en faisaient partie. La disette absolue

de vivres et de fourrages jeta la désolation et l'effroi dans l'armée,

et nous força, ainsi que les pertes que nous venions de faire, de

quitter notre position et de retourner à Damiette; telle était la

volonté de Dieu.

Mais comme les voies de l'homme ne sont pas dans lui-même, mais dans

celui qui dirige ses pas et dispose tout selon sa volonté, pendant que

nous étions en chemin, c'est-à-dire le 5 du mois d'avril, les

Sarrasins, ayant réuni toutes leurs forces, attaquèrent l'armée

chrétienne, et par la permission de Dieu, à cause de nos péchés, nous

tombâmes au pouvoir de l'ennemi. Nous et nos chers frères les comtes

de Poitiers et d'Anjou, et les autres qui retournaient avec nous par

terre, fûmes tous faits prisonniers, non sans un grand carnage et une

grande effusion de sang chrétien. La plupart de ceux qui s'en

retournaient par le fleuve furent de même faits prisonniers ou tués.

Les bâtiments qui les portaient furent en grande partie brûlés avec

les malades qui s'y trouvaient. Quelques jours après notre captivité,

le soudan nous fit proposer une trêve; il demandait avec instance,

mais aussi avec menaces, qu'on lui rendît sans retard Damiette et tout

ce qu'on y avait trouvé, et qu'on le dédommageât de toutes les pertes

et de toutes les dépenses qu'il avait faites jusqu'à ce jour, depuis

le moment où les chrétiens étaient entrés dans Damiette. Après

plusieurs conférences, nous conclûmes une trêve pour dix ans, aux

conditions suivantes.

Le soudan délivrerait de prison, et laisserait aller où ils

voudraient, nous et tous ceux qui avaient été faits captifs par les

Sarrasins depuis notre arrivée en Égypte, et tous les autres

chrétiens, de quelque pays qu'ils fussent, qui avaient été faits

prisonniers depuis que le soudan Kamel, aïeul du soudan actuel, avait

conclu une trêve avec l'empereur. Les chrétiens conserveraient en paix

toutes les terres qu'ils possédaient dans le royaume de Jérusalem au

moment de notre arrivée. Pour nous, nous nous obligions à rendre

Damiette, et 800,000 besants[241] sarrasins pour la liberté des

prisonniers et pour les pertes et dépenses dont il vient d'être parlé

(nous en avons déjà payé 400), et à délivrer tous les prisonniers

sarrasins que les chrétiens avaient faits en Egypte depuis que nous y

étions venus, ainsi que ceux qui avaient été faits captifs dans le

royaume de Jérusalem, depuis la trêve conclue entre le même empereur

et le même soudan. Tous nos biens et ceux de tous les autres qui

étaient à Damiette seraient, après notre départ, sous la garde et la

défense du soudan et transportés dans le pays des chrétiens lorsque

l'occasion s'en présenterait. Tous les chrétiens malades et ceux qui

resteraient à Damiette pour vendre ce qu'ils y posséderaient auraient

une égale sûreté, et se retireraient par mer et par terre quand ils

voudraient, sans éprouver aucun obstacle ou contradiction. Le soudan

était tenu de donner un sauf-conduit jusqu'au pays des chrétiens à

tous ceux qui voudraient se retirer par terre.

[241] Le besant valait 9 fr. 50.

Cette trêve, conclue avec le soudan, venait d'être jurée de part et

d'autre, et déjà le soudan s'était mis en marche avec son armée pour

se rendre à Damiette et remplir les conditions qui venaient d'être

stipulées, lorsque, par le jugement de Dieu, quelques guerriers

sarrasins, sans doute de connivence avec la majeure partie de l'armée,

se précipitèrent sur le soudan, au moment où il se levait de table, et

le blessèrent cruellement. Le soudan, malgré cela, sortit de sa tente,

espérant pouvoir se soustraire par la fuite; mais il fut tué à coups

d'épée en présence de presque tous les émirs et de la multitude des

autres Sarrasins. Après cela, plusieurs Sarrasins, dans le premier

moment de leur fureur, vinrent les armes à la main à notre tente,

comme s'ils eussent voulu, et comme plusieurs d'entre nous le

craignirent, nous égorger nous et les chrétiens; mais la clémence

divine ayant calmé leur furie, ils nous pressèrent d'exécuter les

conditions de la trêve. Toutefois, leurs paroles et leurs instances

furent mêlées de menaces terribles; enfin, par la volonté de Dieu, qui

est le père des miséricordes, le consolateur des affligés, et qui

écoute les gémissements de ses serviteurs, nous confirmâmes par un

nouveau serment la trêve que nous venions de faire avec le soudan.

Nous reçûmes de tous, et de chacun d'eux en particulier, un serment

semblable, d'après leur loi, d'observer les conditions de la trêve. On

fixa le temps où l'on rendrait les prisonniers et la ville de

Damiette. Ce n'était point sans difficulté que nous étions convenus

avec le soudan de la reddition de cette place; ce ne fut pas encore

sans difficulté que nous en convînmes de nouveau avec les émirs. Comme

nous n'avions aucun espoir de la retenir, d'après ce que nous dirent

ceux qui revinrent de Damiette, et qui connaissaient le véritable état

des choses, de l'avis des barons de France et de plusieurs autres,

nous jugeâmes qu'il valait mieux pour la chrétienté que nous et les

autres prisonniers fussions délivrés au moyen d'une trêve, que de

retenir cette ville avec le reste des chrétiens qui s'y trouvaient, en

demeurant nous et les autres prisonniers exposés à tous les dangers

d'une pareille captivité. C'est pourquoi au jour fixé les émirs

reçurent la ville de Damiette; après quoi, ils nous mirent en liberté

nous et nos frères, et les comtes de Flandre, de Bretagne et de

Soissons, et plusieurs autres barons et guerriers de France, de

Jérusalem et de Chypre. Nous eûmes alors une ferme espérance qu'ils

rendraient et délivreraient tous les autres chrétiens, et que suivant

la teneur du traité ils tiendraient leur serment.

Cela fait, nous quittâmes l'Egypte, après y avoir laissé des personnes

chargées de recevoir les prisonniers des mains des Sarrasins et de

garder les choses que nous ne pouvions emporter, faute de bâtiments de

transport suffisants. Arrivés ici, nous avons envoyé en Égypte des

vaisseaux et des commissaires pour en ramener les prisonniers, car la

délivrance de ces prisonniers fait toute notre sollicitude, et les

autres choses que nous y avions laissées, telles que des machines, des

armes, des tentes, une certaine quantité de chevaux et plusieurs

autres objets; mais les émirs ont retenu très-longtemps au Caire ces

commissaires, auxquels ils n'ont enfin remis que quatre cents

prisonniers, de douze mille qu'il y a en Égypte. Quelques-uns encore

ne sont sortis de prison qu'en donnant de l'argent. Quant aux autres

choses, les émirs n'ont rien voulu rendre. Mais ce qui est plus odieux

après la trêve conclue et jurée, c'est qu'au rapport de nos

commissaires et des captifs dignes de foi qui sont revenus de ce pays,

ils ont choisi parmi leurs prisonniers des jeunes gens, qu'ils ont

forcés, l'épée levée sur leur tête, d'abjurer la foi catholique et

d'embrasser la loi de Mahomet, ce que plusieurs ont eu la faiblesse

de faire; mais les autres, comme des athlètes courageux, enracinés

dans leur foi et persistant constamment dans leur ferme résolution,

n'ont pu être ébranlés par les menaces ou par les coups des ennemis,

et ils ont reçu la couronne du martyre. Leur sang, nous n'en doutons

pas, crie au Seigneur pour le peuple chrétien; ils seront dans la cour

céleste nos avocats devant le souverain juge, et ils nous seront plus

utiles dans cette patrie que si nous les eussions conservés sur cette

terre. Les musulmans ont aussi égorgé plusieurs chrétiens qui étaient

restés malades à Damiette. Quoique nous eussions observé les

conditions du traité que nous avions fait avec eux et que nous

fussions toujours prêts à les observer encore, nous n'avions aucune

certitude de voir délivrer les prisonniers chrétiens ni restituer ce

qui nous appartenait.

Lorsqu'après la trêve conclue et notre délivrance, nous avions la

ferme confiance que le pays d'outre-mer occupé par les chrétiens

resterait dans un état de paix jusqu'à l'expiration de la trêve, nous

eûmes la volonté et le projet de retourner en France. Déjà nous nous

disposions aux préparatifs de notre passage; mais quand nous vîmes

clairement, par ce que nous venons de raconter, que les émirs

violaient ouvertement la trêve et, au mépris de leur serment, ne

craignaient point de se jouer de nous et de la chrétienté, nous

assemblâmes les barons de France, les chevaliers du Temple, de

l'Hôpital, de l'ordre Teutonique, et les barons de Jérusalem; nous les

consultâmes sur ce qu'il y avait à faire. Le plus grand nombre jugea

que si nous nous retirions dans ce moment et abandonnions ce pays, que

nous étions sur le point de perdre, ce serait l'exposer entièrement

aux Sarrasins, surtout dans l'état de misère et de faiblesse où il

était réduit, et nous pouvions regarder comme perdus et sans espoir de

délivrance les prisonniers chrétiens qui étaient au pouvoir de

l'ennemi. Si nous restions, au contraire, nous avions l'espoir que le

temps amènerait quelque chose de bon, tel que la délivrance des

captifs, la conservation des châteaux et forteresses du royaume de

Jérusalem, et autres avantages pour la chrétienté, surtout depuis que

la discorde s'était élevée entre le soudan d'Alep et ceux qui

gouvernaient au Caire. Déjà ce soudan, après avoir réuni ses armées,

s'est emparé de Damas et de quelques châteaux appartenant au souverain

du Caire. On dit qu'il doit venir en Égypte pour venger la mort du

soudan que les émirs ont tué, et se rendre maître s'il le peut de tout

le pays.

D'après ces considérations, et compatissant aux misères et aux

tourments de la Terre Sainte, nous qui étions venus à son secours,

plaignant la captivité et les douleurs de nos prisonniers, quoique

plusieurs nous dissuadassent de rester plus longtemps outre-mer, nous

avons mieux aimé différer notre passage et rester encore quelque temps

en Syrie, que d'abandonner entièrement la cause du Christ et de

laisser nos prisonniers exposés à de si grands dangers. Mais nous

avons décidé de renvoyer en France nos chers frères les comtes de

Poitiers et d'Anjou, pour la consolation de notre très-chère dame et

mère et de tout le royaume.

Comme tous ceux qui portent le nom de chrétien doivent être pleins de

zèle pour l'entreprise que nous avons formée, et vous en particulier,

qui descendez du sang de ceux que le Seigneur choisit comme un peuple

privilégié pour la conquête de la Terre Sainte, que vous devez

regarder comme votre propriété, nous vous invitons tous à servir celui

qui vous servit sur la croix en répandant son sang pour votre salut;

car cette nation criminelle, outre les blasphèmes qu'elle vomissait

en présence du peuple chrétien contre le Créateur, battait de verges

la croix, crachait dessus et la foulait aux pieds en haine de la foi

chrétienne. Courage donc, soldats du Christ! armez-vous et soyez prêts

à venger ces outrages et ces affronts. Prenez exemple sur vos

devanciers qui se distinguèrent entre les autres nations par leur

dévotion, par la sincérité de leur foi, et remplirent l'univers du

bruit de leurs belles actions. Nous vous avons précédés dans le

service de Dieu; venez vous joindre à nous. Quoique vous arriviez plus

tard, vous recevrez du Seigneur la récompense que le père de famille

de l'Évangile accorda indistinctement aux ouvriers qui vinrent

travailler à sa vigne à la fin du jour, comme aux ouvriers qui étaient

venus au commencement. Ceux qui viendront ou qui enverront du secours

pendant que nous serons ici obtiendront, outre les indulgences

promises aux croisés, la faveur de Dieu et celle des hommes. Faites

donc vos préparatifs, et que ceux à qui la vertu du Très-Haut

inspirera de venir ou d'envoyer du secours soient prêts pour le mois

d'avril ou de mai prochain. Quant à ceux qui ne pourront être prêts

pour ce premier passage, qu'ils soient du moins en état de faire celui

qui aura lieu à la Saint-Jean. La nature de l'entreprise exige de la

célérité, et tout retard deviendrait funeste. Pour vous, prélats et

autres fidèles du Christ, aidez-nous auprès du Très-Haut par la faveur

de vos prières; ordonnez qu'on en fasse dans tous les lieux qui vous

sont soumis, afin qu'elles obtiennent pour nous de la clémence divine

les biens dont nos péchés nous rendent indignes.

Fait à Acre, l'an du Seigneur 1250, au mois d'août.

Traduit par Michaud, dans l'_Histoire des Croisades_, t. IV, p.

559.

L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 2/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques · 第 97 / 188 题