LOUIS LE GROS.

1101.

Louis, ce jeune héros, gai, gagnant tous les cœurs par une bonté que

quelques-uns prenaient pour simplicité, était à peine arrivé à

l'adolescence, qu'il était déjà pour le royaume de son père un

défenseur redoutable et courageux; il pourvoyait aux besoins des

églises, et, ce qu'on avait négligé longtemps, il protégeait la

sécurité des laboureurs, des ouvriers et des pauvres.

Vers cette époque, il s'éleva entre le vénérable Adam, abbé de

Saint-Denis, et le seigneur de Montmorency, Bouchard, des discussions

qui s'envenimèrent et arrivèrent à un tel degré d'irritation que,

l'esprit de révolte rompant tous les liens de la foi et de l'hommage,

les deux partis en vinrent aux armes et se combattirent par la guerre

et l'incendie. Le seigneur Louis ayant appris ce qui se passait, en

fut indigné, et contraignit Bouchard à comparaître au château de

Poissy devant le roi son père, pour s'en remettre à son jugement.

Bouchard ayant été condamné ne voulut pas se soumettre à la

condamnation prononcée contre lui, et se retira en liberté; mais il

eut bientôt à subir tous les maux que la majesté royale a droit

d'infliger à des sujets rebelles. En effet, le jeune et beau prince

l'attaqua aussitôt lui et ses adhérents, Mathieu, comte de Beaumont,

et Drogon, seigneur de Mouchy-le-Château, hommes violents et

belliqueux qu'il avait gagnés à sa cause. Louis dévasta les terres de

Bouchard, détruisant les maisons et les petits forts, à l'exception du

château, ravagea le pays par le feu, la famine et le fer, et comme les

rebelles persistaient à vouloir se défendre dans le château, il en fit

le siége avec ses troupes et les Flamands de son oncle Robert, comte

de Flandre. Il contraignit ainsi Bouchard à se soumettre, le courba

sous le joug de sa volonté, et termina tout à son avantage la querelle

qui avait causé ces troubles.

Louis attaqua aussi Drogon, seigneur de Mouchy-le-Château, parce qu'il

avait pris part à cette guerre et pour d'autres raisons, surtout à

cause des dommages qu'il avait fait éprouver à l'église de Beauvais.

Drogon avait quitté son château, sans toutefois s'en éloigner

beaucoup, afin de pouvoir s'y réfugier promptement en cas de besoin.

Il marcha avec des archers et des arbalétriers à la rencontre du

prince; mais le jeune guerrier l'attaqua et le battit si complétement

qu'il ne lui fut pas possible de fuir et de se renfermer dans son

château sans être suivi de près. Louis se jeta vers la porte au milieu

des gens de Drogon, reçut et donna mille coups de l'épée qu'il maniait

habilement, entra dans le château, s'y maintint malgré les efforts de

l'ennemi, et ne s'en retira qu'après l'avoir entièrement brûlé avec

les approvisionnements de tout genre qu'il contenait. Le héros était

animé d'une telle ardeur qu'il ne pensa pas à se garantir de

l'incendie, qui fit courir un grand danger à son armée et à sa

personne, et qui lui laissa pendant longtemps un grand enrouement.

SUGER, _Vie de Louis le Gros_, traduit par L. Dussieux.

Suger, abbé de Saint-Denis, ministre de Louis VI et de Louis VII,

naquit en 1081, et mourut en 1151. Son ouvrage principal est la

vie de Louis le Gros, remarquable morceau d'histoire; il a encore

composé un traité sur son administration du monastère de

Saint-Denis, une histoire de Louis VII, restée inachevée; on a

aussi de lui un certain nombre de lettres.

L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 2/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques · 第 55 / 188 题