IV

Après avoir longtemps parlé sans que rien de leurs paroles arrivât aux

oreilles de Marguerite, les deux complices, comme s’ils eussent oublié

qu’elle était là, avaient laissé, peu à peu, leur voix s’élever. Leurs

propos étaient devenus plus vifs, se succédaient plus rapides en des

questions suivies de répliques. On eût dit qu’ils se disputaient.

Marguerite n’écoutait pas; elle n’avait même pas cherché à entendre.

Mais, maintenant, elle entendait, et bien que ce ne fussent parfois que

des lambeaux de phrases, ce qu’elle en recueillait suffisait à les lui

rendre intelligibles.

--Vous ne me faites que de vagues promesses, mon cher, disait sa tante,

à Rivarennes, ce n’est pas suffisant.

--Vous n’avez jamais eu à regretter d’avoir eu confiance, répondait-il.

Nous avons toujours donné plus que nous n’avions promis.

--Il n’en est pas moins utile de préciser. Vous m’avez dit que si je

parviens à empêcher le duc de Maligny de repartir, je serai payée

royalement. Qu’entendez-vous par là?

--J’entends par là qu’on vous accordera ce que vous demanderez. Exprimez

vos désirs.

Mme de Bonneuil ne se hâta pas de les formuler. Marguerite supposa

qu’elle se donnait le temps de réfléchir. Elle la savait intéressée,

calculatrice et, sans doute, on l’avait mise en droit d’être exigeante.

Mais, quel service lui demandait-on? Ceux qui le lui demandaient

devaient y attacher un haut prix, puisque, loin d’en marchander le

payement, ils souscrivaient d’avance aux conditions qu’on leur

imposerait. De quelle nature était-il donc? Qu’était ce duc de Maligny

qu’ils ne voulaient pas laisser repartir? Marguerite ne le connaissait

ni de nom mi de vue; elle en entendait parler pour la première fois.

Mais sans le connaître, elle devinait qu’on ourdissait contre lui

quelque trame abominable. D’instinct, sans rien savoir, elle se mettait

de son côté, regrettait de ne pouvoir l’avertir afin qu’il se tînt sur

ses gardes.

La voix de sa tante interrompit ses réflexions.

--Je désire que ma nièce soit rayée de la liste des émigrés,

reprenait-elle; elle n’aurait pas dû y figurer, car sa volonté n’a été

pour rien dans son émigration; elle était une enfant quand on l’a

conduite à l’étranger. Je souhaite aussi que son patrimoine lui soit

restitué, s’il est encore bien de l’État. S’il est aliéné, s’il ne peut

lui être rendu, qu’on l’indemnise en lui assurant des moyens

d’existence, une dot.

D’un accent de condescendance empressée, Rivarennes consentait,

promettait, s’engageait.

--Vos prétentions sont légitimes; il y sera fait droit. Est-ce tout?

Elles ne concernent que votre nièce. Ne souhaitez-vous rien pour

vous-même?

--Rien pour le moment. Grâce à Rostopchine, je suis comblée. Qu’on dote

Margot et je serai satisfaite.

Cette réponse témoignait d’une sollicitude qui toucha Mlle de Morsang.

Avait-elle trop sévèrement jugé sa tante? Elle était bien près de le

croire lorsqu’un propos de celle-ci ranima ses défiances ébranlées.

--Il y a si longtemps qu’elle m’est à charge! ajoutait-elle.

--Bah! ce que vous faites pour elle, elle vous le rendra plus tard,

objecta Rivarennes.

--Détrompez-vous, répliqua Mme de Bonneuil; je n’ai rien à attendre de

cette ingrate. La vie que je mène lui fait horreur; elle aspire à en

changer; dès qu’elle pourra me quitter, elle me quittera. Ce serait

folie de compter sur sa reconnaissance. C’est Cendrillon, cette petite,

un pot-au-feu, et je sens bien qu’en tout ce que je fais, elle me blâme.

--Elle ne le blâmera pas toujours. Vienne un galant qui lui dira qu’elle

est jolie, elle fera comme vous, comme tant d’autres.

--Erreur, mon cher; jamais elle ne se résignera à courir les mêmes

aventures que moi. Après tout, elle aura peut-être raison, soupira Mme

de Bonneuil en finissant.

--Ce serait dommage, car chaque jour ajoute à sa beauté quelque trait

nouveau, la rend plus séduisante. Mais, elle vous ressemble trop pour ne

pas vous imiter. Aussi suis-je convaincu que vous vous trompez et

qu’avant peu, les hommages qu’elle s’attirera rien qu’en se montrant

l’auront métamorphosée. Ce qu’elle sera, ses yeux le révèlent déjà.

Cette réflexion de Rivarennes, dont rien ne fut perdu pour Marguerite,

fit monter à ses joues un flot de sang. Elle était toute honteuse

d’entendre cet homme méprisable et méprisé douter de sa vertu et prédire

sa déchéance. Elle dut se faire violence pour ne pas bondir sous

l’injure; elle eût voulu pouvoir lui crier qu’il était un misérable et

qu’il mentait.

Une exclamation de sa tante lui rendit son sang-froid, la ramena à son

impassibilité coutumière.

--Trêve de prédictions, Rivarennes! dit Mme de Bonneuil. Vous parlez à

tort et à travers sans songer qu’elle peut nous entendre. Tenez, je

parie qu’elle nous écoutait.

Marguerite n’eut que le temps de se rejeter sur sa chaise. Elle s’y fit

immobile et ferma les yeux, en comprenant qu’on la regardait.

--Vous voyez bien qu’elle dort, murmura Rivarennes.

De nouveau, on parla si doucement qu’elle n’entendit plus.

A l’improviste, un grand bruit au dehors fournit à Marguerite l’occasion

de paraître se réveiller. C’était, sur le pavé de la cour, un grondement

de roues, un piétinement de chevaux, un claquement de fouet. Elle se

redressa, sursautant, comme surprise et tirée d’un sommeil profond. Par

la croisée vers laquelle s’étaient précipités sa tante et Rivarennes,

elle vit, sous la clarté des réverbères qui brillaient dans la nuit

naissante, une chaise de poste toute blanche de neige durcie s’arrêter

au seuil de l’hôtel. Un jeune homme à mine à la fois affable et hautaine

en descendit. A peine les pieds à terre, il se retourna pour tendre la

main à une femme enveloppée dans des fourrures, le visage dissimulé sous

une voilette épaisse qu’elle souleva aussitôt et qui découvrit une

frimousse chiffonnée, charmante et attirante sous l’éclat des yeux

veloutés, caressants et rieurs.

--Le duc de Maligny! s’écria Rivarennes. Pardieu! il arrive au bon

moment. Il ne s’agit plus pour vous, belle Adèle, que de trouver le

moyen de vous le faire présenter. Mais cette femme qui l’accompagne

n’est-elle pas la Chevalier, l’actrice française engagée au théâtre

Michel? Par exemple, si je m’attendais à les voir ensemble!...

--C’est elle-même, affirma Mme de Bonneuil, qui venait de reconnaître la

comédienne. En toute autre circonstance, j’aurais béni le hasard qui la

conduit à Hambourg pendant que j’y suis, puisque nous sommes liées

d’amitié, et personne autre qu’elle ne m’eût présenté M. de Maligny, si

la présentation n’était devenue inutile.

--Comment, inutile! protesta Rivarennes.

--Eh! sans doute. S’ils voyagent en tête-à-tête, c’est qu’ils se

plaisent et je ne suis pas femme à me jeter entre eux, à marcher sur les

brisées d’une amie.

Le nez de Rivarennes s’allongea. L’arrivée de la Chevalier en compagnie

du jeune duc déconcertait ses plans et le prenait au dépourvu.

--Au diable les gentilshommes entreprenants et les femmes faciles!

maugréait-il.

Mme de Bonneuil avait commencé par rire de sa déconvenue. Mais, en se

rappelant qu’il était auprès d’elle le dispensateur des faveurs qu’elle

désirait obtenir, elle redevint sérieuse et ne songea plus qu’à le

rassurer.

--Ne vous désespérez pas, lui dit-elle. Rien n’est perdu. Le rôle que

vous m’aviez confié, la Chevalier s’en chargera volontiers; j’en fais

mon affaire; et soyez sûr qu’elle le jouera mieux que moi. C’est une si

grande comédienne! Éloignez-vous et fiez-vous-en à mon habileté comme à

ma volonté de vous servir.

--Mais, que diable vient-elle faire à Hambourg? insistait Rivarennes.

--Elle y vient sans doute pour voir la princesse d’Holstein. Je me

souviens maintenant qu’à mon départ de Russie, il y a quelques mois,

elle m’a raconté que la princesse l’avait invitée à la fête qu’elle

donne cette nuit à l’occasion de la Noël, ce réveillon auquel ma nièce

et moi sommes également invitées comme tout ce qu’il y a de Français

dans ce pays.

--Et c’est pour assister à cette fête que la Chevalier n’a pas craint

d’affronter en cette saison les fatigues d’un long et pénible voyage?

--C’est pour être agréable à la princesse, qui est une fervente

admiratrice de son talent et qui lui a rendu de grands services,

répondit Mme de Bonneuil.

Rivarennes, bien qu’encore intrigué, n’en demanda pas davantage. Il

s’écarta discrètement pour laisser à sa complice la liberté d’agir. En

gagnant le fond de la salle, où il était résolu à rester en observation,

il passa devant Marguerite. La pâleur et la gravité de ce jeune visage

ne l’empêchèrent pas de saluer familièrement et de sourire, comme s’il

eût voulu gagner une sympathie qui s’était toujours refusée. Mais il en

fut pour ses frais. Mlle de Morsang ne se dérida pas. Elle savait

maintenant à quoi s’en tenir sur les relations qu’il entretenait depuis

si longtemps avec Mme de Bonneuil. Tout ce qu’elle venait de voir et

d’entendre l’avait éclairée; elle maudissait sa présence et son

influence; elle souhaitait n’avoir jamais de rapports avec lui.

L’arrivée des voyageurs avait mis l’hôtel en émoi. Le patron, accouru,

se prodiguait en courbettes, suppliait M. le duc et Mme Chevalier

d’entrer au salon, en attendant qu’on eût préparé leurs appartements.

Que ne s’étaient-ils annoncés à l’avance? Ils eussent trouvé les

chambres prêtes, les feux allumés, une collation servie. Ces choses

étaient dites avec emphase, à travers des ordres jetés aux garçons qui

couraient de toutes parts, chargés de valises, de manteaux, de

couvertures.

La Chevalier calma ce beau zèle.

--Mon cher monsieur, dit-elle en riant--elle riait toujours--je ne fais

que toucher barre chez vous, le temps d’y déposer M. le duc dont la

voiture va me conduire chez Mme la princesse d’Holstein qui ne

tolérerait pas que je logeasse ailleurs que chez elle.

L’aubergiste esquissa un geste solennel de regret qui témoignait du

respect que lui inspirait l’illustre artiste française; puis, il

s’empressa auprès du duc. Mais de ce côté il ne fut pas plus heureux,

car le brillant gentilhomme lui apprit en peu de mots qu’il n’était à

Hambourg que pour quelques heures; il repartait le lendemain au petit

jour; il n’avait donc pas besoin d’un grand appartement; un coin

suffirait pour lui et pour son vieux domestique; il était inutile de

décharger ses gros bagages; il demandait seulement qu’on allât sur

l’heure à la poste lui retenir des chevaux pour sept heures du matin et

aussi qu’on prévînt de son arrivée, sans tarder, son ami, le comte de

Thauvenay, avec qui il devait conférer sur-le-champ.

Puis, se tournant vers sa compagne de voyage, il insistait pour qu’elle

ne se rendît pas chez la princesse avant de s’être restaurée.

--De grâce, divine Chevalier, encore un instant avant de nous séparer.

C’est bien le moins que vous puissiez m’accorder après m’avoir tout

refusé, cruelle! Faites servir du thé, du chocolat, du café, Labrie,

ordonna-t-il à son domestique.

Sans attendre que la Chevalier lui répondît, il la poussait dans le

hall, dont le patron venait d’ouvrir les portes. Elle feignait de ne

céder que contrainte; mais son rire en cascades prouvait qu’elle

acceptait de son plein gré les gracieusetés de M. le duc.

--Madame Chevalier à Hambourg! Vous, ma belle amie! Quelle surprise!

C’est Mme de Bonneuil qui l’accueillait ainsi.

--Comtesse, chère comtesse! Quelle heureuse rencontre!

Elles s’embrassèrent dans un échange de tendres et joyeux propos.

--Je retourne en Russie, disait Mme de Bonneuil.

--Moi, j’en arrive, répondait la Chevalier.

--Comme je déplore que nous n’y puissions retourner ensemble! Je ne me

consolerai pas de ne pas vous y retrouver.

--Je vous y suivrai de près, comtesse. Je ne demeure ici que quelques

jours. J’y suis venue pour la princesse d’Holstein, pour elle seule;

c’était promis, j’ai voulu tenir ma promesse. Mais, le théâtre Michel me

réclame; on ne voulait pas me laisser partir, je n’ai obtenu qu’un très

court congé.

Le duc de Maligny était resté en arrière; il attendait que ces

congratulations eussent pris fin. Son regard allait de Mme de Bonneuil à

Marguerite, marquant un peu d’étonnement. Il se demandait qui étaient

ces deux femmes, l’une si provocante dans sa grâce artificieuse, mise en

valeur par l’art de s’en servir, et dans sa beauté de brune, épanouie

comme une fleur; l’autre plus jeune, plus réservée, plus timide, en qui

tout annonçait qu’à peu de temps de là, son charme, fait de naturel, de

simplicité, briserait l’enveloppe sous laquelle le contenait sa

jeunesse, et, sans qu’elle y fît effort, s’exercerait dans toute sa

puissance.

La Chevalier l’interpella.

--Approchez, mon cher duc, je veux vous présenter à ma meilleure amie.

Elle le désigna à la comtesse, en le nommant, la nomma à son tour.

--Je regrette, madame, d’être obligé de repartir demain, dès l’aube,

dit-il en saluant; j’eusse été bien heureux de faire ma cour à une

compatriote.

--Êtes-vous donc si pressé? demanda Mme de Bonneuil en l’enveloppant

d’une œillade savante où il put lire une prière de ne pas s’éloigner.

--Très pressé, hélas! soupira-t-il, et jamais je n’aurai tant regretté

de n’être pas maître de mon temps, d’en devoir compte au roi. Mais j’ose

espérer que nous nous retrouverons et je serai heureux de vous rendre

mes hommages.

--Rien à faire, pensait Mme de Bonneuil; je l’avais bien dit à

Rivarennes.

Elle ne voyait, en ce moment, aucun moyen de retenir Maligny. Ce n’est

pas en quelques minutes qu’elle pouvait tenter de le rendre amoureux. Et

puis, la présence de la Chevalier l’intimidait, lui semblait rendre

inutile l’emploi de ses sortilèges et de ses ruses. Elle croyait qu’à

cette heure, la comédienne tenait dans ses chaînes l’aimable Français;

elle ne se sentait pas disposée à rivaliser avec elle. Tout au plus

pouvait-elle espérer que celle-ci se prêterait à seconder les vues de la

police de Fouché et essayerait, à sa demande, d’empêcher le voyageur de

se remettre en chemin. Elle était habile à dissimuler; sous les jeux de

sa physionomie souriante, personne n’eût soupçonné les calculs auxquels

elle se livrait.

L’entrée des garçons de l’hôtel portant une table sur laquelle était

servie une collation changea le cours de l’entretien. La Chevalier

refusait de s’asseoir: elle n’avalerait qu’un peu de chocolat; elle

avait hâte de se rendre chez sa princesse qui s’inquiéterait de ne pas

la voir arriver. Elle alléguait aussi la nécessité de prendre un court

repos avant de se mettre à sa toilette pour la nuit. La fête qui se

préparait lui promettait force fatigue; elle ne pourrait refuser de

chanter, de réciter quelques-uns de ses rôles devant les invités de la

princesse d’Holstein, une protectrice des arts et des artistes, toujours

si bonne pour elle, si dévouée, si généreuse.

--Non, non, je ne m’assieds pas, répétait-elle, enjouée, minaudière, le

visage éclairé par la joie qui brillait dans ses yeux, par la blancheur

de ses dents, étincelant comme des perles dans l’écrin de ses lèvres.

Mais le duc insistait en lui avançant une chaise:

--Rien qu’un moment, suppliait-il.

Mme de Bonneuil fit chorus. Elle n’était pas moins désireuse que lui,

quoique pour des motifs différents, de retenir la Chevalier, de se

ménager promptement un tête-à-tête avec elle, une conversation

confidentielle et secrète. Elle sut le lui laisser deviner. Soit

curiosité, soit vaincue par les attentions qu’on lui prodiguait, la

comédienne céda, prit place à table à côté de sa noble amie.

Le duc allait en faire autant, quand son regard tomba sur Marguerite.

Mme de Bonneuil n’avait pas songé à la présenter. D’un geste de

déférence et d’invitation, il lui montra une chaise près de la sienne.

Elle parut d’abord ne pas comprendre; elle hésitait.

--Obéis donc, Margot, fit sa tante d’un ton d’impatience, et remercie M.

le duc. Et s’adressant à lui, elle continua avec le dédain que comporte

l’accomplissement d’une formalité négligeable:--Ma nièce, Mlle

Marguerite de Morsang.

Le duc de Maligny salua. Aussi respectueux que la tante avait été

dédaigneuse, il dit:

--Si vous êtes, mademoiselle, la fille du comte de Morsang, qui a servi

à l’armée de Condé, vous avez le droit de tirer orgueil du nom que vous

portez.

--Le comte de Morsang était mon père, répondit Marguerite.

--Un fidèle serviteur du roi, poursuivit Maligny. Son souvenir vous

assure la protection de Sa Majesté.

Marguerite, à diverses reprises, quand le nom de son père était prononcé

devant elle, avait entendu des louanges pareilles l’accueillir. Mais

jamais elle n’en avait mieux senti le prix que dans la bouche de ce

jeune gentilhomme, en qui, sous les apparences d’étourderie, de légèreté

qui caractérisaient la noblesse émigrée, elle sentait battre un cœur

généreux et intrépide. Avec une soudaineté qu’elle n’aurait pu

raisonner, puisqu’elle en subissait l’effet pour la première fois, elle

était attirée vers lui; le désir de le mettre en garde contre les

intrigues qu’elle avait surprises, sans en pénétrer le mystère et en

saisir l’objet, s’emparait de son esprit de nouveau et plus fort qu’au

moment où sa tante et Rivarennes avaient, à leur insu, laissé leurs

méchants desseins arriver jusqu’à elle.

Cédant aux courtoises instances de Maligny, elle acceptait de ses mains

une tasse de chocolat, des pâtisseries, mais y touchait à peine, n’ayant

ni faim ni soif, dominée par l’impérieux besoin de le préserver de

dangers qu’elle savait exister et ne voyait pas.

Quant à lui, après s’être occupé d’elle, il se prodiguait pour Mme de

Bonneuil, pour la Chevalier. Elles faisaient assaut de coquetterie,

déployaient toutes leurs grâces, semblaient trouver délicieuse et

charmante l’heure présente qui les avait réunies dans une galante

intimité. Tout à l’heure si pressée de voler chez sa princesse, la

Chevalier paraissait l’avoir oubliée. On était si bien dans ce salon

confortable, entre amis, à l’abri du froid qui sévissait au dehors! Quel

repos réparateur! Quel dédommagement aux fatigues d’une longue route!

De l’autre extrémité du hall, Rivarennes, affectant de rester

indifférent au bruit de la conversation et des rires, prêtait l’oreille,

s’efforçait d’entendre ce qui se disait, de surprendre les causes de la

gaieté du groupe élégant et bruyant où se jouait la partie qu’il avait

engagée. De plus en plus, il se rassurait, croyait au succès, confiant

dans le savoir-faire de sa complice, attendant sans impatience qu’elle

vînt lui communiquer, après que tout le monde serait parti, ses

espérances ou ses craintes, appliqué, sans s’être concerté avec elle, à

jouer le jeu qu’elle jouait elle-même et qui consistait à paraître ne

pas le connaître, ne l’avoir jamais vu.

Tout à coup, il se sentit enveloppé d’une bouffée d’air glacé. La porte

venait de s’ouvrir et un homme d’allure élégante entrait, l’air

chercheur, empressé. Il le reconnut pour l’avoir vu à plusieurs

reprises, lors de ses précédents séjours à Hambourg. C’était le comte de

Thauvenay, l’agent secret de Sa Majesté Louis XVIII, prétendu roi de

France et de Navarre, dont personne n’ignorait les fonctions, bien que

tout le monde feignît de les ignorer. Averti de l’arrivée du duc de

Maligny, il accourait pour le voir.

En l’apercevant, Maligny se leva vivement, non sans offrir ses excuses à

ses compagnes.

--Voilà quelqu’un que j’attendais et qui me cherche, dit-il.

Permettez-moi de vous quitter, mesdames, et daignez m’attendre. Je n’en

ai que pour un instant.

Sans leur laisser le temps de lui répondre, il s’élançait au-devant du

visiteur et, après un rapide échange de saluts et de paroles,

l’entraînait vers le fond de la salle.

Rivarennes n’y était déjà plus. Il venait de déserter la place et de

sortir, dans la crainte que son visage, familier aux habitants de

Hambourg, bien qu’il eût toujours pris soin de leur cacher le vil métier

auquel il se livrait, n’attirât l’attention de l’agent royaliste et ne

le mît en défiance.

--J’ai été bien surpris, cher duc, quand on est venu me chercher de

votre part, dit alors Thauvenay. J’étais si loin de m’y attendre! Si

j’avais su à l’avance que j’aurais le bonheur de vous voir, vous

m’auriez trouvé ici en descendant de votre chaise, et vous n’auriez pas

eu la peine de m’envoyer quérir.

--Comment vous aurais-je annoncé le jour et l’heure de mon arrivée, cher

comte, quand je les ignorais moi-même? De Mitau ici, les chemins, en

cette saison, sont effroyables. On sait bien quand on part, mais non

quand on arrive. Du reste, peu importe, puisque nous voilà réunis.

--Je suis à vos ordres, comme toujours, et j’ose ajouter aux ordres de

Sa Majesté, car je suppose que c’est en vue d’une mission urgente que

vous êtes à Hambourg.

--Une mission très urgente, en effet, déclara Maligny. Elle m’oblige à

repartir demain à l’aube. Il est nécessaire que je sois à Bade avant le

5 janvier.

--Nous sommes le 24 décembre; vous avez dix jours devant vous. C’est

plus de temps qu’il ne vous en faut.

--Comptez-vous pour rien les accidents de la route? Tant de malheurs

résulteraient d’un retard dans l’accomplissement de ma mission que je

n’aurai de repos que lorsque je m’en serai acquitté. C’est ce qui m’a

décidé à ne m’arrêter ici que quelques heures, bien qu’il m’eût été

agréable, à cause de vous, d’y rester plus longtemps.

--Je reconnais bien là votre zèle ardent pour notre maître, observa

Thauvenay d’un ton pénétré.

--Je suis votre exemple, mon noble ami; en fait de zèle, de dévouement,

vous ne serez jamais dépassé.

Sensible à l’éloge, Thauvenay se rengorgeait et murmura:

--Ma vie est au roi.

--Comme la mienne, continua Maligny. C’est pour le roi que je vais à

Bade et qu’après y avoir fait ce que je dois y faire, je rentrerai en

France.

--Au mépris des lois contre les émigrés? s’écria son interlocuteur avec

effroi. Vous jouez votre tête, mon cher duc.

--Non, je ne cours aucun péril. Avec l’assentiment de Sa Majesté, j’ai

demandé ma radiation. Je l’ai obtenue par l’intermédiaire d’un mien

cousin, ce sacripant d’abbé de Périgord, ex-évêque d’Autun, ministre des

Affaires étrangères, et comme vous le pensez bien, c’est pour mieux

servir notre cause que j’ai recouru à son crédit. Du reste, voici une

lettre de Sa Majesté qui vous explique tout et me dispensera de vous en

dire plus long.

Maligny avait tiré de sa poche un portefeuille et du portefeuille un pli

à cachet volant qu’il présenta au comte de Thauvenay. Celui-ci le reçut

avec respect, ouvrit l’enveloppe et lut des yeux les feuillets qu’elle

contenait.

--Vous pouvez disposer de moi, reprit-il en achevant sa lecture. Mais,

il est un point sur lequel je crains de ne pouvoir vous donner

immédiatement satisfaction.

--Lequel? interrogea Maligny avec inquiétude.

--Le roi m’ordonne de vous compter vingt mille livres.

--Qui me sont indispensables pour remplir les vues de Sa Majesté. Eh

bien?

--Je n’ai pas cette somme sous la main. Les fonds de Sa Majesté sont

déposés chez divers banquiers, et aujourd’hui, veille de Noël, banques,

bureaux et caisses ont fermé à midi jusqu’après-demain. Il n’est pas en

mon pouvoir de les faire se rouvrir durant les fêtes et je n’ose espérer

de pouvoir avant après-demain obéir aux ordres du roi. Il en serait

autrement si j’avais été prévenu; j’aurais pris mes mesures...

--Voilà qui est fâcheux, interrompit Maligny. Pressé comme je le suis,

ce retard me contrarie plus que je ne saurais dire.

--Il n’en faut pas exagérer les conséquences. Même en repartant

trente-six heures plus tard que vous ne pensiez, vous serez à Bade avant

le jour où vous devez y être.

Maligny s’était recueilli, se livrait à des calculs de délais et de

dates.

--Il faut bien se résigner à ce qu’on ne peut empêcher, dit-il enfin.

Essayez, cher comte, de vous procurer ce soir la somme dont j’ai besoin.

Si vous n’y réussissez pas, j’en serai quitte pour payer triples guides.

Mais est-il certain que j’aurai ces fonds après-demain?

--Après-demain, à dix heures du matin, affirma le comte de Thauvenay.

Parallèlement à leur entretien, s’en livrait un autre très différent

entre Mme de Bonneuil et la Chevalier. Stupéfaites d’abord du brusque

éloignement de Maligny, elles s’étaient bientôt remises, sans se

préoccuper du visiteur qui venait, à l’improviste, de le leur enlever.

Marguerite, qui les observait, crut même comprendre que sa tante était

satisfaite de se trouver seule avec la comédienne. Elle n’en douta plus

quand elle les vit se rapprocher, se pencher l’une vers l’autre, comme

si elles eussent eu des secrets à se confier. C’en fut assez pour lui

faire sentir qu’elle était de trop et devait se retirer. Mais elle

n’osait, de peur de s’attirer quelqu’une de ces remontrances que sa

tante ne lui épargnait pas.

Une circonstance inattendue lui vint en aide. Un garçon de l’hôtel vint

annoncer le coiffeur qu’avait demandé Mme la comtesse.

--C’est trop tôt! s’écria celle-ci. Qu’il revienne à huit heures. Cela

suffira. La princesse qui est bonne catholique, a prévenu ses invités

qu’elle ne les recevrait qu’au sortir de la messe de minuit.

Mais le garçon objecta respectueusement que tout Hambourg devant se

rendre chez Son Altesse, le coiffeur ne savait où donner de la tête;

appelé de tous côtés, il avait dû commencer son service de bonne heure.

Certaines de ses clientes étaient coiffées depuis midi. Si Mme la

comtesse le renvoyait, on pouvait craindre qu’il ne revînt pas.

--Il se sait indispensable et il abuse, le traître, gronda railleusement

Mme de Bonneuil; il faut bien lui obéir. Va te mettre dans ses mains,

petite, enjoignit-elle à sa nièce. Quand il en aura fini avec toi, tu me

feras appeler.

Marguerite s’empressa d’obéir. Elle bénissait ce coiffeur providentiel

dont l’intervention lui fournissait un si bon prétexte pour s’en aller.

Après sa sortie, la conversation se renoua entre sa tante et la

Chevalier.

--Oui, ma chère, dit la première, en vous voyant descendre de voiture

avec le duc de Maligny, j’ai cru que vous voliez à de nouvelles amours

et que le pauvre Koutaïkof était oublié ou trompé.

--Ni trompé ni oublié, déclara la Chevalier. Le duc est charmant, je

n’en disconviens pas, mais bon tout au plus pour un caprice sans

lendemain. Il faudrait que je fusse folle pour lui sacrifier mon

cosaque. Quand une femme comme moi a eu l’heureuse chance de mettre la

main sur un comte Koutaïkof, elle le garde, et j’entends bien le garder.

--On peut toujours s’égarer en une fantaisie, et un voyage au pays du

Tendre en compagnie de cet aimable duc...

--A ma place, l’eussiez-vous fait, ce voyage, au risque de perdre les

bonnes grâces de votre Rostopchine? demanda la Chevalier. Ce que

Rostopchine est pour vous, Koutaïkof l’est pour moi. Que dis-je? il est

bien davantage, car vous, dans l’existence de votre illustre protecteur,

vous n’êtes qu’un passe-temps, une distraction; il ne s’illusionne pas

sur le caractère et la durée de vos sentiments; il vous regarde, soit

dit sans vous offenser, comme un bel oiseau au plumage doré, au ramage

enchanteur, mais comme un oiseau de passage, et les faveurs qu’il

continue à vous accorder ont une limite.

--C’est vrai, avoua Mme de Bonneuil.

--Tout autre est mon cosaque, continua la Chevalier. Cet enfant trouvé,

vendu comme esclave au grand-duc Paul, tour à tour valet de chambre de

ce prince, son barbier, son confident, qu’en montant sur le trône il a

élevé jusqu’aux plus hautes dignités de la cour, est un être à la fois

barbare et candide. Capable de me tuer dans un accès de fureur, s’il

apprenait que je l’ai trahi, Son Excellence le grand-écuyer, redouté des

plus puissants parce qu’il est en possession de la confiance du maître,

est devant moi timide et tremblant. Il m’adore, se croit adoré, marche

au doigt et à l’œil, subjugué par ce qu’il appelle ma beauté, mon genre

d’esprit, mes talents de comédienne dont il tire vanité plus que de tout

le reste. Ce que je veux, il le fait; ce que je demande, il me

l’accorde. Grâce à lui, un fleuve d’or coule dans mes mains. Sans parler

de ce qu’il me donne, je touche au théâtre un traitement fixe de treize

mille roubles. Mes représentations à bénéfice m’en rapportent vingt

mille. Par ses soins, mon mari a obtenu une pension; il l’a fait décorer

des ordres impériaux, nommer major honoraire dans la garde, conseiller

de collège, chevalier de Malte.

--Chevalier de Malte! s’écria la comtesse. Je croyais que pour être

admis dans cet ordre, il fallait faire vœu de chasteté, ne pas être

marié.

--Le tsar peut tout, ma chère, dit gaiement la comédienne, et mon mari a

bel et bien reçu son brevet... sans conditions, ce qui vous prouve que

protégée par Koutaïkof, je suis devenue une puissance. Je puis tout

attendre de mon cosaque, tout espérer. Le caprice d’un Maligny, si

flatteur qu’il soit, vaudrait-il, je vous le demande, que je lui

sacrifie tant d’avantages?

--Vous avez cependant voyagé avec le duc.

--Par hasard, comtesse. Partie de Saint-Pétersbourg, je venais de

dépasser Mitau où, par parenthèse, je n’ai pu présenter mes hommages au

prétendant qui a grossièrement refusé de me recevoir, ce dont je saurai

me venger, quand les essieux de ma chaise se sont rompus. Je me suis

trouvée sur la route, comme une pauvre âme en peine, avec la douce

perspective d’un arrêt de douze ou quinze heures que demandait, pour

réparer l’accident, le forgeron du prochain village. J’étais donc fort

déconfite, lorsque le duc de Maligny a passé. Il s’est galamment mis à

mes ordres, et comme il venait à Hambourg, il m’a offert de me prendre

dans sa voiture avec ma camériste et l’essentiel de mes bagages. Comment

eussé-je refusé son secours? Nous ne nous connaissions pas; mais, en

moins d’une heure, nous avons été de bons amis.

--Oh! de bons amis! fit la comtesse, en soulignant son interruption d’un

sourire d’incrédulité.

--Rien de plus, affirma gravement la Chevalier. Ma camériste est témoin:

j’ai eu soin qu’elle ne me quittât pas. Elle pourrait au besoin déposer

de ma fidélité devant Koutaïkof et devant mon mari.

--Alors, vous n’êtes pas la maîtresse du duc de Maligny? interrogea Mme

de Bonneuil.

--Et n’ai nulle envie de l’être. La place appartient à qui voudra la

prendre et à vous-même...

La comédienne n’acheva pas sa phrase. Maligny, après avoir ramené

jusqu’à la porte son visiteur, revenait vers ces dames.

--L’homme propose et Dieu dispose, fit-il en les abordant. J’avais

résolu de quitter Hambourg demain matin, et m’y voilà peut-être retenu

pour tout un jour de plus.

V

Les yeux attachés sur la Chevalier, Maligny ne vit pas le sourire de

satisfaction dont s’éclairèrent à cette nouvelle ceux de Mme de

Bonneuil. Quand il la regarda, ce sourire s’était évanoui; la comtesse

semblait s’associer à la contrariété qu’il éprouvait.

--Nous tâcherons de vous consoler de ce retard, se contenta-t-elle de

lui dire.

--Ah! que voilà une bonne intention, comtesse: j’ai tant besoin d’être

consolé! soupira-t-il, moitié sérieux, moitié gai; oh! non d’un retard

que je suis tenté de bénir puisqu’il me fixera plus longtemps auprès de

vous, mais du traitement rigoureux auquel j’ai été soumis pendant ce

trop court voyage.

--Est-ce un reproche? Est-il pour moi? demanda la comédienne sur le même

ton.

--En m’interrogeant, madame, vous avouez que vous l’avez mérité.

--Il ne m’offense pas, monsieur le duc, et je vous le prouve en vous

désignant une consolatrice.

D’un geste, elle indiqua Mme de Bonneuil.

--Fi donc! ma chère, protesta celle-ci. Que voilà une sotte

plaisanterie!

Mais la protestation n’était qu’à ses lèvres. Intérieurement, elle était

ravie de voir la Chevalier servir ses desseins et de se sentir

enveloppée du regard de Maligny, regard éloquent, langoureux, qui lui

révélait que cet aimable seigneur n’était pas homme à reculer devant

l’éventualité d’une galante aventure.

--Vous pourrez donc venir ce soir chez la princesse d’Holstein, ajouta

la comédienne. Je vais vous annoncer et la prier de vous envoyer une

invitation.

--Ne vous en donnez pas la peine, répondit Maligny. Le comte de

Thauvenay, que je quitte, s’est chargé de ce soin. Il a fortement

insisté pour que j’aille chez Son Altesse. Elle reçoit beaucoup

d’émigrés, paraît-il, et ils seront heureux, m’a-t-il assuré,

d’apprendre de ma bouche de toutes fraîches nouvelles de notre roi.

--Oh! votre roi! parlons-en, dit la Chevalier. Leur direz-vous qu’il ne

sait pas vivre, qu’il manque de courtoisie envers les femmes?

--Encore ce grief!

--J’aurai bien du mal à le lui pardonner. Ne pas me recevoir, moi, alors

que j’ai eu trois fois audience de Sa Majesté l’empereur de toutes les

Russies!

--Mon maître l’ignorait, voulut expliquer Maligny.

--Je suis dans le même cas que vous, ma chère, intervint amèrement Mme

de Bonneuil. En traversant Mitau, me rappelant que je suis Française,

j’ai tenu à l’honneur de me rendre au palais. La porte m’a été refusée,

sous prétexte que Sa Majesté ne me connaissait pas.

Maligny présenta la défense du roi. C’était à son insu que sa porte

était restée fermée. Il n’en fallait accuser que son entourage, la

sévérité de l’étiquette. Tant d’intrigants et d’espions tentaient

d’arriver à lui! Mais si ces dames, en rentrant en Russie, s’arrêtaient

à Mitau, elles seraient reçues; des ordres seraient donnés, des mesures

prises pour qu’une avanie nouvelle leur fût épargnée.

--Eh bien! on verra, dit la Chevalier, d’un accent qui sentait encore la

menace; n’en parlons plus.

Elle se levait pour partir et prit congé de Mme de Bonneuil. Maligny

l’accompagna jusqu’à sa voiture qui l’avait attendue pour la conduire

chez la princesse d’Holstein. Ils se séparèrent en se disant au revoir.

Rentré dans le hall, l’envoyé du roi voulut reprendre l’entretien avec

la comtesse; il était tout feu, tout flamme, la bouche en cœur, le geste

entreprenant. Toujours habile, elle se déroba, prodiguant à monsieur le

duc de valables excuses. Son coiffeur l’attendait. Elle ajouta que pour

faire plus ample connaissance, ils auraient, chez la princesse

d’Holstein, toute une nuit de fête, et, s’il ne partait pas, la journée

du lendemain. Ce fut convenu; Maligny se prêtait à tout; il commençait à

être ensorcelé.

Quelques instants après, la savante magicienne, dans le corridor à peine

éclairé qui desservait son appartement, rencontra Rivarennes.

--Que faites-vous là? lui demanda-t-elle, offensée de le surprendre la

surveillant.

--Je vous attendais pour savoir...

--Si j’accepte la mission que vous m’avez offerte. Oui, je l’accepte.

--Bravo! fit-il joyeusement.

--Rappelez-vous vos promesses. Moi, je tiendrai les miennes; je crois

que ce ne sera pas difficile. Et maintenant, filez. Il n’est pas bon

qu’on nous voie plus longtemps ensemble.

Comme il venait de disparaître, la porte d’une chambre s’ouvrit; le

coiffeur en sortait; il en avait fini avec mademoiselle et allait se

mettre aux ordres de Mme la comtesse. Elle le précéda chez elle, sans

songer à se demander si sa nièce avait ou non entendu les propos qu’elle

venait d’échanger avec Rivarennes.

L'espionne · 第 7 / 26 题