Les troupes se dispersèrent pour aller prendre leurs quartiers
d'hiver. Le 6 novembre, la milice de Virginie quitta son camp pour se
porter dans le Sud, sous les ordres du général Green. Le 6, en même
temps que Dumas détruisait les fortifications de Portsmouth, les
ingénieurs faisaient détruire les parallèles tracées par les alliés
devant York, et rétablissaient les défenses extérieures de la place en
les rapprochant de son enceinte continue.
Le général Washington, qui avait fait partir dans le Sud les milices
de la Virginie, détacha encore de son armée le général La Fayette avec
les troupes de Maryland et de Pensylvanie pour aller aussi renforcer
l'armée du général Green. Il s'embarqua lui-même à York et ramena tout
le reste des troupes américaines à Head-of-Elk, pour se diriger de là
vers la rivière Hudson.
Le baron de Vioménil obtint de retourner en France, où des affaires
personnelles exigeaient sa présence. Son frère, le vicomte de
Vioménil, le remplaça dans son commandement.
Du 15 au 18, les Français entrèrent dans leurs quartiers d'hiver et
prirent les positions suivantes:
La légion de Lauzun, commandée par M. de Choisy, à Hampton.
Le régiment de Soissonnais à York, avec les grenadiers et chasseurs
de Saintonge; le régiment de Saintonge entre York et Hampton, à
Half-Way-House; une compagnie d'artillerie et un détachement de
cinquante hommes à Glocester; le tout commandé par le vicomte de
Vioménil.
Le quartier général de M. de Rochambeau, où se trouvait aussi M. de
Chastellux, était à Williamsbourg. Le régiment complet de Bourbonnais
et celui de Deux-Ponts y avaient aussi leurs cantonnements.
Trois compagnies de Deux-Ponts furent détachées à James Town sous
les ordres d'un capitaine, et l'artillerie de siège fut placée à
West-Point, en Virginie, sous le commandement d'un officier de cette
arme.
De cette position intermédiaire entre l'armée du Nord et celle du Sud,
M. de Rochambeau était en mesure de porter du secours aux provinces
qui seraient le plus menacées par l'ennemi. Mais le coup décisif était
frappé, puisqu'il ne restait plus aux Anglais que la ville de New-York
et les places de Savannah et de Charleston.
Pendant que La Fayette accourait à marches forcées pour se joindre
à l'armée de Green, celui-ci, craignant que le renfort arrivé à
Charleston et celui de quatre mille hommes qu'on y attendait d'Irlande
ne missent les Anglais en état de reprendre l'offensive, sollicita
vivement de M. de Rochambeau de lui envoyer un fort détachement de
troupes françaises. Mais le général français, estimant que le général
Green se laissait influencer par les faux bruits que l'ennemi faisait
répandre, ne changea rien à ses dispositions. Il laissa son infanterie
dans ses quartiers d'hiver et se borna à étendre ceux de la légion
de Lauzun, commandée par M. de Choisy, jusqu'aux frontières de la
Caroline du Nord. Il chargea cependant l'adjudant général Dumas de
pousser des reconnaissances bien au delà et de préparer des ouvertures
de marche dans le cas où des circonstances qu'il ne prévoyait pas
exigeraient qu'il fît avancer une partie de son armée. Dumas
resta occupé de ces fonctions pendant tout l'hiver, ne revenant à
Williamsbourg que rarement, pour rendre compte au général de ses
opérations et pour soigner son ami Charles de Lameth, toujours
très-souffrant de ses blessures, et qui retourna en France aussitôt
qu'il fut en état de supporter la mer.
La Fayette partit aussi de Boston pour la France, sur l'Alliance, le
23 décembre 1781. Il arriva en vingt-trois jours dans sa patrie, où
il se consacra encore au service de la cause des Américains, en y
employant la faveur dont il jouissait à la cour et les sympathies que
sa conduite lui avait acquises dans l'opinion publique.