La nuit suivante (du 4 au 5 octobre), le baron de Vioménil, officier
général de jour, ordonna aux patrouilles de s'avancer jusque sous
les retranchements des ennemis, ce qu'elles exécutèrent avec succès.
Toutes eurent l'occasion de tirer leurs coups de fusil, et l'ennemi,
très-inquiété, ne cessa de tirer le canon sans produire toutefois
aucun mal.
Le 6 octobre, l'artillerie de siège était presque toute arrivée, les
fascines, les gabions, les claies, préparés, l'emplacement de la
tranchée parfaitement reconnu. Le comte de Rochambeau donna l'ordre de
l'ouvrir le soir même[206].
[Note 206: J'ai trouvé les détails du service pendant le siège dans le
Journal de M. de Ménonville.]
Furent commandés pour ce service:
Maréchal de camp: M. le baron de Vioménil.
Brigadier: le comte de Custine.
Bourbonnais: deux bataillons.
Soissonnais: id.
Travailleurs de nuit: mille hommes.
Ces mille hommes étaient composés avec deux cent cinquante pris dans
chacun des quatre régiments qui n'étaient pas de tranchée, non compris
celui de Touraine, chargé d'un travail spécial que j'indique plus
loin.
M. de Vioménil disposa dès cinq heures du soir les régiments dans la
place qu'ils devaient couvrir. Les officiers du génie (de Querenet
pour les Français et du Portail pour les Américains) installèrent à la
nuit close, environ vers huit heures, les travailleurs, qui se mirent
de suite à l'oeuvre dans le plus grand silence. Ils ne furent pas
inquiétés par les Anglais, qui portaient toute leur attention et
dirigèrent tout leur feu sur le régiment de Touraine. Celui-ci était
chargé, à l'extrême gauche de la ligne française, de construire une
batterie de huit pièces de canon et dix obusiers pour servir de fausse
attaque. Pendant cette nuit et de ce côté seulement, un grenadier fut
tué, six autres blessés et un capitaine d'artillerie, M. de La Loge,
eut une cuisse emportée par un boulet. Il mourut quelques heures
après.
La gauche de l'attaque commençait à la rivière d'York, à environ deux
cents toises de la place, et la parallèle s'étendait vers la droite en
s'éloignant de cinquante à soixante toises jusque près de la nouvelle
redoute construite par les Américains. En cet endroit elle se reliait
à la tranchée ouverte, en même temps par ces derniers.
Le 7 octobre, le service fut ainsi organisé:
Maréchal de camp: M. de Chastellux.
Agenais: deux bataillons.
Saintonge: id.
Travailleurs de nuit: neuf cents hommes.
Au point du jour, les travaux de la grande attaque se trouvèrent en
état de recevoir les troupes. On s'occupa d'établir des batteries
ainsi que des communications entre ces batteries et les tranchées
ouvertes. Il y eut trois hommes de blessés.
Le 8, maréchal de camp: le marquis de Saint-Simon.
Brigadier: de Custine.
Gâtinais: deux bataillons.
Royal Deux-Ponts: deux bataillons.
Auxiliaires: les grenadiers de Soissonnais et de Saintonge.
Travailleurs de nuit: huit cents hommes.
La batterie du régiment de Touraine fut terminée ainsi qu'une autre
construite par les Américains; mais on avait donné l'ordre de ne pas
tirer encore. Les ennemis, au contraire, ne cessaient de canonner. Ils
ne tuèrent cette nuit qu'un homme et en blessèrent un autre.
Le 9, maréchal de camp: le comte de Vioménil.
Bourbonnais: deux bataillons.
Soissonnais: id.
Auxiliaires: chasseurs d'Agenais et de Gâtinais.
Travailleurs de nuit: sept cents hommes.
Une frégate ennemie, la _Guadeloupe_, de vingt-six canons, ayant
tenté de remonter la rivière, la batterie de Touraine tira sur elle à
boulets rouges. La frégate se mit à couvert sous le feu de la ville;
mais le _Charon_, vaisseau ennemi de cinquante, fut atteint et
brûla[207]. Le soir, la batterie américaine commença aussi un feu
soutenu. Les déserteurs apprirent que lord Cornwallis avait été
surpris de cette attaque de l'artillerie. Ses troupes en étaient
décontenancées, car leur général leur avait assuré que les assiégeants
n'étaient pas à craindre malgré leur nombre, puisqu'ils n'avaient pas
de canons. Il y eut ce jour deux blessés.
[Note 207: Jamais spectacle plus horrible et plus beau n'a pu s'offrir
à l'oeil. Dans une nuit obscure, tous ses sabords ouverts jetant des
gerbes de feu, les coups de canon qui en partaient, l'aspect de
toute la rade, les vaisseaux sous leurs huniers fuyant les vaisseaux
enflammés, tout cela faisait un spectacle terrible et grandiose.
(_Mercure de France_, novembre 1781; rapport d'un officier général
français.)]
Le 10, au matin, huit bateaux plats des ennemis chargés de troupes
remontèrent la rivière à environ un mille et tentèrent de débarquer du
côté de M. de Choisy. Celui-ci, instruit de leur projet, les reçut
à coups de canon et les força à s'en retourner. Le même jour, les
Français démasquèrent une forte batterie sur le milieu de leur front.
Son tir parut faire beaucoup de dégâts au milieu des batteries
ennemies, qui ralentirent leur feu.
Maréchal de camp: le baron de Vioménil.
Brigadier: M. de Custine.
Agenais et Saintonge: deux bataillons chacun.
Travailleurs de nuit: trois cents hommes.
Il y eut un soldat tué et trois blessés.
Le 11, M. de Chastellux étant maréchal de camp, huit cents
travailleurs, sous la protection de deux bataillons de Gâtinais et
de deux bataillons de Deux-Ponts, commencèrent la construction de
la seconde parallèle à environ cent quarante toises en avant de la
première et à petite portée de fusil de la place. On s'attendait à
une vigoureuse sortie et l'on avait renforcé les quatre bataillons de
service ordinaire de quelques compagnies auxiliaires de grenadiers de
Saintonge et de chasseurs de Bourbonnais. Mais on n'eut qu'à échanger
quelques coups de fusil avec de faibles patrouilles anglaises qui ne
s'attendaient pas sans doute à trouver les assiégeants si près. Il y
eut quatre hommes blessés: à la grande attaque et trois à l'attaque de
Touraine. Les Américains maintenaient leurs travaux à la hauteur de
ceux des Français.
Le 12, maréchal de camp: M. de Saint-Simon; Brigadier: M. de Custine;
Bourbonnais: deux bataillons. Soissonnais: id.
Auxiliaires: grenadiers d'Agenais et de Gâtinais.
On occupa six cents travailleurs à achever la seconde parallèle et à
construire des batteries. L'ennemi dirigea sur ce point un feu assez
nourri, qui tua six hommes et en blessa onze. Deux officiers de
Soissonnais, MM. de Miollîs et Durnes furent blessés.
Le 13 se passa en travaux exécutés sur les mêmes points par six cents
hommes, protégés par quatre bataillons d'Agenais et de Saintonge, sous
les ordres de M. le vicomte de Vioménil, maréchal de camp. On échangea
beaucoup de bombes et de boulets de canon. Aussi y eut-il un homme tué
et vingt-huit blessés.
Pour que cette seconde parallèle pût comme la première s'allonger
vers la droite jusqu'à la rivière d'York, il fallait nécessairement
s'emparer de deux redoutes ennemies qui se trouvaient sur son trajet.
L'une de ces redoutes était à l'extrême droite sur le bord du fleuve
en avant des troupes américaines; l'autre, qui n'en était pas éloignée
de plus de cent toises, était à la jonction de la parallèle des
Américains avec celle des Français, à la droite de ceux-ci. La prise
de ces redoutes était devenue indispensable.
Le 12, les généraux accompagnés de quelques d'aciers de leur
état-major, au nombre desquels était Dunks, s'étaient rendus, à
l'attaque des Français, dans une batterie fort bien placée deçà d'un
ravin qui la séparait de la redoute la plus éloignée du fleuve. Le
baron de Vioménil témoignait une grande impatience. Il soutenait
que les canons de la batterie dans laquelle on se trouvait avaient
suffisamment endommagé la redoute qu'on retardait inutilement
l'attaque, puisque le feu de l'ennemi paraissait éteint. «Vous vous
trompez, lui dit M. de Rochambeau; mais en reconnaissant l'ouvrage
de plus près on pourra s'en assurer.» Il ordonna de cesser le feu,
défendit à ses aides de camp de le suivre et n'y autorisa que son
fils, le vicomte de Rochambeau. Il sortit de la tranchée, descendit
lentement dans le ravin en faisant un détour, et, remontant ensuite
l'escarpement opposé, il s'approcha de la redoute jusqu'aux abatis qui
l'entouraient. Après l'avoir bien observée, il revint à la batterie
sans que l'ennemi l'eût dérangé par le moindre coup de feu. «Eh bien,
dit-il, les abatis et les palissades sont encore en bon état. Il
faut redoubler notre feu pour les briser et écrêter le parapet; nous
verrons demain si la poire est mûre.» Cet acte de sang-froid et de
courage modéra l'ardeur du baron de Vioménil.[208]
[Note 208: 12 octobre 1181, il y avait à l'hôpital de Williamsbourg
quatre cents malades ou blessés et treize officiers, avec défaut
complet de moyens. Il fallait, non-seulement des secours pour
l'ambulance, mais aussi pour M. de Choisy du côté de Glocester. M.
Blanchard déploya dans son service la plus grande activité et le zèle
le plus louable; mais il avoua que si le nombre des blessés avait été
plus grand, il aurait été dans l'impossibilité de leur faire donner
les soins nécessaires.]
[Illustration: Gravé par Anna M Lea de Philadelphie ROCHAMBEAU Gravé
d'après un croquis du temps.]
L'attaque des redoutes fut décidée pour le 14 au soir. Le baron de
Vioménil était maréchal de camp de service et M. de Custine brigadier.
Il y avait à la tranchée deux bataillons de Gâtinais, deux autres de
Deux-Ponts, et, en outre, des auxiliaires tirés des grenadiers de
Saintonge, des chasseurs de Bourbonnais, d'Agenais et de Soissonnais.
Dès le matin, M. de Vioménil sépara les grenadiers et les chasseurs
des deux régiments de tranchée et en forma un bataillon dont il donna
le commandement à Guillaume de Deux-Ponts en lui disant qu'il croyait
par là lui donner une preuve de sa confiance. Ces paroles remplirent
de joie M. de Deux-Ponts, qui se douta bien de ce qu'on attendait de
lui. Dans l'après-midi, M. de Vioménil vint prendre cet officier et
l'emmena avec le baron de l'Estrade, lieutenant-colonel de Gâtinais,
qu'il lui donna pour second, et deux sergents des grenadiers et
chasseurs du même régiment, Le Cornet et Foret. Ceux-ci, aussi
braves qu'intelligents au rapport de Guill. de Deux-Ponts, étaient
spécialement chargés de reconnaître avec la dernière exactitude le
chemin que l'on devrait suivre pendant la nuit. Ils devaient marcher à
la tête des porte-haches. M. de Deux-Ponts revint ensuite former son
bataillon et le conduisit à l'endroit de la tranchée le plus voisin de
celui d'où on devait déboucher.
A ce moment M. de Rochambeau vint dans la tranchée et, s'adressant aux
soldats du régiment de Gâtinais, il leur dit: «Mes enfants, si j'ai
besoin de vous cette nuit, j'espère que vous n'avez pas oublié que
nous avons servi ensemble dans ce brave régiment d'Auvergne sans
tache, surnom honorable qu'il a mérité depuis sa création.» Ils lui
répondirent que, si on leur promettait de leur rendre leur nom, ils
allaient se faire tuer jusqu'au dernier. M. de Rochambeau le leur
promit, et ils tinrent parole comme on le verra. Le roi, sur le
rapport que lui fit M. de Rochambeau de cette affaire, écrivit de sa
main: bon pour Royal-Auvergne.
M. le baron de Vioménil dirigeait l'attaque; mais le commandement
immédiat en était donné à Guillaume de Deux-Ponts. Les chasseurs de
Gâtinais, commandés par le baron de l'Estrade, avaient la tête de la
colonne. Ils étaient par pelotons. Au premier rang se trouvaient les
deux sergents Foret et Le Cornet, avec huit charpentiers précédant
cent hommes portant les uns des fascines et les autres des échelles ou
des haches. M. Charles de Lameth, qui venait de remettre le service de
tranchée à Dumas, s'était joint à cette première troupe ainsi que
M. de Damas. Venaient ensuite les grenadiers de Gâtinais rangés par
files, sous le commandement de M. de l'Estrade, puis les grenadiers
et chasseurs de Deux-Ponts en colonne par sections. Les chasseurs des
régiments de Bourbonnais et d'Agenais suivaient à cent pas en arrière
de ce bataillon, commandé par Guill. de Deux-Ponts[209]. Le second
bataillon du régiment de Gâtinais, commandé par le comte de Rostaing,
terminait la réserve. M. de Vauban, qui avait été chargé par M. de
Rochambeau de lui rendre compte de ce qui se serait passé, se tenait
auprès de M. de Deux-Ponts. Celui-ci donna l'ordre de ne tirer que
lorsqu'on serait arrivé sur le parapet, et défendit que personne
sautât dans les retranchements avant d'en avoir reçu l'ordre. Après
ces dernières instructions, on attendit le signal convenu pour se
mettre en marche.
[Note 209: Il est à remarquer que Guillaume de Deux-Ponts, bien qu'il
ne fût que lieutenant-colonel, fut toujours chargé de postes plus
importants que le marquis son frère, qui était colonel du même
régiment.]
L'attaque des troupes françaises sur la redoute de gauche était
combinée avec celle des troupes américaines aux ordres de La Fayette
et Steuben sur la redoute de droite. Elles devaient se faire toutes
les deux au même signal. Le régiment de Touraine devait simultanément
les soutenir par une fausse attaque, et M. de Choisy, par une
démonstration du côté de Glocester.
Les six bombes qui devaient donner le signal furent tirées vers
onze heures, et les quatre cents hommes que commandait Guillaume de
Deux-Ponts se mirent en marche dans le plus profond silence. À cent
vingt pas environ de la redoute, ils furent aperçus par une sentinelle
hessoise qui, du haut du parapet, cria en allemand Wer da? (Qui
vive?). On ne répondit rien, mais on doubla le pas. Immédiatement
l'ennemi fit feu. On ne lui répondit pas davantage, et les
charpentiers qui marchaient en tête attaquèrent les abatis à coups de
hache. Ils étaient encore bien forts et bien conservés, malgré le feu
continu des jours précédents. Ils arrêtèrent quelques instants la
colonne d'attaque, qui, se trouvant encore à vingt-cinq pas de la
redoute, aurait été fort exposée si l'obscurité n'avait enlevé au tir
de l'ennemi toute précision. Une fois les abatis et les palissades
franchis avec résolution, les fascines furent jetées dans le fossé, et
tous luttèrent d'ardeur et d'activité pour se faire jour au travers
des fraises ou monter à l'assaut.
Charles de Lameth parvint le premier sur le parapet et il reçut à bout
portant la première décharge de l'infanterie hessoise. Une balle lui
fracassa le genou droit, une autre lui traversa la cuisse gauche. M.
de l'Estrade, malgré son âge, escaladait le parapet après lui. Mais
telle était l'ardeur des soldats que l'un d'eux ne reconnaissant
pas son chef, se suspendit à son habit pour s'aider à monter et
le précipita dans le fossé où plus de deux cents hommes passèrent
nécessairement sur son corps. Bien qu'il fût tout meurtri, M. de
l'Estrade se releva et remonta à l'assaut. M. de Deux-Ponts retomba
aussi dans le fossé après une première tentative. M. de Sillègue,
jeune officier des chasseurs de Gâtinais, qui était un peu plus en
avant, vit son embarras et lui offrit son bras pour l'aider à monter.
Au même instant il reçut un coup de fusil dans la cuisse. Un petit
nombre d'hommes étant enfin parvenus sur le parapet, M. de Deux-Ponts
ordonna de tirer. L'ennemi faisait un feu très-vif et chargeait
à coups de baïonnette, mais sans faire reculer personne. Les
charpentiers avaient fini par faire dans les palissades une large
brèche qui permit au gros de la troupe d'arriver sur le parapet. Il se
garnissait rapidement et le feu des assaillants devenait très-vif à
son tour, tandis que l'ennemi s'était placé derrière une sorte de
retranchement de tonneaux qui ne le protégeait guère.
Le moment était venu du reste de sauter dans la redoute et M. de
Deux-Ponts se disposait à faire avancer à la baïonnette, quand les
Anglais mirent bas les armes. Un cri général de _Vive le roi_ fut
poussé par les Français qui venaient d'emporter la place. Ce cri
eut un écho parmi les troupes de la tranchée. Mais les Anglais y
répondirent des autres postes par une salve d'artillerie et de
mousqueterie. «Jamais je ne vis un spectacle plus majestueux. Je ne
m'y arrêtai pas longtemps; j'avais mes soins à donner aux blessés,
l'ordre à faire observer parmi les prisonniers, et des dispositions à
prendre pour garder le poste que je venais de conquérir[210].»
[Note 210: Deux-Ponts.]
L'ennemi se contenta d'envoyer quelques boulets sur la redoute,
mais ne fit pas de tentative sérieuse pour la reprendre. Comme une
sentinelle vint avertir M. de Deux-Ponts que l'ennemi paraissait,
il avança la tête hors du parapet pour regarder: au même instant un
boulet vint frapper le parapet tout près de sa tête et ricocha en lui
criblant la figure de sable et de gravier. Cette blessure était peu
grave, mais elle ne le força pas moins à quitter son poste pour aller
à l'ambulance.
Dans les sept minutes qui suffirent pour emporter cette redoute, les
Français perdirent quarante-six hommes tués et soixante-deux blessés,
parmi lesquels six officiers: MM. Charles de Lameth, Guillaume de
Deux-Ponts, de Sireuil, capitaine de Gâtinais, de Sillègue et de
Lutzon. M. de Berthelot, capitaine en second de Gâtinais, fut tué.
Dès que Dumas fut informé de la blessure de son ami Charles de Lameth,
il accourut auprès de lui à l'ambulance. Les chirurgiens déclarèrent
d'abord qu'il ne pourrait être sauvé que par l'amputation des deux
cuisses, mais le chirurgien en chef, M. Robillard, plutôt que de
réduire à l'état de cul-de-jatte un jeune officier de cette espérance,
ne voulut pas faire les amputations et s'en remit à la nature pour la
guérison de blessures aussi graves. Le succès couronna sa confiance.
Charles de Lameth se remit promptement et revint en France deux mois
après.