On raconte que Barbe-Bleue tuait parfois les épouses ayant cessé de
plaire en les chatouillant.
Ceci est peut-être une légende. En tout cas, Barbe-Bleue en est une, et
ce n'est pas là qu'il faut aller chercher des documents scientifiques.
Mais, si le chatouillement ne tue pas--ce dont on ne sait rien,
d'ailleurs, personne n'ayant fait l'expérience--il est certain que,
d'après les faits que M. Charles Féré a récemment présentés à la Société
de Biologie, le chatouillement peut faire beaucoup de mal. Il peut
favoriser l'apparition de l'épilepsie: un petit garçon est devenu
épileptique à la suite d'un chatouillement peu prolongé des aisselles.
Une jeune fille, encore, est devenue choréique dans les mêmes
conditions.
Dans d'autres cas, le mal a été moins grave: les sujets sont devenus
neurasthéniques.
D'autres observateurs ont signalé des accidents d'un autre ordre: on a
vu se développer des troubles cardiaques. Il n'y a pas à être très
surpris du contre-coup grave que peut avoir le chatouillement.
L'irritation cutanée peut bien, semble-t-il, exercer des actions à
distance aussi vives que l'irritation des fosses nasales, de l'intestin,
du conduit auditif, etc., par des parasites. Aussi faut-il considérer le
chatouillement comme un amusement qui peut avoir des conséquences
funestes: un amusement à proscrire.