LES TRAMWAYS-ARROSOIRS.

[Illustration: L'arrosage par tramway automobile dans les rues de Milan.

_Phot. Varischi-Artico._]

La ville de Milan a eu la primeur, en Europe, de l'arrosage des rues au

moyen des tramways électriques.

A la vérité, on trouverait assez difficilement une autre ville se

prêtant aussi bien à une innovation de ce genre.

Offrant l'image d'un cercle presque parfait, avec sa grande place du

Dôme au centre et ses rues principales y aboutissant toutes, Milan

possédait depuis longtemps le réseau de tramways le plus parfait du

vieux monde, se développant sur 150 kilomètres.

Soit dit en passant, ce service modèle est la propriété de la ville qui

en a concédé l'exploitation à la Compagnie Edison. L'entreprise est

fructueuse pour la bailleresse comme pour la Compagnie fermière, puisque

chacune d'elles y réalise un bénéfice net de plus d'un million par an.

Et cela malgré--ou plutôt à cause de--la modicité du prix des places:

dix centimes après neuf heures du matin, cinq centimes auparavant: cela

encore, dans des voitures confortables, élégantes, légères et propres,

se succédant à intervalles assez rapprochés pour assurer la rapidité des

trajets, sans qu'il y ait jamais ni vide, ni encombrement.

L'invention américaine des tramways-arrosoirs devait nécessairement y

trouver une application pratique.

On a construit à cet effet des wagons spéciaux. Sur des

wagons-plates-formes ordinaires ont été adaptés des réservoirs de la

capacité de trente mètre» cubes environ chacun. Le long du parcours sur

les rails, ces réservoirs sont vidés au moyen de tubes perforés,

disposés en éventail à l'avant et à l'arrière des wagons et tournés

obliquement, sur les deux côtés, vers la droite et vers la gauche. Dans

l'intérieur des réservoirs, l'eau subit une pression de quatre

atmosphères, ce qui a pour but d'élargir le rayon d'arrosage, tout en

diminuant la dépense en liquide.

A l'avant et à l'arrière des wagons (afin de pouvoir manoeuvrer en tous

sens) sont ménagées deux terrasses où se tient le personnel de service.

Au moment de la mise en marche, le conducteur lance son véhicule comme

un simple wagon à voyageurs; à sa gauche et à sa droite prennent place,

sur la terrasse, les deux _arroseurs_ qui règlent la distribution d'eau

selon les parcours et selon la largeur des voies; l'éventail de

projection des eaux peut être élargi ou resserré à volonté, et la

distance des jets de pluie réglée à quelques centimètres près.

L'arrosage d'une ville de six cent mille habitants est ainsi assuré en

moins d'une heure.

Pour voir fonctionner ce curieux système il faut se lever de bon matin,

car les «arrosoirs électriques» cèdent la place dès cinq heures au

service des voyageurs.

L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905 · 第 21 / 34 题