On annonce que le gouvernement russe vient de commander un certain
nombre de mitrailleuses d'un modèle tout récemment créé par un ingénieur
danois, M. Rexer. Le Japon avait d'ailleurs devancé son adversaire: il
va utiliser à bref délai, si ce n'est fait déjà, une quantité importante
de «rexers», et l'armée anglaise a mis, la semaine dernière, en essais
la nouvelle arme. En effet, l'an dernier, tandis que le roi Édouard VII
était en Danemark, il avait eu l'occasion d'assister aux expériences de
M. Rexer et en avait immédiatement signalé l'intérêt au War Office.
L'armée anglaise fut ainsi la première cliente de l'inventeur, que le
gouvernement de son propre pays n'encourageait guère.
A en croire les spécialistes, la mitrailleuse, ou plutôt le fusil
automatique Rexer, est une arme parfaite et appelée à détrôner les
engins du même genre, comme les maxims, en usage jusqu'à présent.
Le rexer est, en réalité, une sorte de gros mousquet. On peut voir sur
nos photographies combien sont réduites ses dimensions. Il ne pèse que 8
kilogrammes, alors que le poids de la moins lourde des mitrailleuses en
service est de 37 kilogrammes. Un fantassin le porte aisément à la
bretelle. Un cavalier le pend à l'arçon de sa selle, tandis qu'un cheval
peut suivre avec 8.000 cartouches, de la dimension même des projectiles
lancés par les maxims, et contenues dans un magasin en éventail, le
«ruban à cartouches», qui, au moment de l'action, s'adapte directement
sur le fusil.
Quant au fonctionnement de l'arme, tout ce qu'on en connaît par les
quelques détails publiés jusqu'à ce jour, c'est que le canon, enfermé
dans une enveloppe ou tube extérieur, est en partie mobile; le mouvement
de recul que lui imprime chaque détonation est corrigé par l'action d'un
ressort qui le ramène à sa place normale.
Ce double mouvement de va-et-vient actionne le mécanisme renfermé dans
la culasse; celle-ci s'ouvre automatiquement; la cartouche vide est
expulsée et la culasse se referme sur la nouvelle cartouche.
L'arme est complétée par un chevalet à deux jambes fixé à l'extrémité du
canon, sur le tube extérieur. Pour tirer, l'homme peut s'étendre à plat
ventre sur le terrain; il appuie la crosse sur son épaule droite; de la
main gauche, il met en place les rubans à cartouches. Il n'a plus qu'à
toucher la détente pour épuiser, en moins de deux secondes, le magasin
qui comporte vingt-cinq cartouches.
Après quelque entraînement, un homme peut tirer jusqu'à trois cents
coups en une minute, résultat obtenu au cours des essais qui ont eu lieu
la semaine dernière à Ealing (Angleterre). Grâce au tube extérieur et
aux deux pieds fixés à l'extrémité du canon, réchauffement de ce dernier
n'interrompt pas le tir.
Nous ajouterons que les cartouches peuvent être tirées une à une, comme
avec un fusil ordinaire, ce qui permet au soldat, en cas de besoin, de
prendre son temps pour viser. L'effet du recul étant presque nul, l'arme
ne dévie pas sensiblement pendant le tir et c'est un jeu pour un bon
tireur, ainsi que l'ont prouvé les exercices de tir exécutés à
Copenhague, que de faire mouche avec les vingt-cinq balles du magasin.