PUBLICITÉ PITTORESQUE AU JAPON.

Décidément, les Japonais ont résolu d'étonner le monde en s'assimilant

la civilisation occidentale sous toutes ses formes: rien n'échappe à

leur ardeur imitatrice, pas même la très moderne industrie de la

publicité. Chez nous, on ne le sait que trop, hélas! celle-ci ne se

contente plus des murailles des villes et des épaules des

hommes-affiches pour étaler ses mirifiques boniments, copieusement

illustrés et violemment enluminés; elle s'est emparée des terrains

situés en bordure des voies ferrées, elle envahit les sites les plus

agrestes, à la grande désolation des amateurs de paysages. Cette

innovation du progrès était, paraît-il, une de celles que le Japon nous

enviait, à l'égal de nos institutions; comme nous, il avait déjà des

chemins de fer, mais il se sentait en état d'infériorité notoire, tant

que son réseau n'était pas, comme le nôtre, bordé d'un indicateur

commercial exhibant, sur le passage des trains, d'aguichantes réclames,

et son amour-propre national devait en souffrir. Là encore, les Nippons,

se piquant d'émulation, ont voulu se mettre «à la hauteur»; c'est chose

accomplie aujourd'hui. Ils apportent d'ailleurs à l'application du

système leur ingéniosité proverbiale, les ressources particulières de

leur art et, en voyageant chez eux, à la vue de ces écriteaux décorés

d'images, de ces édicules bizarres, de ces mannequins dressés le long

des rails, peut-être, le prestige de l'exotisme aidant, goûterions-nous

le pittoresque «bien japonais» d'un procédé de publicité emprunté par

eux à notre Occident, où, bien que fort pratiqué, il ne compte pas

précisément parmi les spectacles faits à souhait pour le plaisir des

yeux.

L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905 · 第 19 / 34 题