Les Italiens voulurent essayer d'abord de parer à l'inconvénient qu'on

leur reprochait, en imprimant le canevas des pièces qu'ils

représentaient. Ainsi firent-ils pour l'_Arlequin bouffon de cour;_

mais cela ne prit pas, et, à la suite d'une représentation de cette

comédie, Thomassin, l'_Arlequin_ de la troupe, s'avança sur le bord du

théâtre, et, s'adressant aux spectateurs dans un jargon moitié

italien, moitié français, dit:--«Messieurs, je veux vous dire _una

picciole fable_ que j'ai lue ce matin, car il me prend quelquefois

envie de _diventar_ savant; mais la _diro_ en italien, et ceux qui

l'_entenderrano_, l'_expliqueranno_ à ceux qui ne l'entendent pas.»

Alors il raconta, de la manière la plus comique, la fable de La

Fontaine, du _Meunier, de son fils et l'âne_; il accompagnait son

récit de tous les gestes qui lui étaient familiers: il descendait de

l'âne avec le meunier, il y montait avec le jeune homme, il trottait

devant eux, il prenait tous les différents tons des donneurs de

conseils, et, après avoir fini ce récit comique, il ajouta en

français:--«Messieurs, venons à l'application. Je suis le bonhomme, je

suis son fils, et je suis encore l'âne. Les uns me disent: Arlequin,

il faut parler français, les dames ne vous entendent point et bien des

hommes ne vous entendent guère. Lorsque je les ai remerciés de leur

avis, je me tourne d'un autre côté, et des seigneurs me disent:

Arlequin, vous ne devez pas parler français, vous perdez votre feu,

etc. Je suis bien embarrassé; parlerai-je italien, parlerai-je

français, Messieurs?» Alors quelqu'un du parterre, qui avait

apparemment recueilli les voix, répondit:--«Parlez comme il vous

plaira, vous ferez toujours plaisir.»

Les comédiens comprirent la nécessité de jouer des pièces françaises

s'ils ne voulaient pas assister à la ruine de leur établissement. Ils

eurent recours au répertoire de l'ancien Théâtre-Italien; mais le goût

se modifie, change, et malheureusement pour la troupe de Lélio, ce qui

avait fait plaisir avant 1697, ennuya après 1716. Plusieurs fois ces

pauvres diables furent sur le point d'abandonner à tout jamais la

France et de retourner en Italie. Voulant cependant essayer de

ramener le public dans leur salle, ils chargèrent celui d'entre eux

qui faisait habituellement le rôle d'Arlequin, d'adresser un petit

discours au public à l'une des représentations:

«Messieurs, dit Arlequin, on me fait jouer toutes sortes de rôles, je

sens que dans beaucoup je dois vous déplaire. Le balourd de la veille

n'est plus le même homme le lendemain, et parle esprit et morale.

J'admire avec quelle bonté vous supportez toutes ces disparates;

heureux, si votre indulgence pouvait s'étendre jusqu'à mes camarades,

et si je pouvais vous réchauffer pour nous! Deux choses vous

dégoûtent, nos défauts et ceux de nos pièces. Pour ce qui nous

regarde, je vous prie de songer que nous sommes des étrangers,

réduits, pour vous plaire, à nous oublier nous-mêmes. Nouveau langage,

nouveau genre de spectacle, nouvelles mœurs. Nos pièces originales

plaisent aux connaisseurs; mais les connaisseurs ne viennent point les

entendre. Les dames (et sans elles tout languit) les dames, contentes

de plaire dans leur langue naturelle, ne parlent ni n'entendent la

nôtre, comment nous aimeraient-elles? Quelque difficile qu'il soit de

se défaire des préjugés de l'enfance et de l'éducation, notre zèle

pour votre service nous encourage; et pour peu que vous nous mettiez

en état de persévérance, nous espérons devenir, non d'excellents

acteurs, mais moins ridicules à vos yeux, peut-être supportables. A

l'égard de nos pièces, je ne puis trop envier le bonheur de nos

prédécesseurs, qui vous ont attirés et amusés avec les mêmes scènes

qui, reprises aujourd'hui, vous ennuient, et dont vous pouvez à peine

soutenir la lecture. Le goût des spectateurs est changé et

perfectionné: pourquoi celui des auteurs ne l'est-il pas de même? Vous

voulez (et vous avez raison) qu'il y ait dans une comédie du jeu, de

l'action, des mœurs, de l'esprit et du sentiment, en un mot, qu'une

comédie soit un ragoût délicat, où rien ne domine, où tout se fasse

sentir. Plus à plaindre encore que les auteurs, nous sommes

responsables et de ce qu'ils nous font dire, et de la manière dont

nous le disons. J'appelle de cette rigueur à votre équité: mesurez

votre indulgence sur nos efforts, nous les redoublerons tous les

jours. En nous protégeant, vous vous préparez, dans nos enfants, de

jeunes acteurs, qui, nés parmi vous, qui formés, pour ainsi dire, dans

votre goût, auront peut-être un jour le bonheur de mériter vos

applaudissements. Quel que puisse être leur succès, ils n'auront

jamais pour vous plus de zèle et plus de respect que leurs pères.»

Ce discours sauva la Comédie-Italienne. Le public devint plus

indulgent, quelques auteurs donnèrent des pièces plus convenables, les

comédiens se formèrent, et enfin on parvint à remonter ce théâtre, qui

avait été à deux doigts de sa perte. La chose n'avait pas été sans

difficulté et cela se conçoit, presque tout le mérite de l'ancienne

comédie italienne avait été concentré dans le jeu d'Arlequin. Les

autres acteurs étaient sacrifiés. Les _arlequinades_ étant passées de

mode, il fallut aviser à remplacer les pièces à _Arlequin_, à

_Scaramouche_, et à autres personnages du même genre par des pièces

d'un comique de meilleur aloi. On crut y réussir en imaginant un genre

qui tînt le milieu entre la comédie française et la comédie italienne.

Le _Vaudeville_, puis bientôt après le véritable _Opéra-Comique_, tel

qu'il existe encore maintenant, virent le jour.

Tout le monde connaît ce vers de Boileau:

Le Français, né malin, créa le vaudeville.

Après un pareil brevet d'origine, donné au vaudeville, nous n'oserions

nous inscrire en faux; mais nous voulons expliquer ici que le

_Vaudeville_, tel que l'entend Boileau, c'est l'ariette, le couplet

léger, tandis que le vaudeville, comme nous l'entendons, est le genre

de pièce qui naquit sur les marches du Théâtre-Italien, de la fusion

de la comédie française gaie avec la comédie italienne, d'Arlequin et

de Scaramouche.

Cependant la troupe des Italiens, quoiqu'elle fût troupe du Roi,

voyant la vogue passée au théâtre de la Foire et le peu de succès

qu'elle obtenait, crut bien faire en fermant pour quelque temps la

salle de l'hôtel de Bourgogne et en en construisant une autre à la

foire Saint-Laurent. L'avantage qu'en retirèrent les comédiens fut des

plus minces, et le 10 avril 1741, ils ouvrirent de nouveau la scène de

l'hôtel de Bourgogne par la comédie italienne en prose et en trois

actes de _Arlequin muet par crainte_. Ce jour-là le nommé _Carlo_

Bertinazzi, devenu fameux sous le nom de _Carlin_, devait débuter dans

le rôle d'Arlequin. L'acteur Rochard, qui avait fait le compliment au

public, lors de la clôture du théâtre, fut encore chargé de celui

d'ouverture, et s'exprima ainsi: «Messieurs, ce jour, qui renouvelle

nos soins et nos hommages, devait être marqué par une nouveauté que

nous vous avions préparée; mais l'acteur qui va avoir l'honneur de

paraître devant vous pour la première fois, avait trop d'intérêt et

d'impatience d'apprendre son sort, pour nous permettre de reculer son

début. «Si votre nouveauté tombe, a-t-il dit, j'apprendrai comme le

public siffle, et c'est ce que je ne veux point savoir; si elle

réussit, je saurai comme on applaudit, et ferai peut être une funeste

comparaison de sa réception à la mienne.» Pour ne donner à ce nouvel

acteur aucun lieu de reproche, nous nous sommes entièrement conformés

à ses désirs. Il sait, Messieurs, non-seulement ce qu'il a à craindre

en paraissant devant vous, mais en y paraissant après l'excellent

acteur que nous avons perdu (Thomassin), dont il va jouer le même

rôle. Les sujets d'une si juste crainte seraient balancés dans son

esprit, s'il connaissait les ressources qu'il doit trouver dans votre

indulgence; mais c'est en vain que nous avons essayé de le rassurer;

il ne peut être convaincu de cette vérité que par vous-mêmes, et nous

espérons, Messieurs, que vous voudrez bien souscrire aux promesses que

nous lui avons faites de votre part. Elles sont fondées sur une si

longue et si heureuse expérience, que nous sommes aussi sûrs de vos

bontés, que vous devez l'être de notre zèle et de notre profond

respect.»

Ce compliment disposa les spectateurs à un accueil favorable pour le

sieur Carlin; et cet acteur outrepassa les espérances qu'on avait de

ses talents dans le genre qu'il avait adopté. Il continua de jouer

toujours avec le même succès; de sorte qu'il fut reçu dans la troupe

au mois d'août 1742.

La vérité n'est point flattée:

Oui, Carlin paraît à nos yeux

Ce que Momus est dans les cieux,

Ce que chez Neptune est Protée.

Après la suppression de l'Opéra-Comique, en 1744, la

Comédie-Italienne, qui jouait vis-à-vis les Français le rôle dont

l'Odéon semble avoir hérité de nos jours, donna plus d'extension sur

son théâtre aux pièces à ariettes. Plusieurs des acteurs de Favart

furent reçus dans la troupe, et l'on peut dire que cette scène

s'achemina graduellement vers sa fusion avec l'Opéra-Comique; fusion

dont il commença à être fortement question dans les derniers jours de

l'année 1761. Mais alors cette affaire prit les proportions d'une

véritable _affaire d'État_. L'archevêque de Paris intervint,

sollicitant vivement la conservation d'un théâtre qui procurait à ses

pauvres d'abondantes ressources. En effet, le spectacle de la foire

était fort suivi, et versait dans la caisse, au profit des malheureux,

le quart de ses recettes. Toutefois, le crédit du respectable prélat

ne fut pas assez fort pour empêcher la réunion décidée en grand

conseil. En vain le public fut de l'avis de l'archevêque par un

motif beaucoup moins sacré; en vain, les habitants de Paris

réclamèrent disant: Que cette réunion ferait un effet déplorable,

et contribuerait à la chute des deux spectacles qui charmaient

tout le monde par des pièces appropriées au goût de la nation. Il

fut décidé le 31 janvier 1762, que l'Opéra-Comique serait supprimé,

que le fond des pièces jouées sur ce théâtre appartiendrait à la

Comédie-Italienne; que la Comédie-Italienne serait soumise comme les

Français et l'Opéra à l'inspection des gentilshommes de la Chambre.

Afin, sans doute, d'atténuer le mauvais effet que produisait dans les

classes populeuses de Paris, la suppression d'un théâtre très à la

mode, on affirma d'abord que la réunion de l'Opéra-Comique avec les

Italiens n'avait lieu qu'à titre d'essai; mais le 3 février, les

comédiens italiens donnèrent une représentation qui semblait être et

était en effet une véritable prise de possession. Ils commencèrent par

une pièce dont le titre était de circonstance: _la Nouvelle troupe_ de

Favart, à la fin de laquelle on ajouta une scène d'actualité sur la

fusion, puis une harangue au parterre en lui demandant ses bontés. On

joua ensuite _Blaise le savetier_, bluette de Sédaine, dont la musique

est de Monsigny, et enfin: _On ne s'avise jamais de tout_. Le public

s'était porté en foule au théâtre; depuis plusieurs jours tout était

loué jusqu'au _paradis;_ mais il ne sortit pas très-satisfait. Il

comprit que pour les opéras-comiques, il fallait un local, un

orchestre, des acteurs spéciaux; et tout cela n'existait pas encore à

la Comédie-Italienne. On augura donc mal de la mesure qui avait été

prise, et dont le but était probablement d'être agréable à l'Opéra et

aux Français, en réunissant dans une seule salle les deux théâtres qui

faisaient tort à leurs représentations et leur enlevaient une grande

partie de leur public. Toutefois, les justes appréciations des

Parisiens semblèrent faire réfléchir. On déclara que la réunion ne

serait que provisoire, et cesserait à Pâques, si le suffrage se

prononçait contre. On n'admit que cinq sujets, dont deux femmes de la

troupe supprimée, et alors il se fit une métamorphose qui n'échappa

pas à la causticité du peuple le plus caustique du monde. Les

comédiens italiens cherchèrent à se parer de la gaieté naïve des

acteurs de l'Opéra-Comique; les acteurs de l'Opéra-Comique

cherchèrent, enflés qu'ils étaient de leur nouvelle dignité de

_Comédiens du Roi_, à se donner une importance qui gâta tout le

naturel de leur jeu. On se moqua des uns et des autres.

Le 20 mars de cette même année 1762, il s'éleva une difficulté à

laquelle on n'avait pas songé. Au moment de la semaine-sainte, les

théâtres royaux fermaient leurs portes; la Comédie-Italienne, se

disant héritière de l'Opéra-Comique, prétendit pouvoir continuer à

représenter. L'archevêque le lui interdit; mais la police l'autorisa à

passer outre, sous la condition expresse qu'elle ne donnerait que des

_opéras comiques_, et que le profit des représentations de la semaine

serait réparti, sur-le-champ, entre les différents acteurs.

Le 8 mars, et sans attendre Pâques, ainsi qu'on l'avait d'abord

promis, le sort de l'Opéra-Comique avait été fixé, et ce théâtre

définitivement fusionné avec celui de la Comédie-Italienne. Il fut

décidé que ce spectacle aurait lieu toute l'année. Un nouveau

réglement intervint ensuite, et l'on connut bientôt les véritables

motifs qui avaient hâté la détermination irrévocable qui venait d'être

prise. D'une part, la Cour ne voulait pas se priver d'un amusement qui

faisait fureur, et d'une autre, on pensa qu'il ne serait pas

convenable de faire jouer, devant la famille royale, des _histrions

non revêtus du titre de Comédiens du Roi_. Il paraît qu'on n'eut pas

l'idée, beaucoup plus simple, de nommer l'Opéra-Comique théâtre royal,

en le retirant de la Foire et en lui donnant une salle de spectacle

pour ses représentations.

A partir de l'année 1762, la Comédie-Italienne entre donc dans une

nouvelle phase et y reste jusqu'à la révolution de 1793, époque à

laquelle les acteurs de ce théâtre se dispersèrent et quittèrent la

France.

Quatre auteurs ont principalement travaillé pour _l'ancien

Théâtre-Italien_, et par ancien Théâtre-Italien nous entendons celui

qui exista jusqu'à la suppression de 1697, ces auteurs sont:

FATOUVILLE, REGNARD, DUFRESNY et BARANTE.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les pièces composées par

Fatouville de 1680 à 1696, ont presque toutes pour principaux

personnages _Arlequin_ et _Colombine_, et en cela cet auteur fut imité

par tous ceux qui, pendant cette période, travaillèrent pour le même

théâtre. Dans le répertoire de cet auteur, nous trouvons Arlequin sous

toutes les formes. Une de ses premières comédies à Arlequin (1683),

_Arlequin Protée_, fut aussi une des premières parodies jouées en

France, la parodie de _la Bérénice_ de Racine. Une autre de ses

pièces, _Arlequin empereur dans la lune_ (1684), eut un succès

immense; mais lorsqu'au retour de la troupe italienne sur le nouveau

théâtre en 1716, on voulut la reprendre même avec des changements, le

goût s'était épuré, et la pièce ne fut nullement applaudie. En 1712,

on y avait ajouté quelques couplets, et elle avait attiré le public à

la foire. Après les _Arlequins_, dont le fameux Dominique était le

représentant fidèle, et à la mort de cet excellent acteur comique,

vinrent les pièces à Colombine. _Colombine femme vengée_ (1689),

_Colombine avocat_, etc. Toutes les élucubrations de Fatouville ont

leur indispensable Arlequin ou Colombine, et dans beaucoup les deux

personnages figurent à la fois. Bref, Arlequin et Colombine restèrent

pendant très-longtemps la personnification du Théâtre-Italien, auquel

les théâtres forains ne tardèrent pas à les emprunter.

Un auteur comique ayant acquis en France une des plus grandes

réputations, Regnard qui, sur la scène française, marche immédiatement

après Molière, se voua dans le commencement de sa carrière au

Théâtre-Italien. De 1688 à 1696, il fit représenter neuf pièces sur

cette scène, dont quatre en collaboration avec Dufresny. Comme son

prédécesseur, il dut sacrifier au goût de l'époque et produire des

_Arlequins_. Il fit donc _Arlequin homme à bonnes fortunes_ (1690);

_Mézétin_ (autre espèce d'Arlequin) _descendant aux enfers_ (1689).

Une de ses comédies, celle des _Chinois_ (1692), en quatre actes avec

prologue, faite avec Dufresny, a l'avantage, si elle ne peut plus être

représentée de nos jours parce qu'elle a trop vieilli, de nous

apprendre qu'à cette époque (fin du dix-septième siècle) les places au

parterre ne coûtaient encore que _quinze sous_. Alors le parterre

occupait tout le rez-de-chaussée intérieur des salles de spectacle.

Aujourd'hui, les choses se sont modifiées, le parterre n'existe pour

ainsi dire plus dans aucun de nos théâtres; il est remplacé tout

entier, à peu de chose près, par des places dites d'orchestre, de

fauteuils d'orchestre, de stalles d'orchestre, etc., etc., places pour

lesquelles on demande une forte rétribution. C'est depuis une

vingtaine d'années que l'on a trouvé le moyen de pousser petit à petit

le public venant au théâtre, en payant un droit raisonnable, hors de

l'enceinte qu'il avait toujours occupée; et le public a laissé faire,

sans même protester. Il fallait bien inventer une manière honnête de

gagner de l'argent, pour payer des prix fous des artistes médiocres et

exigeants; pour fournir la rente à ceux qui font les _avances ou les

fonds_; pour solder les décorateurs, les machinistes, les costumiers,

puisque c'est dans les accessoires brillants que gît, de nos jours, le

succès d'une pièce, féerie, revue, comédie, vaudeville, drame, opéra

ou opéra-comique. Peu d'esprit, mais beaucoup de clinquant, de la

toile à illusion, de la lumière électrique et du gaz à l'intérieur et

même à l'extérieur, des noms connus du public sur l'affiche, et le

public est satisfait. Heureux directeurs!

Les _Chinois_ de Regnard et de Dufresny nous font connaître aussi que

le populaire de cette époque était déjà admis à jouir des

représentations _gratis_, quand venait à se produire pour la France

quelque événement heureux, ou du moins réputé tel. En effet, c'est en

1682, à la naissance du duc de Bourgogne, qu'on vit s'établir cet

usage qui s'est perpétué jusqu'à nos jours.

Une des plus jolies comédies de Dufresny et Regnard, à l'ancien

Théâtre-Italien, fut la _Baguette de Vulcain_ (1693). Elle eut un

succès prodigieux. Le sujet avait été inspiré aux auteurs par le bruit

que faisait alors à Paris un homme, Jacques Aymar, qui prétendait, à

l'aide d'une baguette, découvrir une foule de choses extraordinaires.

C'était le charlatanisme de la fin du dix-septième siècle, comme nous

avons encore le nôtre: les tables tournantes, les esprits frappeurs,

les spirites, et, comme chaque siècle, comme chaque année a le sien en

France et dans les autres pays dits civilisés. Une scène surtout

faisait fureur dans la comédie de la _Baguette de Vulcain_, celle dans

laquelle Arlequin (car alors la batte d'Arlequin était de rigueur à la

Comédie-Italienne) débitait l'histoire du cabaretier qui, pour

perpétuer un muid de vin vieux, le remplissait au fur et à mesure de

vin nouveau. Au moyen de sa baguette il faisait croire à la perpétuité

de la bienfaisante liqueur.

Le collaborateur de Regnard, _Dufresny_, pillé à plusieurs reprises

par lui, s'en étant séparé, donna quelques jolies pièces à la

Comédie-Italienne, entre autres _l'Union des deux opéras_ (1692), puis

il travailla pour le Théâtre-Français.

BARANTE, pendant trois ou quatre années, s'exerça aussi dans

l'arlequinade. _Arlequin, défenseur du beau sexe_ (1694), _Arlequin

misanthrope_ (1695), etc. _Le Tombeau de maître André_ (1695), pièce

dans laquelle on trouve la parodie de quelques scènes du _Cid_ et de

divers opéras, eut un certain succès. C'est à peu près la meilleure

comédie de son répertoire.

Nous ne parlerons pas de quelques autres auteurs comiques,

fournisseurs d'_Arlequinades_ pour la Comédie-Italienne. Nous allons

voir la troupe de Lélio jouer, dix-neuf ans plus tard, des pièces de

meilleur aloi, et le Théâtre-Italien devenir, peu à peu, le théâtre le

plus en vogue de Paris, après avoir toutefois passé par bien des

vicissitudes.

XXII

THÉATRE-ITALIEN

(DEPUIS 1716)

Les acteurs italiens reviennent en France (1716).--RICCOBONI ou

LÉLIO et _la Baletti_.--Pièces qu'ils composent.--_Le

Naufrage._--Le fils de DOMINIQUE.--_La Femme fidèle_ et _OEdipe

travesti_.--Chute des pièces burlesques.--_La Désolation des

deux comédies._--_Agnès de Chaillot._--Les Italiens à la Foire

(1724).--_Le Mauvais ménage_, parodie (1725).--_L'Ile des Fées_

(1735).--Première pièce du genre de celles appelées

_Revues_.--Réflexions.--_Les Enfants trouvés_

(1732).--Vers.--Principaux auteurs qui ont travaillé pour le

Théâtre-Italien.--AUTREAU.--Il introduit la langue française

aux Italiens.--Son genre de mérite.--_Le Port à l'Anglais_

(1718).--_Démocrite prétendu fou_, refusé aux

Français.--ALENÇON.--Anecdote.--BEAUCHAMP.--_Le Jaloux_

(1723).--Couplet.--Bon mot.--FUZELIER.--_La Rupture du Carnaval

et de la Folie_ (1719).--Jolie critique.--_Amadis le cadet_

(1724).--Couplet.--_Momus exilé_ ou _les Terreurs paniques_

(1725).--Vers.--Bon mot.--SAINTE-FOIX.--_Les Métamorphoses_

(1748).--Couplets relatifs aux feux d'artifice introduits au

théâtre.--Couplet de Riccoboni fils.--_Le Derviche_ (1755).--Ce

qui occasionna cette pièce.--MARIVAUX.--Son genre de

talent.--_Arlequin poli par l'amour_ (1720).--_Le Prince

travesti_ (1724).--Changement de la toile au

Théâtre-Italien.--_L'Amour et la Vérité_

(1720).--Anecdote.--_La Surprise de l'amour_ (1722).--Début de

Riccoboni fils.--Vers.--Succès de scandale.--BOISSY.--_Le

Temple de l'Intérêt_ (1730).--_Les Étrennes_ (1733).--Couplet

de circonstance.--Vers à Mlle Sallé.--_La ***_

(1737).--Vers.--LA GRANGE.--_L'Accommodement imprévu_

(1737).--Anecdote.--PANARD.--Son genre de talent.--Son

caractère.--Ses principaux collaborateurs.--_L'Impromptu des

acteurs_ (1745).--_Le Triomphe de Plutus_ (1728).--_Zéphire et

Fleurette_ (1754).--Anecdote sur cette parodie.--Le portrait de

Panard, par lui-même.--_Les Tableaux._--Madrigal.--FAVART.--Son

théâtre.--Anecdote la veille de la bataille de Rocroy.--Mme

FAVART.--Ses belles qualités.--Ses talents.--Vers au bas de ses

portraits.--Anecdote sur elle.--_La Rosière de

Salenci._--Anecdotes.--_Les Sultanes_, comédie attribuée à

l'abbé Voisenon, fait époque pour les costumes.--Vers sur les

deux Favart.--_Isabelle et Gertrude_ ou _les Sylphes supposés_

(1765).--Favart la dédie à l'abbé Voisenon.--Réponse de

l'abbé.--_Les Moissonneurs_ (1762).--Bon mot.--_Les Fêtes de la

Paix_ (1763).--Pièce à tiroir.--_Les Fêtes publiques_

(1747).--Anecdote.--ANSEAUME.--Ses pièces plutôt des opéras

comiques que des comédies.--Reconnaissance des comédiens

italiens pour Favart et Duni.--AVISSE.--Deux de ses

pièces.--LAUJON.--Anecdotes plaisantes sur la parodie de

_Thésée_.--Conclusion.

Histoire Anecdotique de l'Ancien Théâtre en France, Tome Second Théâtre-Français, Opéra, Opéra-Comique, Théâtre-Italien, Vaudeville, Théâtres forains, etc... · 第 20 / 23 段