Personnel d'ambassade nombreux sans l'être trop, tous de jeunes
hommes avec un chef qui n'a pas atteint la cinquantaine;
l'ambassadeur est diplomate de race; fils d'un ambassadeur, il a
été élevé dans les chancelleries et se pique, malgré les temps, de
maintenir entières toutes les bonnes traditions. Il sait fort bien
que rien n'est détail là où tout le monde vous observe, et est à
la fois préoccupé des plus graves questions et de la tenue de son
chasseur: il le veut aussi étincelant et pourtant aussi sérieux
que possible; lui-même s'est étudié longtemps pour apprendre à
porter l'uniforme avec la perfection à laquelle il était arrivé:
être en gala, n'en avoir pas la mine tout en ayant la tenue. De
sa personne, notre ambassadeur est un peu court et trapu; les
cheveux et la barbe noirs, coupés presque ras; l'œil à fleur de
tête, ouvert et intelligent; une figure enfin qui fait dire à
l'étranger: Voilà un Français; a grand air sous l'uniforme. Une
pelisse fourrée, posée en arrière sur les épaules, fait ressortir
le brillant des plaques et le rouge vif du grand cordon qu'il
porte au col. Son Excellence tient à la main son chapeau à plumes
et s'en sert comme personne.
[Illustration]
Conseiller, secrétaire et attachés entourent leur chef; tous
très-corrects, peut-être trop, avec un je ne sais quoi de roide
sous l'uniforme un peu sombre, sans assez de dorure, et un collet
d'une envergure trop militaire.
Le conseiller est d'un mérite distingué, avec cet esprit
gouailleur qui, endormi parfois quand on est chez soi, renaît de
plus belle dans le milieu étranger; galant sans en avoir l'air,
très-posé à N.., il est de tous les dîners; du reste, assez
critiqueur, ce qui est un charme.
Le premier secrétaire est un ambitieux aimable, pense énormément
à la carrière, à l'avancement et aux dépêches; aussi, il a
plus de croix que les autres, car il s'est arrangé à obtenir
un grand cordon du khan de Tartarie, et ce ruban jaune pâle le
pose étonnamment; extrêmement respectueux de son chef et de la
hiérarchie en général.
Les attachés sont de jolis garçons qui espèrent quitter la
carrière le jour du mariage, qu'on prépare pour eux pendant qu'ils
acquièrent des mérites en se promenant à l'étranger; aussi, sont
de fort médiocres diplomates; de l'uniforme, aiment assez l'épée.
L'attaché militaire est pris et se prend très au sérieux, fait
trop de rapports, est souvent de mauvaise humeur, mais, aux
cérémonies, parfait de tenue et de réserve.
A l'heure fixe, Son Excellence monte dans sa grande voiture vert
sombre, à housse pareille, toute rehaussée d'argent étincelant qui
éclaire aussi la livrée des hommes et couvre les lourds harnais:
les chevaux noirs ont de magnifiques pompons cerise; ils vont
d'une belle allure, et quand la voiture apparaît à la vue des
badauds, le conseiller d'ambassade, qui observe officiellement
l'attitude des curieux, en est content: il y a encore de beaux
jours pour le prestige.