_Madame Michaïloff à madame la comtesse Alexandrine de T..._
«Chère Alex,
«Comme tu avais raison de me dire, l'année passée, de me méfier
de tous les Dognieff! Tu sais que j'avais eu la faiblesse de
faire venir la petite Vera ici; c'est un serpent, ma chère,
une intrigante; je ne sais quel genre de femme ce sera. Elle a
été affreuse à mon égard; son genre était si impossible que,
malgré toute mon indulgence, j'avais été forcée de le lui dire;
elle m'a immédiatement répondu avec la dernière insolence, et,
le lendemain, a été s'imposer chez des amis à moi qui l'ont
accueillie par pitié. Du reste, à cause de Paul, je n'aurais pu
garder chez moi une fille d'une telle allure; mais ses intrigues
ont réussi à lui trouver un mari, ce qui était, du reste, l'unique
chose qu'elle souhaitât. Et devine, ma chère, qui s'est laissé
prendre aux filets de cette petite. Tout bonnement Glouskine,
Son Excellence en personne. Oui, et elle a eu l'aplomb de
m'annoncer son mariage, me rappelant une sotte soirée où elle
s'était fait tirer les cartes et où le valet de cœur lui avait
été très-favorable, et elle m'a même demandé si je voulais que
la noce se fît chez moi. J'étais outrée, mais j'ai eu le courage
de lui dire son fait. Comme tu penses, je ne resterai pas ici
pour voir les airs et les insolences de cette Vera qui était trop
heureuse, il y a trois mois, de porter mes vieilles robes. Je pars
pour Vienne rejoindre madame Papadoff qui m'attend, et nous irons
ensemble à Bade. Je suis décidée à ne pas revenir à Tenheiffen,
et comme le prince sera là-bas, je pourrai obtenir un autre poste
pour Paul, quoique lui trouverait charmant de rester ici. Ma
chère, les désillusions de la vie sont affreuses; je croyais que
cette petite m'était dévouée, et je l'aurais reprise, si elle
l'avait voulu.
«Toujours ton
«Olga.»
[Illustration]
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