Madame Michaïloff faisait bonne mine à Glouskine, mais lui en
voulait à mort d'aller chez la marquise.
On se vit au théâtre, Glouskine ayant persuadé à madame Michaïloff
qu'en restant chez elle, elle ferait une sotte figure; elle alla
donc à l'avant-scène du Thalia, accompagnée de Son Excellence. La
marquise et Vera étaient en face. Vera avait une _robe neuve_.
Madame Michaïloff connaissait toutes les toilettes de la marquise,
il n'y avait pas à s'y tromper. Le spectacle ne fut pas agréable
pour madame Michaïloff, et le lendemain matin elle fut doucement
surprise quand on vint lui dire que mademoiselle Dognieff était au
salon. Elle entra hautaine.
[Illustration]
Vera se leva et lui baisa la main en riant.
--Je viens te demander pardon et faire la paix.
--Ma chère, je te remercie, et te laisse à ta conscience. Pour
combien de temps es-tu installée chez les Santa-Pierra?
--Eh! je ne m'en vais pas encore, et si tu le veux, je viendrai te
voir souvent.
--On t'habille, je vois?
--C'est de ma robe d'hier que tu me parles? Oui, c'est un cadeau
de la marquise.
L'entrevue fut aigre-douce. Madame Michaïloff triomphait.--Elle se
ménage un abri, on aura assez d'elle là-bas; et, comme, au fond,
voir revenir Vera lui convenait parfaitement, pour s'en donner
honorablement la possibilité, elle fit ce jour-là à Glouskine une
sorte de demi-éloge de sa cousine.
--Je suis aise de vous voir plus juste, elle est tout cela et plus
encore.
Pour le coup, madame Michaïloff regretta du fond de l'âme de
n'avoir point laissé Vera et ses qualités se faire valoir à
Moscou; elle le dit à son mari, qui la consola en vantant les
mérites de Vera, ajoutant qu'elle au moins rendait la maison
possible.
--Tu verras, elle se mariera parfaitement.
--Je ne le crois pas.
--J'ai mon idée, et je serai surpris si je me trompe.
Madame Michaïloff ne daigna pas répondre.