[Footnote 711: Sur ce paysage des côtes ouest de l'Écosse,

voir les _Recollections of a Tour in Scotland_ de Dorothy

Wordsworth, Third Week.--On en trouvera quelques traits

essentiels et choisis par Wordsworth, dans ses _Memorials of

a Tour in Scotland_, 1803, The Blind Highland Boy, et dans

son _Yarrow Revisited and Other Poems_, en particulier dans

la pièce _Composed in the glen of loch Etive_.--Pour les

renseignements géologiques, voir le livre de Archibald

Geikie: _The Scenery of Scotland, viewed in connection with

its Physical Geology_, le chapitre III: _The Sea and its work

on the Scottish Coast Line._--On trouvera de beaux paysages

dans _A Summer in Skye_ de Alexander Smith, et quelques

jolies descriptions dans _A Princess of Thule_ de William

Black.--Mais le livre qui a rendu les aspects et l'âme de

cette mystérieuse côte, est le livre de Robert Buchanan: _The

Hebrid Isles._ Il y a des pages absolument admirables et

écrites par un grand poète. C'est l'ouvrage qu'il faut lire

là-bas. Nous lui devons d'avoir profondément ressenti cette

contrée, et nous lui gardons la reconnaissance que nous

devons aux esprits qui nous ont ainsi fait un présent.]

Mais il avait vécu, au bord de cette même mer, un peu plus bas, et si

elle n'a pas, sur les côtes de l'Ayrshire, la poésie qu'elle prend sur

les côtes de Skye, elle a cependant déjà sa grandeur. Avec ses vastes

baies, ses falaises abruptes, le vieux château de Greenan, le roc

d'Ailsa Craig, et la masse puissante de l'île d'Arran, derrière laquelle

se couche le soleil, elle a un caractère de rude vigueur fait pour

émouvoir un poète. Cette mer-là, Burns la connaissait. Il avait été

élevé devant elle, il avait erré maintes fois sur ces rivages. La Muse,

dans _La Vision_, lui dit:

Je t'ai vu chercher la grève retentissante,

Charmé par les mugissements des houles[712].

[Footnote 712: _The Vision._]

Cependant cette fréquentation de la mer n'a pas laissé beaucoup de

traces en lui. À peine si on rencontre, épars dans son oeuvre à de

grandes distances, quelques traits de paysage maritime. Ils sont rapides

et sommaires; ils montrent l'Océan de loin et surtout vers le soir. On

est tenté de les rapporter aux heures où, après la journée de travail,

le jeune paysan songeait devant la porte de Mount-Oliphant ou de

Mossgiel, avec la mer lointaine sous les yeux. C'est ainsi qu'il a vu le

«sombre sentier de la tempête passer sur le sein des vagues[713]», «le

soir dorer la houle de l'océan[714]», et «la pâle lune se coucher

derrière la blanche vague[715]». Quand Clarinda s'embarqua pour les

Indes, il retourna sur le rivage.

[Footnote 713: _Lament written at a Time when the Poet was

about to leave Scotland._]

[Footnote 714: _Smiling Spring come's in rejoicing._]

[Footnote 715: _Oh, open the Door._]

sur la grève solitaire,

Tandis que les oiseaux de mer volent et crient autour de moi,

Par-delà les flots roulants, écumants et mugissants,

Vers l'ouest, je tournerai mon oeil pensif[716].

[Footnote 716: _Behold the Hour._]

Par ci, par là, un souvenir de son séjour à Irvine et de ses rapports

avec les matelots; encore est-ce plutôt une image d'activité humaine et

une comparaison technique de métier qu'une impression de nature. Il dit

quelque part:

Avec bon vent et la marée en poupe,

Vous filez tout droit au large,

Mais faire voile contre l'un et l'autre,

Cela fait étrangement louvoyer[717].

[Footnote 717: _Address to the Unco' Good._]

Et ailleurs:

Mais, pourquoi commencer à parler de mort?

Maintenant, nous sommes vivants, solides et robustes,

Allons! hunier et grand hunier, hissons les voiles,

Par-dessus bord l'Ennui,

Au large, devant la brise du plaisir,

Prenons la mer![718]

[Footnote 718: _Epistle to James Smith._]

C'est là tout à peu près. Cette indifférence pour la mer a étonné

Keats[719]. Il oubliait que Burns était un paysan, et que le paysan même

des côtes appartient tout entier à la terre. Le campagnard et le matelot

peuvent vivre dans le même hameau; mais l'un tourne le front et l'autre

le dos à la mer. Ce n'est pas la distance, ce sont leurs occupations qui

les rendent dissemblables. La vie des matelots, avec ses loisirs et son

spectacle uniforme, ouvre les âmes à quelques grandes impressions. Les

paysans, courbés vers leur sillon, toujours réclamés par les exigences

des saisons, tendant leur esprit à mille petits faits, ont le sens de

l'activité minutieuse et peu de rêverie. Aussi près de la mer qu'ils

habitent, elle leur reste une étrangère; elle leur cause plutôt un

malaise. Leur finesse et leur âpreté s'accommodent mal de ce qu'il y a

d'impersonnel dans son influence. Ils ne l'aiment pas, lors même qu'ils

vivent à un jet de pierre d'elle. D'ailleurs un labeur continuel ne leur

laisse jamais de temps pour ces contemplations prolongées, pendant

lesquelles elle nous envahit lentement.

[Footnote 719: Keats. _Letter to Thomas Keats_, 10-14 July

1818.]

* * * * *

Les paysages que Burns a compris ne sont pas si grandioses. Ce sont ceux

des Lowlands, et, dans ceux-ci encore, il faut faire un choix. Il n'a

pas touché aux Borders, à la chaîne des Cheviot, où le paysage, avec sa

bordure de donjons délabrés, se redresse, devient plus farouche, et

prend un intérêt historique. Ce qu'il a connu de plus élevé est la

ligne des hauteurs moyennes qui relient les Cheviot aux Grampians,

séparent les sources de la Clyde de celles de la Tweed, et, de chaque

côté, viennent mourir en ondulations à une faible distance de la mer.

Elles n'ont pas le caractère puissant des montagnes des Hautes-Terres,

ni le rude aspect de celles des Borders. C'est une suite de hautes

collines pastorales, avec leurs ruisseaux, leurs plaques de bruyère,

leurs creux tout tremblants de fougères; sur leurs flancs semés

d'innombrables chardons se répandent des troupeaux, et parfois un berger

se détache sur leur ciel. Elles ont à leurs pieds les landes réjouies

par la chanson incessante de l'alouette. Elles sont sauvages encore,

mais sans terreur et sans sublimité; elles ont une tristesse et un

abandon plus humains; elles semblent regretter que l'homme leur manque,

tandis que les autres solitudes semblent s'irriter qu'il les trouble.

Elles sont plus accessibles; elles ont des traits moins puissants et que

l'esprit peut saisir sans s'oublier. C'est en même temps un paysage où

le détail reparaît, reprend sa place, et non plus un spectacle fait

d'une seule sensation gigantesque qui l'écrase.

Ce point est important, car c'est par le détail que les lieux saisissent

les esprits nets, peu ouverts aux vagues impressions panthéistes. Burns

a mieux compris ces collines moyennes; elles reparaissent volontiers

dans sa poésie. Le plus souvent, comme dans sa vie, elles sont aperçues

de loin:

Gaiement l'oeil d'or du soleil

Regardait par dessus les hautes montagnes[720].

[Footnote 720: _Philis the Fair._]

Parfois ce sont quelques-uns des aspects sombres dont elles sont souvent

revêtues. C'est l'hiver qui vient:

Le brouillard paresseux pend au front de la colline,

Il cache le cours assombri du ruisseau tortueux.

Combien semblent languissantes les scènes naguère si vives,

Quand l'automne passe à l'hiver l'année pâlie,

Les forêts sont dépouillées, les prairies sont brunes,

Et toute la brillante afféterie de l'été est envolée[721].

[Footnote 721: _The Lazy Mist._]

Ou quelque orage qui éclate:

Abandonnés sur les collines sombres, les troupeaux errants

Fuient le farouche ouragan et s'abritent parmi les rochers.

Les ruisseaux écumants se précipitent, rougeâtres, cinglés par la pluie,

Les pluies amassées crèvent au-dessus de la plaine lointaine;

Sous la rafale, les forêts dépouillées gémissent.

Ou bien encore c'est un joli coin des vallons qui se trouvent au pied

des derniers replis de ces hauteurs, comme dans ce charmant paysage de

gorge pleine de verdure:

Que les terres étrangères vantent leurs bosquets de myrtes suaves,

Où les étés resplendissants répandent leurs parfums,

Bien plus cher m'est ce ravin de fougères vertes

Où le ruisseau glisse sous les longs genêts jaunes.

Bien plus chers me sont ces humbles buissons de genêts,

Où la jacinthe et la pâquerette se cachent invisibles;

Car là, marchant légèrement parmi les fleurs sauvages,

Et écoutant le linot, souvent vient errer ma Jane[722].

[Footnote 722: _Caledonia._]

La description la plus complète et la plus haute qu'il ait fait de ces

régions de montagnes se trouve dans les strophes suivantes qu'on a déjà

vues mais qu'on peut relire ici, au point de vue spécial qui nous

occupe. C'est un joli tableau, et, pour la sincérité et la vérité des

traits, bien supérieur à tous ceux de Walter Scott.

Ces sauvages montagnes aux flancs moussus, si hautaines et si vastes,

Qui nourrissent dans leur sein les jeunes sources de la Clyde,

Où les grouse conduisent leurs couvées à travers la bruyère,

Et le berger garde ses troupeaux en jouant sur son roseau.

Où les grouse conduisent leurs couvées à travers la bruyère

Et le berger garde ses troupeaux en jouant sur son roseau.

Ni les riches vallées de Gowrie, ni les bords soleilleux du Forth,

N'ont pour moi les charmes de ces moors sauvages et moussus;

Car là, près d'un clair ruisseau, solitaire et retiré,

Vit une douce fillette, ma pensée et mon rêve.

Parmi ces sauvages montagnes sera toujours mon sentier,

Chaque ruisseau écume dans son ravin étroit et vert;

Car là, avec ma fillette, j'erre toute la journée,

Tandis qu'au-dessus de nous, inaperçues, passent les rapides heures

de l'amour;

Car là, avec ma fillette, j'erre toute la journée,

Tandis qu'au-dessus de nous, inaperçues, passent les rapides heures

de l'amour[723].

[Footnote 723: _Yon wild mossy Mountains._]

Ces plaques de mousse qui couvrent les flancs de ces montagnes, la

bruyère traversée par les grouse, le berger solitaire, ces ruisseaux

écumants qui ont chacun son petit ravin vert, sont des traits charmants

et exacts. Mais ce tableau est unique dans Burns; c'est, avec les autres

traits que nous avons cités plus haut, presque tout ce qu'il a donné sur

les montagnes. Toutefois il eût été injuste de les passer sous silence.

* * * * *

Le vrai pays de Burns, celui qu'il a connu, pratiqué, aimé, et chanté

avec sa sincérité habituelle, est la partie agricole de l'Ayrshire.

Pays de culture, fait de pentes labourées et de pâturages, parsemé de

fermes, avec leurs meules et leurs amas de tourbes, vrai pays de

paysans, où tout sent le travail de l'homme, la herse et la charrue;

d'ailleurs, très ordinaire. Seuls, les ruisseaux, plus rapides, plus

bruyants sur leurs pierres, et bordés d'arbustes touffus, rappellent

qu'on est près d'une contrée montagneuse et donnent du pittoresque au

paysage. Ce sont eux qui en font toute la beauté. La partie du

Dumfriesshire où Burns vécut plus tard n'est pas très différente. Le

paysage y est un peu moins disséminé et indécis entre plusieurs cours

d'eau; une rivière plus forte le coordonne, lui imprime une direction

unique, une allure plus large et plus simple. Il y a moins de variété

dans le détail; les lignes générales y ont un peu plus de sens et de

repos. Des deux côtés cependant, c'est la campagne, gracieuse par

endroits, mais vulgaire, dénuée de caractère, portant partout des traces

humaines, sans avoir le sentiment intime, qui, selon la fine remarque de

Washington Irving, fait le charme de la campagne anglaise[724]. Elle

n'en possède non plus ni l'éclat de verdure, ni la richesse de

végétation, ni les vaporeux horizons. Elle porte encore à présent un

certain air d'âpreté, de rudesse, commun à toute l'Écosse, et que

Dorothée Wordsworth avait bien noté[725]. Au temps de Burns, l'absence

de haies et de clôtures, qui frappait tous les voyageurs anglais, la

faisait plus abandonnée, tandis que des fondrières, des terres en

friche, et des espaces aussi jaunes de séneçon que s'ils en avaient été

semés[726], lui donnaient une apparence plus misérable et plus négligée.

C'est en somme la campagne pauvre de maintes de nos régions. Parmi les

divers genres de paysages que lui offrait la terre d'Écosse, et alors

que la côte lui en présentait un bien plus vaste, voilà le seul que

Burns ait réellement compris. Voilà sur quel terrain, dans quelles

limites, s'est vraiment exercé son sentiment de la nature. Il nous reste

à voir jusqu'à quelle profondeur il a pénétré.

[Footnote 724: Washington Irving. _The Sketch book, Rural

Life in England._]

[Footnote 725: _Recollections of a Tour in Scotland_, by

Dorothy Wordsworth, August 22nd, et Friday, Sept. 2nd.]

[Footnote 726: La présence de cette plante frappait les

voyageurs. Voir _Recollections of a Tour in Scotland_ de

Dorothy Wordsworth, August 17th, 20th, 1803.]

Ce n'est pas qu'il en ait laissé, comme Wordsworth l'a fait pour son

gracieux district des lacs, une suite de tableaux si nombreux, si

minutieux, si particuliers, qu'on peut suivre ses promenades, rattacher

chaque description au site qui l'a inspirée, reconnaître jusqu'à la

barrière vermoulue et verdie de mousse[727], jusqu'au rocher où les vers

luisants suspendaient leurs lampes[728], et extraire de ses oeuvres une

sorte de guide poétique du pays qu'il a habité[729]. Il n'y a rien de

semblable dans Burns. Autant sa représentation de la vie humaine abonde

en mille détails écossais de costumes, de moeurs, de préjugés, autant sa

représentation de la nature est dégagée des éléments purement locaux. À

part les termes de terroir, qui trahissent le pays par le dialecte, à

part les noms propres, qui désignent les localités, il serait difficile,

par ses seules peintures, de préciser les sites qui les ont inspirées.

Il choisit parfois, il est vrai, des traits propres à sa contrée et qui

ne peuvent être bien compris que par ceux qui l'ont visitée. Il parlera

des «moors d'un rouge brun, sous les clochettes de bruyères[730]»; il

représentera la teinte rougeâtre particulière que prennent les ruisseaux

écossais lorsqu'ils sont gonflés par la pluie, les détours des petites

rivières caillouteuses, bordées de noisetiers. Ce sont là des indices

plutôt que des tableaux. Outre que ces traits sont communs à toute une

région et pourraient s'appliquer à une grande partie de l'Écosse, ils

sont rares et trop rapides. On chercherait vainement en lui une de ces

descriptions particulières et détaillées, telles qu'on en rencontre dans

Wordsworth et dans Cowper, et qui, lues à tel endroit, s'encadrent

exactement dans l'horizon, s'appliquent à tous les points, et semblent

le calque du paysage qu'on a sous les yeux. Il y a, au commencement du

_Sofa_, une vue de Weston, si précise qu'on pourrait envoyer un voyageur

à sa recherche, un Cowper à la main. Lorsqu'il arriverait au sommet de

la colline de Weston-Park et qu'il découvrirait l'Ouse errant lentement

dans une plaine unie, parsemée de troupeaux, le groupe d'ormeaux qui

abritent la hutte solitaire du berger, la plaine coupée de haies qui va

se perdre dans les nuages, la tour carrée de Clifton, le haut clocher

d'Olney, les villages d'Emberton et Steventon qui fument au loin, par

delà des bouquets d'arbres et des bruyères, il pourrait s'écrier: «C'est

ici[731]». Une pareille expérience serait impossible avec Burns. Ses

descriptions, justes sans doute pour les endroits qu'elles désignent,

pourraient s'appliquer aussi bien à beaucoup d'autres.

[Footnote 727: Wordsworth. _The Wishing Gate._]

[Footnote 728: Id. _The Primrose of the Rock._]

[Footnote 729: Ce travail a été fait. Voir _the English Lake

District as interpreted in the Poems of Wordsworth_, by

William Knight.]

[Footnote 730: _Epistle to William Simpson._]

[Footnote 731: Cowper. _The Sofa_, vers 160-180.]

C'est qu'en effet il n'a pas laissé de ces importantes peintures de

sites, de ces tableaux si complets, si poussés jusqu'au détail, si

séparés du reste, et parfois si inutiles au reste, si faits en vue

d'eux-mêmes, qu'on pourrait, pour ainsi dire, les détacher et les isoler

dans un cadre où ils formeraient un tout. On ne trouverait pas, chez

lui, un seul de ces passages qui rapprochent l'écrivain du peintre, et

font de bien des poèmes modernes des galeries de paysages. Il y a telles

descriptions poétiques qu'on transposerait facilement sur la toile; il

suffirait de les copier pour en avoir la transcription en couleurs et en

lignes. Cela serait, avec lui, impossible. Il indique plutôt qu'il ne

peint, et il suggère plutôt qu'il ne représente. Ses moyens sont trop

simples et l'effet obtenu trop vaste pour la peinture. Généralement, le

paysage est très large et perçu d'ensemble. Il est évoqué nettement et

vigoureusement, en deux ou trois traits, si courts, si rapides, si

sobres, qu'il n'y aurait pas les éléments d'une étude; et en même temps

si profonds, si larges, si réels, qu'il y aurait la matière de vingt

tableaux.

Parfois, il n'y a qu'un seul trait, qui traverse le pays et le pénètre

jusqu'au fond. On en a vu quelques exemples à propos de la mer et des

montagnes. On en retrouverait un autre dans le refrain d'une chanson

citée plus haut: «Savez-vous qui demeure dans cette ville là-bas, sur

laquelle brille le soleil du soir?[732]»; on en recueillerait facilement

ailleurs. L'impression que produit le soleil, errant solitaire au-dessus

de la plaine illimitée des moors, est rendue en deux mots:

Le soleil suspendu au-dessus des moors

Qui s'étendent de toutes parts[733].

[Footnote 732: _Oh, Wat ye wha's in yon Town?_]

[Footnote 733: _Man was made to mourn._]

L'impression mélancolique d'un jour grisâtre qui s'achève à l'extrémité

d'un paysage de moors et de ces marécages qu'on appelle en Écosse, des

«mousses» apparaît en quelques vers:

Derrière les collines là-bas où le Lugar coule,

Parmi ces moors et ces marécages nombreux,

Le soleil d'hiver a clos le jour[734].

[Footnote 734: _My Nannie, O._]

Voici une nuit d'hiver et de tempête:

Lorsque les orages bourrus frappaient sur la colline,

Et que les nuits d'hiver étaient noires et pluvieuses.

De tous côtés, ce sont des descriptions en un seul vers: «La pâle lune

se leva dans l'est livide[735]».--«Les vents d'automne ondulent sur les

blés jaunes[736]».--«Adieu, cieux, maintenant brillants du large soleil

couchant[737]».--«Les nuages aux ailes rapides volaient sur le ciel

constellé[738]».--«Les ombres du soir se rencontrent en

silence[739]».--«Les averses bruissantes s'enlevaient sur la rafale, les

ténèbres avalaient les brefs éclairs[740]»--«Pas une étoile ne regarde

à travers le grésil chassé[741]».--«Sur ces montagnes éclate franchement

le matin[742]».

[Footnote 735: _Elegy on the Death of Sir James Hunter

Blair._]

[Footnote 736: _Lament of Mary Queen of Scots._]

[Footnote 737: _War Song._]

[Footnote 738: _Elegy on the Death of Sir James Hunter

Blair._]

[Footnote 739: _O Philly, happy be that Day._]

[Footnote 740: _Tam o' Shanter._]

[Footnote 741: _O Lassie, art thou sleeping yet._]

[Footnote 742: _Smiling Spring comes in rejoicing._]

C'est une conséquence de cette méthode que souvent les paysages ont

beaucoup d'espace, une large voûte de ciel. Quelques-uns ont été aperçus

du flanc d'une colline; la contrée s'étend à vol d'oiseau.

La sombre nuit se ramasse rapidement,

La sauvage et inconstante rafale rugit,

Là-bas, ce nuage obscur est lourd de pluie,

Je le vois passer au-dessus de la plaine,

Le chasseur a maintenant quitté le moor,

Les couvées dispersées se réunissent en sûreté[743].

[Footnote 743: _The Bonny Banks of Ayr._]

Dans d'autres au contraire, la campagne s'étend, bornée au loin par les

hauteurs, mais toujours très prolongée et très vaste. On est toujours en

plein air. Voici la plaine en hiver, avec les monts qui commencent à

blanchir au loin.

Quand les vents se désolent dans les arbres nus,

Ou que les frimas, sur les collines

Sont d'un blanc grisâtre,

Ou que les tourbillons de neige, aveuglants, sauvages, furieux, passent,

Assombrissant le jour[744].

[Footnote 744: _Epistle to William Simpson._]

Et la voici par un jour de printemps. Quel joli tableau matinal, avec sa

plaine tout entière en train de s'éveiller!

Un dimanche d'été, le matin,

Quand la face de la Nature est belle,

Je sortis et marchai pour voir le blé,

Et aspirer l'air plus frais.

Le soleil qui se levait au-dessus des moors de Galston,

Dans une glorieuse lumière étincelait,

Les lièvres flânaient dans les sillons,

Les alouettes, elles chantaient[745].

[Footnote 745: _The Holy Fair._]

Ou encore cet autre paysage tout en ciel et en échos lointains.

Les vents étaient tombés, l'air était calme,

Les étoiles passaient le long du ciel,

Le renard hurlait sur la colline,

Et les échos distants des ravins lui répondaient[746].

[Footnote 746: _A Vision._]

Lorsque la description s'allonge un peu, elle est formée non par le

développement d'un seul trait, mais par un assemblement rapide de

plusieurs traits, chacun d'eux extrêmement bref et solide. Les coups de

pinceau tombent très serrés, très précis, chacun d'eux apportant quelque

chose, sans une retouche. Voici une vue d'automne.

Le vent soufflait rauquement venant des collines,

Par accès, les rayons expirants du soleil

Jetaient un regard sur les bois flétris et jaunes

Qui ondulaient au-dessus du cours tortueux du Lugar[747].

[Footnote 747: _Lament for James Earl of Glencairn._]

Qu'on lise cette courte strophe dans l'original, on verra que chaque mot

est chargé de sens. Tout y est: le vent, son bruit, sa direction,

l'instant du jour, l'expression des rayons du soleil, la saison,

l'aspect et la couleur des bois. Que dis-je? Leur agitation du moment,

leur disposition générale. Qu'on prenne un autre exemple, c'est un

crépuscule d'hiver.

Quand le mordant Borée, piquant et âpre,

Frissonne aigrement dans les bois effeuillés,

Quand Phébus jette une lueur vite morte,

Bien loin, au sud du ciel,

Assombri, à travers la neige qui descend en flocons,

Ou est chassée en tourbillons[748].

[Footnote 748: _A Winter Night._]

Pas une épithète pour l'effet littéraire, tout est en renseignements:

l'air si lointain du soleil derrière la neige, son court éclat, sa

position exacte dans le ciel plus obscur par le contraste avec la neige;

et quand il s'agit de celle-ci, la strophe n'est pas achevée par quelque

détail littéraire; en quelques mots, il y a deux actes d'observation,

les deux aspects de la neige: ou les lentes tombées de flocons, ou les

trombes furibondes fouettées par le vent. Ce n'est plus de la

composition littéraire, ce sont des faits entassés dans des mots.

Veut-on un autre passage encore?

Le printemps souriant revient dans sa gaieté,

Et le chagrin Hiver s'enfuit maussadement.

Claires comme le cristal sont maintenant les chutes d'eau,

Et d'un joli bleu est le ciel ensoleillé

Avec fraîcheur, sur la montagne, éclate le matin,

Et le soir dore le reflux de l'Océan[749]».

[Footnote 749: _Smiling Spring comes in rejoicing._]

Toute la journée s'y trouve des premières aux dernières clartés du jour.

Il faut songer aux longs assombrissements des hivers de là-haut, pour

comprendre ce qu'il y a de justesse dans cette joie rendue aux airs, et

dans cet or revenu sur la mer qui depuis des mois n'a été qu'une

grisaille uniforme. Qu'on prenne un dernier exemple:

Ô toi, orbe pâli et silencieux, qui brilles,

Tandis que les mortels dorment délivres de leurs soucis,

Sans plaisir, je vois tes rayons orner

Les lointaines collines faiblement tracées;

Je vois, sans plaisir, ton croissant tremblant

Réfléchi dans le ruisseau qui bruit[750].

[Footnote 750: _Lament on the unfortunate Issue of a Friend's

amour._]

Quelle profondeur dans ce tableau! Et pourquoi? C'est qu'il a saisi les

deux sensations extrêmes entre lesquelles sont compris tous les paysages

lunaires: au loin, les hauteurs vagues, indiquées à peine et baignées

dans une lumière indécise; à nos pieds, tous les ruisseaux peuplés de

croissants d'or vacillants. Burns n'a pris que deux traits mais tels,

qu'ils sont le fond et le premier plan de la nuit et qu'ils la

contiennent tout entière.

Robert Burns. Vol. 2, Les Oeuvres · 第 35 / 47 段