Ha! ha! la jolie cour,
Meg dépérit à mesure qu'il guérissait,
Ha! ha! la jolie cour.
Elle sent une peine en sa poitrine,
Elle pousse des soupirs pour se soulager,
Et, oh! ses yeux disent de telles choses;
Ha! ha! la jolie cour.
Duncan était un gars de pitié,
Ha! ha! la jolie cour,
Maggie était en mauvais cas
Ha! ha! la jolie cour!
Duncan ne voulut pas causer sa mort,
La pitié en lui étouffa la colère.
Maintenant, ils sont contents et heureux,
Ha! ha! la jolie cour![673]
[Footnote 673: _Duncan Gray._]
Le jour des épousailles lui-même ne passe pas inaperçu. C'était souvent
un jour de lourde joie et d'ivresse. On en a quelques aperçus.
La dernière belle noce où je fus,
C'était le jour de la Toussaint,
Il y avait abondance de boire et de rire,
Et beaucoup de joie et de jeu.
Et les cloches sonnaient, et les vieilles femmes chantaient,
Et les jeunes dansaient dans la salle,
L'épouse alla au lit, avec son sot mari,
Au milieu de toutes ses commères[674].
[Footnote 674: _The last Braw Bridal._]
Il y a aussi le jour de noces de Meg du moulin, qui aimait bien une
goutte de whiskey le matin. Tout le monde semble y avoir été gris. On
remporta à bras le fiancé, on remporta le clerc dans une voiture.
Oh! savez-vous comment Meg du moulin fut mise au lit?
Et savez-vous comment Meg du moulin fut mise au lit?
Le futur était si gris qu'il tomba tout d'un tas à côté.
Et voilà comment Meg du moulin fut mise au lit![675]
[Footnote 675: _Meg o' the Mill._]
Comme il est à prévoir, la vie conjugale réunit tout un groupe de ces
chansons. En général, elle n'est pas représentée en brillantes couleurs.
Du côté attrayant, à peine une petite chanson, pleine de crânerie et de
belle humeur, fredonne-t-elle la joie d'un homme tout fier d'avoir une
femme à soi et décidée à défendre son bien. Elle est très enlevée et
très jolie; on a vu à quel propos elle a été composée[676].
[Footnote 676: Voir première partie, p. 398.]
J'ai pris une femme pour moi seul,
Je ne partagerai avec personne,
Personne ne me fera cocu,
Je ne ferai cocu personne.
J'ai un penny à dépenser
Qui ne doit rien à personne;
Je n'ai rien à pouvoir prêter,
Je n'emprunterai de personne.
De personne je ne suis le maître,
Je ne serai esclave de personne.
J'ai une brave épée écossaise,
Je n'accepte de coups de personne.
Je serai libre et joyeux,
Je ne serai triste pour personne.
Si personne n'a souci de moi,
Je n'aurai souci de personne[677].
[Footnote 677: _I hae a Wife o' my ain._]
Pour le reste, c'est un concert de lamentations, toutes placées
d'ailleurs, dans la bouche des hommes. Le titre d'une chanson _Je
voudrais ne m'être jamais marié_[678], pourrait servir d'épigraphe à
l'ensemble. Quels tracas de toutes parts! Des inquiétudes, des soucis,
des enfants qui demandent à manger. Et les femmes! Une collection de
commères, de maritornes, de viragos acariâtres, hargneuses et
malfaisantes qui criaillent, disputaillent et braillent, au jour la
journée. Elles font de leurs pauvres hommes de vrais martyrs[679]. Une
d'elles boit et casse sa quenouille sur la tête de son mari[680]. Une
autre reproche au sien, depuis sept longues années de n'être plus qu'un
vieux sans sève. Et lui, doucement, répond qu'il a vu le jour, et elle
aussi, où elle n'était pas si revêche. Cette querelle de vieux époux,
tombés en sénilité, est comme la contre-partie et la caricature de la
chanson de _John Anderson_. Les enfants arrivent en criant que le
canard, en passant entre les jambes du vieux grand-père, l'a fait
tomber.
[Footnote 678: _Oh, that I had ne'er been married._]
[Footnote 679: _Oh, aye my Wife she dang me; Shelah O' Neil;
My spouse Nancy._]
[Footnote 680: _The weary Pund o' Tow._]
Les enfants sortirent avec de grands cris,
«Le canard a fait tomber grand-père, Ô!»
«Le diable le ramasse, cria la grand'mère restue,
Il n'a jamais été qu'un clampin, Ô!
Il clampine en sortant, il clampine en entrant,
Il clampine, matin et soir, Ô;
Voilà sept longues années que je couche près de lui,
Et ce n'est plus qu'un vieux sans sève, Ô.»
«Ô veux-tu te taire, ma vieille femme restue,
Ô veux-tu te taire, Nansie, Ô!
J'ai vu le jour et toi aussi,
Où tu n'étais pas si fière, Ô;
J'ai vu le jour où tu mettais du beurre dans mon potage,
Où tu me caressais, soir et matin, Ô;
Mais «je ne puis plus» est venu me trouver,
Et ah! je m'en ressens durement, Ô.»[681]
[Footnote 681: _The Deuk's dang o'er my Daddie, O._]
Il y a dans ces deux strophes l'histoire de bien des vieux ménages où le
mari caduc et brisé répond aux railleries de la femme encore verte par
des rappels de souvenirs et semble insinuer qu'il y a quelque
ingratitude de sa part à lui reprocher l'état où il est. Il ne fait pas
toujours bon de tenir tête à ces gaillardes; plus d'un ne s'y fie pas.
L'un des maris nous prend à moitié dans sa confidence, mais il a peur et
s'arrête à mi-chemin. Il y a, dans cette chanson de deux strophes, toute
une scène de comédie. Il faudrait l'analyser, mot à mot, dans
l'original, pour voir ce qu'il y tient, dans un si court espace, de
colère, de peur, de malice et de drôlerie. Il y a surtout à la fin une
bouffée de fureur où l'homme s'oublie et va dire brutalement ce qu'il a
sur le coeur. Mais avec quelle prestesse il rentre ses paroles et comme
il se calme tout à coup! On le voit prendre l'air détaché de quelqu'un
qui ne pense à rien et siffle pour se distraire.
Quand Maggy commença à être mon souci,
Le ciel, pensais-je, était dans son air,
Maintenant, nous sommes mariés; n'en demandez pas plus:
Sifflons sur le reste.
Meg était douce et Meg était charmante,
La jolie Meg était l'enfant de la nature;
De plus sages que moi ont été attrapés:
Sifflons sur le reste.
Comment nous vivons, Meg et moi,
Comme nous nous aimons et nous entendons,
Je me soucie peu que beaucoup le sachent:
Sifflons sur le reste.
Que je voudrais la voir viande à vers,
Servie dans un plat de linceul,
Je pourrais l'écrire, mais Meg le verrait:
Sifflons sur le reste[682].
[Footnote 682: _Whistle o'er the Lave o't._]
Ce sentiment se trouve exprimé d'une façon bien originale dans une sorte
de chanson qui fait penser à certains morceaux où Shakspeare emprunte
aux vieux refrains populaires. Elle a le charme presque inexplicable que
donne aux ballades ou chansons populaires un vers, une image, un nom de
plante qui semble n'avoir aucun rapport avec elles, et qui cependant
fait leur attrait. Il est vrai qu'ici on peut trouver un faible lien de
pensée entre la ritournelle et le thème, si on considère la rue comme
une plante de malheur qui prospère, tandis que le gai et honnête thym
dépérit.
Un vieil homme vivait dans les coteaux de Kellyburn,
Hey, et la rue croît bien avec le thym;
Et il avait une femme qui était la peste de sa vie;
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
Un jour que le vieil homme remontait la longue glen,
Hey, et la rue croît bien avec le thym,
Il rencontra le diable, qui lui dit: «comment vas-tu?»
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
Je possède une méchante femme, Monsieur, et c'est là ma peine,
Hey, et la rue croît bien avec le thym,
Car, sauf votre respect, près d'elle vous êtes un saint;
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
«Je ne te prendrai ni ton poulain ni ton veau,
Hey, et la rue croît bien avec le thym,
Mais donne-moi ta femme, homme, car je veux l'avoir;
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
«Oh! vous êtes bienvenu, volontiers» dit le vieil homme joyeux,
Hey, et la rue croît bien avec le thym;
Mais si vous faites la paire avec elle, vous êtes pire que votre nom,
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
Le diable a pris la vieille femme sur son dos;
Hey, et la rue croît bien avec le thym;
Et, comme un pauvre colporteur, il a emporté son paquet,
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
Il l'a emportée chez lui, à la porte de son étable,
Hey, et la rue croît bien avec le thym;
Et il lui a dit d'entrer, comme chienne et catin;
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
Et soudainement il fit que cinquante diables choisis
Hey, et la rue croît bien avec le thym,
Vinrent la garder, en un claquement de main;
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
La mégère se rua sur eux comme un ours sauvage,
Hey, et la rue croît bien avec le thym,
Ceux qu'elle attrapait n'y revenaient plus;
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
Un petit démon enfumé passa la tête par-dessus le mur,
Hey, et la rue croît bien avec le thym,
«Oh, au secours, maître, au secours; ou elle va nous démolir tous»,
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
Et le diable jura par le fil de son coutelas,
Hey, et la rue croît bien avec le thym,
Qu'il plaignait l'homme qui était lié à une femme,
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
Et le diable jura par l'église et la cloche,
Hey, et la rue croît bien avec le thym,
Et remercia le ciel d'être en enfer et non en mariage,
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
Puis Satan s'est remis en route avec son paquet,
Hey, et la rue croît bien avec le thym;
Et il l'a rapportée à son vieux mari,
Et le thym est flétri et la rue est en fleur.
«Je suis démon depuis déjà un bout de temps,
Hey, et la rue croît bien avec le thym,
Mais je n'ai jamais été en enfer avant d'avoir connu femme,»
Et le thym est flétri et la rue est en fleur[683].
[Footnote 683: _The Carl of Kellyburn Braes._]
Aussi quel soupir de délivrance lorsque la mort, voulant donner à ces
pauvres gens quelques années de tranquillité, vient leur enlever leur
femme. Ils ressemblent tous au veuf de Béranger[684]. Ils ont des
regrets pleins de satisfaction. L'un d'eux, modéré dans sa libération,
dit avec douceur et un certain reste de crainte:
J'épousai une femme acariâtre,
Un quatorzième jour de novembre,
Elle m'avait rendu las de la vie,
Par sa langue déréglée.
Longtemps j'ai porté le joug pesant,
Et j'ai connu mainte angoisse;
Mais, cela soit dit à mon soulagement,
Maintenant sa vie est finie[685].
[Footnote 684: Béranger. _De Profundis, à l'usage de deux ou
trois maris._]
[Footnote 685: _The Joyful Widower._]
Une belle tombe recouvre son corps, dit-il, mais sûrement, son âme n'est
pas en enfer, car le diable ne pourrait la supporter. Un autre qui a un
peu moins de décorum exprime les mêmes sentiments en termes plus
pittoresques:
Enfin ses pieds, je chantai de le voir,
Partirent en avant, derrière la colline,
Et avant que j'épouse une autre
Je gigoterai au bout d'une corde[686].
[Footnote 686: _The weary Pund o' Tow._]
Après cette allégresse unanime, il se fait une séparation entre ces
époux libérés. Ils penchent vers l'un ou l'autre des deux raisonnements
qui s'offrent aux veufs, quand ils commencent à se remettre de leur
première joie: si on n'a pas été heureux, il faut essayer de l'être; ou
si on a été malheureux, il faut éviter de le redevenir. Les uns, les
plus sages, ne démordent plus de cette seconde conclusion. Comme le mari
de tout à l'heure, ils préfèrent avoir une corde au cou qu'une femme. On
ne saurait les en blâmer. D'autres, hommes de beaucoup d'audace et de
peu de découragement, tentent un nouvel essai. Quelquefois, ils ne s'en
trouvent pas mal, soit que leurs premiers déboires les aient rendus
aisés à satisfaire, soit que la fortune malicieuse se serve d'eux comme
des numéros gagnants qui, aux loteries, entraînent les autres.
Oh! j'ai pris plaisir à remettre des dents aux peignes à lin,
Et j'ai pris plaisir à faire des cuillers;
Et j'ai pris plaisir à rétamer des chaudrons,
Et à embrasser ma Katie quand tout était fini.
Oh! tout le long jour, je frappe avec mon marteau,
Et tout le long jour, je siffle et je chante,
Et toute la longue nuit, je caresse ma commère,
Et toute la longue nuit, je suis heureux comme un roi.
Amèrement, en chagrin, je goûtais mes gains,
Quand j'épousai Bess pour lui donner un esclave.
Heureuse l'heure où elle s'est refroidie dans ses linges;
Béni l'oiselet qui chante sur sa tombe.
Viens dans mes bras, ma Katie, ma Katie,
Viens dans mes bras et embrasse-moi encore,
Gris ou sobre, toujours à ta santé, ma Katie,
Et béni le jour où je me remariai[687].
[Footnote 687: _Oh, merry has I been teethin' a Heckle._]
Le tableau ne serait pas complet s'il y manquait l'adultère. Ce serait
comme une forêt où il n'y aurait pas de lierre autour des arbres. La
Réforme a bien essayé de faire le silence sur cette faute, et, à lire
les littératures protestantes, on s'imaginerait qu'elle n'existe pas.
Dans l'oeuvre immense de Shakspeare, il n'y a guère qu'un adultère,
celui des filles du roi Lear et d'Edmund, comme si ces créatures
monstrueuses ne pouvaient aimer qu'entre elles. Dans le roman anglais
contemporain, on découvre à peine quelques timides aspirations vers les
amours illégitimes; et si, dans la poésie, la belle reine Guinevra a
trompé le bon roi Arthur pour le brave chevalier Lancelot[688], ce sont
des personnages si immatériels et si distants que c'est un adultère tout
idéal. Pour voir ce qui lui manque de chair, qu'on le compare à celui de
Françoise de Rimini[689]. Mais il faut bien entendre que cette décence
est une convention littéraire et une pure tenture. La vie est partout la
même, et l'adultère est chose trop humaine pour faire défaut à une race
bien constituée. Si les nations du midi en ont fait un des grands
ressorts du drame et de la poésie, c'est qu'il est, en effet, un des
maîtres actes de la vie, et qu'elles ont des littératures plus sincères.
Aussi, dès qu'en Angleterre on rencontre des poètes sans préoccupation
morale ou théologique, cet épisode reprend la place qui lui revient
dans toute représentation fidèle de la comédie humaine. Burns était trop
dégagé d'entraves de ce côté, pour ne pas avoir toute sa liberté. Il
reprend, dans le vieux fonds de joyeuseté populaire, cet éternel sujet,
et il le traite avec le sans-gêne, la franchise, et la gaîté des vieux
fabliaux gaulois.
[Footnote 688: Tennyson. _The Idylls of the King,
Guinevere._]
[Footnote 689: Dante. _L'Enfer._ Chant V.]
Était-ce ma faute?--Était-ce ma faute?
Était-ce ma faute? Elle me l'a demandé;
Elle me guettait sur le bord de la grand'route,
Et elle m'a conduit par le petit sentier;
Et comme je ne voulais pas entrer,
Elle m'a appelé poltron;
Quand même l'église et l'état auraient été sur le chemin,
Je suis descendu de cheval quand elle me l'a dit.
Si adroitement, elle m'a fait entrer,
Et m'a recommandé de ne pas faire de bruit:
«Car notre vieil homme rude et dur
Est de l'autre côté de la rivière».
Celui qui dira que j'ai eu tort
Quand je l'ai embrassée et caressée,
Qu'on le plante à ma place,
Et qu'il dise ensuite si j'étais le fauteur?
Pouvais-je honnêtement, pouvais-je honnêtement,
Pouvais-je honnêtement la refuser?
J'aurais été un homme à blâmer
De la traiter sans douceur.
Il l'écorchait avec le peigne à chanvre,
Il la meurtrissait rouge et bleu.
Quand un tel mari n'était pas à la maison,
Quelle est la femme qui ne l'aurait excusée?
J'essuyai longtemps ses yeux si bleus,
Et je maudis le brutal chenapan;
Et je sais bien que sa bouche avenante
Était comme du sucre candi.
C'était vers le crépuscule, je crois,
Que je m'arrêtai le lundi.
Je ressortis dans la rosée du mardi,
Pour aller boire du cognac chez le joyeux Willie[690].
[Footnote 690: _Had I the Wyte._]
Ce ne sont là que les situations saillantes et les hauts-reliefs de la
vie. Dans les intervalles, dans les situations de détail, dans les
recoins de sentiment, s'intercalent des chansons qui complètent cette
scène déjà si variée. Ce sont parfois de simples riens, jetés en l'air,
au hasard, tels que ceux qu'on fredonne sans penser, en suivant une
route. Et cependant ils contiennent leur petit grain d'observation ou de
gaîté. En voici un exemple dans quelques couplets qui semblent tout
blancs de farine:
Hey, le meunier poudreux,
Et son habit poudreux,
Il gagne un shelling,
Avant de dépenser un liard.
Poudreux était l'habit,
Poudreuse était la couleur,
Poudreux était le baiser
Que me donna le meunier.
Hey, le meunier poudreux,
Et son sac poudreux,
Béni soit le métier
Qui remplit la bourse poudreuse,
Amène l'argent poudreux;
Je donnerais ma robe
Pour le meunier poudreux[691].
[Footnote 691: _Hey, the dusty Miller._]
Il y en a de ces refrains, d'éparpillés de tous côtés. C'est la jolie
Peg de Ramsay: la rafale du soir est froide sur la mare, l'aurore est
morose quand les arbres sont nus à Noël, les collines et les vallons
sont perdus dans la neige; mais, la jolie Peg de Ramsay a toujours à
moudre à son moulin[692]. C'est le joueur de cornemuse venu du Comté de
Fife et qui a joué à la cousine Kate un air que personne ne lui
demandait[693]. Ce sont les filles à qui on annonce qu'il vient
d'arriver un bateau tout chargé de maris[694]. C'est une commère qui
avoue ses fredaines.
[Footnote 692: _Bonny Peg-a-Ramsay._]
[Footnote 693: _The Piper._]
[Footnote 694: _There's News, Lasses, News._]
Comment ça va-t-il, commère?
Comment allez-vous?
Une pinte du meilleur
Et deux pintes avec?
Comment ça va-t-il commère,
Et comment vont les affaires?
Combien d'enfants avez-vous?
La commère dit: «J'en ai cinq».
«Et sont-ils tous de Johnny?»
«Oh! pour ça, non, dit-elle,
Deux d'entre eux ont été faits
Quand Johnny n'était pas là.
Les chats aiment bien le lait,
Les chiens aiment le potage,
Les gars aiment les fillettes,
Et les fillettes, les gars.
Nous étions tous endormis, endormis, endormis,
Nous étions tous endormis à la maison[695].
[Footnote 695: _Guid E'en to You, Kimmer._]
Parfois, ce sont de légers épisodes d'une nuance un peu différente de
ceux qu'on a déjà vus et qui se groupent autour d'une même situation.
Ainsi, parmi les jeunes filles qui vont trouver les commères pour
consulter leur expérience, il y en a une qui désire savoir de quelle
couleur sont les hommes en qui on peut avoir confiance. Ce n'est rien:
quatre strophes de quatre vers. Cependant la scène y est tout entière et
fort jolie. On voit arriver la fillette tout occupée, comme il sied à
son âge, de cette obscure question. Comme elle ignore encore que ce
problème est du domaine de la méthode expérimentale, elle fait appel à
l'autorité. Elle vient timidement consulter une vieille matrone qui a
fait sur ce sujet des études comparées. Dans quelle incertitude
d'esprit, dans quelle confusion de couleurs, la pauvrette doit s'en
aller!
«Dites-moi, dame, dites-moi, dame,
Et nulle ne peut mieux le dire,
De quelle couleur doit être l'homme,
Pour aimer vraiment une femme?»
La vieille femme s'agita en tous sens,
Se mit à rire et répondit:
«J'ai appris une chanson dans Annandale:
Pour ma lady, un homme noir;
Mais pour une fillette des champs comme toi,
Ma petite, je te le dis sincèrement,
Je me suis accommodée de cheveux blancs,
Et les bruns font fort bien l'affaire.
Il y a beaucoup d'amour dans les cheveux noir de corbeau,
Les blonds ne deviennent jamais gris,
Il y a «de l'embrasse et serre-moi» dans les bruns,
Et de vraies merveilles dans les roux[696]».
[Footnote 696: _Come rede me, Dame._]
Ce n'est pas tout. Il y a, au fond des anciennes chansons écossaises,
une veine de plaisanteries gaillardes et grivoises, parfois un peu
grasses, mais pleines de gaîté et de bonhomie. Elles rappellent
singulièrement notre gauloiserie. C'est le même rire goguenard, bon
enfant et réjoui, sur les mêmes sujets qu'on devine. Ce sont de ces
histoires ou ces plaisanteries salées qu'on se raconte avec un clin
d'oeil et un coup de coude. Elles sont plus drues et plus gaies dans les
chansons écossaises que dans celles des Anglais. Peut-être un fonds de
joyeuseté celtique, peut-être l'influence française, en sont-elles la
cause? Même à ce filon extrême Burns a emprunté; il en rapporte des
modèles de grosse drôlerie populaire. Il a repris cette note de temps
plus francs et de plaisanterie plus libre, et l'a rajeunie, tout en lui
conservant, avec un bonheur parfait, sa verve, sa saveur, sa naïveté,
son rire sans arrière-pensée, je ne sais quelle bonne jovialité
contagieuse et rabelaisienne. Les critiques anglais ne paraissent pas
beaucoup priser ce coin curieux de son génie. Pourtant, il est à noter
et, pour qui ne fait pas carême en littérature, il est à goûter. Quoi de
plus joli et de plus gai dans ce vieux genre que l'histoire du petit
tailleur?
Le tailleur a passé à travers le lit, avec son dé et le reste;
Le tailleur a passé à travers le lit, avec son dé et le reste;
Les couvertures étaient minces, les draps étaient étroits,
Le tailleur a passé à travers le lit, avec son dé et le reste.
La fillette endormie ne craignait pas de mal,
La fillette endormie ne craignait pas de mal,
Le temps était froid, la fillette restait tranquille,
Elle pensait qu'un tailleur ne pouvait pas lui faire de mal.
«Donnez-moi encore un liard, rusé jeune homme,
Donnez-moi encore un liard, rusé jeune homme,
Le jour est court et la nuit est longue,
C'est le plus cher argent que j'aie jamais gagné».
Il y a quelqu'un qui est triste de coucher seule,
Il y a quelqu'un qui est triste de coucher seule,
Il y a des gens qui sont tristes et voudraient, je gage,
Voir le petit tailleur, revenir en trottinant[697].
[Footnote 697: _The Tailor._]
Il y a encore ce gredin de tonnelier de Cuddie qui fait un joli travail
dans le pays.
Le tonnelier de Cuddie est venu ici,
Il nous a mis des cercles à nous toutes;
Et notre ménagère a reçu un coup de maillet,
Qui a mis en colère son sot mari Ô.
Nous cacherons le tonnelier derrière la porte,
Derrière la porte, derrière la porte,
Nous cacherons le tonnelier derrière la porte,
Et nous le couvrirons d'un panier Ô.
Le mari les chercha dehors, il les chercha dedans,
Criant: «Qu'il aille au diable, et qu'elle aille au diable!»,
Mais le vieux sot était si stupide et si aveugle
Qu'il ne savait pas où il allait lui-même Ô.
Ils ont tonnelé le matin, ils ont tonnelé le soir,
Si bien que notre maître fut un sujet de rire;
De chaque côté du front elle lui a planté une corne,
Et jure qu'elles resteront là Ô.
Nous cacherons le tonnelier derrière la porte,
Derrière la porte, derrière la porte,
Nous cacherons le tonnelier derrière la porte,
Et nous le mettrons sous un panier Ô[698].
[Footnote 698: _The Cooper of Cuddie._]
Rien ne manque, on le voit, à cette parodie de la plus sérieuse des
passions. On y rencontre, dans toute leur diversité, toutes les
situations risibles où, grâce à elle, les deux sexes se mettent
vis-à-vis l'un de l'autre. On y entend tous les tons, depuis le rire
très fin jusqu'au plus lourd. C'est une comédie multiple, tour à tour
malicieuse, légère, bouffonne, parfois presque grossière, parfois
presque émue, une suite inépuisable de caricatures, tantôt subtilement
crayonnées comme pour des délicats, tantôt brutalement charbonnées comme
pour mettre en branle de pesantes gaîtés villageoises. À elle seule,
elle formerait une oeuvre curieuse et rare, d'une étendue et d'une
souplesse singulières. Elle semble plus surprenante encore, si on songe
que ce même homme a reproduit, avec une variété et une puissance égales,
le côté délicat, gracieux et poétique de l'amour.
* * * * *