Tout le ciel est en feu!
Vois, tu meurs d’une mort de prince et de poète,
Entre les bras rêvés ayant posé ta tête,
D’une mort qui n’a rien ni de laid ni d’amer,
Et devant un coucher de soleil sur la mer!
Était-ce le charme irrésistible de la comédienne qui les disait, ces
vers? l’eurythmie de ses altitudes ou la langueur savante de ses gestes,
le métal de cette voix à la fois délicate et vibrante, ou tout
simplement l’art de cette mise en scène inoubliable, la splendeur de ce
soleil couchant, tout de braise et de roses incandescentes à travers ces
agrès et ces voilures? mais cette poésie, assez médiocre en somme,
venait de m’ouvrir tout un autre horizon, et derrière les fumées bleues
des encensoirs, aux sons des flûtes et des violes, la toile de fond
représentant la lointaine Tripoli venait de s’évanouir, et c’est Tunis,
Tunis l’_argentée_, comme on l’appelle là-bas, qui surgissait lentement
devant moi, ville de féerie et de rêve, Tunis demeurée la cité
légendaire qui hantait le sommeil des anciens croisés,