Analogues furent, en somme, avec des détails moins caractéristiques et
moins probants, les résultats de la plupart des expériences où les
voyantes étaient sincèrement endormies. Afin de faire une sorte de
contre-épreuve, j’envoyai, chez la femme que «Julia» avait choisie pour
interprète, deux personnes dont je connaissais l’intelligence et la
bonne foi. Comme moi, elles avaient à poser à l’avenir une question
importante et précise, que la chance ou la destinée pouvaient seules
résoudre. A l’une, qui l’interrogeait sur la maladie d’un ami, Julia
prédit la mort prochaine de cet ami: et l’événement vérifia sa
prédiction, bien qu’au moment où elle la fit, la guérison parût
infiniment plus probable que la mort. A l’autre, qui lui demanda comment
finirait un procès, elle répondit assez évasivement sur ce point; par
contre, spontanément elle lui révéla l’endroit où se trouvait un objet
qui avait été fort précieux à la personne qui la consultait, mais perdu
depuis si longtemps, et si souvent cherché en vain, que cette personne
était persuadée qu’elle n’y pensait plus.
Pour ce qui me concerne, la prophétie de Julia se réalisa en partie,
c’est-à-dire que sans que je triomphasse sur le point principal,
l’affaire s’arrangea néanmoins d’une manière satisfaisante à d’autres
égards. Quant à la mort de l’adversaire, elle n’est pas encore advenue,
et volontiers je dispense l’avenir de tenir la promesse qu’il me fit par
la bouche innocente de l’enfant d’un monde inconnu.