VI

Notre passé dépend tout entier de notre présent et change

perpétuellement avec lui. Il prend immédiatement la forme des vases dans

lesquels notre pensée d’aujourd’hui le recueille. Il est contenu dans

notre mémoire, et rien n’est plus variable et plus impressionnable, rien

n’est moins indépendant que cette mémoire, alimentée et travaillée sans

cesse par notre cœur et notre intelligence, qui deviennent plus petits

ou plus grands, meilleurs ou pires selon les efforts que nous faisons.

Ce qui importe à chacun de nous dans le passé, ce qui nous en reste, ce

qui est partie de nous-mêmes, ce ne sont pas les actes accomplis ou les

aventures subies, ce sont les réactions morales que produisent en ce

moment sur nous les événements qui ont eu lieu; c’est l’être intérieur

qu’ils ont contribué à façonner; et ces réactions qui créent l’être

intime et souverain dépendent entièrement de la manière dont nous

envisageons les événements révolus. Elles varient suivant la substance

morale qu’elles rencontrent en nous. Or, à chaque degré que gravissent

notre intelligence et nos sentiments, la substance morale de notre être

se modifie; et aussitôt les plus immuables faits qui paraissent scellés

dans la pierre et le bronze revêtent un aspect tout différent, se

déplacent et se raniment, nous donnent des conseils plus vastes et plus

courageux, entraînent la mémoire dans leur ascension, et, d’un amas de

ruines qui pourrissaient dans l’ombre, reforment une cité qui se

repeuple et sur laquelle le soleil se lève de nouveau.

Le temple enseveli · 第 83 / 111 题