III

Parmi ces idées toutes faites, celles qui président à notre conception

du passé sont particulièrement arrêtées. Grâce à elles, le passé nous

paraît une puissance aussi importante, aussi inébranlable que le Destin.

Il est le destin qui agit en arrière et donne la main à celui qui agit

en avant de nous. Il lui passe le dernier anneau de nos chaînes. Il nous

pousse avec la même brutalité irrésistible que l’autre nous tire.

Peut-être sa brutalité est-elle plus saisissante et plus terrible. On

peut douter du destin. C’est un dieu dont beaucoup ne subissent pas

l’atteinte. Mais personne ne songe à contester la force du passé. Il

paraît impossible de n’en point éprouver tôt ou tard les effets. Ceux-là

mêmes qui se refusent à admettre tout ce qui n’est pas tangible

reportent sur ce passé qu’ils peuvent toucher du doigt, toute

l’influence, toutes les pensées de mystère et d’intervention souveraine

qu’ils ôtent à ce qu’ils nient, pour faire de lui le dieu presque unique

et d’autant plus redoutable de leur Olympe dépeuplé.

Le temple enseveli · 第 81 / 111 题