Il en est de nos idées sur le passé comme de nos idées sur l’amour, la
justice, le destin, le bonheur et la plupart de ces organismes
spirituels, incertains et néanmoins puissants qui représentent les
grandes forces auxquelles nous obéissons. Nous les avons reçues toutes
faites de ceux qui nous précédèrent; et même lorsque s’éveille notre
seconde conscience, celle qui se flatte de n’accepter plus rien les yeux
fermés, même lorsque nous nous appliquons à les examiner, nous perdons
notre temps à interroger celles qui parlent haut et ne cessent de se
répéter, au lieu de rechercher s’il ne s’en trouve pas d’autres autour
d’elles qui n’aient encore rien dit. D’habitude, il ne faut pas aller
bien loin pour découvrir ces dernières. Elles attendent en nous que nous
leur adressions la parole. Du reste, dans leur silence, elles ne sont
pas oisives. Par-dessus les convictions bavardes, elles dirigent
tranquillement une partie de notre vie réelle, et, étant plus près de la
vérité que leurs sœurs satisfaites, elles sont bien souvent plus simples
et plus belles.