XXXI

Oui, la vie humaine, dans son ensemble, est chose assez triste; et il

est plus facile, je dirai presque plus agréable de parler de ses

tristesses et de les mettre en lumière, que de rechercher ses

consolations et de les faire valoir. Les tristesses sont nombreuses,

apparentes, infaillibles; les consolations, ou plutôt les raisons qui

nous font accepter avec une certaine allégresse le devoir de la vie,

semblent rares, peu visibles, précaires. Les tristesses semblent nobles

et grandes et pleines d’un mystère irrécusable, en quelque sorte

personnel et sensible. Les consolations paraissent mesquines, égoïstes,

presque basses. Pourtant, à y regarder de plus près, et quelle que soit

l’apparence éphémère qu’elles revêtent, elles touchent aussi à un

mystère qui n’est moins visible et moins saisissable que parce qu’il est

plus profond et plus mystérieux. Le désir de vivre ou l’assentiment à la

vie telle qu’elle est, usent peut-être d’expressions bien vulgaires,

mais ils obéissent en somme, à leur insu ou malgré eux, à des lois plus

vastes, plus conformes au génie de l’univers, par conséquent plus

vénérables que le désir de fuir les tristesses de la vie ou que la noble

sagesse désenchantée qui les constate.

Le temple enseveli · 第 71 / 111 题