Oui, la vie humaine, dans son ensemble, est chose assez triste; et il
est plus facile, je dirai presque plus agréable de parler de ses
tristesses et de les mettre en lumière, que de rechercher ses
consolations et de les faire valoir. Les tristesses sont nombreuses,
apparentes, infaillibles; les consolations, ou plutôt les raisons qui
nous font accepter avec une certaine allégresse le devoir de la vie,
semblent rares, peu visibles, précaires. Les tristesses semblent nobles
et grandes et pleines d’un mystère irrécusable, en quelque sorte
personnel et sensible. Les consolations paraissent mesquines, égoïstes,
presque basses. Pourtant, à y regarder de plus près, et quelle que soit
l’apparence éphémère qu’elles revêtent, elles touchent aussi à un
mystère qui n’est moins visible et moins saisissable que parce qu’il est
plus profond et plus mystérieux. Le désir de vivre ou l’assentiment à la
vie telle qu’elle est, usent peut-être d’expressions bien vulgaires,
mais ils obéissent en somme, à leur insu ou malgré eux, à des lois plus
vastes, plus conformes au génie de l’univers, par conséquent plus
vénérables que le désir de fuir les tristesses de la vie ou que la noble
sagesse désenchantée qui les constate.