La vie nous met souvent en présence de questions de ce genre, mais
combien de fois, pour y trouver une réponse satisfaisante, nous faut-il
l’aller chercher dans les régions du surnaturel, du préétabli, du
surhumain, du mystère? Seuls, quelques croyants sincères reconnaîtront
en ces événements l’intervention divine. Mais nous, si nous avons
l’occasion de pénétrer dans la maison de la tempête ou dans celle de la
paix, nous en sortons rarement sans avoir vu la cause très humaine de la
tempête ou de la paix. Si nous avons connu l’homme bon et sage qui a
commis cette faute ou ce crime, nous avons connu aussi toutes les
circonstances qui l’ont déterminé et que ces circonstances n’étaient
point surnaturelles. Si nous avons approché la femme qui a fait le geste
qui décide son malheur, nous savons parfaitement que ce geste n’était
pas fatal et qu’à sa place nous ne l’aurions pas fait. Si nous avons
vécu dans l’intimité de celui autour de qui tout croule et dans celle de
son voisin autour de qui tout se rétablit, nous avons vu aussi le gland
du chêne tomber sur un rocher ou dans une terre fertile, sans penser à
des forces malveillantes et pleines d’intentions obscures. Et si la
pauvreté, la maladie, la mort demeurent les trois déesses injustes de
l’existence humaine, elles ne nous inspirent plus la crainte
superstitieuse d’autrefois. Il nous semble aujourd’hui qu’elles sont
avant tout inconscientes et aveugles, qu’elles ne connaissent aucune des
lois idéales que nous avons cru qu’elles sanctionnaient, et nous avons
trop souvent constaté qu’au moment où nous les appelions épreuve,
récompense, châtiment, purification, leurs caprices sans discernement
démentaient le nom trop haut et trop moral que nous leur donnions.