Cet inconnu prenait le plus souvent la forme de la mort. La présence
infinie, ténébreuse, sournoisement active de la mort, remplissait tous
les interstices du poème. Au problème de l’existence il n’était répondu
que par l’énigme de son anéantissement. D’ailleurs, c’était une mort
indifférente et inexorable, aveugle, tâtonnant au hasard, emportant de
préférence les plus jeunes et les moins malheureux, simplement parce
qu’ils se tenaient moins immobiles que les autres et que tout mouvement
trop brusque dans la nuit attirait son attention. Il n’y avait autour
d’elle que de petits êtres fragiles, grelottants, élémentaires, qui
s’agitaient et pleuraient un moment au bord d’un gouffre, et les paroles
prononcées, les larmes répandues ne prenaient d’importance que de ce
qu’elles tombaient toutes dans ce gouffre, et qu’il arrivait parfois que
l’une d’elles y retentissait d’une certaine façon qui permettait de
croire que l’abîme était vaste parce que le bruit qu’on y faisait était
confus et sourd.