XV

La somme de justice que nous trouvons malgré tout dans la nature, ce

n’est pas de la nature qu’elle provient, mais de nous seuls, qui la

mettons à notre insu dans la nature, en nous mêlant aux choses, en les

animant et en nous en servant. Dans notre vie, il n’y a pas seulement le

coup de foudre, l’accident ou la maladie, qui, quelles que soient nos

pensées, nous frappe à l’improviste, de droite ou de gauche, sans raison

apparente. Il y a d’autres cas, et bien plus nombreux, où nous agissons

directement sur les objets et sur les êtres qui nous entourent, où nous

les pénétrons de notre personnalité, où les forces de la nature

deviennent les instruments de nos pensées; et quand nos pensées sont

injustes, elles abusent de ces forces, provoquent nécessairement des

représailles et appellent le châtiment et le malheur. Mais la réaction

morale n’est pas dans la nature; elle sort de nos propres pensées ou des

pensées des autres hommes. Ce n’est pas dans les choses, c’est en nous

que se trouve la justice des choses. C’est notre état moral qui modifie

notre conduite envers le monde extérieur, et nous met en guerre avec

lui, parce que nous sommes en guerre avec nous-mêmes, avec les lois

essentielles de notre esprit et de notre cœur. La justice ou l’injustice

de notre intention n’a aucune influence sur l’attitude de la nature à

notre égard; mais elle en a une presque toujours décisive sur notre

attitude à l’égard de la nature. Ici, comme lorsqu’il était question de

la justice sociale, nous attribuons à l’univers ou à un principe

inintelligible et fatal un rôle que nous jouons nous-mêmes; et quand

nous disons que la justice, la nature, le ciel ou les choses nous

punissent, se révoltent et se vengent, c’est en réalité l’homme qui

punit l’homme à travers les choses, la nature humaine qui se révolte, et

la justice humaine qui se venge.

Le temple enseveli · 第 21 / 111 题